ER : ES
l'un de ces historiens ou traduites littéralement de l'autre. Il resterait dix pages du style de M. Brasseur; à moins, toutefois, qu’il ne les ait puisées dans un troisième auteur dont nous n'avons su relever le signalement. Nous avons vérifié, de plus, que le reste du premicr volume se retrouve à peu près aussi intact dans les écrits du bon jésuite ou du savant américain. »
Faisant allusion à la prétention qu'émet l'historien d'avoir compulsé des manuscrits inédits, le même écrivain ajoute : « Nous estimons que dans tout le premier volume, c'est-à-dire dans toute l’époque antérieure à 1760, aucun document inédit n'est venu éclairer les recherches historiques de M. Brasseur. Nous disons de plus, que de nombreux documents inédits, fort connus des hommes d'étude aux États-Unis et au Canada, ont élé ignorés par M. Brasseur, en sorte que des faits rec- Lifiés par certains manuscrits demeurent, dans le livre qui nous occupe, dans létat controuvé où les à cités quelque ancien auteur. »
Après avoir montré que M. Brasseur a mieux réussi dans le maniement des ciseaux que dans la découverte de documents inédits, il nous reste à faire connaître le jugement qui a été porté en Canada sur l’ensemble de son ouvrage. Nous le donnons avec peine, mais avec sincérité.
L'histoire du Canada et de son Église est déligurée, dans les deux volumes de l’auteur, par les omissions, les inexactitudes, les erreurs grossières, les fausses appréciations. Les dates y sont souvent jetées au hasard, les faits dénaturés, les hommes jugés avec une partialité et une injustice qui dénotent la légèreté et la mauvaise humeur de l'écrivain. En comparant l’histoire de Smith,
adversaire acharné de la race française et du catholieisme, avec la seconde partie de l'ouvrage de M. Brasseur, on est obligé de convenir que l'historien protestant a été moins injuste que l’ecclésiastique français envers le clergé et le peuple catholique du Bas-Canada. Aussi la dernière histoire du Canada mérite-t-elle d'être accueillie avec joie par ceux qui haïssent les Canadiens-Francais à cause de leur religion, de leur origine et de leur langue. Pour les amis de la justice et de la vérité, ils regardent ce travail comme ne faisant honneur ni au cœur ni au jugement de l’auteur. Voilà de bier, graves reproches; nous allons prouver qu'ils sont mérilés.
Signaler toutes les erreurs et-les omissions qui se rencontrent dans ce livre, serait une tâche longue et fastidieuse ; pour faire connaître la valeur de l'ouvrage, il suffira d'en indigner quelques-unes.
Nous citerons deux ou trois omissions seulement, pour ne point fatiguer le lecteur.
Qu'on lise Charlevoix, et l’on remarquera la large part qu'occupe M. Le Moyne d’Iberville dans le récit des guerres du Canada, vers la fin du règne de Louis XIV. Avec des forces bien inférieures, il chasse les Anglais de la baie d'Hudson, détruit leurs vaisseaux, et s’empare de leurs forts; il se rend maître de leurs principaux élablissements dans l’île de Terre-Neuve; il donne la chasse à leurs navires sur les côtes de Acadie et de la Nouvelle-Angleterre, ét promène en triomphe le pavillon français sur toutes les mers de l'Amérique du Nord. En explorant les côtes qui bordent le golfe du Mexique, il découvre l'embouchure du Mississipi, et le premier remonte le grand fleuve sur un vaisseau. Plus
RE dd CS a on SET
nr ue lard, il forme des établissements français dans la Louisiane, où il laisse son frère M. de Bienville, fondateur de la Nouvelle-Orléans. Le gouverneur de Saint-Domingue écrivait en 1699, à M. de Pontchartrain, que les vues et le génie de d'Iberville répondaient à sa valeur et à son habileté dans’la guerre. D'Iberville laissa en mourant la réputation d’un des plus hardis partisans et des plus habiles marins que la France eût possédés
holi- Brasotesnçeais \s-Catelle l 8 Ca-
“cri igine
de la | | dans ces temps.
hon- ANNE” ii la d Eh bien! laulcur à trouvé le moyen de ne pas le à de CE | nommer. [Il a fallu une rare habileté pour éviter de s son! k mentionner le nom de d'Iberville, lors même qu'on ra- : conte quelques-uns des plus beaux faits d'armes de ec ui se Ki : s guerrier. Cette omission serait-elle due à ce que d'Iberue e Q , . .
ville était Canadien ?
