CHRONOLOGIQUE DE TOUT CE QUI A ETE
PUBLIÉ jusqu’ici SUR LE SCORBUT.
Année 1541 . Joannis Echthii de Scorhuio, vel scorhutica passioney Epiiome.
Cet auteur demande si le sang ne peut pas être corrompu dans cette maladie, sans que la rate ou quelque autre viscère soient affectés. Mais il est porté à croire que la rate l’est souvent. Il assigne , pour cause de celte maladie, une nourriture grossière et malsaine , telle que du poisson et de la viande salée , séchée et corrompue , du porc salé , du pain gâté , de l’eau puante , etc. — Il range les symptômes sous deux classes.
La première contient ceux qui paraissent dans le commencement du scorbut , et qui lui sont communs avec d’autres maladies. 11 met dans la seconde ceux qui se présentent dans la suite de la maladie et qui en sont des signes plus certains. — Les symptômes de la première classe sont une pesanteur du corps, avec une lassitude spontanée, ordinairement plus sensible après l’exercice; une conslriction de la poitrine et une faiblesse des jambes ; la démangeaison, la rougeur et la douleur des gencives ; le changement de couleur du visage. Il, observe que, lorsque tous ces symptômes se présentent eu même temps, on peut prononcer que le scorbut est imminent.
Les symptômes plus immédiats et plus certains , qu’il range sous la seconde classe , sont une haleine puante, un gonflement spongieux des gencives, lesquelles sont sujettes à saigner , la vacillation des dents. Les jambes se couvrent de taches plombées , pourprées ou livides; il paraît quelquefois sur la face des taches obscures plus larges que les précédentes, et d’autres fois sur les jambes. A mesure que la maladie fait des progrès , le malade perd l’usage de ses jambes et est sujet à une difficulté de respirer, particulièrement lorsqu'il fait quelque mouvement ou qu’il se tient debout. Souvent il tombe alors en faiblesse ; mais lorsqu’on le couche de nouveau , il reprend ses sens et respire librement. Il ne ressent aucun mal quand il est tranquille dans son lit. Mais, comme il ne peut toujours demeurer dans la même situation sans faire quelque mouvement, il est sujet à des défaillances continuelles. Ces malades jouissent ordinairement d’ua
bon appétit. On observe quelquefois une aggravation de symptômes. Cette aggravation arrive chez quelques-uns le quatrième ou le cinquième jour , et chez d’autres le troisième. Certains malades éprouvent cette augmentation tous les jours, mais sans fièvre ; d’autres ont de la fièvre. — Les fièvres peuvent se terminer parole scorbut comme crise. Des familles et des monastères entiers en sont affectés de celte manière. Ces sortes de scorbut finissent ordinairement , tantôt par une dysenterie mortelle, tantôt par une mort subite. — Pendant le cours de cette maladie, certains malades sont sujets à être très constipés , tandis que d’autres ont une diarrhée continuelle. Quelquefois leurs jambes , couvertes de taches , s’enflent d’une manière si monstrueuse, qu’elles ressemblent à la lèpre {elephanii'isis) des Arabes ; d’autres fois, au contraire , elles sont si exténuées , qu’elljes ne paraissent couvertes que de la peau. Les taches, dans quelques-uns, se séparent en écailles noires et brunes, comme dans la Morphea et la lèpre des Grecs ; tandis que, dans d’autres , ces taches demeurent douces, polies et luisantes , et que l’impression du doigt se conserve quelque temps sur la partie. Quelquefois les taches disparaissent après Il mort; d’autres fois elles se montrent de nouveau. Enfin , on a observé dans certains cas une dilatation variqueuse des veines ranines et de celles de la lèvre inférieure. — Cet auleur donne ensuite les indications curatives, mais sans faire mention d’aucun remède. 11 n’est pas hors de propos de remarquer que c’est la première description que nous ayons du scorbut donnée par un médecin.
1560. Joannis Langii medicinalium ep.
< miscel. Ub. 3, ep. 13, novis morbis; ep. 14, de veierum stomacacia cL sceleiyrbe , et morbi gallici tube* ribus.
Ronsseus fit réimprimer ces deux lettres comme servant à prouver que le scorbut avait été connu des anciens.
15G4. Balduini Ronssei, de magnis Bippoerntis lienibus , Pliniique stomacace ac sceletyrbe , seu vuJgo dicta Scorbuto , commentariiis. Ejusdem epist. quinque ejusdem argumenti.
