‹ Observations sur un écrit de M. le général vicomte de Préval, intitulé Du Droit au commandementChapitre 6 sur 7 · GÉNIE · texte numérisé non relu

GÉNIE

1°. En 1792, le général du génie Champmorin, fut nommé commandant de la citadelle d'Anvers.

2°. En 1793 , le colonel du génie Dembarrèrc se distingua pendant le siège de Valenciennes , non-seulement dans le

service de cette arme, mais aussi dans le commandement des troupes. Il fut fait général de brigade et envoyé à l'armée de l'Ouest. Le 13 septembre 1793, à la tête de 4 à 5,000 hommes, postés à Doué pour couvrir Saumur, il eut des succès contre les Vendéens, commandés par MM. de Talmont et d'Autiehamp. En l'an III, il fut investi , comme général de division, du commandement des trois îles de Ré, d'Aix et d'Oleron. En l'an VII, il commanda d'abord l'aile droite de l'armée d'Angleterre, puis , par intérim , toute l'armée dont le ressort, s'étendant depuis la Gironde jusqu'à la Seine, comprenait plusieurs départements troublés par la chouannerie, et une vaste étendue de côtes continuellement menacées. Il n'y avait que peu de troupes; elles étaient dans le dénûment : la sagesse de ses mesures suppléa à tout. Vers la fin de la même année, une insurrection paraissait imminente dans la 1 Ie division militaire ; on en donna le commandement au général Dembarrère , qui , à son arrivée à Bordeaux, rétablit le calme. Il présida ensuite le Comité des fortifications.

3°. En 1793, au siège de Valenciennes, le colonel du génie Tholosé fit les fonctions de général de brigade.

4°. La même année, le général du génie d'Arçon fut chargé par Dumouriez d'assiéger Bréda. Cette place, bien fortifiée, garnie de 200 bouches à feu , couverte par une inondation , capitula après quatre jours d'attaque. Dumouriez lui ordonna ensuite d'aller assiéger Gertruydemberg. Le 4 mars 1793 , d'Arçon écrivait au Ministre de la guerre , du quartier général de la division de la droite , chargée des opérations du siège, pour lui annoncer que cette importante forteresse avait capitulé.

5°. En 1793, l'armée Vendéenne, après avoir battu les républicains devant Laval , marcha vers Granville où elle

devait se joindre avec les Anglais. Elle attaqua avec plus d'opiniâtreté que d'art cette place, qui heureusement fit une bonne défense, dirigée par le chef de brigade du génie d'Opterre qui y commandait.

6°. Meusnier, qui fut chargé en 1790 de surveiller les premiers essais de télégraphie, commandait en 1792, comme colonel du génie , le fort de Kœnigstein , qu'il ne rendit qu'après un blocus de trois mois et après la plus belle défense.

Les Français s'étant renfermés dans Mayenee , en 1793 , la défense du fort de Cassel fut confiée à Meusnier qui, après s'être couvert de gloire aux deux combats de Lostheim , venait d'être nommé général de brigade. Il fut blessé mortellement dans une attaque qui eut lieu , en juin, contre une des îles du Mein, à laquelle les réprésentants du peuple donnèrent son nom.

7°. Mayenee était commandée, en 1793, par le général du génie Doxjré.

8°. En 1795, le Comité de salut public, craignant pour la place de Landau , en confia la défense au général du génie Marescot. Quoiqu'il n'eût pas le tiers des troupes nécessaires , il réussit par des sorties à tenir l'ennemi éloigné. — En 1798 , il fut chargé du commandement supérieur de Mayenee.

9°. Le général du génie Samson commandait les troupes à la prise de Quathié (Egypte) le 1er janvier 1799.

10°. Le lieutenant général du génie Dejean, qui fut Ministre de l'administration de la guerre , a commandé par intérim , depuis le 30 fructidor an IV jusqu'au 9 vendémiaire an VI, en remplacement de Beurnonville , passé à l'armée de Sambre-et-Meuse, l'armée française et batave, en Hollande.

1 1". En l'an V, le général du génie Boisgérard se signala

dans un commandement de troupes de toutes armes au passage du Rhin , par Moreau. En l'an VI , il fut blessé mortellement , en combattant à la tête des troupes , dans cette mêlée sanglante qui dura 60 heures, dans les rues de Naples, entre les Français et les Napolitains.