age, NaRE re :
Mais voici une grave et impardonnable omission dans | une histoire de l’Église du Canada, omission d'autant met : , oh | plus inexplicable qu’elle a pour objet un établissement | avec lequel l’auteur a eu des rapports si intimes, et dont arge PORRE dde Ce ais il prétend avoir eu les archives à sa disposition. Le séit des , si ein ; XIV minaîre de Québec a exercé l'influence la plus large et de | la plus féconde en heureux résultats, sur la petite ponglais ee ë | pulation française, restée en Canada après sa cession s’em- tnt é aux Anglais. Malgré sa pauvreté, il fournissait aux be- )'1 e id e. . A , n . »
d ne soins des missionnaires qu'il continua d'envoyer aux (1) se {linois, sur les bords du Mississipi et dans l’Acadie; il et de a , | donna l’hospitalité aux évêques de Québec pendant plus à , ' . .
Pi de 60 ans ; il se chargea de l'instruction non-séulement ue du fe du , et le (+) M. Brasseur ne dit pas un mot de ces missions qu’il pouvait connaitre, Plus puisque Charlevoix en parle dans son histoire et surtout dans sa Relation
de voyage.
des jeunes gens quise destinaient à l'élat ecclésiastique, mais encore de tous ceux qui, aspirant à occuper une position distinguée parmi leurs compatriotes, désiraient se préparer aux professions libérales, par un cours d’études classiques. Dans son sein ont été formés la plupart des hommes qui ont dirigé les Canadiens dans leurs luttes pour la conservation de leurs institutions religieuses et civiles. Toutes les voix, d'un bout du pays à l’autre, se sont élevées pour bénir et loucr cette inslilution.
« Chargés jusqu'alors de l’enseignement supérieur, » dit un écrivain canadien, « les jésuites avaient été emportés par la tourmente; le séminaire de Québec entreprit de conserver parmi nous le précieux flambeau de la science ; et cette tâche, il l'a dignement remplie jusqu’à ce jour avec le plus parfait désintéressement. »
Dans son mandement d'entrée, Mgr Cooke , premier évêque des Trois-Rivières, s'adresse ainsi aux directeurs de cette maison : « Vous avez conservé dans notre pays le précieux flambeau de la science; vous avez gardé fidèlement le dépôt des lettres sacrées et hu- - maines, pour les faire servir à la gloire de Die et à l’avantage de nos compatriotes; auprès de vous, nous avons puisé ce que nous possédons de piété, de zèle, de connaissances, de vertus sacerdotales, Aussi conserverons-nous religieusement le souvenir de votre générosité et de votre dévouement, » |
Les étrangers qui ont visité Québec ont joint le tribut de leurs éloges à celui des enfants du sol. Parmi les écrivains européens qui ont su apprécier les services rendus à l’éducation, en Canada, par cette vénérable maison, nous aimons à nommer M. Xavier Marmier,
tique, + une iraient rs d'éa plu-
dans utions U pays e ins-
ieur, »
té ementreu de la jusqu'à
remier direcis notre 1S avez et hueu et à s, nous e zèle, conser-
, , » géné -
oint le Parmi ervices nérable armier ,
litérateur français distingué , et le professeur Johnston, d'Édimbourg, qui, durant leur séjour dans ce pays, ont visité et examiné soigneusement nos Ctablissements publics.
Un menbre du collége de Maynooth, délégué par les évêques d'Irlande, afin de recueillir des fonds pour l'établissement d’une université catholique, adressait, il y à peu de mois, le paragraphe suivant à l'éditeur du T'«blet de Dublin :
« Ce séminaire est une ville en lui-même... Tout ce qui s’enseigne dans les séminaires, les colléges et les universilés est enseigné ici par un corps nombreux el capable de professeurs et de maîtres... Cette institution renferme 30 ou 40 jeunes ecclésiastiques ; plus de quatre cents élèves, se destinant au monde, sont soigneusement formés dans toutes les branches d'une éducation séculière qui peuvent en faire des eiloyens instruits, et les rendre propres aux professions... Le cabinet de physique est fourni dè nombreux instruments, et renferme toutes les découvertes modernes,
« Le musée contient une collection choisie, et la bibliothèque possède 12,000 volumes des ouvrages les plus rares et les plus importants dans tous les départements. Cette splendide institution est sur le point d’être érigée en université. »
Nous pourrions multiplier les citations dans lesquelles les louanges les mieux méritées sont données à cette maison, où M. Brasseur a été « professeur d'histoire ecclé siastique. » Noùs avons inutilement cherché dans son ouvrage une page où il fasse connaître les justes droits du séminaire de Québec à la reconnaissance de la population catholique du Canada. Il à néanmoins été plus
juste envers d'autres établissements du même genre, qui n'ont pas le malheur d'appartenir au diocèse de Québec.
