‹ Observations sur un écrit de M. le général vicomte de Préval, intitulé Du Droit au commandementChapitre 5 sur 7 · ARTILLERIE · texte numérisé non relu

ARTILLERIE

1°. En 1792, le général d'artillerie d'Hangest a commandé par intérim une armée aux ordres de Lafayette, venu à Paris, après 1p 10 août.

2U. Le général de division d'artillerie d'Abovilh n'a pas seulement commandé en chef l'armée à Sarrelouis , après le départ de Dumouriez (voir le Moniteur de 1793, p. 1192); après avoir été premier inspecteur général de son arme , il fut envoyé, en 1807, comme gouverneur à Brest, déclaré en état de siège, et, malgré son âge (78 ans), il eut, en 1809, le commandement d'une réserve destinée à secourir le port d'Anvers, menacé par les Anglais, qui venaient de s'emparer des îles de la Zélande.

3°. Le lieutenant général d'artillerie Eblé, outre le commandement de l'armée de Hanovre, fut pourvu, en 1807, du titre de gouverneur de la province de Magdebourg, devint Ministre de la guerre en Westphalie, en 1809, et y exerça un commandement actif. Par ses sages dispositions , il parvint à étouffer le mouvement insurrectionnel de vingt mille paysans armés qui marchaient sur Cassel.

4°. Je consens à passer sous silence l'incomparable commandant d'artillerie qui, après la prise de Toulon, devint général en chef de l'armée d'Italie. En toutes choses, Napoléon doit être mis hors ligne; mais au moins qu'on ne lui prête point, contre l'artillerie et le génie, des intentions qu'il n'a jamais eues (i).

5°. Le général de division Lespinasse a commandé par intérim , en l'an VII , l'armée destinée à faire une descente en Angleterre. Le général en chef Hédouville, à son arrivée, voulut que le général Lespinasse gardât le commandement de la première division de l'armée, en même temps que le commandement général de l'artillerie, et il le chargea, en outre , de le seconder dans les négociations pour la paix avec

(t) Aussitôt après la délivrance de Toulon, en 1793, le chef de bataillon d'artillerie Bonaparte fut nommé général de brigade et commanmandant de la place , par Sallicelli , Barras , etc.

les insurgés des départements de l'Ouest, tandis qu'il la négociait lui-même avec ceux de la Loire.

Le même Lespinasse, n'étant que colonel commandant l'artillerie de l'armée des Pyrénées- Occidentales, en 1793, sous le général Muller (Léonard), avait été pourvu d'un commandement très-important de troupes de toutes armes , pour contenir les Espagnols au delà de la Bidassoa et couvrir Bayonne. Le 17 pluviôse an II , avec des forces trèsinférieures, mais avec de bons retranchements et une artillerie bien servie, il remporta sur le général Carro une victoire complète , entre Orogne et la Croix des Bousquets. Et, chose remarquable! (non pour ce temps-là, mais pour le nôtre) le général de division Frégeville, arrivant lorsque le canon d'une redoute foudroyait les ennemis, ne voulut pas prendre le commandement que Lespinasse venait lui remettre : « Tu en as si bien usé! dit Frégeville; achève ton « ouvrage , et que la France te doive cette belle journée tout « entière. »

Les représentants du peuple proclamèrent, sur le champ de bataille, le colonel d'artillerie Lespinasse général de brigade.

6°. En l'an III, à l'affaire d'Ukerath, Kléber avait mis aussi sous les ordres de son intrépide commandant d'artillerie , le chef de brigade Sorbier, deux bataillons de grenadiers pour l'attaque d'une position importante.

Sorbier contribua aux succès de l'armée jusqu'aux frontières de la Bohème, et, lors de la retraite, il ramena jusqu'à Dusseldorf, après vingt-huit jours de marche, presque toute l'artillerie réunie en une seule colonne et escortée de 4,000 hommes dont il avait le commandement. L'art avec lequel il sut la diriger, à travers de nombreux partis ennemis et une foule de paysans armés, sans avoir été entamé, fit h onneur à ses talents militaires.

7°. Le lieutenant général Debelle passa dans la ligne en l'an VIII , et fut blessé en commandant une division dans un combat contre Dessalines, à Saint-Domingue. Il y fut remplacé par le colonel d'artillerie Pambour. Il mourut dans celte île, en l'an X, dans l'emploi de commandant en chef de l'artillerie de l'armée. Pour honorer la mémoire de ce brave officier, le général Leclerc voulut que le fort national s'appelât fort Debelle.

8°. Lorsque le général en chef Bonaparte entreprit l'expédition de Syrie , il confia le commandement d'Alexandrie à Marmont, général de brigade d'artillerie, qui avait pris Loreito (Italie) le 10 février 1797.

