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lra plus surprenant aux lecteurs de l'Histoire du Canada, é’est que les Hurons n’v ont jamais fait leur séjour.
Un tableau chronologique des vice-rois et gouverneurs du Canada, placé à la fin de l'ouvrage, aurait besoin d’être corrigé d’un bout à l’autre avant de pouvoir servir. Beaucoup de dates sont fausses : ainsi Champlain, nommé comme étant gouverneur en 1639 et 1664, était mort le 25 décembre 1635 ; M. de Tracy était fait vice-roi du Canada en 1663 et non en 1665; M. James Murray devenait gouverneur au nom de l’Angleterre en 1763 et non en 1765. Les noms des quatre gouverneurs français et de sept gouverneurs anglais ont été complétement oubliés par l’auteur. Parmi ces derniers sont sir Joh2 Colhorne, lord Sydenham, sir Charles Bagot, précisément ceux qui ont exercé le plus d'influence sur les affaires du Canada depuis 15 ans; et lord Cathcart, administrateur, puis gouverneur général, pendant l'hiver que M. Brasseur a passé à Québec. On ne saurait désirer une meilleure preuve de l'exactitude el de la fidélité du dernier historien du Canada.
Plût à Dieu que, dans sa ridicule fantaisie d'écrire sur ce qu'il ne connaît pas, il se füt borné à des erreurs du genre de celles que nous venons de relever! mais malheureusement pour lui, il a adopté envers le clergé catholique du Canada un système de dénigrement et de calomnie, qu’il déroule avec complaisance dans la seconde partie de son ouvrage, Nous allons le suivre, pièces en main, pour rétablir les faits et soutenir Îles droits sacrés de la justice et de la vérité.
Le second volume de l'ouvrage de M. Brasseur est moins l’histoire du Canada qu'un essai de biographie des
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évêques de Québec. Les matériaux lui manquant pour fournir honorablement sa carrière d’historien, il s’est résigné à délayer les notes que l’on connaît, de manière à en former un roman à liroir. Les évèques du Canada depuis la conquête viennent passer l’un après l’autre devant l'écrivain, qui les habille à sa guise, et leur noireit la figure avec la lie contenue dans son écritoire.
Ïl y avait pourtant, il semble, quelques belles pages à écrire sur les combats qu’eut à soutenir, pour résister à la destruction, cette faible colonie de Français 4bandonnée de la mère-patrie, et livrée à une puissance éirangère et ennemie. Un cœur catholique, en face des résultats de celte lutte entre l'esprit catholique et lintolérance protestante, aurait dù éprouver pour ses frères des sentiments bien différents de ceux qui sont exprimés dans les lignes suivantes :
(P.2, v. IL.) « En effet, c’est avec la conquête que lon voit commencer cette altération dans le caractère des Français du Canada, qui finit par n’en être plus que l'ombre. La timidité, la défiance et l’indécision, marques distinctives d’un peuple vaincu, apparaissent; et ceci surtout devient remarquable dans le clergé et dans la noblesse, classes qui avaient le plus à craindre du vainqueur. »
Le peuple, le clergé, tous les évêques du Canada ont élé des lâches quiont cu peur de faire valoir des droits acquis en vertu de la conquête de leur pays par lAngleterre : voilà Pidée fixe de M. Brasseur ; c’est l'arma virumque cano de son épopée.
M. Briand, désigné par le chapitre pour suecéder à Mgr de Pontbriand sur le siége épiscopal, avait prié «M. Murray, gouverneur du Canada, de lui donner une
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se conçoit facilement à une époque où les idées d’une
juste indépendance, mais d’une indépendance véritable,
lelle que devrait être celle de l'Église du Canada de loue puissance temporelle, élaient si peu connues. D'après le traité de paix, toute liberté étant garantie, Briand aurait dù se rendre en Europe sans consulter le gouvernement, se faire sacrer évêque après avoir obtenu les bulles du souverain pontife, et retourner dans son diocèse. Mais personne ne songeait alors à faire l'application du principe constaté dans le traité. » (P.6, v. IL.)