Parfois l’auteur cherche à glisser quelques mots tirés de son fonds, quelque courte explication des passages qu'il traduit, qu'il emprunte ou qu'il cite; malheureusement, il fait dire, aux auteurs qu'il reproduit ainsi, des absurdités auxquelles ils n’ont jamais songé.
Bancroft, voulant montrer que les missionnaires du Canada avaient évangélisé les sauvages dans les parties les plus reculées de l'ouest, avant même que les ministres protestants de la Nouvelle-Angleterre eussent pensé à s'oceuper des Wribus indiennes de leur voisinage, avait dit dans le 3° volume de l'Histoire des États-Unis (page 131) : « Ainsi le zèle religieux des Français portail la croix sur les rives de la Sainte-Marie, et élendait ses regards sur les terres des Sioux dans la vallée du Mississipi, avant même qu’Éliot de la Nouvelle-Angleterre eût fait entendre sa voix à la tribu indienne qui demeurait à moins de six milles de Boston. » Les annales de la Nouvelle-Angleterre prodigucnt des louanges au zèle du prédicateur puritain Éliot, qui, plus hardi que ses confrères, avait osé se hasarder parmi les sauvages. Il avait cependant eommencé un peu tard; car il venait d'ouvrir sa mission près de Roxbury, lorsque le P. Druillettes, qui avait déjà établi une chrétienté sur le Kennébec, le visita dans l’année 1649. M. Brasseur, pour qui Éliot est un personnage inconnu, a pris le parti d’en faire un gouverneur, et lraduit comme suit : « Cinq ans avant que le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre eût ouvert des
enre, se de
Lots tin des l cite; repro jamais
ires du es parque les ussenl V voisiire des ux des ite-Ma- Sioux ot de la la tribu le Bos- C prouritain osé se IL comon près it déjà ta dans in perouverque le ert des
Te
propositions avec les tribus indiennes qui demeuraient autour de Boston (vol, E, p. 55). » Ce n'est pas semblable bagatelle qui arrètera la plume de M, Brasseur'.
«Le simple habit de gros drap » dont il affuble Mgr de Laval (p. 180, v. [) n’est autre chose qu'une paire de raquettes! Dans l'histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, qu'il cite à l'appui de ce passage , on lit (p. 226) que le prélat faisait ses voyages en jacquettes; pour un Canadien, accoutumé à voyager en raquettes sur la neige, ee mot est évidemment une faute de typographie, que l'histoire à cru corriger au moyen d’un simple habit de gros drap,
Dans ses « Lettres sur l'Amérique,» publiées depuis trois ans, M. X. Marmier, qui a rendu justice à l'Église et au peuple catholique du Canada, à réuni des renseignements si précieux sur notre pays et sur nos institutions, que M. Brasseur n’a pu résister à la tentation de s’enrichir de ses dépouilles. Huit pages de M. Marmier (160- 168, v, D) sont descendues, toutes vivantes, dans l’Æisboire du Canada, où elles forment le commencement du chapitre 17°, vol. IL. La description de Québec, occupant plus de deux pages, a aussi été copiée littéralement dans le même ouvrage, sauf quelques mots changés dans chaque phrase. (Marmier, vol. I, pp. 142, 143, 144, 145. — Hist. du Canada, vol. Il, pp. 206, 207, 208, 209.) Or ces changements servent à gâter le texte original. Ainsi M. Marmier représente le Saint-Laurent, qui «s’en va, avec ses chaloupes, ses goëlettes, ses bâtiments à trois mâts se marier à la mer, comme un roi dans toute la pompe de son pouvoir; » tandis que l’hisiorien du Canada nous le montre, € partant de Qué-
bec avec ses goëlettes , Ses bricks à trois mâts, ses navires de tout bord pour s'unir à la mer, ete. »
Une note (p. 248, v. ID) attribue à Mongomery Martin la phrase suivante : « Après quoi les eaux du lac Winnipeg se déchargent dans la Saskatchiwine, et d'un autre côté dans le lac Supérieur, par le lac des Bois. »
Jette assertion doit étonner à bon droit ceux qui oni étudié la géographie de l'Amérique Septentrionale. La Saskatchewan prend sa source dans les Montagnes Rocheuses, et, après un cours d'environ 1,700 milles, se jette dans le lac Winnipeg ; celui-ci décharge ses eaux dans la baie d'Hudson, par les rivières Severn et Nelson, Comment Montgomery Martin, dont les renseignements sur les colonies britanniques sont généralement sûrs, at-il pu faire remonter les eaux du lac Winnipeg, d’un côté par-dessus la hauteur des terres, jusqu’au lac Supérieur, et de l’autre jusqu'aux Montagnes Rocheuses ?
