‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 82 sur 117 · REND COMPTE DU SCORBUT QUI REGNA AU · texte numérisé non relu

REND COMPTE DU SCORBUT QUI REGNA AU

Fort-Guillaume.

Instruit par ma première faute , je n’eus jamais recours à la saignée, à moins que le malade ne fut extrêmement pléthorique , et il suflBsait , dans ce cas , de tirer une très-petite quantité de sang. J’ai vu des personnes qui avaient souvent supporté la perte de vingt onces de sang , tomber en faiblesse , lorsqu’on leur en tirait six dans cette maladie.

Quand on laissait reposer leur sang, la partie rouge ne se séparait pas de la séreuse; mais, semblable à celui qu’on tire dans les fièvres malignes , il était entièrement dissous et d’une couleur livide. Les vomissements excités par l’ipécacuanba augmentaient les douleurs , l’abattement , la difficulté de respirer, le saignement de nez , etc. , et ne diminuaient aucun symptôme : par bonheur

(t) La grande vertu anfiscorbiilique de la scille sert à réfuter l’opinion mal fondée de ceux qui regardent les remèdes âcres comme nuisibles dans les scorbuts les plus putrides; elle sert en môme temps à confirmer , en quelque façon , l’efficacité des ognons communs, et même de l’ail , que j’ai recommandé dans le chapitre précédent, et dont on a éprouvé si souvent l'ulilité pour prévenir cette maladie; car ces trois plantes ont , à quelques égards, les mêmes vertus. <•

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l’estomac exigeait rarement cette évacuation. — Cependant, je me trouvais trèsbien des purgatifs , quoique répétés tous les trois jours. Non-seulement ils emportaient les fâcheux symptômes produits par la constipation, mais encore, quoique leur opération lût quelquefois assez vive, ils n’affaiblissaient jamais le malade , et ils diminuaient toujours considérablement les douleurs cruelles dont ils étaient tourmentés. Je me servis au commencement d’une infusion de jalap ; mais , ayant observé qu’elle procurait des selles sanguinolentes , je donnai à sa place une tisane de séné avec la crème de tartre : celle-ci paraissait produire de meilleurs effets. Un des malades prit de l’eau de mer de deux jours Tiin , et il éprouva de bons effets de ce purgatif : ce remède ne guérirait-il pas le scorbut ? — Mais quoique les purgatifs fussent utiles , ils ne suffisaient pas pour guérir la maladie. En considérant attentivement ses symptômes, eMe me parut d’une nature putride ; j’établis là-dessus ma pratique, et j’eus le plaisir de voir que le succès confirma ma conjecture.

Les antiseptiques dont je fis principalement usage furent l’élixir de vitriol, à la dose d’un demi-gros, deux fois par jour dans de l’eau , ou de l’esprit de nitre dulcifié à plus petite dose. Je donnais aussi tous les soirs un bol fait avec demi-scrupule de camphre et autant de nitre, pour solliciter une douce moiteur. Je faisais boire , dans le même dessein , une grande quantité d’infusion de sauge chaude. Cette boisson, avec le secours d’un verre de vin rouge brûlé avec du sucre, que je donnais quelquefois, manquait rarement de produire l’effet que je m’étais proposé. Si ces remèdes ne faisaient point suer, ils procuraient une plus grande évacuation d’urines trèsfétides , ce qui suppléait heureusement aux sueurs. Les végétaux récents convenaient particulièrement; mais, comme on ne pouvait point en avoir, on donnait aux malades des bouillons faits avec la chair de jeunes animaux', le chevreau, etc. , et l’orge : ils prenaient en même temps à jeun , en guise de thé , une infusion de camomille , qui fournissait un remède très-salutaire. Tous les malades ressentirent bientôt de bons effets de ce traitement. — Outre la continuation des remèdes dont nous venons de parler, les ulcères des gencives, etc., demandaient indispensablement l’usage du quinquina, et des gargarismes déter sifs. J’appliquai

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