III. CONCILE DU VATICAN
Il est dit dans la même page : « On peut remarquer « que les évèques (du concile du Vatican) opposés à « l'infailliljilité , sortaient de Saint-Sulpice. » Mais si l'historien avait fait de l'histoire , au lieu de traduire ses impressions personnelles, n'aurait-il pas dû observer : 1° qu'il y avait bien , pour le moins , autant d'évêques dans la majorité que dans la minorité , qui étaient sortis de Saint-Sulpice; 2° que dans la minorité, il y avait pour le moins autant d'évèques venus d'Allemagne , de Hongrie , d'Amérique , que de la France ; que quelques-uns même avaient fait à Rome toutes leurs études théologiques? Ceci est de l'histoire, mais ne parait pas entrer dans le plan de l'auteur. Quand on lui a opposé que plusieurs évèques sortis de Saint- Sulpice étaient dans la majorité du concile , il a répondu : « D'autres évèques sortis de Saint-Sulpice ont « agi en sens contraire ; oui , mais est-ce Saint-Sulpice « qui leur a inspiré ce changement, ou plutôt cette « opposition de conduite? Saint-Sulpice leur avait en- « seigné le gallicanisme; ils l'ont repoussé par un
" travail propre de leur esprit. C'est leur honneur et « leur gloire d'avoir brisé les langes de leur berceau. »
Le critique n'a pas probablement la prétention de mieux connaître les pensées et les dispositions des évèques, qu'ils ne les connaissaient eux-mêmes ; d'être meilleur juge qu'eux du principe sous l'influence duquel ils ont agi. Or, plusieurs de ces prélats ont déclaré, avant et après le concile du Vatican, par des actes même publics et officiels , que c'est à Saint-Sulpice qu'ils ont puisé le respect , l'obéissance et l'amour qu'ils professent pour le Saint-Siège. D'autres ont parlé dans le même sens, et nous ont fait parvenir, spontanément , la peine qu'ils avaient éprouvée en lisant les imputations injurieuses du continuateur de \ Histoire de M. Darras. Nous mettrons à la fin de ces observations le décret du concile provincial de Bordeaux, tenu à la Rochelle, et la lettre du vénérable Cardinal de Paris.
A l'occasion de ce concile de la Rochelle, où les évèques avaient déclaré être redevables, en grande partie, aux prêtres de Saint-Sulpice , des sentiments de dévouement qu'ils avaient appris à professer à l'égard du Souverain Pontife, M^ Pie, évêque de Poitiers, écrivait au supérieur général de la Compagnie : " En présence de la fidélité séculaire de Saint- '< Sulpice au Saint-Siège, en présence de ces bons " combats d'autrefois contre le jansénisme , contre la " constitution civile du clergé , contre les prétentions « schismatiques de Napoléon, le silence du concile eût « été une trahison et une ingratitude... Nous sommes
« à cent lieues d'avoir par là acquitté suffisamment « notre dette personnelle de reconnaissance envers nos « maîtres ; combien moins celle de nos diocèses et de « toute l'Église de France , envers l'école où toutes les « générations ecclésiastiques ont puisé les principes « fondamentaux du dévouement à ce Saint-Siège , « dont les doctrines seraient soutenues par vous jusce qu'au martyre (1) ! »
L'historien dit encore, toujours relativement au concile du Vatican , i< que le canoniste Icard était le secré- « taire de la gauche conciliaire ». Celui que l'on met ici fort gratuitement en scène, déclare d'abord qu'il n'a connu ni droite , ni gauche conciliaire ; cette dernière expression lui parait une injure à des prélats dignes de respect ; il n'a connu au concile que des évêques qui aimaient sincèrement l'Église et ne voulaient que son bien , quelle que fût la divergence de leurs idées sur l'opportunité d'une définition dogmatique relativement à l'infaillibilité du Souverain Pontife. Il a donné, de plus , et il donne le démenti le plus formel à l'affirmation de l'historien. Il n'a été, à aucun titre, le secrétaire de la minorité du concile. Il s'est maintenu dans la situation qu'il lui convenait d'avoir envers tous les membres de cette sainte assemblée ; il avait des rapports aussi fréquents avec ceux de la majorité qu'avec ceux de la minorité ; s'il a écrit des notes ou des mémoires sur la question débattue parmi les Pères du concile , il l'a fait uniquement pour des membres de la majorité, en faveur d'une définition, qu'il jugeait né- (1) Histoire du cardinal Pie, loinel, p. 501 c\ suiv.
cessaire alors, vu l'état des esprits. Plusieurs prélats vivant encore peuvent lui rendre témoignage , qu'il a fait des démarches auprès d'eux pour leur conseiller de voter la définition . Il regrette d'être amené ainsi à parler de lui : Facttis siim insipiem , vos me coegistis {i).
