‹ Observations sur les terrains anciens du Katanga faites au cours de lChapitre 28 sur 51 · M 2IO · texte numérisé non relu

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Je reviendrai plus tard sur une dislocation d'une certaine importance qui existe dans le bassin du Kassai, mais dans une direction perpendiculaire à celle des rivières.

Les accidents sur lesquels je voudrais d'abord attirer l'attention se rencontrant dans la partie sud-est du bassin du Congo, dans la région, à limites peu définies, que Ton appelle le Katanga.

On peut donner, de cette partie du bassin, une définition nette, en disant qu'elle répond aux territoires de l'Etat indépendant du Congo, constituant le bassin hydrographique du Lualaba, en amont du confluent de la Lukuga (la rivière émissaire du Tanganyika.)

Le Katanga ainsi compris est la partie du bassin du Congo dont la composition géologique est la plus variée et celle où le relief du sol est le plus tourmenté.

Ce relief contraste singulièrement, tant par le caractère accidenté que par les altitudes absolues, avec la région qui s'étend à l'Ouest et forme les bassins du Lomami et du Kassai.

Les grands traits topographiques du Katanga se relient directement à ceux qui bordent le Tanganyika à l'Ouest. Le6 rivières (Luapula, haut Lualaba, Lufila, etc.) y subissent, dans leur cours, d'énormes dénivellations, descendant pour ainsi dire en escalier, de leur bassin supérieur dans la dépression où coule le Lualaba- Kamolondo (*).

Tous ces faits donnent au relief et à l'hydrographie du Katanga une apparence de jeunesse qui ne se retrouve nulle part dans le bassin. Et cependant, comme les Couches du Lubilache, qui couvrent les contrées du Nord et de l'Ouest, ne se sont pas étendues dans le Katanga proprement dit (*), cette région est une des parties de l'Afrique qui sont livrées depuis le plus longtemps aux érosions continentales. On devrait donc s'attendre à y trouver les pentes et les thalwegs parfaitement régularisés.

// faut que des causes étrangères aux agents externes soient intervenues, pour rendre à ce pays un relief accidenté que /a

( f ) Cf. A.-J. Walters. Le relief du bassin du Congo et la genèse du fleuve. M ouo. géogr., i3 mai et 24 juin 1894. ( 2 ) Je n'en ai, du moins, trouvé aucun vestige.

marche régulière de l'érosion non contrariée aurait dû aplanir depuis longtemps.

Ces causes ne peuvent être que des phénomènes de dislocation.

Les explorations géologiques auxquelles je nie suis livré dans ces régions et dont les résultats ont été publiés dans les Annales de la Société géologique de Belgique (*), jointes aux documents relevés par divers explorateurs, permettent aujourd'hui de reconnaître l'existence, dans le Katanga, d'une série de dislocations importantes.

Les plus remarquables, sans conteste, sont celles qui ont créé la large et profonde dépression où coule le Lualaba-Kamolondo, dans la région des lagunes fluviales, entre le confluent du Lubudi et celui du Luapula.

C'est ce que j'appellerai le Graben de VUpemba, du nom de la plus importante de ces lagunes.

Je vais en donner une description qui aura pour base mes propres observations, auxquelles je rattacherai les données fournies par quelques autres explorateurs, MM. P. Reichard, P. Briart, Cl. Brasseur, etc-

Le relief et l'hydrographie de cette partie du bassin du Congo ont déjà fait l'objet de plusieurs études excellentes de M. A.-J. Wauters (*) et nous pouvons dire ici que notre ami a admirablement compris les grands traits de la géographie physique de ces régions. Il a, le premier, mis en évidence la continuité du relief remarquable qui borde, du coté de l'Est, la vallée du Lualaba dans la région des lagunes (monts Mitumba).

(*) Voir la note de la page ao5.

( 2 ) A.-J. Wauters. Le relief du bassin du Congo et la genèse du neuve. Moud, gêogr., i3 mai et 24 juin 1894.

— L'Urua, pays des Balubas. Ibidem, 21 mars et 4 avril 1897.

— L'état indépendant du Congo, chapitres X et XII. Bruxelles, 1900.

( to ) — m Bta —

!De\i3tième Partie i EXPOSÉ DES FAITS.