Il attribue la fréquence du scorbut en Hollande , à Vair qu’on y respire , à ce
qu’on y mange une grande quantité d’oiseaux aquatiques, mais surtout à ce qu’on s’y nourrit de viandes salées et séchées ensuile à la fumée. Le temps , dit cet auteur, influe beaucoup sur celte maladie. Car, quoiqu’il l’eut observée dans toutes les saisons , cependant une longue expérience lui avait prouvé qu’un air humide et les vents du raidi contribuaient extrêmement à l’augmenter. La pluie et les vents du sud et de l’ouest régnèrent presque continuellement pendant toute l'année 1556. Le scorbut fut très-fréquent cette année, et plusieurs malades turent en danger de perdre la vie. En 1562, après une saison pluvieuse , le scorbut fut fréquent aussi et très-fâcheux. Ainsi, quoique cette maladie fîit endémique en tout temps en Hollande, à cause de l’air particulier à ce pays, cependant , à la moindre occa.sion, elle devenait souvent plus générale ou épidémique, lorsque la saison était humide. Les saisons où le scorbut était plus fréquent étaient ordinairement le printemps et l’automne. Sa nature était plus bénigne, et il durait moins long temps dans le printemps que dans l’automne ; mais dans cette dernière saison il était plus opiniâtre, déplus longue durée, et mettait quelquefois le malade en danger. Il attaquait indistinctement les personnes de tout âge ; avec cette différence que , quoiqu’il fût porté à un plus haut degré de malignité chez les vieillards, il était cependant plus ordinaire aux personnes de moyen âge.
Cet auteur croyait que le scorbut était une maladie de la rate ; et, par une suite de celle fausse théorie , il commence la curation par la saignée. Il prescrit ensuile une décoction atténuante et apéritive , de plusieurs plantes antiscorbuliques, avec le séné et quelqu’autre purgatif. Mais , ayant observé que les compositions les plus simples étaient ordinairement les plus efficaces , il croit que l’usage du cochléaria, de l’absinthe et de la gerinandrée est suffisant ; le peuple se guérissant lui-même parle moyen du cochléaria , du cresson d’eau et du bécabunga. Il donne, sur la l\n du traitement, un doux purgatif. Il bannit tous les remèdes âcres et violents , surtout les purgatifs drastiques , jusqu’au déclin de la maladie , où le malade est en état de les supporter. Il se servait depuis douze ans, avec beaucoupde succès, tant pour prévenir que pour guérir le scorbut, d’une teinture tirée par le moyen de l’esprit-de-vin,
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de la fumeterre , du cochléaria, de l’ab« sinthe et du chamæderys , ou d’autres plantes de mêmes vertus. Cet esprit était extrêmement chargé , parce qu’il y faisait infuser plusieurs fois de nouvelles plantes. J1 avait soin de tenir le ventre un peu libre pendant tout le traitement.
Il compte beaucoup sur la nourriture ; il veut qu’elle soit incisive et atténuante. Il défend toute espèce d’oiseaux aquatiques, le porc et les viandes salées. La bois.son ordinaire doit être du vin d’absinthe et de petit - chêne , pris alternativement. Il prescrit pour la bouche un gargarisme avec l’alun et le miel. Les tendons raides et retirés des jarrets doivent être frottés , et ensuite oints avec de la gelée de pied de vache : il donne plusieurs remèdes pour les ulcères des jambes.
Quant à la eufe préservalive , il recommande un doux purgatif en automne, et surtout l’usage d’une bière ou d’un vin d’absinthe légel*. Par ce moyen , il a vu souvent prévenir , et même guérir celte maladie, avec le secours d’une nourriture facile à digérer , d’un air pur et de logements secs. — Dans sa première lettre , il rend raison de lapins grande fréquence de cette maladie dans certains endroits que dans d’autres , par la différence du terrain , du climat, du temps, et principalement par la qualité des eaux qu’on y boit. H observe que les habitants des pays marécageux étaient ordinairement très - sujets au scorbut , quoique leur nourriture et les autres circonstances fussent entièrement les mêmes que celles des autres pays.
Dans sa seconde lettre , il soutient, contre l’opinion de Wierus , que celte maladie avait été connue des anciens , et il remarque que les mariniers , dans les voyages de long cours, se guérissent par Tubage des oranges.
Il recommande, dans sa troisième lettre , le fer et les eaux minérales.
1567. JoANJNis WiERi mecUcariim obser-
vaiionum hactenus incognitarum lib.
1 de Scorbulo.
Cet auteur copie très au long tous les symptômes décrits par Echtbius, avec les additions suivantes. — La faiblesse qu’on ressent dans les jambes aux approches de cette maladie est bientôt suivie d une raideur dans ces parties, et d’une petite douleur. La chair des gencives est souvent rongée jusqu’à la racine des dents.
