‹ Observations sur quelques pages d'une Histoire de l'Eglise, relatives à la Compagnie de Saint-SulpiceChapitre 2 sur 19 · RELATIVES A LA CO.MPAGXIE DE SAÏXT-SULPICE · texte numérisé non relu

RELATIVES A LA CO.MPAGXIE DE SAÏXT-SULPICE

.le venais de terminer mon travail sur les Traditions de la Compagnie de Saint-Sulpice dans la direction des grands séminaires, quand on m'a commimiqué un vokime de la continuation de Y Histoire de l'Eglise de l'abbé Darras (tome XXXVII) , qui renferme des pages fort injurieuses pour nous et des appréciations, plus fausses encore qu'elles ne sont injurieuses, de la conduite de notre petite Compagnie . Il me répugnait de les relever, parce que nous avons appris de nos pères à ne répondre à ces insultes que par le silence et par une vie aussi irréprochable devant Dieu et devant nos supérieurs légitimes que nous le permet la faiblesse humaine.

Cependant mes confrères désiraient une réponse. Plusieurs Évèques me faisaient observer que dans cette circonstance le supérieur de la Compagnie de Saint- Sulpice ne devait pas garder le silence; un éminent

Cardinal m'assurait que c'était aussi la pensée du Saint- Père. Je ne pouvais hésiter plus longtemps. Quelques écrivains, un ou deux, avaient déjà, sans doute, soit dans des feuilles publiques , soit dans un livre , fait des appréciations fort inexactes de la conduite et des doctrines de la Compagnie, sans que nous eussions protesté : était-ce un motif de nous maintenir dans la môme réserve , quand ces attaques sont accumulées , aggravées, consignées dans un livre portant le titre à' Histoire de l Église , livre destiné aux séminaires et au clergé? Fallait-il encore se taire, et laisser passer ces attaques à la postérité sans protestation, comme autant d'affirmations acceptées par les contemporains? On ne l'a pas cru.

Saint Alphonse de Liguori , apprenant que des prêtres répandaient dans le diocèse de Bari des bruits désavantageux à sa Compagnie, touchant des doctrines morales, s'empressa de protester contre ces imputations, par une lettre adressée, le 15 juillet 1772, au Supérieur des Prêtres de la Mission de Naples. Il déclara que lui et les siens n'étaient ni probabilistes , ni rigoristes ; il exposa en quelques mots sa doctrine , espérant que ceux qui avaient conçu des préventions injustes, apprécieraient mieux les choses quand ils auraient lu les écrits qu'il publiait. Nous tâchons d'imiter ce saint , espérant , nous aussi , que ceux qui ne connaissaient pas la Compagnie , reviendront des préventions injustes qu'on leur a suggérées, en lisant les pages que nous mettons sous leurs yeux.

Le continuateur de X Histoire de M. Darras nous ap-

prend que lorsqu'il arriva , clans son travail , à parler de Saint-Sulpice^ il n'ignorait pas « que ce sujet était un nid à vipères (1) ». Ces termes, que nous n'avons pas à qualifier ici, nous donnent une idée de l'impartialité avec laquelle il a diî s'occuper de la Compagnie. Il s'exprime d'abord d'une manière peu juste, et très peu convenable, selon nous, sur les écrits de M. Olier; il en vient ensuite à la société de Saint-Sulpice ; il cite un témoignage du cardinal de Bausset qui avait pour elle une profonde estime, et ajoute ce qui suit. Nous citons textuellement (2) :

« Ainsi parle de Saint-Sulpice un de ses élèves de- « venu cardinal. L'éloge est beau, mais sans ombre ; (( c'est plus un hommage de gratitude qu'une appré- « dation historique. La critique, la raison et l'histoire (( ont le droit de parler après la reconnaissance. Or, « dans la conception de l'œuvre , on peut regretter « qu'elle soit réduite à l'état d'association volontaire ; « qu'elle ait négligé le développement plus approfondi « des premiers germes de la science et du talent; « qu'elle ait laissé à ses élèves pour ainsi dire le soin « de se faire eux-mêmes. En fait, il est difficile de croire « que l'association ait laissé , à ses élèves et à ses mem- « bres, une liberté si entière; il parait plutôt par « l'éloge de leur vertu , qu'elle effaça en eux les reliefs « saillants de la personnalité, pour ne laisser paraître « que le niveau commun et la forme usitée du vrai « Sulpicien. Leur attachement aux décisions et à l'au-

(1) Doctrines et conduite de Saint-Sulpice, p. 7.