Je commencerai par décrire les faits constatés sur notre itinéraire à travers le Graben de TUpemba et les massifs qui le limitent à TOuest et à l'Est (voir profil et coupe géologique fig. i, pi. IX). Je renvoie à la carte qui accompagne mon travail sur les formations post-primaires (t. XXI de nos Annales), pour ce qui concerne cet itinéraire. Pour l'ensemble de la région étudiée, on pourra consulter une carte récente telle que la feuille Congo de l'Atlas de Stieler (9 e édition), la Carte de l'Etat indépendant du Congo de M. A.-J. Wauters (i9oo) ou la Carte du Katanga de M. Drooginans (1903), dont je reproduis un extrait (pi. VIII).

Les cotes d'altitude données dans ce qui suit se rapportent à la surface du lac Kabélé, située à 620 mètres au-dessus du niveau de la mer. La même surface est prise comme plan de comparaison dans le profil (fig. 1, pi. IX).

Le 7 janvier 1892, nous quittons notre campement situé sur la rive droite du Luvoï (') et nous nous mettons en route vers le Sud-Est.

Quittant les alluvions du Luvoï, à l'altitude relative (au-dessus du lac Kabélé; de -j- 5o m., nous marchons d'abord sur un plateau peu élevé au-dessus du niveau de la rivière ; puis nous passons à des collines un peu plus hautes. Sur ces collines, on rencontre des blocs de schistes noirâtres ou altérés en rouge et de grès à grain fin, rouge foncé, cohérents. Je range ces roches dans mon Système du Kabélé.

Bientôt, nous nous élevons rapidement, en marchant à flanc de coteau sur un des côtés de la vallée d'une rivière torrentielle qui descend vers le Luvoï. (''est le versant nord-ouest des monts Hakansson. Dans le lit du torrent, on trouve de nombreux blocs de granité à biotite et quelques blocs de diabase. Le granité est quelquefois de structure nettement gneissique. Certains blocs présentent un granité pauvre en mica.

(*) Le Luvoï se jette dans le Lualaba immédiatement eu aval du lac Kisale.

M 2l3 — ( II )

La route aboutit à un haut plateau, accidenté, mais horizontal dans l'ensemble, couvert d'une argile gris clair et d'une arène grossière (*), percées ça et là de bosses granitiques. On continue à rencontrer des blocs isolés de diabase. Près du village de Mumpassi, on voit cette roche intercalée dans le granité à biotite en un dyke vertical, dirigé exactement Nord-Sud et d'un mètre environ d'épaisseur. Mumpassi est à l'altitude relative de 278 m.

Au sud de Mumpassi, le plateau continue de régner, couvert d'argile et d'arène ; le granité y affleure en grosses masses arrondies, recouvertes souvent d'épaisses écailles concentriques ( 8 ). Près du village de Lubombo (altitude relative 378m.), il forme des rochers élevés, visibles de loin, consistant en accumulations de gros blocs arrondis. La roche est à grain plus ou moins fin ; des blocs de quartz, souvent tourmalinifère, sont abondants à la surface du sol ; on en voit affleurer des veines épaisses intercalées dans le granité.

Au sud du village de Lubombo, on pénètre dans le bassin hydrographique du lac Kabélé. En même temps, le caractère topographique et la nature géologique du pays changent brusquement. Le plateau granitique mamelonné fait place à une région très accidentée, constituée par une série de crêtes alignées à peu près du Nord-Ouest au Sud-Est, offrant un versant escarpé vers le Nord-Est et un versant en pente plus douce vers le Sud- Ouest. L'altitude des crêtes s'accroît d'abord jusqu'à la cote relative de 4*° mètres, puis diminue rapidement à mesure qu'on s'avance vers le lac Kabélé.

Ce pays est constitué par une formation primaire dont j'ai fait le Système du Kabélé. Les roches que l'on rencontre d'abord consistent en schistes noirâtres, rougeâtres, ou décolorés en jaunâtre, tantôt exclusivement argileux, tantôt gréseux et psauimitiqucs, en grès cohérents, rougé foncé, les uns à gros grain, les autres à grain fin, passant à des quartzites très cohérents, gris ou gris blanc. D'une façon générale, les roches schisteuses et les grès rouge brun prédominent vers le Nord-Ouest, tandis que les quartzites gris clair deviennent plus abondants vers le Sud-Est.