9°. Le lieutenant général d'artillerie Andréossy, sous-chef d'état-major à l'armée d'Orient, avait été désigné pour remplacer Berthier, chef d'état-major général, qui devait rentrer en France (i). En 1800, il fut successivement gouverneur de Mayence et chef de l'élat-major de l'armée galla-batave. En 1803, il fut chef d'état-major d'un corps d'armée campé à Saint-Omer, et commandé par le maréchal Soult. En 1805 et 1809, il devint aide-major général de la grande armée, après avoir élé ambassadeur à Londres et à Vienne.

10°. En l'an VIII, le lieutenant général d'artillerie Bollemont avait été choisi pour commander la place de Brest. Des circonstances particulières s'opposèrent à ce qu'il acceptât cet emploi.

11°. Vers la même époque, le lieutenant général Laprun, qui avait commandé avec le précédent l'artillerie au siège du Quesnoy, fut appelé au commandement de la troisième division militaire.

(i) Il commandait aussi les troupes dans divers combats qu'il soutint sur le lac Meuzalé, avant d'arriver sur les ruines de Peluze(le 20 octobre J799)-

12°. Le général Dutheil a longtemps commandé la place de Metz.

13°. En 1793, le colonel d'arlillerie Dulauloy remplit, pendant quelque temps , les fonctions de chef d'état-major de l'armée de l'ouest. Il commanda, en l'an IX, la forteresse de Tortone et le pays de Gênes. Étant lieutenant général d'artillerie, il fut, en 1807, gouverneur de Thorn. A la fin de 1813, il avait été désigné pour commander en chef le corps destiné à opérer dans le nord de la France ; mais il dut rester auprès de la personne de Napoléon. Pendant les Cent Jours, il fut gouverneur de Lyon.

14°. Le lieutenant général Lacombe Saint-Michel, tour à tour représentant du peuple, artilleur, ambassadeur, fut pourvu de commandements importants de troupes de toutes armes, en Hanovre en 1805, et en 1808 et 1809, en Espagne.

15". Le lieutenant général d'artillerie Seroux eut pendant quelque temps le commandemeut supérieur de la Marche d'Ancône. Sur la fin de l'Empire, il commandait à Magdebourg.

16°. En 1801 , le colonel Foy (du 5e régiment d'artillerie à cheval) commanda la ville de Milan.

17°. En 1805, le lieutenant d'artillerie Tugnot de Lanoye (aujourd'hui lieutenant général) fut chargé de conduire de Memingen, un convoi d'artillerie pour l'approvisionnement de l'armée qui marchait sur Austerlitz. L'escorte était formée d'un détachement de canonniers et d'une compagnie d'infanterie, dont le capitaine était absent. Plus ancien que le lieutenant d'infanterie présent, M. Tugnot commanda le convoi jusqu'à Braunau. Le même officier, membre du conseil de défense de Dantzig, en 1813, comme le plus ancien capitaine de son arme, y eut aussi de l'infanterie sous ses ordres,

18u. A la bataille d'Austerlitz , le général des grenadiers réunis , Oudinot , fut blessé et remplacé dans ce beau commandement par le général Duroc , qui élail dans l'artillerie avant d'être grand maréchal du palais de l'Empereur.

19°. A Austerlitz , Napoléon confia au colonel Sénarmont lecommandement du poste du Santon, gardé par de l'infanterie et plusieurs bouches à feu, qui devait offrir à l'armée un point d'appui inébranlable. Sa conduite en cette circonstance fut l'objet d'un éloge particulier de l'Empereur.

20°. De 1806 à 1809, le général de brigade Tirlet commanda en chef l'artillerie de l'armée de Dalmatie , à la tète de laquelle il repoussa un débarquement de Russes et de Monténégrins , tenté en l'absence du duc de Raguse, gouverneur de cette province. Un ordre du jour, en date de Spolatza , le 15 juin 1809, mentionne que, dans cette circonstance , le général Tirlet n'a pas seulement fait preuve de talents distingués comme artilleur, mais aussi dans l'emploi combiné des différentes armes.

21°. Le général de brigade Pernetti a commandé un corps de partisans en Silésie, dans l'été de 1807, avant le traité de Tilsitt et après la défection d'un régiment saxon qui faisait partie des troupes du général Lefebvre-Desnouettes. Il fut assez heureux pour s'emparer d'un redoutable chef de bande appelé Négro.

22°. Le lieutenant général d'artillerie de Lariboisière , après la paix de Tilsitt, remplit avec distinction les fonctions de gouverneur du Hanovre , qu'il quitta en février 1808 , pour aller commander en chef l'artillerie des armées en Espagne.

23°. Le général Laivriston, avant de quitter l'artillerie pour commander en chef le 5e corps d'armée qu'il organisa , en 1813, à Magdebourg, avait été nommé, à la fin de 1804, par le premier Consul , commandant en chef des troupes

embarquées sur l'escadre de l'amiral Villeneuve, pour se rendre sur les côles d'Espagne. En 1805, il fut gouverneur général de Braunau. En 1807, il commanda l'expédition chargée de s'emparer de la république de Raguse. Peu de temps après, il devint gouverneur de Venise, et, plus tard, commandant de l'artillerie de la garde impériale.

