TABLEAU VIII
Mlle C. — Effet de Texercice.
REACTIONS AUDITIVES
Séries 1 à 8. . Séries 26 à 33.
ATTENTION SEmRiELLE
xM
vm
ATTENTION MOTBIÇg n M vm
le premier quart environ des réactions auditives fournies par M"* C. (soit les 8 premières séries, données dans les trois premières séances) avec le quatrième quart fourni deux mois plus tard (les 8 dernières séries, recueillies dans les quatre dernières séances), on trouve que la moyenne, qui est restée à peu près stationnaire pour les réactions motrices, est tombée d'un quart pour les sensorielles ; l'effet régularisateur de l'habitude se manifeste d'ailleurs dans les deux genres d'attention parla forte diminution de la variation moyenne. La réaction sensorielle a donc subi, sous l'influence de l'exercice et de l'entraînement, un raccourcissement analogue à celui que la réaction musculaire subit ordinairement dans le type de Lange. J'ajoute que les réactions anticipées, au nombre total d'une centaine, ont été juste deux fois plus nombreuses dans l'attention sensorielle que dans la motrice.
Oq pourrait à la rigueur concilier l'observation de M"' C. avec la loi de Lange en recourant à un double expédient. En premier lieu on ferait remarquer, ce qui est évident, que ce que M"* C. effectue sous le nom d'attention motrice est en réalité une contracture anormale de tous les muscles, qui gêne et retarde le mouvement, et non point la véritable attention musculaire au sens de Lange ; ce dernier a en eftet fort justement spécifié qu'il ne faut pas confondre un violent état de tension des muscles antagonistes avec l'innervation préalable favorable à l'exécution future du mouvement, et que l'intensité des sensations kinesthésiques éprouvées n'est absolument pas un indice de réussite d'une préparation musculaire vraiment eflScace ^ En second lieu, on ferait l'hypothèse que ce que M"' C. prend pour l'attention sensorielle est au fond une attention mixte, dont l'élément moteur, correspondant à la préparation utile du membre, reste à l'état inconscient, tandis que les images sensorielles émergent seules au-dessus du seuil. De cette façon, M"* C. rentrerait dans le type de Lange, à cela près qu'elle n'aurait jamais d'attention sensorielle pure et exempte de préparation musculaire, et que sa prétendue réaction motrice serait un mouvement anormalement embarrassé de contractions antagonistes. Mais à ce taux-là, tout se ramène à tout, ce qui est d'un médiocre avantage; car s'il est incontestable qu'un aveugle soit identique à un sourd privé de la vue et doué de l'ouïe, en pratique ces distinctions ont pourtant du bon.
Pour mon compte, je préfère reconnaître tout simplement que la loi de Lange est ici en défaut. Vraie peut-être de la grande majorité des gens, elle ne l'est cependant pas de tous; certains sujets, d'ailleurs aussi normaux et intelligents que d'autres, ne s'y soumettent point et sont d'une complexion naturelle telle que, pour réagir le plus vite et le plus automatiquement possible, ils ne font attention qu'au signal, le seul fait de diriger expressément leur pensée sur le mouvement troublant et ralentissant immédiatement celui-ci par des innervations exagérées ou antagonistes.
Remarquons enfin que chez M"* C. on ne peut expliquer le renversement de la loi de Lange ni par la distraction, car elle est parfaitement maîtresse de son attention, et la faiblesse de la
* Loc. cit. p. 488.
variation moyeane en serait à elle seule une preuve suflBsante ; ni par la nouveauté des signaux ou le manque d'exercice, car la différence S-M a été en s'accen tuant avec le temps et l'habitude; ni par la forme visuelle et non kiuesthésique de l'attention motrice, comme dans le type visuomoteur^ puisque précisément cette attention se distingue chez M""" G. par la constance des sensations kinesthésiques et l'absence ordinaire de toute représentation visuelle de mouvement. Il ne reste donc^ jusqu'à meilleur avis, qu'à regarder ce cas comme un exemple très pur et caractéristique d'un type spécial qui, pour n'être pas très répandu, n'en est pas moins réel et digne d'être reconnu.