(*) Ce sont là les produits ordinaires de l'altération du granité. I 2 ) Cas écailles des affleurements granitiques, dues aux variations de température, ont été fréquemment signalées en divers pays,

Ces roches sont en couches dirigées environ N. 4<>° W. et inclinées selon des angles voisins de 3o° vers le N. ou vers le S. La réapparition fréquente des mêmes roches indique qu'il existe là une série de plis répétés.

Dan 8 la partie sud-est des monts Hakansson, la direction des couches se rapproche davantage de nord-sud et l'inclinaison, très forte, tantôt £., tantôt W., est souvent voisine de la verticale. Dans cette région, la roche dominante est un quartzite gris clair ou blanchâtre, très cohérent, se débitant en parallélipipèdes irréguliers, et les schistes argileux disparaissent. A l'endroit où notre itinéraire aboutit au lac Kabélé, le quartzite est gris blanc ou blanc bleuâtre, à gros grains hyalins ou opalins ; les couches sont verticales et orientées Nord- Sud.

Dans la région où dominent les quartzites gris ou blanchâtres, on rencontre sur le sol un grand nombre de gros blocs de diabase dont je n'ai pas vu le gisement. Les veines de quartz blanc sont nombreuses dans cette région.

Comme je viens de le dire, les monts Hakansson présentent, non loin du village de Lubombo, dans la partie constituée par les couches du Kabélé, une altitude de 410 mètres au-dessus du lac Kabélé. C'est la cote la plus élevée que nous ayons constatée dans le massif situé à l'ouest du Graben du haut Lualaba (*). Pins loin, nous avons observé une hauteur de 4°3 mètres, puis une autre de 398 mètres.

Ce dernier point est très intéressant. C'est celui qui est désigné sur le profil par les mots : vue du Kabélé. Il marque le commencement de la pente rapide que présente vers l'Est la partie principale des monts Hakansson.

Un panorama grandiose est visible de cet endroit. Regardant vers l'Est, nous avions devant nous l'immense dépression 'du Graben, dont le fond est occupé par la plaine alluviale du Lualaba* Kamolondo. Nous voyions au loin le fleuve y décrire ses méandres, soulignés par les palmiers des rives. Au bas de la pente

( l ) Au nord et au sud de notre itinéraire, on aperçoit des sommets beaucoup plus élevés. On comprend que les sentiers indigènes que nous suivions ne passent pas pur les points culminants, mais cherchent, autant que possible, les cols. C'est pourquoi notre coupe ne peut avoir la prétention de représenter le relief des monts Hakansson. Elle ne figure que le profil de notre itinéraire.

que nous dominions, s'étendait la surface du lac Kabélé ; plus loin, de l'autre côté du fleuve, on distinguait eelledu Kabué ; vers la gauehe miroitait la vaste nappe du lae Upemba et son annexe, le Molenda, plus proche de nous. L'horizon était borné au loin, vers l'Est, de l'autre côté de la grande vallée, par les hauteurs bleuâtres du versant oriental du Graben, dont les premières pentes semblaient distantes de 5o à 60 kilomètres du point d'où nous dominions la plaine basse.

De ce point, une pente rapide mène au village de Mukiyombo (altitude relative i38 m.). J'ai eu l'occasion de faire, en route, une observation que je n'ai pas mentionnée plus haut, parcequ'elle ne concerne pas la géologie proprement dite des monts Hakansson, mais qui a une grande importance au point de vue de l'histoire du Graben. A l'altitude d'environ 248 mètres au-dessus du Kabélé, au point indiqué sur le profil, se présente un conglomérat, très cohérent, de volumineux galets bien roulés des roches qnartzeuses de ces collines. Les galets uniformément arrondis, atteignant le volume de la tête, n'ont pas les caractères d'un caillontis fluvial. Ils ne se présentent en masse cohérente que sur une zone très limitée en altitude, mais paraissant, d'après ce que j'ai pu voir, continue dans le sens des courbes de niveau.

A partir de Mukiyombo, nous marchons sur un plateau, accidenté de ravins, formant une sorte de plateforme entre le fond de la vallée et l'escarpement principal des monts Hakansson ; puis une pente rapide nous mène au fond de la dépression du Graben et nous atteignons la rive du Kabélé au village de Kisanga.