Le clergé canadien, les capitulations et le traité à la main, devait réclamer avec hauteur ses droits devant un gouvernement protestant, dont le fanatisme perçait dans toutes les occasions. Ces 70,000 pauvres Canadiens, que n’avaient pu protéger toutes les forces de la France, et qui n'avaient plus d'appui dans le monde, devaient, sous peine d’être taxés de lâcheté, se lever en masse, et au nom du droit des gens sommer la puissante Angleterre d’accorder une indépendance véritable à l’Église du Canada. Voilà ce que décide l’auteur, A un siècle de distance, après un séjour de six mois dans celle provinee, à la simple inspection de quelques pièces qui lui sont tombées entre les mains, il esl en élat de dieler la conduite que, dans ces graves circonstances, auraient dû tenir les catholiques du Canada. M. Briand, chanoine et vicaire général, qui, suivant le témoignage de M. Montgolfier, supérieur du séminaire de Montréal, « à la pureté de foi, au zèle, à la science, à la prudence à
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et à la piété la plus distinguée joignait en sa faveur le suffrage du clergé et des peuples, » n’était pas à la haulcur des idées du xix° siècle ; «il aurait dû songer à faire l'application du principe constaté dans le traité. »
Mais si le gouvernement refusait d'accéder aux demandes du peuple et du clergé canadiens”? Eh bien: ils : avaient l'alternative d'élever des barricades, de s’emparer de Québec, de rejeter les troupes anglaises dans les: anciennes colonies de la Nouvelle-Angleterre, et de former unc. république, une et indivisible. [ls n’en firent rien : les révolutions n'étaient pas encore à l’ordre du jour, et l'Angleterre interprétant les traités à sa manière, ils crurent devoir réclamer leurs droits avec prudence et modération, attendant de la bonne volonté des gouvernements coloniaux ce qu’ils ne pouvaient espérer recevoir de l'intolérance du gouvernement impérial. Avant tout, les Canadiens voulaient conserver leur religion ; ils avaient reçu cet héritage sacré de leurs ancètres, et dans toute la sincérité de leurs cœurs ils désiraient le transmettre à leurs enfants ; ils ne voyaient rien à gagner pour cette fin par des fanfaronnades. Et
ils ne se trompaient point dans le choix des moyens qu'ils employèrent : ces 70,000 Canadiens catholiques 4 ont transmis leur foi intacte aux 700,000 Canadiens ca- d
tholiques qui habitent aujourd’hui notre pays.
Invoquer les traités etsommer l'Angleterre de les observer ! Et ne savaient-ils pas ce que.valent pour le faible les traités les plus solides, les chartes les plus sacrées, lorsque le fort et le puissant est intéressé à les expliquer à en sa faveur.
Dans un mémoire en date du 2 mai 1763, présenté à un des membres du ministère anglais, par M. de La
ur le hauger à ité. »
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Corne, député du chapitre de Québec, on lit les réflexions suivantes, qui montrent le peu de confiance qu'on reposait dans la fidélité de l'Angleterre à observer les stipulations favorables aux catholiques :
« Mylord Shelburne m’a fait l'honneur de me dire que la religion romaine s’exerçait en Maryland, où il n°1 avail point d’évêque.. D'ailleurs, Mylord, il serait bien malheureux pour les Canadiens qu'on se modelât sur ce qui se pratique à l'occasion du culte religieux à Maryland. Dans le principe, on y a accordé une liberté plénière et privilégiée pour l'exercice de la religion : aujourdhui elle n'y est que sur le pied de tolérance et telle qu’elle s'exerce à Londres même. Les catholiques n'y ont que des chapelles particulières ; l'exercice y cest mème persécuté, puisque depuis la concession de cette liberté plénière on fait payer double taxe aux catholiques de Maryland ; on y a même introduit les lois pénales au point qu’on n’ignore pas qu’on les a exclus de toute charge civile et militaire, ce qui est tout à fait
‘contraire à leur charte.
