DE LA THEORIE DE LA MALADIE
Afin de concevoir le véritable état du corps dans celte maladie , il est nécessaire de se rappeler d’abord quelques lois de l’économie animale, connues et établies. — Le corps des animaux est composé de parties solides et de parties fluides. Ces parties sont formées de principes si hétérogènes , qu’elles sont, de toutes les substances , les plus sujettes à la putréfaction. Telle est en efl’et la condilioo de tout gnimal vivant , qu’il çsf
menacé de celte corruption , par une suite nécessaire du mécanisme de sa structure, et que les lois même de la circulation , qui entretierment sa vie , tendent aussi à la détruire (1). Toutes
(1) îl est certain que la digestion et la sanguification sont l’ effet d’un mouver ment intestin , 'èt que le dernier effet dé ce mouvement intestin est la putréfaction elle-mêm«. Pour s'en convaincre , il jj, n’y a qu’à jeter les yéux sur les subsfari- ^ CCS dont ranimai sé nourrit, et les examiner ensuite, lorsqu’elles sont devenues parties de l'animal. La plupart des substances végétales, dont, l«s animaux sc nourrissent ordinairement, donnent, par l’analyse chimique , . beaucoup d’acide; lorsqu'on les fait brûler, elles laissent dans leurs cendres beauGOup d’alcali fixe. L’analyse des anintaux, au contraire , nous présente beaucoup d’alcali vo; latil , très-peu d'acide, et on n’aperçoit dans leurs cendres aucune marque d’alj jL cali fixe. Or, il est certain , en bonné chimie, qu’unè matièrè fixe par Sa nature ne petit être Volatilisée que par iin \. mouvement intestin, excité dans les parlies intégrantes du mixte. Il faut donc conclure que les parties tèrrcusés et acides qui forment l’alcali fi^ïe , lorsqu’on j brûle les plantes, ont été atténuées; bri- j| sées, unies au pJilogistique , en un mot | volatilisées dans les animaux par un mou-? , veinent intestin. Ge mouvement commence ( dans les premières voies, et se continue vj dans le sang. Les expériences de Pringlç, k ladégénéraliou morbifique des humeurs,' || et les phénomènes delà digestion, le Y;’ prouvent évidemment. Il ne sera pas inu- w “ lile, à cette occasion, d’entrer dans quel- 4 ^ (jues détails qui serviront à éclaircir et à ■ confirmer la doctrine«dc M. Lind. — M.’ Pringle a exposé un mélangé de pain, dé viande et d’éau à une chaléur égale à | celle du corps humain. Il a observé qué la viande se putréfiait , ce qui produisait aussitôt la fermenlali'on de la substance ’ végétale, laquelle à son tour réprimait la ^ putréfaction , et même la faisait cesser. , Personne , je crois , ne révoque en douté i que les aliments, descendus dans l’esto- i mac , n’y acquièrent une dégénéralion spontanée. Une personne qui a l’estomaô faible, en sorte que les aliments y fas- ' sent un trop long séjour, a des rapports aigres, si elle a mangé dos végétaux, et nidoreux, si elle a pris des substances animales. Il est vrai que, dans l’état na-* lurel, celle dégénération des alimentsn’est pas sensible ; mais il n’est pas moins vrai qu’il se fait un mouvement intestin dans les premières voies. Ce mouvçmenJP
DU SCORBUT
les humeurs , par la circulation contittuelle,' leurs Violents froltéments et leur action mutuelle , les unes sur les autres, et sur les vaisseaux qui les con^ tiennent , pei'fîént leur qualité ^(îouce et bienfaisante, et acquièreot différents de-
î ni est «1 développe, atténue, brise et mêle I enseoûlble les parties huileuses, niueilaj gineuses, terreuses et acides des aliments. [ Ces parties ainsi mêlées doivent former ! nécessairement une véritable émulsion ,
. c’'est-à-dire le chyle. Si on examine le I lait, qu’on ne peut méconnaître pour le ! çhyle un peu élaboré, oh y trouve beau- I coup d’acide uni à beaucoup d’huile.
C’est ce qu’on voit.éyideniment lorsqu’on I le laisse se séparer en sérosité, beurre et 1 fromage. Le, beurre n’esi autre chose I qu’une huile unie à un acide qui lui donne I l a forme conçrè,t,e., La partie caséeuse est aussi uqe buil.e concrète , mais qui conj lient beaucoup de ferre, et qui, lorsqu’on (a. fait brûler, laisse, diyys, ses cendres de ! ràlcali fixe, La sérosité enfin confient une huile réduite à un état parfaitement ! savonneux par un acide. Outre cela , le lait contient encore beaucoup de parties muqueuses. — Le lait, après avoir cir- ; culé un certain temps avec Içs autres Im- I nieurs , change entièrement de nature; j devenu sang,, il nous présente des prinj cipes tout-à-fait différents. Il parj^ît que ' la partie muquepse devient le suc nour- I ricier ; que les huiles trop, grossières sont i unies avec les acides et séparées dan§ le j tis.su cellulaire pour y former la graisse ] [car la graisse n’est autre chose qp’une huile épaissie pur un acide]; que lespar- I Meules terreuses , les huiles moins gros- I sières, sont atténuées, sont brisées et vo- ! latili'iées par un mouvement intestin. Ce 'sont ces parties, pinsi volatilisées, qui s’éçhappent par la Transpiration , et qui, Ipi’sqa elles sont retenues dans la masse du sang, sont capables de produire des maladies putrides. Je serais porté à croire que ce moürement intestin pousse l’alléj-, inualion des huiles, au point d’en faire un esprit i^ubtil analogue à la matière électrique. Enfin les parties, intégrantes du sang et des parties niolles sont réjduites à un état tel, qu’un léger degré de [feu en fait, séparer de l’alcali volatil, et ique, si on les expose à un certain degré jde chaleur et d’humidité, elles devienjnent putrides. On voit par tout ce que< liions venons de dire , que nos humeurs jlendent toujours à la corruption, et que M, Lind a raison de dire que l’homme est menacé de celte corruption par la slracture même et le jeu de sa propre pia-t-
grés d’acrimonie. L’acUon rëpétée des fluides sur les solides en détache conti^ nuellement de petites particules , qui sont portées de nouveau dans le torrent de la circulation. Ces sucres âcres et piitrescents, ainsi que ces particules détachées des solides , ne sont plus propres aux usages de l’économie animale ; par conséquent, il est nécessaire qu’elles soient chassées du corps par différents couloirs. De là , le besoin de prendre tous les jours une nouvelle nourriture , afin de réparer cette perte continiieile , tant des solides que des fluides. Ainsi, le corps de tous les animaux change continiteUeiiieiit et se renouvelle, et c’est ce renouvellement qui les préserve de la putréfaction et de la mort. — C’est principalement par l^urine et par i’inseiisifile transpiration que les humeurs puliesçentes sont évacuées. Ce n’est pas qu'il n’y ait plusieurs autres sécrétions nécessaires à la santé ; mais elles sant plus proprement destinées à d’autres usages particuliers. Il faut en excepter celle des premières voies , qui , dans certains cas, peut suppléer à l’urine et à la transpiration. ~ L’urine lave et évacue, à ce qu’il paraît , les huiles rancescentes , et les sels âcres du sang , avec les parties terreuses détachées des solides. — Mais la plus considérable de toutes les évacuations , c’est celle qui se fait par l’insensible Irunspiralion. Sanclorius trouva qu'elle égalait en Italie les cinq huitièmes des aliments solides et fluides que l’on prenait. La plupart des observations de cet auteur ont été confirmées par Keii , en Angleterre ; par le savant de Gorter , en Hollande , et par plusieurs autres (a) : il faut cependant avoir égard, aux différents climats où ces auteurs vaient , à leur façon de vivre, et à leurs constitutions. J’observerai à cette occa-r sion , que si l’on considère combien les animaux, ainsi que les plantes, sont souvent dans le cas d’absorber l’humidité de l’air qui les environne (comme il paraît par plusieurs expériences) ; j’observerai, dis-je, qu’il n’est pas possible de déterminer exactement la quantité de la transpiration, sans connaître la quantité de l’humeur absorbée. Il paraît toutefois , suivant celle idée , que la transpila - e.
if.