Les nappes d'eau que l'on désigne sous les noms de lacs Kabué, Kabélé, Upemba, etc., appartiennent au type des lagunes fluviales; mais ce sont des lagunes fluviales d'un genre particulier. On donne habituellement ce nom à des restes d'anciennes boucles séparées du cours d'une rivière par l'évolution naturelle des méandres (*). Dans le cas qui nous occupe, il s'agit des restes d'un lac envasé par les alluvions du Lualaba et de ses affluents. Si l'on désire absolument leur trouver une place dans la systématique des lacs, on pourra les ranger parmi les Einschwemmungsseen (*).

( l ) von IUchthofkn. Fûhrer, § 116.

(*) Ibidem, § 117.

Autant que j'en puisse juger par mes observations personnelles sur le Kabélé et le Kabué, les lagunes sont, même aux eaux hautes, séparées du cours du fleuve par une bande de terre d'origine alluviale, traversée de chenaux qui mettent le cours du Lualaba en communication avec ces réservoirs latéraux. Ces bandes de terre, formant, le long de chaque rive, un bourrelet saillant continu, ont peut-être joué un rôle dans le maintien des lagunes, en s'opposant, dans une certaine limite, à l'arrivée dans le fleuve des eaux des affluents. Ces lagunes auraient ainsi, à Torigne, participé de la nature de ce que von Richthofen appelle les bestàndige Seen der Xebenfliisse ( 1 ). Mais actuellement, en ce qui concerne du moins le Kabélé et le Kabué, la communication par les chenaux paraît se faire facilement et l'équilibre s'établit très vite des deux cotés des bourrelets alluviaux.

Les lagunes m'ont paru en voie de comblement rapide sous l'influence des apports de sédiments limoneux déversés par le Lualaba lors des crues, ou amenés directement par les affluents.

Une autre cause, de nature organique, tend à combler les lagunes, non moins rapidement peut-être que le dépôt de limon. Sur toute la périphérie de chacunes d'elles, là où la profondeur est le plus faible, règne une large zone de Papyrutt, constituant des roselières très denses. Les débris de ces plantes, s'accumulant sur le fond, y constituent un dépôt de terreau noir qui augmente sans cesse en épaisseur, tandis que la forêt de Papyrus envahit de plus en plus la nappe d'eau. La profondeur des lagunes est très faible et l'on voit, sur les hauts fonds, pousser des Papyrus qui,, par l'accumulation de leurs débris, en arrivent bientôt à former des îlots qui activent encore l'envahissement de ces nappes d'eau. Tous ces débris de végétaux, mêlés au limon apporté par les rivières, tendent à constituer un sol peu ferme d'abord, mais qui acquiert de la consistance avec le temps.

Je n'ai pas eu l'occasion de voir, sur le Kabélé, les iles flottantes, formées de végétation, qui existent, plus au Nord, sur le lac Kisale (').

f 1 ) Ibidem, $ n<>

< 2 ) Cameron n'en parle que d'après des racontars de nègres. Mais M. Lattes, qui a étudié le cours du haut Lualaba au point de vue de la navigation, dit que « à la sortie du lac Kisale. le cours du Lualaba, aux eaux » hautes, est encombré d'iles flottantes de Papyrus. On en trouve un grand » nombre sur le lac lui-même ». Mono, géogr.* 10 avril 1904, col* 172 et 17 avril 1904, col. i85>.

Nous n'avons constaté, dans le lac Kabélé, que des profondeurs de 3 à 4 mètres ; en plusieurs points très éloignés des rives, les pirogues raclent le fond. La profondeur du lac Kisale, d'après M. Lattes, varie, aux hautes eaux, de 3 à 4 ot jusque 5 mètres ( 1 ).

Nous allons passer à la description de notre itinéraire, d'un bord de la plaine alluviale à l'autre, depuis Kisanga, sur le lac Kabélé, jusque au-delà de Kisambi ( 2 ), sur la rive droite du Lualaba.

Jusqu'au village de Béna-Pondé, nous marchons, dans la plaine marécageuse, au pied des collines escarpées qui constituent le flanc occidental du Graben ; on y voit, par place, des portions de falaises verticales tournées vers la plaine. En certains endroits, le terrain se relève légèrement et forme des collines basses, bien distinctes de l'escarpement extérieur, montrant des affleurements rocheux ; ce sont des grès, des psammites et des schistes rougeàtres, des quartzites blancs, etc., dépendant du Système du Kabélé.