« Nous avons encore l'exemple de l'Irlande, Mylord, où, malgré la capitulation authentique de Limerick, qui assurait à jamais l'exercice paisible de la religion, on la persécute de façon qu'un très-grand nombre d'Irlandais ont été Ôbligés de se retirer en France; vous savez mieux que moi, Mylord, ce qui s’y est passé depuis, visà-vis des catholiques romains, qui ont été nécessités de vendre leurs biens et ne possèdent aujourd’hui presque plus rien en ce pays. Si on ajoute à cela ce qui a élé mis dans les gazettes, et les exhortations que les ministres de Londres ont faites au peuple el principalement aux personnes riches, pour exciter leur zèle et les engager
à former une somme suffisante pour envoyer de jeunes ecclésiastiques en Canada pour y convertir les nouveaux sujets du roi; cela joint au refus d'un évêque et d'un règlement stable pour assurer aux Canadiens l'exercice de leur religion pour l'avenir, cela, dis-je, va les jeter dans la plus grande consternation, et alarmer tous les esprits de ce peuple si docile, et si propre à former les meilleurs et les plus assurés sujets du roi d'Angleterre. Les Canadiens, Mylord, ne se persuaderont jamais que la restriction dans le traité de paix, autant que le permet lent les lois de la Grande-Bretagne, puisse leur être préjudiciable dans l'exercice de leur religion : 1° parce qu'il y aurait une contradiction manifeste... » :
Pour un Canadien timide, c’est parler assez fermement et même assez sensément, Il savait de quelle manière l'Angleterre avait observé les articles de la charte du Maryland et les stipulations du traité de Limerick, de cette ville que les Irlandais, en souvenir de la mautvaise foi du gouvernement britannique, désignent sous le nom de City of the violated treaty. Par les exemples rappelés au ministre, il prouvait qu’il avait appris à se défier du respect de l'Angleterre pour les traités.
D'ailleurs, les Canadiens avaient une grave raison de ne point trop s'appuyer sur ce traité, dans lequel la faiblesse de la cour d’un Louis XV avait laissé insérer une clause défavorable à leurs intérêts religieux ; et il était souverainement dangereux d'irriter par une atlitude arrogante le lion britannique, qui tenait sous ses griffes leur malheureux pays. C'est ce qu'insinuait le duc de Praslin, dans une lettre, en date du 12 février 1763, au même abbé de la Corne : « Je crois qu’il serait fort utile que vous puissiez convenir d’un règlement
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avec la cour britannique, surtout à l'occasion de la reslriction ; en tant que le permettent les lois de la Grande- Bretagne. »
On comprendra la sagesse de ce conseil, si l’on exàmine l’article que l’auteur regarde comme le palladium des libertés religieuses en Canada, ct si lon considère la manière dont l'interprétaient les autorités impériales.
Extrait du quatrième article du traité définitif conclu à Paris, le dixième jour de février 1763 :
« Sa Majesté britannique, de son côté, consent d'accorder le libre usage de lt religion catholique aux habilants du Canada. En conséquence, elle donnera les ordres les plus précis et les plus eftectifs pour que ses nouveaux sujets catholiques-romains puissent professer leur religion, suivant les rites de l’Église romaine, atant que les lois de la Grande-Bretagne le permettent. »
Le sens qu'on attachait en Angleterre à cët article, paraîtra par les instructions données aux gouverneurs du Canada.
Extrait des instructions données à James Murray, écr., gouverneur de la province de Québec, 7 décembre 1763 :
«& Art. 18. Et comme il a été stipulé par lc traité définitif de paix conclu à Paris le dixième jour de février 1763, que nous accorderions Île libre exercice dé la religion catholique..., c’est notre volonté et notre bon plaisir qu'en toutes choses qui regardent lesdits habilants vous vous conformiez, avec une grande exactitude, aux stipulations dudit traité sous ce rapport.