24°. Simple général de brigade d'artillerie à la bataille de Raab, le général d'Anthoilard fut fait général de division, pour la part qu'il avait prise à la victoire dans un commandement de troupes d'infanterie et de cavalerie. Ce général a eu trois divisions sous ses ordres, comme gouverneur de l'Illyrie. En 1813 , il commandait l'aile gauche de l'armée d'Italie, et, en 1814, l'aile droite avec trois divisions, et cependant il était toujours général d'artillerie.

25°. Le général d'artillerie Allix, après sa belle défense de Sens, en 1814, reçut l'ordre de se rendre à Fontainebleau avec les 2,000 hommes qu'il commandait. Il battit , dans la forêt, un corps d'Autrichiens six fois plus nombreux, et prit ou tua plus d'ennemis qu'il n'avait lui-même de soldats.

26°. En 1813 et 1814, le général Drouot eut successivement des commandements d'artillerie et des commandements dans la garde impériale, dont il devint à la fin major général.

27°. La veille de la bataille de Laon, l'Empereur donna à son premier officier d'ordonnance le commandement de 2 bataillons , 3 escadrons et 2 pièces , le tout de la vieille garde , avec lesquels il enleva l'importante position d'Estouvelle qui, la veille, avait été attaquée sans succès (Voir le Moniteur du 14 mars 1814). — Pour cette action, cet officier fut nommé colonel d'artillerie.

28°. Le bulletin de l'armée, du 11 mars 1814, signala également le capitaine d'artillerie de Caraman, officier d'or-

donnance de l'Empereur, comme ayant, à la tête d'un bataillon de la garde impériale , contribué à enlever aux Russes la droite du plateau de Craone (la veille de la bataille). M. de Caraman fut nommé, pour ce fait, chef d'escadron d'artillerie.

29°. Le colonel d'artillerie Chapelle , mort maréchal de camp, commandait, en 1815, la place de Lafère.

30°. Le colonel Schouller (aujourd'hui lieutenant général ) commandait la place de Maubeuge , la même année.

31°. En 1816, le lieutenant général d'artillerie Faucher, a commandé la seizième division militaire à Lille.

32°. En 1824, le maréchal de camp d'artillerie Baltus commandait à Brest.

33°. Dans la campagne de 1823, en Catalogne , M. le maréchal Moncey chargea le maréchal de camp, Berge, commandant l'artillerie du quatrième corps, de commander une division de trois brigades qui étaient sous les ordres particuliers des généraux Achard, Fantin-des-Odoarts et Montgardé, moins anciens que lui. Le baron Berge s'acquitta parfaitement de ce commandement , les 27 et 28 août, pour une reconnaissance devant ïarragone, et il reprit ensuite son commandement d'artillerie. Et cependant, ce même général Berge n'aurait pu , en vertu de la singulière décision du 15 janvier 1817, ou de la doctrine qu'on y a greffée, commander par intérim, dans une école d'artillerie, en temps de paix , par exemple à Metz qu'il venait de quitter, ni le département de la Moselle, ni la troisième division militaire !

34°. Depuis la révolution de 1830 , le château de Vincennes a eu au nombre de ses commandants , le colonel d'artillerie Greiner.

35°. Le fort de Ham a été commandé par le lieutenantcolonel d'artillerie Delpire.

36°. Le capitaine d'artillerie Buisson d'Armandy (aujourd'hui colonel), à la tête de trente artilleurs et marins, et bien secondé par Jusuf (devenu colonel), s'empara de Bone, en 1832, par un coup de main des plus hardis , et acquit à la France cette importante position dont il conserva le commandement. Pour ce fait, il fut nommé chef d'escadron d'artillerie.

37°. En 1836, le commandant supérieur de Bougie , Salomon de Musis, fut tué dans un guet-à-pens tendu par les Kabyles. Le chef d'escadron d'artillerie Lapène (aujourd'hui colonel) fut chargé de cet emploi par ancienneté de grade, reconnu par acclamation de toute la garnison , et confirmé dans ses fonctions par le maréchal Clausel.

38°. Quoique le rôle de M. le lieutenant général d'artillerie comte Valée, comme commandant en chef devant Constantine, après la mort du lieutenant général de Danrémont, et ensuite comme gouverneur général de l'Algérie, ait été classé, par M. le général de Préval , parmi les exceptions en dehors de toute règle et de tout droit absolu (page 35), je n'en dois pas moins le revendiquer. C'est un glorieux et récent exemple d'un commandement de troupes de toutes armes , bien librement , bien spontanément dévolu au général le plus ancien de grade , malgré la spécialité de ses fonctions. On sait avec quelle résolution ce général en chef improvisé, après une sanglante catastrophe , au pied d'une brèche, ordonna, pour premier acte de commandement , de livrer l'assaut.

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