‹ Observations sur quelques pages d'une Histoire de l'Eglise, relatives à la Compagnie de Saint-SulpiceChapitre 8 sur 19 · IV. LITURGIE · texte numérisé non relu

IV. LITURGIE

Ce que nous avons dit du gallicanisme s'applique à la liturgie parisienne, autre objet de récrimination contre la Compagnie de Saint-Sulpice. Ici la simple exposition des faits suffît.

Le séminaire de Saint-Sulpice a été , parmi les communautés ecclésiastiques de Paris , qui étaient attachées, par quelques liens, au service paroissial, le dernier à accepter la liturgie nouvelle et le premier à l'abandonner, pour se mettre au rit romain (1).

Tant que le faubourg Saint- Germain demeura sous la juridiction de l'abbé, le séminaire et la paroisse de Saint-Sulpice conservèrent fidèlement le rit romain; mais quand par suite d'une transaction faite, en l'année 1668 , entre l'Abbaye et l'Archevêché , le faubourg eut été placé sous la juridiction de l'archevêque de Paris , celui-ci , pour établir l'unité dans son diocèse , exigea que le rit parisien fût substitué au rit romain dans la paroisse de Saint-Sulpice , ce qui ne fut exécuté qu'en 1692.

Ce changement de liturgie en amena un assez considérable dans les usages du séminaire. Jus-

(1) Les prêtres de Saint-Lazare nous ont devancés dans le retour à la liturgie romaine; mais leur situation n'était pas la même pour le service paroissial. Ils avaient adopté, avant la Révolution, la liturgie particulière de chacun des diocèses où ils se trouvaient établis; ils ont repris en province le bréviaire et le missel romains, dès l'année 1851. Des circonstances indépendantes de leur volonté les portèrent à suivre, à Paris, le rit diocésain, pour l'office public, jusqu'à l'année 1868. {Vie de M. Etienne, chapitre xxiii.j

qu'alors tout le séminaire assistait aux offices de la paroisse les dimanches et jours de fêtes , pour la grand'messe , les vêpres, les matines, etc. On ne crut pas pouvoir rompre avec ces traditions, à cause des liens qui unissaient le séminaire et la paroisse, et aussi parce que rarchevèque de Paris tenait à ce que les clercs de son diocèse fussent formés à la liturgie parisienne; d'un autre coté . il en eût coûté beaucoup d'abandonner le rit romain , et d'en priver un nombre considérable de séminaristes appartenant à des diocèses où il était encore conservé. On prit un moyen terme, qui fut d'introduire la célébration solennelle des offices dans la chapelle du séminaire, où la liturgie romaine serait maintenue , et de diviser les élèves en deux: sections qui iraient alternativement à la paroisse.

Cette pratique fut maintenue jusqu'en l'année 1708. Le cardinal de Noailles avait prescrit que le séminaire se conformât pour le bréviaire , comme pour les offices, aux règles du diocèse. M. Leschassier, alors supérieur, ne put obtenir un délai que sous la condition que l'on commencerait après les vacances. — Le rit romain fut néanmoins conservé à la Solitude jusqu'à la Révolution.

Ue nouvelles difficultés s'élevèrent en 1735 , quand M. de Vintimille publia un bréviaire qui contenait des nouveautés dangereuses, favorables au jansénisme, et tendant à diminuer la dévotion à la sainte Vierge. « Le « nouveau bréviaire , dit dom Guéranger, ne pouvait « qu'exciter un soulèvement dans la portion du clergé « qui s'était formellement déclarée contre les nouvelles

« erreurs. Le séminaire de Saint-Sulpice, qui n'avait « renoncé au bréviaire romain, pour accepter celui « de François de Harlay, qu'après une résistance cons- « ciencieuse et sur l'injonction expresse de l'archevê- « que de Paris, protestait contre la nouvelle liturgie « avec une franchise digne de l'inviolable orthodoxie (( qu'il avait toujours fait paraître (1). »