« Art. 32. Vous n’admiettrez aucune juridiction écclésiastique du Siége de Rome, ni aucute autre juridic-
— À0 — lion ecclésiastique étrangère, dans la province soumise à votre gouvernement. »
Extrait des instructions données à Guy Carleton, écuyer, capilaine-général et gouverneur en chef, ete., 3 janvier 1775 :
« Art. 21... C'est notre volonté et notre bon plaisir :
« 1° Que... loute correspondance avec une juridiction ecclésiastique quelconque, de quelque nature ou de quelque sorte qu’elle soit, soit prohibée, sous les peines les plus sévères.
« 2° Qu'aucun pouvoir épiscopal ou vicarial né soil exercé dans notredite province, par une personne professant la religion de l'Église de Rome, excepté les pouvoirs qui sont essentiellement et absolument nécessaires au libre exercice de la religion romaine, el, dans ces cas, ils ne seront exercés qu'avec une licence ou permission de vous, sous le grand sceau de notredite province... etaucun individu ne recevra les ordres sacrés, ou n’aura le soin des âmes sans une licence tenue et obtenue de vous pour cette fin.
. € 4° Qu’aucun individu professant la religion de l'Église de Rome, ne sera nommé desservant d’une paroisse, dans laquelle la majorité des habitants demandera la nomination d’un ministre protestant ; dans ce dernier cas, le desservant sera protestant, et aura droil à recevoir toutes les dîmes payables dans telle paroisse ; néanmoins les catholiques-romains pourront avoir lusage de l’église pour le libre exercice de leur religion, aux heures où elle ne sera pas occupée par les proteslants pour leurs services religieux.
« 7° Que tous les desservants de paroisse posséderont leurs bénéfices durant bonne conduite ; cependant s’ils
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nise soul convaincus d'offenses criminelles où de menées séditieuses pour troubler la paix et la lranquillité de UN, notre gouvernement, ils seront suspendus ou privés de 1c., leurs bénéfices par vous, de l'avis ou du consentement de la majorité de votre conseil.
Sir : « 8" Que les ecclésiastiques qui jugeront à propos lic- d'entrer dans le saint état du mariage seront affranchis 1 de de loutes peines auxquelles pourrait les assujettir l'aunes lorité du siége de Rome pour cet acte.
«“ 12°... Que tous les missionnaires qui sont établis soil parmi les sauvages, soit par l'autorité des Jésuites, soit pro - par celle de tout autre pouvoir ceclésiastique, soient )OU- retirés graduellement, à telles époques et de telle maires nière que le demanderont le bon plaisir des sauvages ces | et la sûreté publique, et que des missionnaires proteser - lants soient nommés à leur place. »
pro- Ces articles sont suivis d’une longue série d’'instrucrés, lions, dirigées contre l’Église catholique, et toujours e et mises en avant comme ne gênant aucunement le libre
exercice de la religion de l’Église romaine. Pareilles l'É- instructions ont été données à tous les gouverneurs juspa- qu’à une époque assez récente; elles suffisent pour à an- montrer comment le gouvernement britannique interce prétait le traité de 1763.
roil « L’explication du quatrième article du traité de SSE : 1763, » dit M. Garneau, Æistoire du Canada, « ne perl’u- mettait pas aux Canadiens de jouir de leur religion on, comme avant la cession du pays, mais en autant que es- les lois anglaises le permettaient. C’est ce qui avait été
clairement compris, suivant lord Egremond. Les mi- ‘ont nistres français avaient proposé d'insérer les mots comme
ci-devant, dans le traité, et avaient insisté jusqu'à ce
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qu'on leur eût dit que le roi n'avait le pouvoir de tolérer celte religion qu'autant que les lois anglaises le permettaient, Comme les lois de la Grande-Bretagne défendaient toute hiérarchie papiste, fl était clair qu’on ne devait marcher qu'avec beaucoup de cireonspection, et que ce n'était qu'en expliquant d'une manière favorable l'esprit des lois que le roi pouvait reconnaître M. Plessis comme évêque. » (Garneau, vol, 3.)
Aussi, en 1805, S'appuyant sur le même proviso (du lraité, le procureur général Sewell voulait abolir les paroisses catholiques pour leur substituer des paroisses protestantes, et soulenait qu'il n'4 avait point d'évêque catholique en Canada,
Dans de telles circonstances, la prudence convenait mieux qu'un appel aux traités. Quelques actes d'auto rilé exercés par les gouverneurs montrent avec quelles précautions le clergé devait agir, pour ne point causer d'ombrage à un gouvernement soupçonneux.