Près de Béna-Pondé, on trouve des collines très peu élevées, également indépendantes du massif qui borde la plaine d'un escarpement continu, mais arrivant jusqu'à son pied. Elles offrent un grand nombre d'affleurements de roches du Système du Kabélé : quartzites blanchâtres, grès, psammites et schistes rougeâtres, schistes argileux noirâtres et schistes noirâtres, durs, feuilletés. Ces roches sont en couches verticales, ou peu s'en faut, et orientées à peu près Nord- Sud. La réapparition fréquente des mêmes roches montre la présence de plis isoclinaux ou de failles à répétition.

A partir de Béna-Pondé, nous nous éloignons de l'escarpement occidental et cheminons exclusivement dans les marais de la plaine, jusqu'au-delà de la rivière Luilu, le plus important des affluents du Kabélé. Au village de Moakulu, le sol se relève légèrement, mais ne montre aucun affleurement. Ce point est situé non loin d'une anse du Kabélé, occupée par des Papyrus.

Entre Moakulu et Muchimuna, où nous touchons le Lualaba,

(>} Ibidem, col. i83.

( 2 ) Le profil qui accompagne ce travail (pi. IX, fig. Hest mené en ligne droite à travers le Kabélé.

s'étend une plaine horizontale, à sol de nature alluviale, inondée à la saison des eaux hautes. En amont de Muchimuna, la rive gauche du fleuve est bordée d'une colline très surbaissée, isolée au milieu des alluvions, présentant des affleurements de quartzites et de schistes rouges, inclinés vers le Sud-Est.

Nous avons franchi le Lualaba au village de Kisamba. De ce point, on aperçoit nettement, à l'Est comme à l'Ouest, les collines qui bordent, comme deux remparts escarpés, la basse plaine alluviale où le Lualaba coule presque à pleins bords, en décrivant de larges méandres. De la plaine alluviale, font saillie, en tranchant nettement sur sa surface, des collines déprimées, formées de quartzites et de schistes rouges du Système du Kabélé.

A l'est du village de Kisamba, se trouve la lagune du Kabué, reliée au fleuve par une série de chenaux. A l'époque de notre passage (i4"i5 janvier), l'eau y coulait du fleuve vers la lagune (*).

Sur la rive droite, un peu en aval de Kisamba, se voit une colline déprimée montrant, par places, des affleurements d'un conglomérat à éléments volumineux. Un peu plus en aval, près du dernier des chenaux du Kabué, se trouve un amas de blocs colossaux du même conglomérat. Il est formé de fragments de toutes grosseurs, les uns bien roulés, les autres plus ou moins anguleux, de quartzites, grès, psammites et schistes du Système du Kabélé, réunis en une masse très cohérente.

La suite de notre itinéraire, d'abord parallèle au Lualaba, croise une série de chenaux du Kabué, en terrain très marécageux, puis se recourbe vers le Sud, en s'écartant du fleuve. Près de ce point, se trouve une colline, haute d'une centaine de mètres, émergeant de la plaine non loin du Lualaba. Elle est entièrement formée du conglomérat décrit plus haut (*).

(') En 1893, je disais que « le Kabélé, le Kabué, et sans doute les lagunes » voisines constituent, pour le cours du Lualaba, une sorte de régulateur, » qui tend à modérer, en aval, la rapidité et l'intensité des crues et des » baisses de niveau ». (Mouv. géogr. y 12 novembre 1893, p. 102.) Cette opinion a été confirmée par M. Laites : « Le retard dans la baisse des eaux » doit être attribué exclusivement à l'existence des innombrables lacs qui » bordent le Lualaba ; ces lacs fonctionnent comme des réservoirs immenses » et retardent, en les rendant moins sensibles, la baisse et la crue des eaux » dans le fleuve ». <Ibid., 10 avril 1904. col. 171.)

('i Kntre cette colline et le village de Kisamba, se trouve le village de Balunga, dont la position nous servira plus loin à relier les observations de M. Lattes aux nôtres.

Ce paragraphe concerne les observations faites depuis le fond du Graben du Lualaba jusqu'au plateau de la Manika, c'est-à-dire sur le massif délimitant le Graben du côté de l'Est.

Quittant la plaine alluviale du fond du Graben, nous nous élevons sur les collines qui le séparent de la vallée du Fungwé. Ces hauteurs sont peu importantes ; le long de notre itinéraire, on n'y trouve pas d'altitude supérieure à. 140 m. au-dessus du Kabélé. On y voit affleurer les quartzites gris clair du Kabélé.