(2) Histoire de l'Église, etc., tome XXXVII, j^age 404.

« torité de l'Église doit s'entendre des décisions et « des opinions de l'Egiise gallicane. On ne voit pas, « dès l'origine, qu'ils aient pris, comme tant d'autres, « les consignes du Saint-Siège ; ils se sont assujettis « aux; évèques, et sont devenus, comme eux, gallicans (( et rigoristes. Saint-Sulpice a été pendant deux siècles « la citadelle du particularisme français. De Bossuet à « Frayssinous , Saint-Sulpice est resté pétrifié dans les « quatre articles de 1682 ; et en 1828 , ses nourrissons « persécutaient l'Église. Après 1830, parles écrits de (( l'abljé Gosselin , Saint-Sulpice vint à une apprécia- « tion moins sévère , fausse encore , du rùle historique « de la papauté. De nos jours, avant les condamnations (( du Vatican , il était venu , par les Hamon et les « Icard , à peu près aux doctrines romaines ; cepen- « dant on peut remarquer que les évêques opposés à « l'infaillibilité sortaient de Saint-Sulpice; que le cano- (( niste Icard était le secrétaire de la gauche conciliaire ; « et que le Sulpicien Gaduel (1) faisait, par ses écrits « anonymes, la plus sotte opposition au triomphe des (( doctrines orthodoxes. De plus on doit regretter que (( sa tliéologie dite de Toulouse, parle Sulpicien Bonal, « eisQsInstilationes jnris cânonici à'ic^và soient si peu « en harmonie avec les conséquences nécessaires du « dernier concile. »

L'historien termine en citant une parole irréfléchie

(1) M. Gacluel était sorti depuis longtemps de la Compagnie de Sainl- Sulpice, quand s'est tenu le concile du Vatican. Nous ne croyons pas que ce prêtre respectal)le ail jamais publié d ecrils anonymes pour s'opposer au triomphe des doctrines orlliodoxes. Nous n'en avons aucune connaissance.

qu'avait dite l'abbé Combalot (1) , pour nous conseiller de ne pas donner dans les idées libérales , en sortant du gallicanisme ; il craint , d'après un panégyrique du P. Lacordaire , prêché par un prêtre du diocèse de Paris, autrefois élève de Saint-Sulpice , que ce malheur ne nous arrive. Ailleurs, dans le tome XL deï Histoire, il dit, en parlant de la situation de l'Église en France, en 1829 : « Les quatre articles étaient le palladium de « l'Église et de la patrie. Un séminaire du gouverne- « ment avait charge spéciale d'en fourbir l'enseigne- " ment, et de former des provins ecclésiastiques pour « faire prôvigner ces semences de schisme et d'hé- « résie (2). »

Il est difficile d'accumuler, dans un style que nous ne voudrions pas imiter, plus d'inexactitudes en quelques lignes ; ce que nous observons toutefois sans inculper les intentions de l'écrivain , car nous supposons volontiers qu'il a écrit toutes ces choses de bonne foi , sous la préoccupation de certaines idées, et sur des rapports qu'il n'a pas pris la précaution de contrôler avant de les faire passer dans son Histoire.

Pour apprécier, comme elles le méritent , les affirmations du critique , nous rappellerons sommairement l'esprit et la conduite de la Compagnie de Saint-Sulpice depuis son origine jusqu'à l'assemblée du clergé de France de l'année 1682; depuis cette assemblée, où

(1) M. Coinbalot avait dit, clans un moment d'humeur, qu'il fallait mettre le feu à Saint-Sxdpice pour éclairer la France. II ne prévoyait probablement pas que cette boutade serait un jour imprimée dans une Histoire de l'Église.

(2) Histoire de V Église, tome XL, p. 593.

furent réclig"és les quatre fameux articles sur les maximes du clergé de France, jusqu'à la révolution de 1793 ; depuis le concordat jusqu'à nos jours. Un dernier chapitre renfermera les lettres de plusieurs Évoques et le Bref du Souverain Pontife.

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