Il paraît sur les jambes , sur les cuisses et sur tout le corps , de petites taches semblables à des morsures de puces, mais plus larges. On observe aussi , principalement sur les jambes , d’aulres taches très-larges , livides et pourprées. Quelquefois on aperçoit cette couleur livide dans le gosier des malades qui sont près de leur dernière heure. Dans les progrès de la maladie , les tendons des jambes deviennent raides et se retirent. Quelques malades ont une fièvre lente erratique. L’auteur dit avoir vu le scorbut succéder à des fièvres ardentes malignes et à des doubles tierces mal traitées, auquel il se joignit une fièvre quarte maligne. Celte fièvre laissa encore après elle le scorbut , qui fut enfin guéri par les remèdes convenables. Le pouls varie comme dans une fièvre quarte : il est dans différents temps, et suivant le période de la maladie , petit, dur, fréquent et faible. L’urine est rougeâtre , trouble , épaisse et féculente , se.mblable à du vin rouge nouveau : elle ressemble à celle qu’on rend sur la fin du paroxysme des fièvres quartes, et répand une mauvaise odeur. Il ajoute ensuite dans ses prognostics que, s’il surviertt des ulcères aux jambes, ils sont très - difficiles à guérir. Les ulcères, dit- il, sont extrêmement fétides, ont une disposition gangréneuse, et sont si putrides , que le malade ne sent point l’impression d’un fer chaud , quand on l’y applique.
Il assigne pour causes de cette maladie un air malsain , une nourriture mauvaise et corrompue , telle que celle dont on se servait dans les pays septentrionaux et dans les vaisseaux ; c’est-àdire du porc gâté , du lard rance et fumé , du pain moisi, une bière épaisse et féculente , de la mauvaise eau , la tristesse elle chagrin, les fièvres précédentes , et la suppression d’une évacuation ordinaire , etc.
Quoiqu’il ordonne quelquefois la saignée dans la curation , il la défend cependant lorsque la maladie est avancée.
Alors , après avoir évacué les premières voies , par le moyen d’un doux purgatif , tel que le séné ou autre semblable ( observant que les purgatifs violents sont nuisibles), il prescrit défaire suer le malade deux fois par jour, c’est-à-dire le matin et à quatre heures après-midi, en lui faisant prendre quatre onces d’un mélange de sucs antiscorbutiques. Ce mélange est composé de parties égales de SUC de cochléaria , de cresson d’çau et
de cresson alénois , et d’une demi-partie de suc de bécabunga avec un peu de cannelle et de sucre. On peut diminuer ou augmenter la proportion de ces ingrédients, suivant la constitution du malade, le degré de la maladie et la chaleur du corps. Il voudrait qu’on se servît toujours des plantes fraîches. Quelquefois , dit-il , on peut les faire bouillir dans du lait de chèvre ou de vache, ou plutôt dans du petit-lait; mais le suc exprimé de ces plantes, mêlé avec du petit-lait, est préférable à leur décoction. Il ajoute quelquefois l’absinthe commune , la fumeterre, le chamædrys, et dans certains cas la nummulaire. Il donne, pour ceux qui aiment la multiplicité des remèdes, une longue liste de toutes les plantes , racines , semences , etc. , antiscorbutiques et apéritives, à laquelle les modernes n’en ont ajouté qu’un petit nombre ; il ajoute qu’il guérissait ordinairement les scorbutiques , en leur faisant faire un usage convenable d’un petit nombre de ces plantes : le remède suivant avait guéri plusieurs personnes.
Pr. Absinth. vulg. sicc.
Bacc. juniper, contas, ana. man. j.
Lactis caprin. lib. iv.
Coq. adteri. part, consurnpt.
Passez la liqueur à travers un linge , faites -y infuser un gros de safran, et donnez un verre de cette décoction tiède trois fois par jour.
Après avoir rapporté quelques autres remèdes usités de son temps contre cette maladie , il observe que les plantes auxquelles on donne communément le nom de scorbutiques n’ont aucune vertu spécifique , et que toutes les plantes âcres , incisives et atténuantes , ainsi que plusieurs racines apéritives , et plusieurs semences échauffantes , sont d’une trèsgrande utilité dans le scorbut. Il faut faire usage en même temps d’une nourriture facile à digérer, et qui réponde aux mêmes intentions. On doit user pour boisson de bière ou de vin , où on aura fait infuser de l’absinthe, ou bien de lait ou de petit lait. Il faut avoir soin d’habiter des appartements secs et riants , de bannir les chagrins, les soucis, etc. — Il prescrit ensuite plusieurs remèdes topiques pour les différents symptômes. Pour la putridité des gencives , par exemple ? Pr. Salis mar.
Alum. ana % ij
Aquœ fontanœ. lib. j
M, Bullimt simul.
DU SCORBUT i PAR tiND. 319
Les habitants de la Frise se servent du gargarisme suivant.