(a) Le docteur LIving dans la Caroline?
M. Rye en Irlande, et le docteur Robinson. L’auteur aurait pu yjoindee M. Dodart; en Françe,
TRAITÉ
ration excède souvent la quantité assignée par Sanctorius.Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle est, de toutes les évacuations, la plus abondante ; et quoiqu’elle soit quelquefois en plus ou moins grande quantité , suivant l’action de différentes causes, elle ne peut jamais être diminuée pendant long-temps , et encore moins entièrement supprimée, sans que la santé en soit extrêmement altérée. Car, quoique l’augmentation d’une autre évacuation supplée au défaut de celle-ci, lorsque ce défaut est de peu de durée ( comme cela arrive quelquefois par les urines et par les selles), cependant, l’intégrité de toutes les fonctions , et surtout des évacuations naturelles , est nécessaire pour constituer une santé parfaite. Chaque organe excrétoire en parliculier évacue certaines matières, qui ne peuvent point être séparées par un autre couloir, aussi avantageusement pour la santé.
C’est ce que Sanclorius a très-bien observé : voici comment il s’exprime à l’occasion de toute autre évacuation substituée à la transpiration. « Elle diminue » la quantité des humeurs , mais elle » laisse leur mauvaise qualité {b) ».
Il est à propos de remarquer encore , que la transpiration est le dernier ouvrage , et le plus élaboré de la digestion animale ; et que par conséquent le corps est délivré par là de ce qu’il y a de plus subtil et de plus putrescent dans les humeurs. Il est certain que , lorsque ces humeurs excrémentitielles , naturellement destinées à être évacuées par cette voie , sont retenues long-temps dans le corps , elles deviennent extrêmement acres et corrosives , sont portées à un haut degré de putréfaction (c), et acquièrent les qualités les plus nuisibles. Celte dégénération des humeurs donne origine à différentes maladies, suivant la constitution de la personne , ou l’influence et lu détermination des autres causes. — L’évacuation continuelle des humeurs ainsi dégénérées n’est pas la seule chose nécessaire pour conserver la santé et la vie des animaux ; il est besoin encore de fournir tous les jours au corps une liqueur douce et onctueuse, telle que le chyle. Cette liqueur sert à corriger et à prévenir la tendance naturelle des humeurs à la putréfaction , et à adoucir et
{b) Aph. 19.
(c) Vid. Hoffmann, De veneniscorporis feumani. Sanctor. Aph. 43.
délayer l’acrimonie qu’elles contractent à chaque instant par l’action du corps , et par la vie elle-même. Il paraît que les animaux qui meurent de faim ne périssent point faute de sang ou d’autres sucs , mais plutôt par la corruption des humeurs. — La putréfaction scorbutique, comme on le verra par la suite, est purement l’effet naturel de la chaleur animale, produite par l’action des solides et des fluides (1). Ce serait par consé-
(1) Il paraît que nos humeurs sont sujettes à deux espèces de putréfaction bien marquées. On peut s’en assurer par leurs différents effets. Personne, je crois, ne doute aujourd’hui que les fièvres malignes, telles que la fièvre d'hôpital, les fièvres pestilentielles , ne soient causées par la putréfaction des humeurs. Cependant les symptômes que cette putréfaction produit sont totalement différents de ceux qu’on observe dans la putréfaction scorbutique. On ne voit point dans le scorbut de délire, de tressaillement des tendons, d’assoupissements, ni aucun autre symptôme nerveux. II semble que le relâchement de tous les solides et la dissolution du sang soient les deux effets communs à ces deux e.spèces de putréfaction. Ceci nous fait voir combien peu nous sommes avancés dans la connaissance de la nature des substances septiques. — Si nous considérons les causes de ces deux espèces de putréfaction, nous y apercevrons quelques différences. Le scorbut est produit ordinairement par un air froid et humide, et par l’abstinence des végétaux récents. Nous savons que le froid donne un certain caractère d’épaississement à la partie muqueuse du sang; ainsi la putréfaction «doit être lente et vappide , si je puis m'exprimer ainsi.
Le corps, par conséquent, doit s’accoutumer peu à peu à cette dégénération, et les parties septiques n’ayant pas autant d’énergie que dans les fièvres malignes, elles doivent agir moins vivement sur les nerfs. Les fièvres malignes, au contraire, sont causées ordinairement par un air chaud et humide. On les voit régner principalement vers la fin de l’été et au commencement de l’automne. Les humeurs ont été disposées à la corruption par les chaleurs précédentes. Si dans ce cas la transpiration vient à être arrêtée par le froid ou par une indigestion , les particules septiques qui devaient être évacuées par la transpiration, sont retenues dans le sang et le font corrompre, à peu près de la même manière qu’un ferment change en sa nature les substances fermenta-
bÜ SCORBUT
quént sortir de mon sujet, que de parler des différents degrés el des différentes espèces de putréfaction , qui peuvent être produites dans le corps humain par d’autres causes ( par exemple , par des ferments putrides , des venins contagieux, et par différentes espèces de substances acrimonieuses, prises intérieurement, ou appliquées extérieurement ). Il n’est pas facile de déterminer le degré de corruption auquel peuvent être portées les humeurs , tandis que l’animal vit ; c’est-à-dire , de fixer jusqu’à q^el degré de putréfaction l’animal peut vivre. Cependant , il est hors de doute qu’un état alcalescent du sang , tel qu’il a été décrit par quelques auteurs , ne peut pas avoir lieu dans un corps vivant ; les substances alcalines sont très-différentes des putrides.
Cela posé , voyons maintenant quels sont les effets que produisent sur le corps humain les causes auxquelles on a remarqué que le scorbut doit son origine.
— Un degré excessif de froid , tel que celui qu’on éprouve quelquefois dans ce pays , dans certains hivers , et surtout au Spitzberg et à Groenland , et qui est ordinaire en Groënland et en Islande , est une des causes prédisposantes de cette maladie. — Les effets sensibles du froid sur le corps humain sont d’en resserrer toute l’habitude extérieure , de dessécher et de froncer la peau ; et toutes les expériences de la médecine statique prouvent qu’il diminue l’insensible transpiration. De Gorter a observé constamment que , toutes choses étant égales d’ailleurs , plus le thermomètre baisse , plus la transpiration diminue {cl). Sanctorius, qui vivait dans un pays où les hivers sont rarement longs et rudes , nous donne à ce sujet un aphorisme trèsjuste. « Le froid extérieur, dit-il , empê- M che la transpiration chez les personnes , » faibles , et l’augmente chez les robus- )> tes (e) ». Il faut entendre par-là, que
blés. Celle corruption est prompte et est portée à un haut degré, parce que les humeurs y sont déjà disposées; ainsi il n’est pas surprenant qu’elle produise des symptômes différents de ceux qui sont causés par la corruption scorbutique.
Les miasmes putrides produisent le meme effet.
{(1) Tract, de Perspiratione, cap. 12, § 34.