Singulière distraction ! Le critique de Saint-Sulpice dit de son côté : « Les fils d'Olier s'inclinèrent devant (' l'ordre du prélat et ne parurent pas même soupçonner « que le devoir de l'obéissance à l'évêque était primé « par le devoir supérieur de l'obéissance au Pape. La « question ne se posa pas dans leur esprit, fermé du côté « de Rome (2). » Il n'a d'autre autorité, pour écrire ces aménités à l'adresse de Saint-Sulpice, que celle de dom Guéranger, auquel il nous renvoie par une citation au bas de lapag-e. On vient de le voir, dom Guéranger dit tout le contraire. Le savant Bénédictin réitère ses affirmations en faveur de la Compagnie en plusieurs endroits, et il termine un chapitre en plaçant le séminaire de Saint-Sulpice dans la liste, si peu nombreuse, observe-t-il, de ceux qui s'opposaient aux changements liturgiques. Symon de Doncourt, dans ses Remarques historiques , constate aussi la pression qu exerça l'archevêque de Paris sur le séminaire de Saint-Sulpice pour lui imposer ses livres liturgiques (3) .

(1) Institutions liturgiques, tome II, chap. xix, p. 346, 386.

(2) Doctrines et conduite de Saint-Sulpice, p. 19.

(3) Dans l'assemblée tenue le 31 mars 1692, il fut signifié que « Monsei- « gneur l'archevêque voulait que l'usage fût semblable et uniforme dans n toutes les paroisses de cette ville, et ne i^rétendait plus donner d'autres

Le résultat des protestations de Saint-Siilpice, auxquelles adhérèrent les prêtres du séminaire de Saint- Nicolas et d'autres, fut de persuader à rarclievèque de Paris , dont les novateurs avaient surpris la bonne foi, de faire corriger son bréviaire. Les jansénistes ne manquèrent pas de s'en plaindre. Les Nouvelles ecclésiastiques reprochèrent aux Sulpiciens de s'être élevés contre leur bréviaire , nullement favorable au molinisme : (( WS\. de Saint-Sulpice , disent-elles, ont fait un « personnage digne des lumières tliéologiques et du « bon goût que tout le monde leur connaît. Il n'a pas " tenu à ces messieurs que le bréviaire n'ait été sup- « primé (1). » Il était admis à Técole des jansénistes que ceux qui ne pensaient pas comme eux , n'avaient ni g-oùt , ni science théologique.

Le bréviaire corrigé et imposé au diocèse fut accepté. Les successeurs de M. de Vintimille, M. de Beaumont, M. de Juigné, etc., le conservèrent. On finit par s'habituer à ces nouveaux livres liturgiques; la plupart des églises de France en eurent de semblables, sans que les Souverains Pontifes aient fait entendre des réclamations, ni même donné des conseils pour en changer. Le silence du Saint-Siège, qui n'était de la part des Papes qu'une sage réserve, en raison des cir-

« remises, ni recevoir d'autres excuses à ce sujet, en sorte que l'on se « trouva dans une nécessité indispensable de se conformer à l'usage de « Paris, pour ne pas contrevenir aux ordres de Monseigneur l'archevê- « que.» — Remarques historiques sur l'Église et la paroisse deSainl- Snlpice, page 360.

(1) ISouvelles ecclésiastiques, table des matières, tome II, p. 849; — tome III, 28 juillet 1736.

constances critiques où se trouvait la France , fut interprété dans le sens d'une autorisation tacite; de sorte qu'après la Révolution et le rétablissement du culte public, tous les prêtres, à Saint-Sulpice comme ailleurs , continuèrent à suivre le rit parisien , sans scrupule, jusqu'au pontificat de Pie IX.