Pr. Aceti cerevis. lib. i j
Bol Armen. § Û
Alumin, 5 ij
Mellis. 3 “j
M. Bulliant simul.
Les Saxons ajoutent la Sabine au premier de ces gargarismes. Si la putréfaction est portée à un haut degré , on peut se servir de l’onguent égyptiac , ou de l’alun brûlé mêlé avec du miel, ou bien il faut en arrêter les progrès , en touchant les parties affectées avec l’huile de vitriol. — Dans son appendix, il recommande particulièrement le petit-lait pour la curation de cette maladie , et donne une ample description du cochléaria , et de quelques autres plantes antiscorbutiques.
1581. Remberti Dodonæi praxeos medic,
lib. 2 , cap. 62. Ejusd. medicin. Ob-
sQ'vat. exemplat. rar.y cap. 33 , déi
Sxorbuto.
Cet auteur attribue le scorbut , principalement à la mauvaise nourriture. 11 rapporte que celte maladie fut occasionnée dans le Brabant, en 1666, par Ttisage du seigle corrompu qu’on fit venir de Prusse pendant une disette de blé. Plusieurs malades alors n’eurent point de taches ; mais leurs gencives étaient particulièrement affectées. Il donne cependant un exemple d’une personne qui avait contracté le scorbut dans une prison , sans qu’on pût l’attribuer à d’autres causes qu’à son emprisonnement. La prison était bien aérée, et la nourriture était d’une nature à ne pouvoir produire cet effet. Il n’a jamais fait saigner aucun scorbutique, excepté celui dont nous venons de parler, qui avait des signes de pléthore. Il guérissait ordinairement ces malades par l'usage d’un petit nombre de plantes. Ces plantes étaient le cresson d’eau, le cresson des jardins , le cochléaria et le bécabunga. Il regarde la vertu de cette dernière , comme inférieure à celle des autres'. Il croit que ces remèdes suffisent pour guérir le scorbut , pourvu qu’on fasse usage en même temps d’une nourriture convenable , principalement d’un pain de froment bien cuit.
Il donne quelquefois, au commencement du traitement , un doux purgatif , qu’il réitère suivant que le cas l’exige ; mais, si la maladie est parvenue à un certain
degré , il faut n’en faire usage qu’avec précaution. Lorsque les gencives étaient les seules parties affectées , il les a guéries souvent par des remèdes topiques.
Les taches scorbutiques, larges , livides , semblables à des meurtrissures , s’observent plus souvent sur les extrémités inférieures, que sur les bras. Si la maladie est très-maligne, et qu’on ne la guérisse point , les hypochondres deviennent livides , le malade ressent de violentes tranchées et meurt.
1589. De Scorbuto propositiones ^ de quibus dispulatum est publice RoslO' chii^ suh Henrico Brucoeo.
Le scorbut est endémique dans certains pays, à cause de leur situation, de l’air qu’on y respire, de l’eau et des aliments dont on s’y nourrit. Dans ces sortes d’endroits, les mères scorbutiques mettent au monde des enfants infectés du même vice : souvent elles avortent, et d’autres fois elles accouchent de fœtus morts. Les symptômes dont il fait mention sont les mêmes que ceux qui ont été décrits par Wierus , à l’exception d’une douleur, tantôt dans l’hypochondre droit, tantôtdans le gauche, accompagnée d’un sentiment de pesanteur. Lorsque la maladie augmente, le ventre se tuméfie et devient douloureux ; le malade perd entièrement l’appétit. — Lorsqu’il vient à la théorie de la maladie, il suppose que le foie ou la rate est obstruée, qu’ils le sont quelquefois l’un et l’autre, mais que la rate l’est le plus souvent ; cependant, ajoute-t-il, il est rare de trouver ce viscère squirrheux. Il dit ensuite qu’on n’aperçoit souvent, dans ces parties, aucune tumeur ou obstruction, quoiqu’il soit naturel de s’attendre à trouver la rate affectée, à cause de la qualité de l’humeur scorbutique, produite par une nourriture grossière et peu propre aux usages delà digestion. Lorsque la maladie est très-invétérée, elle dégénère en affection hypochondriaque, qui est fréquente parmi ceux qui habitent les côtes de la mer Baltique. Le scorbut est quelquefois compliqué avec d’autres maladies; par exemple, avec l’hydropisie, l’atrophie et la diarrhée bilieuse. Il se joint quelquefois aussi à une fièvre lente continue, et d’autres fois à une fièvre tierce intermittente. — Sa curation consiste dans des aliments et des remèdes.