Après une longue marche vers le Sud, sur un plateau peu élevé (20 m. à 3o m.), ne montrant aucun affleurement, on voit apparaître d'autres roches, d'un caractère tout différent.

Elles constituent ce que j'ai appelé le Système du Fungwé et sont de faciès, sinon d'âge nettement archéen.

En traversant une longue crête (ait. 140 m.) qui borde, vers l'Ouest, la vallée du Fungwé, on trouve, sur le sol, des blocs de micaschistes dont certains échantillons sont pétris de grenats, de micaschistes fortement tourmalinifères, de quartzites blancs, etc.

Au pied du versant oriental de cette crête, on arrive, à la cote relative de i3 mètres, aux sources thermales sulfureuses de Kafungwé (70 C).

Ces sources donnent naissance à un ruisseau portant le même nom et allant rejoindre, non loin de là, la rivière Fungwé. Aux alentours des sources, on observe plusieurs affleurements d'un quartzite noirâtre, très dur, disposé en bancs épais alternant avec des couches très feuilletées passant au micaschiste ; la roche est plus ou moins micacée et renferme un peu de tourmaline. Ces couches sont orientées X.45°E. et inclinées de 6o° vers le Sud-Est.

A un endroit, on voit, assez peu nettement, un pointement d'un granité à mica blanc, pegmatoïde. On trouve, en outre, près des sources, des blocs de tourinalinite, de quartzite à tourmaline, de quartzite micacé grenu et non schistoïde, etc.

Au-delà des sources thermales, nous entrons dans la plaine alluviale du Fungwé (*) et nous rejoignons cette rivière au village de

(') Cette rivière, dans sa partie inférieure, coule parallèlement au Lualaba et va se jeter dans l'extrémité sud du lac I T pembaet non dans le lac Kabué, comme je lai indiqué sur ma carte de i8y4« Elle semble cependant envoyer une branche latérale vers le Kabué.

Kibanda (cote relative 8 mètres). Elle coule, en aval, dans une large vallée parallèle à celle du Lualaba, dont elle est séparée par les collines traversées à l'ouest des sources thermales.

Le Fungwé descend de la région élevée de l'Est et nous en remontons la vallée à partir de Kibanda. Nous pénétrons ainsi dans le système de hauteurs auquel nous avons donné le nom de monts Bia et qui forment le flanc oriental du Graben de l'Upemba. Elles sont adossées au haut plateau de la Manika et forment, avec ce plateau, le massif important qui sépare le Graben de FUpemba de la grande dépression de la Lufila. Ce massif répond aux mont* Mitumba de M. P. Reichard et de M. A.-.J. Wauters.

Dans les monts Bia, nous rencontrons d'abord, entre Kibanda et Kamukichi, des blocs de gneiss et de micaschiste très altérés, puis de granité à mica noir, de tourmalinite et de diabase.

En amont de Kamukichi, le Fungwé coule, au fond d'une gorge profonde, sur du granité à mica noir. La roche affleure, le long de la route, en énormes bosses d'où se détachent de grandes écailles concentriques ; on en trouve, en outre, de gros blocs arrondis, accumulés sur les collines.

Bientôt, la route s'écarte du Fungwé et Ton pénètre, en marchant vers l'Est, dans de hautes collines escarpées, constituées surtout par une roche plus ou moins feuilletée, formée de mica et de quartz mêlés d'oligiste et rappelant l'itacolumite ; elle est dirigéeN.45°E. et montre de fréquentes réapparitions de granité à mica noir et de tourmalinite. Xous atteignons, dans ces collines, l'altitude relative de 388 mètres.

Au-delà du village de Wambubé, qui est dans une vallée (ait. relat. i58 m.), nous marchons vers le Sud-Est et la route s'élève rapidement sur des collines où affleure exclusivement le granité à mica noir. Elle mène à un plateau élevé et accidenté (ait. relat. 488 à 538 m.), où l'on trouve sur le sol des blocs de schistes cristallins divers, de granité gneissique et de tourmalinite. On s'élève ensuite jusque 598 mètres.

Bientôt, le pays devient moins accidenté et l'on arrive brusquement devant un escarpement peu élevé, conduisant à un immense plateau à peu près horizontal, la Manika, formé par les couches horizontales de schistes argileux, grès et calcaires dépendant du Système de Kundelungu. Nous avons observé sur la Manika les altitudes relatives de 688 mètres.

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