12°. Le colonel du génie Latour-Foissac commandait , en 1799 , la place de Mantoue. Il avait été désigné pour commander Lucques.

13°. En l'an IX , le général de division du génie Chasseloup-Laubat fut désigné pour prendre la direction du siège dePeschiera, ainsi que le commandement supérieur des troupes qui en étaient chargées.

14°. Après l'expédition de Russie, le lieutenant général du génie Poitevin de Maureilhan fut nommé commandant de la place de Thorn , qu'il mit en état de défense et où il tint jusqu'au 6 avril 1813, avec des troupes étrangères.

15°. Le lieutenant général du génie Haxo fut aussi nommé, par l'empereur Napoléon , gouverneur de Magdebourg, qui comprenait une armée de 35,000 hommes.

16°. Camot, qui organisa la victoire sur nos frontières dans les premières campagnes de la république, était officier du génie; il fut nommé général de division et gouverneur d'Anvers, en 1813.

17°. En 1834 , le lieutenant général du génie Rohauit de Fleury, chargé de fortifier Lyon , commanda des troupes de toutes armes pendant les troubles dont celte ville fut le théâtre, et il se distingua, dans le faubourg de Vaisse, par son énergie et ses sages dispositions.

18°. En 1840, M. Bouteilloux, capitaine du génie, a remplacé à Cherchell , le commandant supérieur, tué dans une sortie, et il a été maintenu dans son emploi par le gouverneur général, etc., etc.

Je ne suis pas à même de consulter les états de service de tous les officiers de l'artillerie et du génie ; mais il serait facile d'y trouver beaucoup d'autres exemples des commandements de toutes armes qui leur ont été dévolus. Dans presque tous leurs travaux de tranchée, de retranchements, de batteries , de ponts , d'arsenaux et de parcs , ainsi que dans la plupart des convois, ces officiers ont eu nécessairement pour auxiliaires des troupes d'infanterie et quelquefois des troupes de cavalerie.

M. le général de Préval a donc été fort mal servi par ses souvenirs, quand il avancé que les pratiques et l'histoire de ta guerre avaient prononcé contre ces officiers une exclusion absolue de pareilles fonctions (pages 5 et 41). On ne connaît aucune exclusion de cette nature, survenue depuis 1791 jusqu'en 1815; dans le mémoire, il n'en est, je le répète, cité aucune. Les ordonnances, les usages, le bien du service et les exigences de la guerre ont , au contraire, fait conférer les commandements mixtes aux officiers de l'artillerie et du génie, toutes les fois que la supériorité ou l'ancienneté de grade les y a appelés.

Il est assez singulier qu'après vingt-neuf ans de paix presque continue, on soit venu mettre en question ce qui n'en avait jamais formé une, dans les armées républicaines et impériales.

Après toutes les citations que j'ai faites, et sans fouiller dans les archives de la guerre, il paraîtra au moins étrange de lire , dans un travail qui devait mettre un terme à toutes les fausses interprétations, éclairer une fois pour toutes les diverses parties de la question (page 1), ce qui suit: « On n'a jamais vu d'officiers des armes spéciales suppléer « en campagne à l'insuffisance de nombre ou de capacité des « généraux de la ligne. » (Page 33.)

« L'hisloire ne présente aucun général d'artillerie el du '< génie qui, sans quitter son arme, ail eu le commande- « ment effectif d'une division, d'un corps d'armée, d'une « armée. » (Page 38.)

« En présence de l'irréfragable autorité des faits, il est « difficile de concevoir qu'on puisse, aujourd'hui, réclamer « un droit de commandement qui , d'ailleurs , s'il eût jamais «-< pu exister, n'aurait pas manqué d'être exercé, et cela « très-fréquemment, en raison des nombreuses vacances « auxquelles il a fallu pourvoir, tant à l'intérieur qu'aux « frontières et aux armées, depuis l'émigration de 1790, jusqu'à la paix de 1815. » (Page 46.)

Il est à remarquer à ce sujet, que les intérims dans les commandements militaires n'arrivent que rarement; presque toujours les chefs de l'artillerie et du génie, dans une division ou brigade, et même quelquefois dans un corps d'armée, se sont trouvés d'un grade moins élevé que les généraux d'infanterie et de cavalerie qu'il fallait remplacer; ils n'ont pas pu, par conséquent , être appelés à y concourir, même chaque fois qu'il y a eu vacance dans leur emploi.