Quant aux aliments, il recommande du pain de froment bien cuit, des bouillons
TRAITÉ
faits avec des viandes ordinaires ou de la volaille, et avec les raves, l’hyssope, le thym, la sarielte, ou autres herbes semblables. Il permet toutes sortes de viandes et de gibiers, pourvu qu'ils soient faciles à digérer, et qu’ils fournissent une bonne nourriture ; il en excepte cependant les oiseaux aquatiques. 11 défend tout ce qui est salé, séché, fumé, gardé depuis long-temps, rance; en un mot, tous les aliments grossiers et de difficile digestion. Le lait convient à ceux qui sont dans une atrophie scorbutique. On doit manger à ses repas des salades faites avec les plantes anti.scormitiques , et boire de bon vin du Rhin ou de bonne bière, dans lesquels on aura fait infuser de l’absinthe. Après avoir fait une saignée, si elle est indiquée par la pléthore, et avoir nettoyé les premières voies par le moyen d’un doux purgatif, il faut donner une décoction de cochléaria, de cresson, de bécabunga et de racine de raifort, bouillis dans du lait, ou bien le suc exprimé de ces plantes, mêlé avec du petit-lait. Si l’estomac est faible, il faut ajouter à ces plantes l’absinthe ou la menthe; si le malade est d’un tempérament chaud, et qu’il soit menacé de la fièvre, joignez-y l’oseille et la fumeterre; si la poitrine est affectée, ajoutez-y la racine à’ enulacampana et l’hyssope. Lorsque le malade est d’un tempérament froid, qu’il a les jambes œdémateuses, et que les taches sont noires, il vaut mieux donner ces sucs dans du vin avec de la cannelle et du gingembre, ou bien on peut faire infuser la racine de raifort dans du vin du Rhin, et lui faire prendre cette infusion. — Lorsque le scorbut affecte l’habitude du corps , l’auteur recommande aussi les sueurs, selon la méthode de Wierus, particulièrement les bains secs. On doit tenir le ventre libre par le moyen d’un doux purgatif, donné tous les jours dans du petit-lait de chèvre, ou bien tous les deux jours, suivant que le malade peut le supporter. Celte méthode, avec la nourriture recommandée ci-dessus, guérira parfaitement le scorbut. Il ordonne la saumure dans laquelle on conserve les olives , pour le relâchement et le saignement des gencives. Pour ce qui est des autres remèdes, il les tire de Wierus.
De ScorbiUo tractatus duo j tiuclore Baltazaro Brüjnero.
Cet auteur a copié Wierus presque entièrement. Il décrit cependant d’une ' manière plus étendue les qualités de l’air qui produisent cette maladie. Ainsi, dit-il, si l’atmosphère est chargée d'exha-^ laisons grossières , humides, putrides, ou sujettes à la putréfaction, il occasionne cette contagion. Tel est le cas des pays marécageux, humides et maritimes, et les endroits où les inondations laissent après elles des eaux croupissanles. Les saisons pluvieuses contribuent extrêmement aussi à la production de cette maladie, surtout dans les endroits où le soleil n’agit pas assez puissamment pour élever et dissiper les vapeurs des eaux croupissantes. Outre la nourriture que les autres auteurs ont observé donner lieu au scorbut, il en accuse aussi le pain noir et grossier. Il remarque que les veilles immodérées, la tristesse, le chagrin, , et la suppression des évacuations naturelles, augmentent considérablement les effets pernicieux de cette nourriture, et del’airqu’il a décrit. On fait usage dans la Saxe d’une grande quantité de graine de moutarde avec de légers astringents, pour se préserver de celte maladie, l’expérience ayant fait voir de bons effets de cette graine. — Il décrit les symptômes et la curation de la même manière que Wierus. 11 dit seulement que le malade tombe en faiblesse lorsqu’il sue, mais c'est une faute d’impression ; on a mis sudat (il sue], au lieu de sedet (il est assis ). Tout cet endroit est pris dq [ Wierus, quiajoute immédiatement après, ij dccumbens respirât facilius^ reficitur^ \ que (lorsque lemalade est couché, il res- i pire avec plus de facilité, et reprend ses sens). — Il est à propos de remarquer J une autre erreur , dans laquelle Bruner et d’autres auteurs sont tombés, copiant un remède que Wierus avait recommandé pour les ulcères phagédéniques des gencives. Voici ce remède :
Pr. Mercurii sublim. scr. ij
Alum. ust. 3 ij R ij
Aq. planta^, Jib. j
Misce. <
Mais comme cet auteur , dans ses observations écrites en hollandais , avait appelé le premier ingrédient simplement ■ sublime, à la manière des chimistes, qui entendent par ce mot le mercure sublimé; celui qui le traduisit, le prit mal-
Du SCORBL'T ,
heureusement pour riirsenic, et mit arsenici suhVirnati ^ scr. ij. Plusieurs auteurs ont suivi le traducteur dans celte méprise dangereuse. — On ne trouve dans Brimer qu’une observation particulière. Il a souvent remarqué que le scorbut était précédé de douleurs violentes dans les jambes, lesquelles étaient suivies des taches et de la putréfaction des gencives. Ces douleurs se font sentir principalement vers les malléoles et les articulations, sur le tibia et à la plante des pieds, et quelquefois dans d’autres parties du corps. Elles sont acco.mpaçnées d’un sentiment de chaleur et d’un picotement entre la chair et lu peau. Si elles continuent pendant longtemps, surtout si elles deviennent trèsviolentes pendant la nuit, qu’elles ne cèdent point auv remèdes , et qu’elles soient aigries par l’application des remèdes huileux cl gras, c’est un signe certain du scorbut. Ces douleurs cessent lorsqu’il paraît des taches: ces taches alors sont ordinairement très-larges; dans ce cas, il faut seulement exposer les parties affectées à une vapeur chaude, se servir de fomentations et de cataplasmes discussils, et, s’il est possible, faire suer ces parties. Il termine son ouvrage par l’histoire d’un scorbutique qu’il purgea d’abord, et à qui il lit prendre ensuite, deux fois par jour, six onces de suc de cresson d’eau dans du petit-lait de vache. Le malade ayant sué, il se fit une ^ éruption de beaucoup de taches scorbiij tiques, ce qui diminua une douleur vio- 1 lente qu’il ressentait dans la cuisse.