M. de Montgolfier avait été choisi le 15 septembre 1763 par le chapitre, pour être présenté au souverain pontife, comme digne d'occuper le siége de Québec. La délibération des chanoines portait que « par la prise du pays par les Anglais ils sont rentrés dans le droit commun, ct jouissent des priviléges accordés aux chapilres par le concile de Trente. » M. de Montgolfier se préparait à partir pour l'Europe sañis avoir fait part de ses intentions au gouverneur; il Suivait précisémeiit fe plan proposé par M. Brasseur. Le 14 septembre 1763, lé général Murray écrivait au comte dé Shelbüurñe, un des ministres de la couronne :
« Le vicaire général de Montréal, M. de Montgoltier, part sous peu pour PAngleterre. Je ne sais quels sôtit
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ses projets, car ilne me les à point communiqués: il est bien probable qu'il vise à la mitre... Si un prêtre aussi hautain ét aussi impérieux est placé à la tête de l'Église dans ce pays, il peut causer beaucoup de mal pat la suite, si jamais il trouve l’occasion de satisfaire sa malice et sa haine, » Cette lettre suffit pour éveiller la susceptibilité des ministres anglais. Malgré toute sa fermeté, M. de Montgolfier dut plier devant l'orage, et revenir en Canada, sans avoir pu réussir à se rendre en France pour sv faire sacrer; comme évêque, il n’aut- ‘ait pu obtenir du gouvernement la permission de rentrer dans la colonie. La démarche qu'il avait faite, sans en prévenir les autorités coloniales, avait eu le mauvais effet dé détruire la bonne entente entre celles-ci et le clergé.
Quinze jours après le départ de M. de Montgolfier, M. Gravé, directeur du séminaire de Québec, écrivait à un de ses confrères à Paris :
« Que nous sommes tristes! il v a deux jours que nous recümes l'affligeanit règlement de la cour qui nous refuse un évêque, comine une chose contraire aux lois de la Grande-Bretagne...M. Montgolfier est parti, il y a quinze jours, et, depuis son départ, il y a eu bien du trouble à Montréal. M. Gage, lors gouverneur ct depuis quelques jours lieuténant général du roi dans toute l'Amérique, à fait appeler MM. Peigné, grand vicaire, Favart, Jolivet, pour leur dire qu'il voulait absolument que les mariages des catholiques et protestants se fissent dans l'église par le curé. Ts ont répondu que M. Montgolfier porterait sur cela des règlements de Rome, auxquels on se conformerait, mais qu'ils ne pouvaient maintenant consentir à ce qu'il demandait. À quoi ils
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ont reçu celle réponse : Je connais maintenant vos sentiments. La porte du Canada est toujours ouverte, j'ai votre passe-port tout préparé. Je ne sais ce que tout cela deviendra. »
Quelques propos indiserets touchant le gouvernement ayant échappé à M. de la Valinière, curé d’une des paroisses du diocèse, le gouverneur Haldimand adressa l'avis suivant à l’évêque : « Monseigneur... , je vous laisse le maître d'apprendre à M. de la Valinière, si vous le jugez à propos, qu'il doit passer en Europe avec la flotte qui part le 25 de ce mois, et on aura lattention de lui procurer les rafraîchissements et toutes les commodités possibles pour sa traversée; vous aurez soin de lui recommander surtout de ne pas se laisser aller à ses vivacités ordinaires et de prendre garde à la manière dont il se conduira et parlera jusqu’à son départ. »
Un peu plus tard, l’abbé Ciquard, ancien directeur du petit séminaire de Bourges, étant entré dans la province, sans lautorisation du gouvernement, fut arrêté et conduit au delà des frontières du Canada, après avoir reçu l’injonction de n’y point revenir.
Les moyens de conciliation étaient donc les plus sages avec un pouvoir aussi peu endurant, et obtinrent, en effet, de plus heureux succès.