(e) « Frigus externum prohibet perspi- Lind,
, PAR lind; â89
les gens robustès peuvent sé pfdCurer une transpiration beaucoup plus copieuse pendant un temps froid que dans tout autre. Ils ont les fibres fortes et élastiques , et le sang dense , de sorte qu’il s'excite bientôt en eux un grand degré de chaleur , qui surmonte l’action du froid extérieur, surtout lorsqu’ils font de l’exercice ; mais chez les personnes faibles, chez celles qui ne font point d’exercice , et généralement chez tous ceux dont la chaleur naturelle ne peut pas parvenir à un degré supérieur à celle de l’atmosphère, la transpiration est diminuée , suivant les differents degrés de froid auxquels leur corps est exposé. Si le froid est excessif , il arrête entièrement cette évacuation ; c’est pour cette raison que ceux qui font de l’exercice , et qui se tiennent chaudement dans le fort de l’hiver , sont moins sujets au scorbut que les personnes faibles , et que ceux qui demeurent dans l’inaction.
Mais il faut remarquer que le froid joint à un air pur et sec , en entretenant un degré de tension convenable dans les solides, ne contribue pas naturellement à produire cette maladie. On peut supposer, à la vérité, que, lorsquele froid est porté à un très-haut degré, comme en Groënland , la chaleur naturelle du corps peut être si opprimée, que les forces digestives en soient engourdies et énervées; et assurément un degré de froid si excessif peut à la fin faire perdre aux solides leur ton et leur élasticité. Dans ce cas, la transpiration étant arrêtée pendant long-temps , le corps s’accoutume peu-à-peu à une surabondance d’humeurs séreuses, et, au lieu de toux, de point de côté, de pleurésies , et d’autres maladies inflammatoires , ordinaires pendant l’hiver, à cause de la trop grande tension des fibres , on contracte plus naturellement la constitution scorbutique.
Cela arrive surtout lorsqu’on ne se nourrit que d’aliments capables de contribuer à la production de cette maladie.
Mais , quoique ce sentiment soit probable , il ne saurait être confirmé par l’expérience ; car , comme je l’ai observé ailleurs {f) , ces pays septentrionaux (le Groënland , etc.), sont continuellement couverts de brouillards , même dans le temps des gelées les plus fortes.
rationeni^in debilî , in robusto vero auget. » Aph. 68.
(/) Part. Il, ch. 1.
îRAim
Or , il est prouvé par les observations les plus fidèles et les plus exactes , que riiumidilé est la principale cause prédisposante du scorbut: en effet, celle seule cause suffit pour disposer le corps à cette maladie dans tous les climats , même les plus chauds. Il faut observer que, dans les climats chauds , le scorbut règne sur les \aisseaux, lorsque les chaleurs , qui ont beaucoup relâché les fibres du corps, sont suivies de grandes pluies continuelles, ordinaires dans ces degrés de latitude , ou lorsque la saison est très-inconstante. La longueur des voyages du Sud contribue beaucoup aussi à la production de cette maladie; mais cette calamité n’y est pas , à beaucoup près , si fréquente que dans les climats froids : car l’humidité produit des effets beaucoup plus pernicieux , lorsqu’elle est combinée avec le froid. Une constitution froide et humide de l’atmosphère, avec un logement malsain , des lits et des habits humides , et les autres inconvénients auxquels on est nécessairement exposé dans ces sortes de saisons , voilà la cause la plus fréquente de cette maladie, et celle qui y dispose le plus efficacement. En un mot , tout ce qui bouche les pores de la peau , tout ce qui empêche la transpiration , est la cause principale du scorbut : or , l’humidité produit cct effet , et son action est encore plus forte lorsqu’elle agit de concert avec le froid.
Sanctorius, dans plusieurs endroits de son ouvrage , décrit les effets d’une constitution scorbutique de l’air, semblable à celle qui règne souvent sur la mer. « Un air trop froid, un grand vent, î) un temps humide, diminuent la tran- 3) spiration [g] ». Il avait fait auparavant rénumération de presque toutes les causes qui arrêtent cette évacuation, et qui occasionnent la maladie. Voici ces causes telles qu’il les rapporte : « Respirer 3) un air froid , épais et humide , se bai- 3) gner dans de l’eau froide , user d’une » nourriture grossière et visqueuse , et 3) ne point faire d’exercice {h) ». Il observe dans un autre endroit les effets de la transpiration arretée par cet air humide et grossier : « Par là , dit- il , la matière » de la transpiration se. change en une
humeur corrompue, qui, étant retenue 33 dans le sang, produit la cachexie [i] ».
(g) Apb. 200.
(h) Apb. 67.
(i) A-pli. HC»
Il dépeint ensuite très-exactement la cachexie scorbutique , en décrivant les effets de l’humidité , ou de cette disposition de l’air qui produit le scorbut : « Les 33 pores de la peau sont bouchés , les » fibres relâchées , la transpiration est 33 arrêtée , et cette humeur excrémentl- 33 tielle , retenue , devient nuisible , et 33 rend le corps sensiblement lourd et )3 pesant (A-) 33.
Sanctorius s’aperçut de ces effets par les expériences statiques ; mais , pour mieux entendre ses excellents aphorismq^ , il est à propos d’observer que la force et la débilité des fibres de notre corps dépendent beaucoup de l’état de l’atmosphère. Un air trop humide , nonseulement bouche les pores de la peau , mais encore affaiblit et relâche tous les solides. De là , la pesanteur de tous les membres, la diminution de l’appétit , la faiblesse du pouls , et l’abattement sen- j sible de l’esprit et des forces, que tout le | monde éprouve dans un temps couvert 1 et pluvieux. L’humidité affaiblit encore 1 le ressort de l’air , et le rend moins pro- < pre aux effets salutaires de la respiration. 1 Il n’est plus en état de vaincre suffisam- ; ment la force contraclive des fibres pul- ii inonaires ; de sorte que le sang n’est pas i assez brisé et atténué , et ne perd point celte viscosité qu’il a contractée par la j lenteur de son cours dans les veines, i L’action du poumon étant ainsi affaiblie, 1 le chyle n’est pas assez élaboré , et la ' sanguification, qui est la dernière et la plus importante opération de la digestion animale sur le chyle , demeure im parfaite. On observe que la nutrition est , toujours défectueuse chez les personnes , dont les poumons sont affectés : il en est de même dans ce cas-ci , on ne saurait faire une bonne digestion sans le secours d’un air pur. Celte condition de l’air est nécessaire, parce que ce fluide i se mêle avec les aliments dans la bouche, f qu’il a un libre accès dans l’estomac et s les intestins, où il contribue très-puis- s samment à la digestion ; mais surtout 8 parce qu’il aide les poumons à travailler P le chyle , et à le convertir en sang. C’est pour cette raison que, pendant un temps humide , les aliments qui fournissent iin | chyle trop visqueux et tenace ne sauraient être convertis en un suc propre à J la nutrition. — On observe, outre cela, que ceux qui sont continuellement ex- :
(A) Apb. m.
DU SCORBUT
posés à l’air humide absorbent une grande quanlilé de riiumidité qui les environne (/).