ji 1593. Scorbuti hisloria proposila in I pitblicum, à Salomose Alberto , etc.
i Cet auteur croit que le scorbut peut 1 être héréditaire, qu’on peut en être infeclé par une nourrice, et qu’il est con- 1} tagieux. Il n’ajoute rien à la description V que Wierus a donnée de ses symptômes, à l’exception d’une raideur (rigor) de la J mâchoire inférieure, qui venait probai blement de la contraction du muscle crotaphite, de la même manière que les il tendons du jarret deviennent raides, et I ' se retirent dans le progrès de cctle maj ladie, ainsi qu’il a été observé par tous ! les auteurs. Il dit que ce symptôme est • ; très-ordinaire chez les enfants, et dans le scorbut héréditaire ou dans celui dont on a élé infecté par une nourrice. —
' : Il traite fort au long de la nourriture j [ convenable dans cette maladie. Il reil'i commande le suc des fruits acides et aus-
Lind,
PAR LINÎ). 3‘2i
tères, tel que celui des oranges, et d’autres fruits semblables. On doit, dit-il, mettre ces sucs dans les bouillons, et en arroser les viandes lorsqu’on les fait rôtir. il faut ajouter du vinaigre et du vin à la tisane d’orge et au gruau. L’exercice est nécessaire. — Pour ce qui est des remèdes, il ordonne d’abord la saignée ; mais seulement dans le cas où il y a pléthore. Il observe qu’elle est extrêmement contraire, lorsque la maladie a . déjà fait des progrès, et surtout lorsque les taches ont paru. Si les évacuations menstruelles ou hémorrhoïdales sont supprimées, il faut mettre tout en usage pour les rétablir : ces évacuations seront d’une grande utilité, quoiqu’elles ne soient pas suffisantes pour guérir les malades; car il a vu souvent des femmes bien réglées après leurs couches, lesquelles cependant étaient trèsaffectées du scorbut, il prescrit un léger purgatif, et observe les effets pernicieux des violents cathartiques. Il donne ensuite un catalogue nombreux de remèdes apéritifs. Tout ce qui incise, déterge et atténue les humeurs grossières, visqueuses et féculentes, convient, selon lui, dans le scorbut, afin de rendre ces humeurs propres à être évacuées par quelque couloir. Les plantes antiscorbutiques ordinaires, telles que le cochléaria , le cresson et le bécabunga, répondent particulièrement à celle indication, leurs vertus ayant été constatées par une longue expérience. Il ajoute aussi d’autres plantes sous le nom de spléniques, d'hépatiques et de thorachiques , ainsi nommées à cause des vertus particulières qu’on leur attribuait pour lever les obstructions et fortifier tel ou tel viscère. Lorsque par ces moyens on a emporté toutes l^s obstructions , et que l’humeur morbifique, la cause immédiate de cette maladie, a été suffisamment atténuée etpréparée , il observe que la nature s’en débarrasse elle-même par les reins ou par la peau. L’art ne doit faire autre cho.se que de seconder les intentions de la nature, en donnant les diurétiques , si elle indique cette voie; ou les sudorifiques et les diaphorétiques, si l’humeur morbifique se porte vers la peau. On peut aussi exciter les sueurs par le moyen des étuves et des bains. Il avait particulièrement remarqué que les affections de la poitrine élaient très-cfficacement soulagées par le moyen d’un üux d’urine , et que rimmeur morbifique se dissipât souvent par l’insensible tran-^
32*2 ïraiîa
spiration et quelquefois par des sueurs copieuses. On a vu des cas où les impuretés decette maladie, étant évacuées par celle voie, avaient sali toute la peau. Il remarque que le scorbut avait été trèsfréquent Tannée qu’il écrivait son ouvrage, ainsi que la précédente, à cause de Tinconstance du temps et des grandes pluies qui avaient succédé à de grandes chaleurs.