Dans un acte de renonciation, M. de Montgollier avait recommandé M. Briand qui fut, en effet, élu le 11 septembre 1764. Il partit au mois de novembre, emportant non pas les articles du traité de 1763, mais une lettre de recommandation du général Murray, qui, déjà, un an auparavant, écrivait au lord Shelburne : « Je dois prendre ici la liberté de répéter ce dont j'ai eu l’honneur d'informer votre seigneurie dans ma lettre du 22 juillet,
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que M. Briand, vicaire général de ce gouvernement, a conslamment agi avec une candeur, une modération, un désintéressement qui le proclament un digne et honnêle homme, et que je ne connais personne de sa robe qui mérite aussi justement la faveur royale. »
Ce digne prêtre méritait encore plus la faveur du eiel; car en consentant à devenir évêque, M. Briand faisait, pour le service de Dieu, un sacrifice bien méri-
loire. «Je vous avoue, » écrivait-il de Londres à un de
ses amis (6 juillet 1765), « que c’est tout ce que je puis faire que de continuer des démarches pour un fardeau pour lequel j'ai toujours une répugnance extrême, et que je redoute en vérité plus que la mort. Je n'y consentirais jamais si je ne prévoyais pas ce qui en arriverait de fâcheux, et si je ne me flattais pas de l'espérance de pouvoir m'en décharger bientôt en faveur de quelqu'autre plus capable. Je vous prie d’assurer tous nos curés de mon sincère et parfait attachement, et de me recommander à leurs prières et saints sacrifices. J'en ai grand besoin, et je crois les mériter, puisque ce n’est que par amour pour leur patrie que j'ai entrepris un voyage si pénible, si dégoûtant et si contraire à mon caractère et à mes inclinations. »
Il nous en coûte de descendre des nobles sentiments si franchement exprimés par M. Briand , aux outrages que lui adresse l'abbé Brasseur. Notre tâche nous y oblige.
(P. 8, v. IL.) « Durant plus d’une année qu’il demeura dans cette ville, il essuya tous les dédains et les insultes des gens de bureau, qui se le renvoycérent sans pitié. »
M. Briand avait été précédé à Londres par un reti-
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— A6 — gieux aposlat qu!, dans un mémoire présenté à la cour, avançait & qu'il y avail déjà grand nombre de proteslaunts canadiens, qu'il n’y avait pas d'autre moyen d’atlacher les Canadiens au gouvernement qu’en les rendant protestants, non pas par la violence, mais doucement, en les laissant manquer de prêtres. » Les difficultés suscitées par ce traître, par les changements de ministère, par la position embarrassante des ministres anglais en conséquence des lois pénales alors en pleine vigueur contre les catholiques, retinrent M. Briand à Londres pendant plus de dix-huit mois.
Le renvoi aux documents cités dans la note , p. 9, est une des preuves les plus frappantes du peu de confiance que mérite cette histoire. On croirait que cet épisode du prêtre irlandais est fondé sur un mandement, et sur le journal de Mgr Plessis. Eh bien! non-seulement ces documents y sont contraires, mais le fait lui-même se trouve dénaturé par M. Brasseur de manière à le rendre méconnaissable. Le gouvernement fit savoir indirectement à M. Briand que, s’il se faisait consacrer , on n’en dirait rien, et l’on fermerait les yeux sur cette démarche. L'avis lui fut communiqué par deux de ses amis, M H. J. Cramahé, plus tard administrateur du gouvernement de Québec, et M. Thomas Mills, membre du conseil de la colonie. C’est ce dernier que M. Brasseur a changé «en prêtre irlandais que M. Briand rencontra par hasard dans les bureaux et qui, prenant en pitié sa triste situation, l’engagea à cesser sa poursuite. » En lisant plus attentivement les lettres de M. Mills, l’auteur aurait vu que l’aviseur charitable n'était ni un prêtre ni un in- ‘onnu, puisqu'il y informe de ses projets de mariage son ancien et excellent ami M. Briand. De fait, M. Brasseur
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