Les humeurs retenues dans le corps par la suppression de la transpiration , et celles qui sont absorbées , deviennent âcres de plus en plus , et enfin se putréfient (r/i). On sait que toutes les substances animales tendent naturellement à la corruption dans un air trop humide. — Une autre cause très-puissante , et qui concourt avec l’humidité et le froid à disposer le corps au scorbut, c’est le défaut d'exercice : examinons ses effets. — Tout le monde sait par expérience combien l’exercice contribue à la santé du corps et à la gaîté de l’esprit. La force du corps et la parfaite santé dépendent
(/) Le docteur Keil (Medic. Stal. Brit.) pense que les maladies qu’on allribue communément à la matière perspirable retenue dans le corps, dépendent des particules nuisibles de l’air que le corps absorbe. Il faut avouer que le sentiment que Keil désapprouve est sujet à quelques difficultés, car, quoique la balance nous fasse voir que la quantité de la transpiration est égale aux cinq huitièmes de la nourriture qu’on a prise, outre la matière absorbée, cependant la matière perspirable peut excéder de beaucoup cette quantité, puisque la quantité de la matière absorbée est inconnue. L’air humide, qui est chargé de plus de particules hétérogènes que l’air sec, peut souvent produire de mauvais effets, autant et peutêtre plus par ces particules que le corps absorbe , que par la suppression de la transpiration. Quoi qu’il en soit, il suffit dans ce cas-ci que l’air humide arrête la transpiration, et c’esi ce dont tout le monde convient. — Nous n’avons pas besoin de rechercher la nature particulière des parties hétérogènes absorbées, parce qu’il pa raît(v. ch. i,p. ICG) que la matière perspirable retenue, ainsi que la matière absorbée d’un air humide et malsain , sont seulement une cause éloignée ( quoique générale) du scorbut, et non la cause prochaine. Il n’en est pas de même dans les autres maladies épidémiques et contagieuses; les parties absorbées peuvent être dans le cas de la cause prochaine de la maladie. On peut se convaincre de ce que je viens de dire, en consultant les meilleurs auteurs jsur ce sujet ; par exemple : Hoffman, de Venenis in acre content, epid. morbor. caus. ; Lancisius, de noxiis palud. elïluviis.; Ramazzini , Gonstitutioiies cpidemicæ.
(m) \oyc2 Sunçlèr., Aph. 45»
d'un certain degré de tension et de fermeté dans les solides. Celle tension et celle fermeté s’acquièrent en augmentant l’action des vaisseaux sur les fluide.s, et la réaction des fluides par le moyen du mouvement musculaire. On voit par là la nécessité de l’exercice. Tout l’ouvrage de la digestion , ainsi que toutes les sécrétions , dépendent de celte tension , et de cette force des vaisseaux et des viscères ; mais, quand on demeure long-temps sans faire un exercice convenable , les parties perdent leur ion. Or , toutes les fois qu elles sont affaiblies et relâchées, il s’ensuit nécessairement une débilité des forces digestives ; de sorte que les aliments ne peuvent pas être bien travaillés , surtout lorsqu’ils sont d’une nature grossière et visqueuse. Tout le système des solides étant ainsi relâché , ils n’agissent que faiblement sur les fluides ; le chyle ne peut pas être bien assimilé, ni les parties hétérogènes des humeurs intimement mêlées; par conséquent , la nutrition ne se fait que d’une manière imparfaite , et les sécrétions sont défectueuses , surtout celle de la transpiration , que l’exercice excite puissamment. De là, la conslitulion scorbutique, le dérangement des digestions, le relâchement des fibres, et la suppression de la transpiration. — La même chose arrive chez les personnes qui ont été fort affaiblies par quelque maladie , avec cette différence , qu’outre le relâchement des solides , et la débilité des forces digestives , les fièvres laissent souvent après elles une acrimonie dans les humeurs. Il est nécessaire , pour prévenir le scorbut dans ce cas-ci , de faire usage d’une nourriture proportionnée à la faiblesse des organes, et dont la coction et l’assimilation n’aient besoin que de la plus légère action de la jiarfc des viscères, et en même temps qui soit capable de corriger l’acrimonie des humeurs.
Il paraît évidemment, par tout ce que nous venons de dire sur les causes prédisposantes du scorbut, que leurs effets sont de relâcher les fibres , d’affaiblir les forces digestives, et d’empêcher lu transpiration. On se persuadera encore davantage la réalité de ce dernier effet, si on fait attention que quelques passions de l’âme, telles que la peur et le chagrin (que nous avons regardées comme des causes du scorbut , et qui en sont presque toujours les effets) agissent trèsciiicaceuient surlq transpiration, comme
^92 TRAITE
on. l’obsdrva cbdis l’équipage du lord Anson {n) ; mais, comme les effets mécaniques de ces passions sur le corps humain demanderaient une trop longue discussion , je renvoie aux auteurs qui en ont traité expressément (o). — Nous avons assigné pour cause occasionnelle de cette maladie , une nourriture grossière et visqueuse, jointe aux circonstances que nous avons décrites, et le défaut de végétaux récents : voyons maintenant ses effets. — Je crois qu’il serait inutile de s’arrêter long-temps à faire voir comment l’usage des viandes corrompues et de poissons gâtés , d’un pain moisi et d’eaux malsaines, peut produire la dégénération scorbutique des humeurs. Les mariniers dans les voyages de long cours, les soldats dans les villes assiégées , sont quelquefois dans le cas de se servir d’une pareille nourriture ; ce qui arrive aussi dans les temps de disette et de famine. Les alimentsneperdent jamais tellement leurs preânières qualités par la digestion, qu’ils n’en retiennent encore quelquesunes, lorsqu’ils sont passés dans le sang. Je suis, à la vérité , porté à croire que , dans les cas où les causes prédisposantes dont nous avons parlé manqueraient , les aliments malsains et corrompus produiraient des maladies différentes du scorbut. Il est vrai que celte mauvaise nourriture tend à l’augmenter, et qu’elle concourt souvent, avec d’autres causes qui se rencontrent sur mer , à rendre cette maladie extrêmement maligne ; mais il n’est pas moins certain cependant, que le scorbut paraît très-fréquemment dans des cas où une pareille nourriture n’a aucune part à le produire , quoiqu’on lui ait attribué généralement cet effet. La cause occasionnelle la plus ordinaire de celte maladie est une nourriture grossière et visqueuse, telle que celle que nous avons décrite ailleurs (p). Pour bien entendre les effets de celte nourriture, je crois qu’il est à propos de faire précéder quelques remarques sur la nature de la digestion en général, et sur les différenis changements que les
(n) Comparez les Apbor. 455, 458, 460, 401, 462, 463, 469, 474, 478, de Sanctorius, avec le vovage du lord Anson, p. 10I,édif.5.
(o) Voyez « A medical dissertation , on * tbe passions of lhe Mind; and Robinson > on tbe food and discharges of liiiman
bodies , » p. 77.
ipj Ch. I.
aliments doivent subir nécessairement, pour être rendus propres aux différents usages de la vie.