1565. Pétri Foresti Observationiim et Ciiralionum medicinalium , Ub. 20 ; Obsen>. W, de scorbuLo malo cog?ioS‘ cendo et car an do -, Obstrv. 12, ihid, de quinqae œ^vis à scorbuto curatis.
Cet ouvrage est une longue lettre que Tailleur écrivit d’abord à son frère en 1558 , et qiTil envoya ensuite à ses deux neveux , qui étudiaient la médecine en 1590. 11 ne paraît pas avoir connu d'autres auteurs sur cette matière que Ronsseus et Echthius. Il a copié les symptômes d’Echtliius; mais il les confirme tous par plusieurs histoires de malades. II croit que le scorbut n’a point été connudes anciens : il le regarde cependant comme une maladie de la rate. Cetle maladie , en effet , était si peu connue de son temps, que plusieurs malades en moururent ( particulièiement un ecclésiastique de Louvain, nommé Martin Dorpius) au grand étonnement des médecins , qui n’en connaissaient pas meme le nom , et à plus forte raison la nature et la méthode curative. Il rapporte le cas d’un conseiller de La Haye, nommé Sasbotus, qui était attaqué d’un scorbut virulent, et que ses médecins avaient abandonné.
Un médecin d’Amsterdam le vit , connut sa maladie et le guérit. (L’auteur observe que les docteurs de La Haye n’avaient pas autant de connaissance de celte maladie (jue ceux d’Amsterdam, ou* que lui, qui faisait sa résidence à Alcmaer; parce que dans ces deux dernières villes ils avaient occasion de voir et de bien examiner le scorbut parmi les gens de mer.) Ce conseiller étant sujet à des rechutes de temps en temps, Forcslus lui jirescrivit un sirop fait avec les sucs de bécabunga et de cresson d’eau. L’usage de ce sirop prévint efficacement la maladie. Ce remède devint ensuite trèscélèbre sous le nom de sjritp, sceleiyrb. Foresti, et il conserva sa réputation pendant long-temps dans toute la Flandre, le Brabant et la Hoilapde, pour la cura-
tion du scorbut. On s'en servait principalement pendant Thiver, parce que, dans cette saison , on ne pouvait point SC procurer des plantes récentes. H avoue ingémiment que les médecins apprirent ces remèdes du vulgaire, et qu’ils ne firent que leur donner une forme plus élégante.
Il explique très au long les diverses intentions qu’on doit se proposer pour guérir cette maladie, dans un endroit où il est question d’un matelot d’x\lcmaer , qui , après avoir eu une fièvre quarte automnale pendant sej)t mois, fut attaqué du scorbut. Ce malade lui dit qu’il avait été attaqué autrefois de celte maladie sur mer dans un voyage qu’il avait fuit eu Espagne , mais qu’il en était entièrement guéri avant d’avoir cette fièvre. Il lui apprit aussi que le scorbut était très -commun parmi les matelots hollandais, et que généralement ils se guérissaient en changeant d’air et en faisant usage de la bière d’absinthe. L’auteur observe, à cette occasion , qu’il a vu plusieurs personnes allaquées du scorbut, après de pareilles fièvres intermittenles. Le matelot dont nous venons de parler respirait très-difficilement et avait perdu l’usage des jambes. Son genou gauche et toute sa jambe étaient enflés, squirrheux, couverts de taches cl si raides qu’il ne pouvait point marcher ni même se remuer : ses gencives étaient enflées et saignaient. Les médecins et les chirurgiens avaient prononcé qu’il avait la vérole ; mais Forestus , l’ayant vu , jugea qu’il avait le scorbut. Ce cas , à la vérité, était compliqué; la fièvre quarte [ avait laissé après elle une disposition hectique avec l’obstruction des viscères.