Il est vrai que M. le général de Préval, après avoir exprimé une exclusion al solue, l'a un peu atténuée, en ajoutant : « Qu'il soit arrivé néanmoins, au commencement de la « guerre, que des officiers généraux de l'artillerie ou du « génie aient été appelés à suppléer un général d'armée, ces « exceptions avaient été permises , etc. » (Page 32.)

Il me paraît d'abord évident, que les noms relatés précédemment sont assez nombreux pour y voir autre chose que des exceptions dans les commandements intérimaires, peu communs par eux-mêmes. Il serait par trop commode d'écarter, par une espèce de fin de non-recevoir, tous les faits particuliers contraires à une conclusion toute théorique.

D un autre côté, dire que les commandements intérimaires dont il s'agit ont été des concessions bénévoles, faites à quelques chefs éminents de l'artillerie ou du génie , c'est constater leur influence prépondérante et la puissante autorité de leurs qualités personnelles ; c'est insinuer aussi que leurs compétiteurs , moins bien doués ou autrement appréciés, n'ont pas pu user du droit que, seuls, ils auraient eu d'exercer ces commandements intérimaires.

Dans tous les cas, l'aptitude présumée ou reconnue des ofûciers de l'artillerie et du génie pour les fonctions mixtes, résulterait irrésistiblement de ces permissions elles-mêmes. Pourquoi , dès lors , vouloir aujourd'hui frapper d'avance leurs successeurs d'un signe de réprobation pour les" commandements de la même nature, surtout 1° lorsque la force de la vérité fait avouer que « les plus distingués d'entre eux « (les officiers de l'artillerie et du génie) furent, pendant les « premières campagnes, les conseils des généraux en chef « pour les mouvements des armées, comme Carnot le devint « plus tard pour la combinaison des opérations générales. » (Page 32.)

2°. Lorsqu'on admet avec raison que, «dans les situa- « tions graves, difficiles, périlleuses, au-dessus de toute « prévision, l'ordre est souvent interverti, l'autorité entre « soldats est saisie sans conteste par le plus brave, entre « officiers par le plus capable. » (Page 35.)

Ces dernières lignes contiendraient seules la réfutation de la doctrine de M. le général de Préval, sur les catégories extra-légales qu'il voudrait faire dans le cadre des généraux. Je crois avoir prouvé qu'elle est repoussée par les pratiques de la guerre. C'est déjà une forte présomption de plus pour qu'elle soit contraire aux ordonnances, car si le droit y eût été écrit aussi clairement que M. le général de Préval le

croit , en faveur des officiers d'infanterie et de cavalerie , ce droit eût été respecté. Non-seulement leurs généraux en auraient réclamé la jouissance , dans l'intérêt de leur propre dignité , mais les gouvernements , l'empereur Napoléon , le Ministre de la guerre, les maréchaux, les généraux en chef, le major général n'auraient pas manqué de réprimer ce qui eût été qualifié alors, avec raison, d'infractions (plus ou moins fréquentes, on l'a vu) aux dispositions réglementaires concernant les remplacements dans les commandements militaires. Il resterait enfin quelques vestiges des réclamations qui auraient surgi à cet égard ; et il n'en existe point.

S vi.

Conclusion.

Les ordonnances sur le droit au commandement ont été mal interprétées par M. le général de Préval ; leur texte , bien compris, n'est pas moins opposé à ses assertions que les faits et l'intérêt de l'armée. L'Empereur Napoléon ne peut être invoqué à l'appui d'impraticables théories, conçues depuis la paix de 1815. On a vu qu'il avait conféré, soit provisoirement, soit titulairement , des commandements de troupes de toutes armes à un grand nombre d'officiers de l'artillerie et du génie, qui n'ont jamais fait défaut à leur nouvelle mission. Comment eût-il partagé les idées exclusives que je viens de combattre? Comment eût-il voulu amoindrir, aux yeux des troupes , les généraux de l'arme dans laquelle il avait débuté , lui qui écrivait de Toulon , le 25 octobre 1793, au Comité de salut public (i) :

(i) Spectateur militaire, 38e vol., p. (17 et 68.

