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demander si ce n’était pas à moi ou au chapitre à nommer , de agrément du gouvernement, le coadjuteur; et qu’il savait que du côté de Montréal on recueillait les voix de messieurs les curés. »
Le 16 mars 1768, le cardinal Castelli, préfet de la S.C. de la Propagande, écrivait à l’évêque : « La volonté du pape est que vous demandiez un coadjuteur, pourvu que les Anglais n’y mettent aucun empêchement. » Il félicitait en même temps Mgr Briand sur la manière honorable dont il avait été reçu en Canada par les administrateurs du gouvernement.
En 1770, l’évêque Briand priait le nonce du pape, à Paris, de demander M. d'Esgly pour coadjuteur de lévêque de Québec, et lui rapportait ce qui s’étail passé dans ses rapports avec le chef de la colonie. La présenlation ainsi faite fut acceptée par la cour de Rome; le cardinal Castelli le lui annonçait peu de temps après, el ajoutait ces mots : « Quas tibi gratias non agam... cum nihil permiseris attentari, quod præter jus esset ac digni-tatem apostolicæ sedis. Quels remerciments n’ai-je pas à vous faire de ce que vous avez empêché qu’on n’empiétât sur les droits et l'autorité du siége apostolique. »
L’approbation de la conduite de Mgr Briand, venant d’uné’ autorité aussi respectable, peut contrebalancer la censure prononcée par l'auteur (p. 21, v. ID : « Mais Briand, intimidé déjà par tout ce qui s'était passé, n’osa pas répondre d’une manière énergique, et, après une faible résistance, se laissa imposer toutes les conditions qu'on voulut bien lui imposer. »
Intimider ! M. Brasseur connaît bien peu l’homme qui disait à un gouverneur du Canada : « Ma tête tombera avant que je vous accorde la permission de nommer à
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une seule cure ; » qui, pendant sa dernière maladie, écrivait à lord Dorchester : «De ma vie je n'ai craint homme ; je me reproche, même à présent que je suis aux portes de la mort, de ne pas assez craindre Dieu, mon redoutable juge ; je sais aimer, mais non craindre; les bontés me rendent faible et mou; les grossiéretés et les duretés me trouvent homme et ferme. »
M. d'Esgly jouissait d’une réputation irréprochable ; il avait pendant plus de trente-cinq ans montré un grand zèle et une grande pr''#nce dans la conduite de sa paroisse ; il était surtout doué dune fermeté remarquable. Malheureusement, lorsqu'il fut appelé à gouverner le diocèse, l’âge avait affaibli ses facultés intellectuelles, mais il eut le bon esprit de remettre la conduile des affaires à son coadjuteur. Les suppositions que fait l'écrivain par rapport à cette nomination sont tout à fait gratuites, et injuricuses au noble caractère du général Carleton, ainsi qu'à l'honneur du clergé canadien.
(P. 23.) « Ce ne fut que deux ans après, qu’à la solliellation du gouverneur, Pévèque Briand déclara l'abbé d’Esgly coadjuteur. »
La sollicitation du gouverneur n’eut rien à faire dans ect # *, Des circonstances liées avec les prétentions qu'ém . ent les marguilliers de Québec, élèves des parlementaires français, empéehèrent seules Mgr Briand de présenter plus tôt son coadjuteur au clergé et au peuple du diveëse. I voulait accomplir ectte cérémonie dans sa cathédrale même, dont il n'avait pu encore prendre possession depuis qu'elle avait été rétablie. L’obstination des marguilliers, parmi lesquels étaient de proches parents de l’évêque de Dorilée, ayant été
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vaineue par les murmures du peuple el par les représentalions du gouverneur, Mgr Briand fit sa première entrée dans son église cathédrale, le 16 mars 1774, el, après la messe célébrée pontificalement, il proclama M. d'Esgly comme son coadjuteur. « N’étant pas moimême, disait le prélat, universellement reconnu selon tous mes droits et en possession de mon siége, j'attendais avee confiance de la part de notre Dieu des jours plus calmes et plus sereins. [ls sont enfin arrivés ces jours heureux, je suis entré en Sion; j'ai chanté Îles louanges du Seigneur dans l'église qu'il m'avait destinée ; j'y ai offert à sa gloire le sacrifiec de son fils pour mes chères ouaïlles... Voilà un nouveau pasteur que je vous donne, un autre moi-même... Plein de confiance en la miséricorde de mon Jésus, sans être arrêté par la multitude de mes péchés, je me présenterai devant son redoutable tribunal, en lui disant que je ne vous ai pas laissés orphelins, que je vous ai donné un zélé pasteur, un prudent et vigilant évêque, qui réparera mes fautes et vous conduira plus sûrement au port du salut. »
Ce langage n'indique pas que Mgr d’Esgly aurait été imposé par violence. Tout au contraire, il prouve que Mgr Briand avait confiance en lui ; à moins que l'on ne suppose que M. Briand était un franc hypocrite. Toutc sa vie réclame contre cette supposition.