— Notre auteur, qui avait traité beau- p, coup de scorbutiques, dit que les signes if pathognomoniques du scorbut sont une n, coiistriction dans les régions de Tépi- tu gastre cl d( s hy pochondres, une faiblesse pji et une douleur dans les jambes, une rou- jn' gcur , une démangeaison et une douleur ton des gencives, avec une altération de la jn’i couleur du visage. Il avertit cependant ijii que celte maladie n’est pas si aisée à lei connaître dans le commencement, parce li( que ses progrès sont quelquefois lents , et pç, que les symptômes dont nous venons de (rie parler, ainsi qu’une lassitude après Texer- ujçn cice , lui sont communs avec d’autres maladies. Mais lorsque tous ces symptomes paraissent en môme temps, il croit , que c’est le commencement de la maladie, ou du moins, qu’il y a quelque ccr- ;
lltude d’un scorbut prochain. Il est vrai qu'il doutait quelquefois, jusqu’à ce que, la maladie ayant l'ait des progrès , les symptômes fussent devenus plus violents, et que la puanteur de l’haleine , les gencives spongieuses et saignantes , l’ébranlement des dents, les taches pourprées et livides sur les jambes, etc., confirmassent le premier jugement qu’il avait porté. Il rapporte ensuite les symptômes d’Echthius, etil ajoute à presque tous ces symptômes des exemples de malades chez lesquels il les a observés. Ainsi, après cette disposition à tomber en faiblesse, ordinaire lorsque la maladie est portée à un haut degré, il ajoute qu’il a vu plusieurs personnes mourir subitement. Tel fut le cas d'un magistrat dont il parle , et dont un médecin de lîaerlem prenait soin. Ce médecin avait dit qu’il était attaqué de la vérole. Les ignorants alors rapportaient au mal vénérien toutes les maladies extraordinaires et qu’ils ne connaissaient point. Notre auteur cependant guérit le fils de ce magistrat, attaqué de la même maladie. Il recommande le lait de beurre lorsque le malade a de la disposition au marasme; mais, lorsqu’il n’y a point de fièvre, il en guérit plusieurs par l'usage du lait, dans lequel il faisait bouillir le cochléaria et le bécabunga.
Ces observations , quoique extrêmement ennuyeuses par leur longueur , sont estimables à cause du grand nombre de véritables cas scorbutiques qu’elles contiennent.
1600. HiERONYMi Reüsneri, DiexocUca^ rum excüationum liber de scorbuLo.
Cet auteur, qui n’est remarquable que par sa théorie , a décrit le scorbut dans ses différents périodes de la même manière que les auteurs qui l’avaient précédé. 11 y ajoute quelques symptômes ; par exemple , une hémorrhagie du nez , qu'il dit être ordinaire , même dans le commencement de la maladie , ainsi qu’un crachottement continuel. Certains malades ressentent une douleur à l’orifice de l’estomac, et n’ont point d’appétit, ou du moins, s’ils ont envie de quelque aliment, il leur est nuisible. Il observe que les femmes scorbutiques sont sujettes à des fleurs blanches et à avoir leurs règles décolorées. L’urine est la plupart du temps claire, pale et aqueuse , elle ne dépose point de sédiment et ré- ^ pand une mauvaise odeur : le pouls est I ipelit , faible, Içut çt irtégal, Cet aulewr
est extrêmement diffus dans la curation ; il aurait été à souhaiter qu’il eût prouvé Tutilité de plusieurs remèdes chimi({ues et galéniques qu’il recommande par l’expérience plutôt que par la conformité qu’ils ont avec sa théorie.
1604. Ve morho scorhulo liber j cum
observationibus quibusdarn , brevi-
que et' succincia cujusque curatio--
nis indicatione , auctore Skverüno
EüGALEiNO.
Cet ouvrage doit avoir été publié par l’auleur dans un ordre très-peu méthodique ; car, quoique différents éditeurs y aient fait plusieurs corrections , il est encore très-confus. Georges Stupendorpli le publia en 16lS avec beaucoup de changements. Brendel , professeur de médecine à Jena, le corrigea de nouveau en 1 62-3 ; et ce ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’il parvint à ranger les différents symptômes, ou plutôt les differentes espèces de celte maladie sous quarante - neuf sections. Ces sections pourraient admettre plusieurs subdivisions , et ôn peut 4ire qu’elles renferment un catalane de presque toutes les maladies aiguës et chroniques auxquelles le corps humain est sujet. Cet ouvrage contient aussi soixante prognosîics et trente diagnostics généraux du scorbut , outre les signes particuliers à chaque symptôme (ou plutôt maladie) pour connaître s’il est scorbutique. Mais, comme j’ai examiné ailleurs très au long cet ouvrage, il suffira de remarquer ici qu’on a toujours fait consister le mérite de cet auteur dans sa grande habileté à découvrir celte trompeuse maladie , cachée sous différentes formes. Il noiis dit luimême que c’est le but qu’il s’était proposé en écrivant. Aussi la description des symptômes fait-elle la plus grande partie de son ouvrage. Il parle, au commencement de son livre, des causes occasionnelles du scorbut , et ce sont les mêmes que celles que Wierus avait assignées avant lui avec beaucoup plus d’exactitude. Il nous recommande cet auteur pour la curation. Les cinq premièrQ^ pages, jusqu’à la section 4, contiennent ce qu’il a copié des autres auteurs ; mais le reste du traité peut être regardé comme nouveau et lui appartenant en propre.
Les symptômes qu’il rapporte sont les suivants :