Ce Pontife, de vénérable et sainte mémoire, nous ayant fait exprimer le désir que l'on adoptât, au séminaire de Saint-Sulpice, le bréviaire romain, nous le finies immédiatement, sans hésitation. Pour l'office public , le Pape fut d'avis que l'on attendit jusqu'à ce que l'autorité diocésaine eût pris une mesure. Après la mort de M"' Darboy, nous demandâmes aux vicaires capitulaires l'autorisation de célébrer les divins offices au séminaire et à la paroisse selon le rit romain. Ces messieurs ne crurent pas devoir décider eux-mêmes , mais ils ne trouvèrent pas mauvais que nous prissions l'avis de M^"" Guibert , nommé à l'archevêclié de Paris ^ nous laissant toute liberté de suivre le conseil qui nous serait donné. M. Caval, alors supérieur, me dit d'aller à Tours voir notre futur archevêque. Ce saint prélat m'assura qu'il lui serait agréable de voir le séminaire et la paroisse de Saint-Sulpice inaugurer le rit romain, ce qui donnerait un bon exemple et un encouragement pour les autres paroisses. Cette réponse du prélat leva toutes les difficultés, et nous commençâmes à suivre la liturgie romaine dès l'année 1871. Nous avions donc raison de dire, dès le début de ces réflexions, que Saint- Sidpice a été, parmi les corps ecclésiastiques attachés

à une paroisse, le dernier ;l accepter le rit parisien, le premier à Tabandonner.

Quand on réfléchit sur ce qu'on appelle le mouvement liturgique dans les Eglises de France , pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle, on en saisit facilement les origines, le principe et les écarts.

Qu'il y ait eu des hommes téméraires, des novateurs qui aient vouhi éloigner nos Églises du centre de l'unité catholique et introduire leurs mauvaises doctrines par le moyen des livres liturgiques, cela n'est pas douteux. Mais ce n'était certainement pas la pensée des évêques, qui , sauf de rares exceptions , ont agi avec une pleine bonne foi, et dont plusieurs ont bien mérité de l'Église par leurs travaux apostoliques et par de grandes vertus ; ce n'était pas non plus la pensée de l'immense majorité du clergé.

On était habitué , dès l'origine de nos Églises , k avoir des usages particuliers, des livres liturgiques qui , bien que conformes pour le fond aux livres romains, en différaient sur plusieurs points. On sentit le besoin d'une réforme, dont les Souverains Pontifes avaient donné l'exemple depuis Léon X. On partit alors d'un principe incontestable, on en tira de fausses conséquences. Le principe vrai est que, d'après les bulles de saint Pie V, les évèques pouvaient garder leurs livres liturgiques, qui avaient deux cents ans d'antiquité, elles corriger dans les défauts qu'on y avait remarqués; la conséquence fausse était qu'ils pouvaient donner à leurs Églises des livres nouveaux , substantiellement distincts des anciens. On commença par des

corrections purement accidentelles, on se laissa entraîner peu à peu à des changements plus graves. Là fut l'erreur. On ne s'en est bien aperçu que depuis les lettres de Grégoire XVI et les décisions prises par le Sacrée Congrégation des Rites, sous le pontificat de Pie IX. Ceux qui, avant ces réponses venues de Rome, voyaient qu'on était allé au delà des limites , demeuraient persuadés que ce vice d'origine était suffisamment couvert par une longue prescription fortifiée du silence du Saint-Siège. Mais nous n'étions pas moins tous persuadés que , le jour où le Pape demanderait qu'on renonçât à ces livres, ce serait un devoir pour nous de les abandonner.

Nous regardons l'adoption de la liturgie romaine comme un bien considérable pour l'Eglise de France. Nous étions assurément unis d'esprit et de cœur, dans nos prières , au Pape et à toutes les Églises ; nous le sommes maintenant d'une manière plus intime et qui manifeste plus sensiblement la communion catholique .

Autre avantage inappréciable : nous sommes à couvert des abus, des erreurs même où la liberté du droit liturgique pouvait un jour entraîner nos Églises. Que Dieu en soit béni !

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