« La première mesure que je vous proposerai sera de faire « venir à l'armée, pour y commander l'artillerie, un général « d'artillerie qui puisse , même par son grade , contribuer à « la considération , et en imposer à un tas d'ignorants de « l'étal-major , avec lesquels il faut toujours capituler et « dogmatiser pour détruire leurs préjugés, et mettre en <> exécution ce que la théorie et l'expérience ont démontré « comme des axiomes à tout officier éclairé du corps.

« Le commandant de l'artillerie de l'armée du Midi , Signé : « Bonaparte. »

Dans ses mémoires dictés à Sainte- Hélène, Napoléon a aussi consigné l'honorable témoignage que , « dans les pre- « mières campagnes de la Révolution, ce que la France a « toujours eu de meilleur, c'est l'artillerie. — Il se peut qu'un « général plus manœuvrier, plus habile que son adversaire , « ayant dans sa main une meilleure infanterie, obtienne des « succès pendant une partie de la campagne, quoique son « parc d'artillerie soit fort inférieur; mais au jour décisif « d'une action générale, il sentira cruellement son infériorité « en canons. »

Dans ses entretiens intimes , il a souvent exprimé l'opinion, qu'il serait à désirer que tout général en chef eût servi dans l'artillerie, afin de pouvoir mieux apprécier par luimême les difficultés réelles du service de cette arme, devenue si importante, ainsi que la puissance et la diversité de ses effets. « Je n'aurais jamais, disait-il, franchi le Saint-Bernard « avec l'armée de réserve qui triompha à Marengo, si je « n'avais pas été officier d'artillerie. J'aurais cru impossibles, « ou peut-être on m'aurait représenté comme tels, les mou- « vements d'artillerie que j'ai exécutés. »

Au point où osl pnrvenue la discussion, si légèrement

soulevée sur le droit au commandement, et après avoir fait connaître les motifs de la décision royale du 7 février 1841 , que M. de Préval supposait à tort révoquée, j'espère qu'il n'insistera plus pour que les officiers de l'artillerie et du génie soient soumis à d'autres dispositions exclusives ; ainsi que je crois l'avoir établi , celles-ci ne seraient ni plus ni moins qu'une fatale innovation dans les usages et les règlements militaires.

Avant de terminer ma pénible tâche, qu'il me soit encore permis de rappeler que l'artillerie est presque continuellement employée dans un double but : renverser et intimider l'ennemi, soutenir le moral des troupes auprès desquelles elle est placée , et, au besoin , les exciter et les maintenir au combat. Ainsi , à Valmy, la première ligne de l'armée, composée de nouvelles levées, fut, un instant, saisie de terreur panique ; elle opérait déjà un mouvement rétrograde, lorsque trois batteries à cheval (0 arrivèrent rapidement et rallièrent les volontaires républicains.

Diminuer l'autorité et la considération des officiers de cette arme , leur enlever une prérogative attachée au grade et à l'ancienneté, dont ils ont toujours joui et dû jouir en guerre, en les mettant à l'avenir hors du droit commun pour les commandements éventuels , ce serait à la fois commettre une injustice et une grande faute.

Tous les généraux, quel que soit leur point de départ, doivent être considérés , par les officiers , sous-officiers et soldats, comme ayant l'aptitude pour les bien commander. Tant qu'il reste un seul général debout dans une armée , les troupes de toutes armes doivent le reconnaître pour premier chef. C'est autour de sa personne, comme auprès d'un dra-

(0 Commandées par les capitaine* Uanicque, de fiai rois et Chante ■ lair.

peau , qu'elles doivent se rallier, au besoin , pour obéir sans hésitation à ses ordres et s'inspirer de son exemple.

11 est une autre doctrine qui ne tiendrait aucun compte de l'influence morale du commandement et du salutaire prestige dont il convient de l'entourer dans ses plus hautes personnifications. On voudrait assimiler, en quelque sorte , les opérations d'une armée à des travaux industriels, soumis au principe de la division du travail (1). Certains généraux ne seraient plus alors regardés que comme de simples chefs d'ateliers , impuissants pour en suppléer d'autres.

Cette doctrine, de quelque vernis que des mains exercées l'aient recouverte , je la repousse de toutes mes forces comme anarchique, dangereuse, anti-militaire et d'une application impossible.

Paris, le 20 décembre 1 844 ■ (1) "Voir un rapport que j'ai cité, page 8.

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