Les aliments doivent être rendus entièrement fluides, par la première digestion qui se fait dans la bouche, l’estomac et les intestins ; autrement ils ne pourraient point passer dans le sang par les vaisseaux lactés, qui sont extrêmement déliés et presque imperceptibles. Pour cet effet , ils sont broyés et divisés par les dents , plus travaillés encore , macérés et dissous par la chaleur , l’humidité et les différentes actions de l’estomac, des intestins, des viscères, etc., délayés par des liqueurs aqueuses , et dissous par d’autres , qui sont d’une nature savonneuse, jusqu’à ce qu’ils soient reçus dans les vaisseaux lactés, sous la forme d’un chyle fluide : ce qui n’a pu être changé en chyle par les forces digestives est chassé du corps par les selles. Les aliments, après être entrés dans le sang sous cette forme liquide, ne paraissent que peu altérés : ils retiennent encore un caractère végétal, et ressemblent au lait, tant par la couleur que par les autres qualités: ainsi, tous les animaux sont nourris , pour ainsi dire , de leur propre lait ; c’est pourquoi le chyle a besoin encore d’une plus parfaite élaboration, pour être assimilé aux liqueurs animales , et pour devenir propre aux usages importants de la nutrition et de la transpiration. — Nourrir les fluides , c’est remettre une liqueur de même espèce et de même qualité que celle qui a été évacuée. Or , comme c’est la partie la plus ténue des fluides qui se perd continuellement, les aliments doivent être réduits à un extrême degré de ténuité pour réparer cette perte. Cette grande atténuation est nécessaire aussi pour qu’ils puissent pénétrer dans les vaisseaux les plus déliés , pour s’y coller et réparer ainsi la perle des solides. Enfin ils doivent être encore plus subtilisés , pour pouvoir passer par les couloirs de la peau sous la forme d’une vapeur volatile et insensible. — Ainsi, la nourriture des solides et des fluides , et la matière de l’insensible transpiration, sont fournies l’une et l’autre par les aliments ; c’est-à-dire par les parties les plus ténues du chyle , réduites à un extrême degré de subtilité et de perfection , et converties en la nature particulière des sucs de notre corps, par l’action qu’on appelle la seconde digestion. Les parties du chyle, qui ne peuvent pas être bien
Dü SCORBUT
digér<?es et assimilées par celte action , sont évacuées par les urines , de même que celles qui avaient résisté à la première digestion ont été évacuées par les selles. Il est besoin d’un action digestive beaucoup plus forte et d’un temps beaucoup plus considérable pour convertir le cliyle en suc nourricier , ou en matière perspirable , que pour évacuer par l’urine les parties qui ne peuvent pas être assimilées. Une grande quantité de liqueurs est bientôt passée par cette voie. Mais , quelque temps après le repas , la transpiration est toujours diminuée , et se fait en très-petite quantité, tant que le chyle circule avec le sang sans avoir encore perdu sa nature [q). Il est certain qu’il y a plusieurs espèces d’aliments grossiers et visqueux qui , quoiqu’ils puissent subir la première digestion , résistent cependant à l’action de la seconde; de sorte qu’ils ne peuvent point fournir une matière propre à la nourriture et à la transpiration.
On peut comprendre , par ce que nous venons de dire , quelle doit être la nature des aliments propres à ces fonctions, et comment ils sont préparés pour ces usages , tant dans le corps que hors du corps. Ainsi, l’art du cuisinier , parla macération, l’ébullition, la fermentation, etc. , détruit la viscosité et la cohésion des parties des aliments, les divise et les rend plus fluides, et par là exécute d’avance une partie des changements qu’ils doivent nécessairement subir dans le corps. On peut, par ce moyen , fournir dans plusieurs cas un aliment déjà préparé, dont les qualités soient semblables au chyle et aux humeurs de notre corps , et qui n’ait besoin que d’une petite force pour être converti en suc nourricier , étant propre à se mêler tout de suite avec le sang et les autres humeurs. Les bouillons légers , le pain fermenté, les herbes et les racines tendres bouillies , etc. , sont de cette nature. Une pareille nourriture est très-propre aux enfants, aux valétudinaires et à tous ceux chez qui les digestions sont dépravées. On peut comprendre encore , par ce que nous avons dit, comment la concoction des aliments est aidée dans les premières voies , par les liqueurs délayantes , savonneuses et atténuantes ,. et par les remèdes aromatiques , amers et bilieux.
On voit aussi que les mouvements mus-
culaires , l’exercice de tout le corps , la force des fibres , l’action du poumon , et un air pur sont particulièrement nécessaires pour achever l’élaboration du chyle. — J’ai observé ailleurs (r) , et il paraît par les remarques que nous venons de faire, que toutes les règles générales qu’on peut donner sur la diète ne doivent être entendues que relativement à Ip constitution du corps. En particulier, la viscosité et la ténacité des aliments doivent être proportionnées à la force des puissances digestives. J’entends par ces puissances l’action réunie de toutes les forces de la machine animale , par lesquelles les différentes substances alimentaires sont assimilées à la nature du corps. Un aliment qui est trop solide ne peut pas être suffisamment atténué ou dissous ; et lorsque sa ténacité excède la force de ces puissances digestives , il ne saurait être bien converti en suc nourricier.
Faisons maintenant l’application de cette doctrine , et considérons plus parliculièrement la nature et la qualité des aliments qui sont réellement la cause occasionnelle du scorbut. Tels sont les viandes et les poissons salés ou séchés, avec les plus grossières substances farineuses non fermentées. — C’est un fait, que la viande qu’on a laissé mortifier en la gardant fraîche et sans la saler est celle qui est la plus facile à digérer. Mais, lorsqu’elle a été long-temps dans le sel , elle se durcit , se sèche ; ses particules les plus subtiles et les plus propres à la nutrition s’évaporent ou sont fixées, et elle est très-difficile à digérer. Celte viande ainsi salée, pour être digérée dans les premières voies, a besoin de l’intégrité de toutes les fonctions , de l’exercice, de beaucoup de liqueurs délayantes, de vinaigre et de plusieurs autres correctifs. Malgré cela , le chyle qu’elle fournira sera trop grossier ; et si ' les organes de la sanguification sont faibles, ils ne pourront point le changer et l’assimiler aux humeurs du corps. Il paraît que c’est principalement la partie gélatineuse ou lymphatique des substances animales, qui passe dans notre sang et qui fournit la matière de la nutrition : car les parties fibreuses sont indissolubles , môme dans les premières voies , et sont évacuées par les selles. Il passe aussi par les vaisseaux lactés, avec celte
(7) Voyez Lower, de Corde, p. 245,
(r) Part. Ji, çh. i.
TRAITE
partie gélatineuse , une portion des huiles, ou graisse de ces aliments. Cette graisse , surtout celle de porc , quand die est vieille , est presque toujours rance , même lorsqu’elle a été salée.
Comme donc, dans le cas des viandes salées dont il est ici r.ueslion, toutes les particules qui doivent servir à la nutrition sont intimement mêlées avec le sel marin, ce sel ne peut en être séparé que difficilement par les forces digestives.
Ainsi, une pareille nourriture grossière, âcre et saline , ne peut point fournir , dans plusieurs cas , un suc nourricier, subtil, doux et balsamique , tel qu’il est necessaire pour réparer les pertes de la machine.
Nous avons à considérer en second lieu les substances farineuses non fermentées, telles que le biscuit de mer, le pudding y etc. Il est certain qu’il n’y a point de nourriture plus saine que celle qui est fournie par les semences farineuses de plusieurs plantes , telles que le froment, l’orge, le riz, etc., et plusieurs légumes : c’est que ces semences en particulier contiennent une huile douce et bienfaisante , qui paraît nécessaire pour la composition de l’émulsion animale. Ces aliments sont si salutaires qu’ils constituent la plus grande partie de la nourriture de l’homme en général. Mais quelques-unes de ces substances , particulièrement la farine de froment (dont on se sert très -communément en Europe), ont besoin de subir une fermentation avant que d’etre employées à notre nourriture. Cette fermentation est nécessaire, afin de briser et atténuer la viscosité de leur mucilage et la ténacité de leur huile, et de les rendre plus miscibles avec nos difl’érentes humeurs.
Sans cette préparation, les personnes qui jouissent de la meilleure santé , et dont les organes digestifs sont des plus robustes, ne les digèrent qu’avec difficulté. 11 y a peu de gens qui puissent se nourrir entièrement de puddings , de duin~‘ plin^s (l) et autres aliments semblables , dont on fait usage sur les vaisseaux, sans ressentir une oppression et un malaise.
Mais c’est surtout aux personnes faibles et épuisées, que les substances farineuses ne peuvent point fournir une nourriture convenable , à moins qu’elles n’aient perdu leur viscosité par le moyen de
(1) Ce sont des espèces de boudins â l’anglaise, faits avec différentes farines, des graisses, etc.
la fermentation ou de quelqu’aulre méthode, qui les rende faciles à digérer. Il est évident qu’un chyle gliitineux et visqueux, tel que celui qui est fourni par le biscuit de mer , les puddings et dampling.s, etc., a besoin, pour être élaboré, de rélat le plus parfait de la sanguification (v), — Lorsqu’on fait un usage continuel des aliments dont nous venons de parler , ils produisent les deux effets suivants.