(P. 43, v. IL.) « Mais le courage faillit trop souvent au clergé, lorsqu'il n'avait besoin que de se montrer et de faire valoir ses droits, ainsi qu'il aurait dû le faire lors de la suppression du chapitre et du collége des jésuites à Québec. »
Le clergé pouvait attendre du succès lorsqu'il étail soutenu par le gouvernement britannique contre le con-
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seil colonial; il n'en pouvait espérer quand les autorités impériales et coloniales étaient opposées à ses demandes. En adressant un grave reproche à une classe d'hommes qui, certes, connaissaient leurs droits et leurs devoirs, M. Brasseur oublie une chose : c'est qu'à plusieurs reprises, el en particulier sous Mgr Briand, les évêques, le clergé ct tous les catholiques du Canada ont énergiquement demandé la restitution des biens des Jésuites, On leur répondait toujours que la France avait cédé ces biens à la couronne d'Angleterre, par la capilulation et par le traité de paix de 1763. Les réclamalions du clergé canadien étaient accueillies par une cour protestante, comme de semblables demandes du clergé français ont été reçues par les divers gouvernements de la France catholique, depuis la première révolution jus-
. qu'en l’année de grâce 1852.
(P. 43, v. IT.) « Le clergé. obtint de lui (Mgr d'Esgly) donner pour coadjuteur le prêtre Jean-François Hubert, né en Canada aussi bien que lui. Ce choix n'était peut-être pas beaucoup plus remarquable que le précédent, si l’on considère les lumières et la fermeté si nécessaires dans un évêque. »
D’après M. Brasseur lui-même, le clergé exerçail donc quelque influence dans lélection des coadjuteurs. D'ailleurs les citoyens de Québec, réunis en assemblée, avaient hautement manifesté le désir qu’ils éprouvaient de voir M. Hubert élevé à l’épiscopat ; l’ancien évèque, Mgr Briand, avait aussi fortement recommandé ee choix. Prédicateur remarquable par sa facilité et son onclion, recommandable par la pureté de ses mœurs, el sa conduite vraiment ecclésiastique, M. Hubert, avant d'em-
“brasser la vie de missionnaire, ce qu'il avait sollicité
dE comme une faveur, avait élé supérieur du séminaire de Québec et de l'Hôtel-Dieu, et scerétaire du diocèse, Dars ces différents postes, il avait acquis l'estime et la confiance de ses supérieurs, de ses confrères et de ses conciloyens.
Son éloge a été tracé par un homme dont M. Brasseur ne saurait infirmer le témoignage, le vénérable abbé Desjardins, pendant bien des années vicaire-général de Paris.
« Révéré au dehors par une grande réputation de piété ; digne au dedans de la vénération de son troupeau par une piété solide et véritable, tel fut jusqu’à la mort monseigneur l’illustrissime et révérendissime Jean- François Hubert, ancien évêque de Québec.
« Dieu avait donné à son serviteur des talents prématurés et remarquables. Dans le cours de ses études profanes et ecclésiastiques, il obtint constamment les plus brillants succès, et les dut moins aux efforts de lapplication qu’à une singulière facilité.
« Oui, ce pontile fut un présent de la miséricorde divine, et pour le prouver, il suffira d'exposer quelles élaient les circonstances tant à l’intérieur qu’au dehors de l'Église, et quel était l’homme qui fut mis en place.
« Au dehors l'Église du Canada était en paix; la protection royale lui était acquise ; les bornes des pouvoirs élaient à peu près fixées; l'indépendance de la juridiclion spirituelle, sinon expressément reconnue, étail favorisée, respeclée.…
« Au dedans, la religion florissail dans les villes et dans les campagnes ; le peuple était avide d'instructions ; le clergé, formé par une éducation saine, édifiait et inslruisait... En un mot, le régime intérieur exigeait du
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« Tel était l’état des choses ; or, M. Hubert était un des hommes les plus appropriés à de semblables circonslances.…
« Je n'aurais garde de passer sous silence les douleurs amères que lui causaient les désastres d’une antique et illustre portion de l'Église, si je ne craignais de vous entretenir de nos malheurs particuliers. J'aime mieux, quoiqu'il en coûte à la reconnaissance, supprimer le récit des largesses que ce digne prélat a prodiguées pour recueillir auprès de lui quelques faibles débris d’un grand naufrage. Maïs du moins, mon tendre père, ces traits de votre belle âme resteront à jamais gravés dans notre mémoire ; et si la divine Providence renvoie des étrangers sur les ruines de leur patrie, ils y porteront le souvenir de vos vertus, ils y raconteront vos bienfaits. »
Que deviennent les appréciations de M. Brasseur, en présence du témoignage si favorable rendu à l'Église du Canada et à son chef, par M. Desjardins, homme qui sut mériter l'estime de tout l’épiscopat français par son noble caractère. Pendant son séjour en Canada, il avait appris à aimer le peuple canadien, si fortement attaché à la foi catholique, et si fidèle à remplir ses devoirs religieux ; ilavait connu le clergé qu’il représente comme élant si digne de sa haute mission ; il avait joui de la confiance des pasteurs qui veillaient avec tant de sollicitude sur cette portion intéressante de lhéritage du Seigneur, et, pendant tout le cours de sa vie, il se plaisait à rappeler les jours heureux qu’il avait passés au milieu de ses frères de la Nouvelle-France.
M. Brasseur a jugé bien différemment les hommes et
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