Un reproche que l'on adresse à Saint-Sulpice , c'est que l'on '< doit regretter que sa théologie, dite de «( Toulouse, par le Sulpicien Bonal, eines.Instituti'ones « Jiiris canom'ci à^lcRTd,so\en{ si peu en harmonie avec « les conséquences nécessaires du dernier concile ». On parle sans doute ici des éditions , soit de la théologie, soit des institutions de droit canonique, qui ont paru depuis le concile du Vatican ; on n'exigerait pas que celles qui auraient paru auparavant , eussent été faites en harmonie avec les décrets du concile. Hé bien, que le critique veuille citer une seule des conséquences
(1)11 Cor., xii, 11. L'historien a reconnu depuis qu'il avait été induit en erreur sur le fait du secrétaire de la gauche conciliaire, et nous lui en sommes reconnaissant. Mais il a mis en note : « Ce fait était à Rome « de notoriété i)ublique, sans que rien en ait pu dissuader l'opinion publi- « que. » Qu'il nous pennelle de lui dire que sur ce point encore il a été mal informé. La prétendue notoriété dont il parle n'avait pas d'autre pro]iortion que celle de ce qu'on appelle vulgairement un concoHj sorti d un petit groupe de théologiens qui font répété à quelques-uns de leurs amis. C'était si i)eu notoire, que ceux avec qui nous étions en rapport, et nous personnellement, nous n'en avions jamais entendu parler, quand, peu de temps avant notre départ de Rome, le pieux évéque de Mende, M. Foulquier, nous rencontrant près de l'Ara cccli, nous dit que, la veille, un evèque avait dit devant lui, que nous étions le secrétaire de... etc.. Nous lui dîmes: Veuillez me conduire demain matin chez cet évèque.et je lui demanderai devant vous comment il a pu accueillir un bruit dénué de toute vérité. Il ne crut pas devoir me nommer cet évéque; il nous fut par conséquent impossible de nous cxpiiijuer ensemble.
nécessaires du concile du Vatican , avec laquelle nos théolo.S'ies et nos institutions canoniques ne soient pas en harmonie. Avant d'accuser renseignement d'une Compagnie chargée de la direction de plusieurs grands séminaires, l'auteur aura dû sans doute ne pas s'en tenir à des conjectures, à des anecdotes qu'il aurait entendu raconter, ni même à ce cpi'on aurait pu lui dire d'éditions puhliées il y a vingt ou trente ans; il aura dû examiner les éditions actuelles. Le bon sens et la justice le demandaient. Nous serions très reconnaissant à celui qui aurait la charité de nous montrer une phrase en opposition avec le concile : nous nous empresserions de l'effacer; mais nous sommes bien sûr que l'historien qui nous a fait ce reproche, ne sera pas à même de nous rendre ce service. Ce n'est du reste que pour aller au plus court , que nous parlons des éditions des institutions canoniques qui ont paru depuis le concile. Nous aurions pu remonter jusqu'à la première donnée en 1859. Que, dans les premières éditions, il se soit glissé quelque chose de moins exact, non sur la constitution de l'Église, ni par conséquent sur l'autorité du Souverain Pontife, mais sur des questions secondaires de discipline, nous le reconnaissons sans difficulté : des décisions des sacrées Congrégations romaines nous ont éclairé sur des points que nous n'avions d'abord connus que d'une manière imparfaite ; et , ne désirant autre chose que la vérité , nous n'avons éprouvé aucune difficulté à modifier sur quekpies articles la rédaction première , comme font d'ailleurs tous les hommes qui procèdent avec simpli-
cité (le cœur (1 ). Quant aux doctrines définies par le concile du Vatican, nous n'avons rien eu à modifier dans tout ce que nous avions dit dès le commencement ; nous avons été heureux de voir dans les actes de cette sainte assemblée la confirmation de notre enseignement.
L'historien termine par exprimer une crainte et un vœu . Sa crainte est que nous ne passions du gallicanisme au libéralisme ; son vœu est que nous ne nous bornions pas à protester de notre obéissance à la sainte Église romaine , mais que nous pratiquions cette vertu.
Il peut se rassurer contre ses craintes, et nous lui savons bon gré de ses vœux ; nous lui dirons seulement qu'il n'y a rien dans la situation de la Compagnie qui motive ni ses appréhensions, ni l'expression de son désir. Nous espérons de la grâce de Dieu que nous serons toujours souQiis d'esprit, de cœur et de conduite, à Nosseigneurs les évêques et au Souverain Pontife, comme vrais enfants de notre vénéré Père et fondateur M. Olier.
Cl) Le critique dil dans sa brochure : « Quant à Sainl-Su'.pice, si je « suis bien informé, il y aurait deux cours de droit canon : l'un, où (( l'auteur enseigne les Prxlecliones amendées chaque jour; l'autre où n le ])rofesseur, élève de Rome, consacre ses classes à les réfuter. » [Doctrines et conduite de Sainf-Sulpice, pag. 45.) Il n'est pas mieux informé sur ce point que sur tant d'autres dont il parle. Il n'y a qu'un professeur de droit canon au séminaire de Saint-Sul|iice, et ce professeur, tout en gardant la liberté donlnous jouissons tous sur des points secondaires sujets à controverse, ne s'éloigne presque jamais des opinions des Pisclectiones, parce qu'il n'y trouve pas d'autre enseignement que celui qu'il a reçu dans les écoles de Rome.