1» Le chyle manque par ce moyeu d’une quantité propre à délayer et à adoucir les sucs acrimonieux , à corriger la lendance des humeurs à la putridité , et à réparer les pertes du corps. On sent bien que, chez les personnes attaquées du scorbut, ce chyle grossier, gluant et visqueux comme il est, ne peut être bien incorporé avec le sang , ni converti en suc nourricier ; et cette faiblesse de la digestion , ou ce défaut d’assimilation des aliments chez ces malades , paraît (en considérant les effets des causes prédisposantes de leur maladie) dépendre davantage du vice des organes de la sanguification , que de la première digestion. Ces organes sont fort affaiblis ordinairement par le défaut d’exercice, sou-
(s) On pourrait dire que les viandes et les poissons frais étant beaucoup plus sujets â SC putréfier hors du corps, que lorsqu’ils sont salés ou séchés , ils ne devraient point produire le scorbut lorsqu'ils sont ainsi préparés. On pourrait ajouter que les farines ne se corrompent pas aussitôt que les substances animales; et que, moins elles approchent de la na- " lure animale , moins elles sont disposées à la putréfaction. Ceci prouve seulement combien peu les expériences faites ' hors du corps peuvent nous instruire sur les effets des aliments et des remèdes pris intérieurement. Dans un scorbut grave, les humeurs sont portées au plus haut degré de putréfaction qu’elles puissent avoir, tandis que l’animal vit. Cependant, si nous ôtions assez heureux pour découvrir le plus puissant antiseptique dans la nature , il n’est pas probable qu’il pût guérir le scorbut, quoiqu’il eût la vertu de conserver un cadavre aussi long-temps qu’une momie d’Egypte. Nous voyons, au contraire, que les scorbuts les plus putrides sont guéris tous les jours jDar le moyen des substances qui deviennent extrêmement putrescentes hors du corps, tels sont les bouillons avec les choux. Quoique ces faits soient contradictoires à quelques théories modernes, on ne peut point les révoquer en doute. j
»tr ScohBUT ,
vent par quelque maladie qui a précédé , et toujours par le relâchement universel de leurs fibres. Mais, comme l’air humide est la plus puissante cause prédisposante du scorbut , c’est surtout le poumon , ce principal organe de la sanguification , dont l’action est diminuée. La transpiration qui se doit faire par ce viscère est supprimée , comme nous verrons plus amplement par la suite. Quoique les aliments grossiers et visqueux puissent être délayés et divisés dans les premières voies , au point d’entrer dans les vaisseaux lactés ; cependant , leurs parties ainsi divisées s’unissent de nouveau , comme de l’empois qu’on ferait passer à travers un crible. Ces parties gluantes et tenaces , par le défaut d’énergie de la part des solides et des poumons, ne peuvent jamais être portées à un degré d’atténuation suftisant pour nourrir le corps, ni être parfaitement assimilées aux autres humeurs. De là la tendance à une putréfaction spontanée, faute d’un chyle et d’un suc nourricier convenables , et les mêmes symptômes ( comme il paraîtra par la suite), que ceux qu’on observe dans les personnes qui meurent de la faim. — De plus, le chyle cru n’étant ni bien élaboré et assimilé , ni évacué et chassé du corps , doit nécessairement , par le long séjour qu’il fait dans le sang, devenir âcre et putride , ainsi que les autres humeurs.
2® La ténacité de ces aliments concourt à arrêter presque entièrement la transpiration , qui est déjà diminuée dans les malades attaqués du scorbut.
En effet , quand il n’y aurait point d’autres causes , le seul usage d’une nourriture grossière et visqueuse tend naturellement à diminuer cette évacuation. Car une louable transpiration ne vient que d’une humeur bien préparée et bien travaillée, et cette humeur ne peut être fournie que par des aliments légers et faciles à digérer. La matière de la transpiration est l’humeur la plus élaborée du corps. Pour être parfaite , elle doit être réduite au plus haut degré de ténuité, c’est-à-dire être rendue imperceptible par une élaboration complète dans toutes les différentes concoctions qu’elle subit. Ainsi, on éprouve qtie tout aliment grossier , et qui ne peut être digéré, est imperspirable. Ceci est confirmé par toutes les expériences statiques (/).
PAR lind: S95
Sanctorius décrit d’une manière particulière les effets de pareils aliments. « Une » nourriture imperspirable produit des » obstructions , la corruption des hu- » meurs , la tristesse , la lassitude et la w pesanteur du corps » {u). Ce sont les symptômes scorbutiques les plus remarquables. — Il paraît évidemment, par tout ce que je viens de dire, que l’état des scorbutiques est une faiblesse, et un relâchement des solides, avec une tendance du sang à cette putréfaction spontanée , qui vient du défaut d’un chyle propre à corriger l’acrimonie des sucs , et d’une suppression considérable de la transpiration. Ceci est prouvé, non-seulement par les effets connus et certains des causes qui donnent origine au scorbut ; mais on peut encore s’en assurer par scs yeux, en considérant les personnes affligées de cette maladie. Leurs jambes enflées et œdémateuses , et leurs gencives spongieuses , indiquent l’état des solides, la puanteur de l’haleine, les selles , l’urine, les ulcères et le sang , font voir la condition des fluides^ et la lassitude spontanée, mais surtout la peau rude, sèclie ou luisante , prouve la suppression de la transpiration. — On peut demander maintenant ce qu’il convient de faire dans un pareil état de la machine. La transpiration ne saurait être bien rétablie par les diaphorétiques ou les sudorifiques. Car, quoique la décoction des bois sudorifiques procure un soulagement momentané aux scorbutiques, et qu’elle puisse, dans quelques cas, pousser par la peau une humeur crue ; cependant cetle humeur s’évacue ordinairement par les urines, et se porte plus naturellemei t vers cette voie. Comme le sang des scorbutiques ne contient point une matière propre à l’insensible transpiration , un air plus pur et plus sec ne suffit point pour les guérir. Les solides relâchés ne peuvent point être fortifiés, tandis que les sucs sont corrompus , et que l’assimilation et la nutrilion sont défectueuses : ainsi, l’exercice , les stimulants , le quinquina , le fer et les astringents ne guériront point cetle maladie. L’usage même des bouillons faits avec des viandes fraîches n’emportera pas un scorbut porté à un haut degré, sans le secours des végétaux récents.
Sinopée rapporte à celte occasion une
larditas perspirationis. » Sanct., aph.
(w) Aph. 262.
{t) « Ubi est difliçultas coçtionis , ibi
S96 TRAITÉ
liistoire très - remarquable (x). « Il y a ■» des nations entières dans la Tarlarie "i) qui ne se nourrissent que de lait et D) de viande. La petite vérole ne règne -w jamais parmi ces peuples ; mais, d’un 3) autre côté, ils sont sujets à de violents 3) scorbuts. Cette maladie cause quelque- 3) fois parmi eux une aussi grande mor- 3) talité, que la petite vérole chez les au- 3) 1res nations ». Il voyait dans l’hôpital de Cromstad , en 1733 , quatre de ces Tartares, qui avaient été faits prisonniers. C’étaient deux hommes et deux femmes. Le scorbut fut épidémique pendant le printemps ; tous les quatre en furent attaques , et périrent après des hémorrhagies extrêmement abondantes. — Ceci me conduit à examiner les vertus des végétaux récents , qui paraissent si nécessaires pour corriger les mauvaises qualités des autres aliments, et qu’on a éprouvés si efficaces pour prévenir , et souvent pour guérir le scorbut. — Les plantes fraîches et les fruits récents sont d’un tissu plus tendre que les substances animales. Leurs parties étant plus aisées à séparer à cause de leur moindre cohésion , et d’une moindre ténacité de la partie muqueuse qui les unit, ils cèdent plus facilement à l’action de nos organes. Ils contiennent aussi moins d’huile que les substances animales, ou même que les farines. Or , il paraît que toutes les huiles grossières, surtout les huiles animales , non-seulement sont la partie des aliments la plus difficile à digérer; mais encore que , lorsqu’il y a déjà une corruption dans le corps humain , elles sont très-propres à devenir rances , et à acquérir le plus haut degré de putréfaction.
Ces qualités que nous découvrons dans les plantes et dans les fruits, sont sans doute les plus essentielles et les plus efficaces dans la maladie dont il est question ; elles sont peut-être aussi les seules qui puissent caractériser tous les végétaux frais en général. Car, dans le grand nombre de vertus particulières qu’on remarque dans les substances végétales (et qu’on ne trouve pas , à beaucoup près , si variées dans le règne animal), je ne crois pas qu'il y en ait d’autre que celles dont je viens de faire mention, qui soit commune à toutes ces substances, et qui leur convienne à toutes généralement. Au reste, ce n’est pas seule-
(x) Paterg. Medic., p, 5U.
ment par ces propriétés générales et communes que les végétaux sont utiles dans le scorbut ; ils agissent encore par des vertus particulières qui dépendent de la combinaison de différentes qualités qu’ils possèdent tous, les uns plus, les autres moins , et en conséquence desquelles ils sont plus ou moins antiscorbutiques. Ainsi, les remèdes composés de différentes plantes qui possèdent ces vertus au degré le plus éminent, sont les meilleurs qu’on puisse donner dans le scorbut ; et toute plante qui en réunit le plus est aussi la plus efficace, tant pour prévenir cette maladie , que pour la guérir. — Il faut remarquer que les substances végétales diffèrent des animales dans la plupart des propriétés qui sont utiles dans le cas dont il s’agit. L’analyse chimique prouve évidemment qu’il y a une différence considérable entre les principes des végétaux et ceux des animaux. Les sels de ces derniers sont plus volatils. On en relire , par le moyen d’un fort degré de feu , un sel alcali volatil ; au lieu que la plupart des végétaux laissent dans leurs cendres, après la combustion, une grande quantité d’alcali fixe. En effet , ce dernier doit proprement son origine aux végétaux. — Mais, sans cetexamen chimique, qui fait voir une si grande diversité dans les principes de ces substances , nous voyons que plusieurs plantes sont acescentes. Les substances animales, au contraire , sont presque toutes d’une nature alcalescente, ou (peut-être) plutôt putrescente. Il est vrai qu’à considérer la structure de nos orgar?es digestifs et notre appélil, il semblerait que la nature nous a destinés à nous nourrir indifféremment de substances animales ou végétales. Mais , quoique nous voyons qu’une personne d’un bon tempérament, et qui se porte bien , convertit presque toutes sortes de substances alimentaires en suc nourricier; cependant l’expérience montre que personne ne peut longtemps se nourrir entièrement de viande ou de poisson sans s’en dégoûter ; à moins qu’ils ne soient corrigés par du pain , du sel , du vinaigre et d’autres acides. La raison de cela, c’est, comme nous l’avons déjà observé , parce que l’effet de la digestion dans les premières voies est de tirer des aliments une liqueur douce et laiteuse, dont les qualités soient semblables à une émulsion végétale. Cette liqueur, à la vérité, ne doit point être acide, mais açescente, et con-
traire à la nature des substances animales , lesquelles deviennent putrides dans des circonstances semblables. C’est pour cette raison , entre autres fj) , qu’un mélange de substances végétales paraît nécessaire pour former un bon chyle , et pour corriger la tendance continuelle des humeurs animales à la putridité.
Ainsi l’acescence végétale est une qualité qui doit entrer dans la composition la plus parfaite d’un remède antiscorbutique. Aussi éprouve-t-on une grande utilité de toutes sortes de laits dans le scorbut; c’est une véritable émulsion végétale, tirée des différentes plantes dont les animaux se nourrissent. Les acides de toute espèce , tels que le vinaigre , l’esprit de sel et de vitriol , sont utiles dans cette maladie. Mais il s’en faut bien qu’ils soient suffisants pour la prévenir ou pour la guérir, parce qu’ils manquent de quelques autres propriétés beaucoup plus nécessaires que l'acidU té ( t ). — Si on objecte que le cochléaria, le cresson , et les autres plantes âcres alcalescentes, sont de très-bons antiscorbutiques , il faut se ressouvenir qu’elles ne sont peut-être pas aussi efficaces que les fruits acescents ; ou du moins qu’elles le deviennent beaucoup plus par l’addi-
(y) An. Cocclii , professeur d’anatomie à Florence, dans son élégant discours sur la diète pylhagorique, s’exprime ainsi: « Pour être pleinement persuadé com- » bien les végétaux frais sont salutaires » et efficaces , il n’y a qu’à considérer les » horribles effets que le manque de ces «aliments a produits lorsqu’il a duré «quelque temps; on en trouve assez «d’exemples authentiques dans les his- « toires les plus avérées. Les guerres, les « sièges, les longs campements, les voya- » ges de long cours, les peuplades des «pays incultes et maritimes, les pestes «fameuses et les vies des hommes illus- «tres, fournissent, à qui fait attention I «aux lois de la nature, des preuves in- » contestables de ce quej’avance, et mon- « trent évidemment combien les aliments «d’une nature contraire à celle des vé- «gétaux frais sont malsains et capables I » de causer des maladies. Pag. 65. — J’ai «toujours dit les végétaux frais, parce » que les secs ont presque toutes les mau- » vaises qualités des substances animales, «je veux dire principalement, la trop » forte cohésion de leurs particules ter- » restres et huileuses. P. 49. »
(1) Voyez la remarque (1} à la fin de ce chapitre»
tien du suc tiré des limons , des oranges ou de l’oseille. L’expérience a appris aux habitants du Groënland (z) à joindre celte dernière aux plantes alcalescentes pour la guérison du scorbut. Une pareille addition augmente , développe et anime la qualité essentielle d’un rFmède antiscorbutique ; c’est-à-dire la vertu savonneuse, atténuante et résolutive que ces végétaux âcres possèdent à un degré très-éminent. — Le savon est un composé d’huile et de sel : on parvient par son moyen à mêler intimement et à incorporer différentes substances qui ne pourraient s’unir sans cet intermède. Que ee sel soit acide, ou alcali , ou neutre , il a toujours cette propriété. Le savon est aussi un puissant atténuant des substances visqueuses; et l’atténuation de ces substances demande toujours quelque chose de salin. Or, toutes les plantes succulentes, les racines et les fruits sont d’une nature véritablement savonneuse, soit que leurs sels soient ammoniacaux ou nitreux.
Nous avons observé que l’eau seule pouvait par son interposition délayer et tenir séparées pendant quelque temps les parties des aliments grossiers et visqueux. Nous avons dit aussi que les particules ainsi séparées, pouvaient entrer dans les vaisseaux lactés. Mais ces parties venant à se rapprocher de nouveau, elles se réuniront naturellement.
Or , les savons végétaux , les sucs des herbes et des fruits qui sont d’une qualité atténuante et résolutive , sont les meilleurs remèdes pour détruire celte viscosité. Nous observons que l’usage immodéré des fruits d’été peut mettre toutes les humeurs du corps en colliquation: de là les diarrhées, les choiera morbus, etc., si fréquents dans cette saison. Mais, quoique l’abus en soit si nuisible, ils ont été destinés certainement pour l’utilité de l’homme. La combinaison de leurs principes les rend d’un grand secours dans le scorbut. Ils contiennent une grande quantité d’eau , par laquelle ils délaient; un mucilage, par lequel ils émoussent l’acrimonie putrescente ; et un sel subtil , pénétrant et antiseptique , qui empêche la corruption de nos humeurs. — Outre ces bons effets, ils donnent une qualité homogène et savonneuse à toute la masse du sang , dont la putréfaction scorbutique avait
(z) Voyez le ch. v*
rompu et dissous la texture. Ils sont en même temps extrêmement apéritifs, et débarrassent les vaisseaux obstrués, surtout ceux des couloirs. Par ce moyen , l’acrimonie , d’abord émoussée par ces savons , est ensuite chassée hors du corps (a). — Ces sucs donnent au chyle une qualité délayante et savonneuse, et le rendent par-là miscible avec les autres humeurs , et propre aux usages de la nutrition et de la transpiration. Ainsi nous éprouvons constamment, dans celte maladie , de bons effets de tout ce qui brise la viscosité du chyle, et de tout ce qui le rend plus savonneux ; tel est , par exemple, le savon lui-même, le miel, et surtout l’oxyrael scillitique , ou les pilules faites avec le savon et la scille. On retire aussi une grande utilité, comme l'observe Sanctorius, de tout ce qui est persplrable par soi-même , ou qui aide la transpiration des autres aliments : tels sont la plupart des antiscorbutiques âcres. Cet auteur recommande dans ce dessein quelques-uns des meilleurs de ces remèdes ; par exemple, les ognons et l’ail [b), la bière douce (c), l’usage modéré du vin [d]^ et en particulier le pain bien fermenté et bien cuit [e). Ces substances, suivant ses observations , sont non -seulement facilement per^pirables ; mais en aidant la concoction et l’assimilation des aliments plus grossiers, elles les rendent propres à la transpiration.
Enfin , plusieurs végétaux récents , et surtout les fruits murs , dont on retire une si grande utilité dans celle ma’adie, ont une autre propriété particulière ; c’est celle de fermenter aussi bien dans le corps que hors du corps. La chair et les autres substances animales tendent directement à la putréfaction, sans passer par aucun autre état intermédiaire : au lieu que la tendance naturelle à la fermentation, qu’ont les sucs de plusieurs végétaux, ou qu’ils peuvent acquérir par l’addition d’un ferment convenable, re-
(o) Lorsqu’on commence à faire usage de ces sucs savonneux , ils lâchent ordinairement le ventre, excitent une évacuation copieuse des urines, et rétablissent la transpiration. Mais, lorsqu’on en fait un usage immodéré, ils produisent des cours de ventre très-dangereux.
{b) Apli. 285.
(c) Aph. 282.
(d) Aph. 569.
\e) Aph. 210.
tarde plus long-temps leur putréfaction.
Les bons effets de la bière de sapin , du cidre , de la bière douce , du vin et des autres liqueurs vineuses , propres à fermenter dans l’estomac, sont aussi évidents dans le scorbut, que les effets pernicieux des esprits distillés, qui arrêtent celte fermentation. Plusieurs raisons me portent à croire que ce mouvement intestin est nécessaire jusqu’à un certain point pour la perfection de la digestion. — Si on considère la chaleur, riiumidité et l’accès de l’air dans l’estomac, on conviendra que plusieurs substances doivent naturellement entrer en fermentation , lorsqu’elles sont reçues dans ce viscère. Nous voyons certainement, par les effets des fruits mûrs et de quelques plantes , qu’il n'est guère possible de s’opposer à leur fermentation ; et que souvent ils fermentent réellement dans Pestomac. Si nous faisons attention encore que les aliments qui ont une tendance à ce mouvement intestin sont nécessaires dans le scorbut [f) , et dans quelques autres maladies, et que l’abstinence de ces aliments y est préjudiciable; nous conclurons de là que celte opération et les aliments qui tendent à l’exciter sont nécessaires pour la digestion et pour prévenir la corruption scorbutique.
La fermentation , à la vérité , n’est jamais complète dans l’estomac; mais les effets d'une fermentation commençante ne laissent pas que d’être trèspuissants , quoique cette opération soit bientôt arrêtée. Ceux qui connaissent les effets û\i gaz subtil et imperceptible qui se dégage des substances fermentantes doivent être convaincus de celte vérité. — La digestion est une action particulière à l’animal, qu’aucune opération chimique ne peut imiter. Personne n’a été en état de convertir les aliments en chyle, ni le chyle en sang. Ainsi ,
(/) Kramer observa , chez un millier de scorbutiques qu’il guérit par le moyen des sucs decocliléaria et de cresson d’eau j que chaque dose de ces sucs occasionnait une quantité prodigieuse de vents par haut et par bas. Ce symptôme était si ex- i traordinaire, que l'auteur s’imagina qu’il venait du dégagement des sels volatils des plantes dans l’estomac. Il attribuait la guérison à ces sels : c’est pourquoi il i ordonnait expressément aux malades d’empêcher, autant qu’il est possible, leur sortie , en retenant les vents.
DU é^&RBüt
fout ce que l’expcrience peut nous apprendre, c’est que dans certains cas, comme dans le scorbut , les sucs végétaux et les fruits qui ont celte tendance à la fermentation, sont nécessaires pour conserver la santé et la vie. Si la chair et les autres substances animales excitent cette opération dans l’estomac, comme quelques nouvelles expériences (g) semblent le prouver , nous pouvons en conclure que les soupes faites avec des viandes fraîches et beaucoup de végétaux seront antiscorbutiques par excellence; ce qui est prouvé incontestablement par l’expérience journalière. — Il suit de tout ce que nous avons dit (et la pratique le confirme ) que plus un aliment , une boisson , une plante ou un remède, possédera de ces qualités que nous venons de spécifier , plus il sera anliscorbulique. Il suit encore que les remèdes les plus efficaces sont fournis par un mélange de plusieurs ingrédiens , dont chacun possède quelqu’une de ces vertus dans un haut degré , et de la combinaison desquelles il peut résulter un acide végétal , savonneux et ferraentable (i). On trouve à un certain degré
(g) Pringle, Obs. sur les maladies des armées; Appendix, exp. 35.
(1) L’observation prouve que tous les végétaux acides sont les plus efficaces dans le scorbut; et il est probable qu’outre la qualité savonneuse dont parle M.
Lind, toutes les plantes agissent principalement par la qualité acescente qu'elles acquièrent dans l’estomac. On ne doit pas même en excepter les plantes alcalescenles; car il paraît par les expériences de Pringle, que, lorsqu’on fait fermenter ces plantes avec les substances animales, elles produisent un acide, ainsi que celles de toutes les autres classes. Nous ne devons point être surpris do cet effet , si nous considérons que c’est la partie muqueuse des plantes qui fournit l’acide dans la fermentation, et que toutes les plantes alcalescentes contiennent une partie muqueuse. Il paraît que les acides minéraux n’agissent point aussi eflicacement dans le scorbut que les plantesr, parce qu’ils tendent, en quelque façon , à coiiguler le cliyle et à le rendre plus grossier; au lieu que les substances végétales ayant commencé à fermenter dans l’estomac, conservent un mouvement intestin par lequel clics divisent la viscosité du chyle, et corrigent la putréfaction des humeurs, lorsqu'elles sont en- IrééS dans le sang.
cet acide déjà préparé dans les oranges , les limons (‘[) et la plupart des fruits murs un peu acides; ce qui fait que ces fruits sont les préservatifs les plus efficaces contre cette maladie.