Il suffit d'ouvrir l’auteur mentionné pour reconnaître la confiance que méritent les citations de l’historien. A l'article désigné, on lit : « Le lac Winnipeg a 240 milles de longueur, et de 5 à 50 milles de largeur. Il reçoit la rivière Saskatchewan, qui coule des Montagnes Rocheuses et des hauteurs du nord... ; il se décharge dans la baie d'Hudson, par la rivière Nelson ct quelques aulres. »
(P.256.) M. B. s'appuie encore de l'autorité de M. Marlin pour nous faire croire que de gros vaisseaux remontent une chute de 150 pieds.
« Cette chute magnifique (chute de Shawanegan, où les eaux du Saint-Maurice tombent d’une hauteur de 150 pieds) qui est une des plus belles du Canada, est à
sr rer rente bd DRE EE TEE TETE TETE ET SERIE IT
Sen ŸT
S na- douze lieues environ plus haut que la ville des Trois- Rivières. Le Saint-Maurice est navigable pour de grands Mar- bâlimerts, jusqu'au rapide de la Tuque, à 30 licues de u lac celle ville, »
d'un coutons maintenant Montgomery Martin :
bis, » « Navigation for boats is practicable [or 38 leagues to Lu ioni | Tuque, ivith the exception of portages. La rivière est navi- », La 4 gable pour des chaloupes, excepté aux portages, jusqu’à s Ro- | la Tuque, à 38 lieues de cette ville. » s, Se 8 Les voyageurs canadiens nomment portages les parties eaux 4 d'une rivière où la rapidité du courant, un rocher, quel- Nel- que cascade, empêche que les eancts et les embarcations nsei- ; légères ne puissent remonter. L’embareation est alors rale- lransportée à dos d'hommes au delà des obstacles qui u lac ! obstruent la navigation.
Tres, Le conte des gros bâtiments qui remontent la chute onta- l de Shawanegen serait digne de figurer dans les Voyages ll de Gulliver, où dans les Aventures du baron Munchausen. aître É Quoique M. B. ait eu la précaution d'informer ses lecen. À 1 teurs (p.197, v. ID qu'il possède la langue anglaise, on nilles Ë a peine à le croire après de pareilles preuves de son haoit la | bileté à traduire.
Ro- L'auteur a tiré environ neuf pages de son livre d'une dans fort belle lettre du R. P. Aubert, insérée dans les Annales Iques à de la Propagation de la Foi. Pour se donner au moins un litre coloré à cette aubaine, il a cru devoir la retoucher; Mar- 4 el il l’a fait avec son bonheur ordinaire. non - ; « La rivière des Vases, » dit le P. Aubert, « que l'on prend sur le versant opposé au bassin du Mattawan n, où { est d’abord si étroite qu’à peine la berque peut ÿ pasar de ! ser, »
est à Version de M, Brasseur (vol. Hp. 260 : «De lOttawa
on entre dans la rivière Mattawan, un de ses affluents : puis dans la rivière des Vases, où l’on arrive en traversant la chaîne qui sépare le bassin du Saint-Laurent de celui de la baie d'Hudson. » On croirait à ce récit que lon va tomber sur la baie d'Hudson ; point du tout, on est tout étonné d'arriver au lac Huron. La chaîne qui sépare le bassin du Saint-Laurent de la baie d'Hudson est à 150 milles du point où l’auteur la transporte, en essayant d'expliquer la lettre du missionnaire.
Le P, Aubert décrit ainsi les pays déserts qu'il a parcourus en remontant l’Ottawa, et en côloyant les rivages des lacs Nipissing, Huron et Supérieur :
« La solitude jette une même empreinte sur tous les pays que nous avons parcourus. Le bruit des rames, le sifflement des écureuils et le cri des oiseaux parviennent seuls à l'oreille. Des arbres, des rochers et des eaux, c’est là tout ce que l'œil aperçoit. »
Cette description est trop vraie et trop naturelle pour M. Brasseur ; aussi se fait-il un devoir de la barbouiller avec son pinceau de romancier, pour donner à ses lecteurs une amplification d'écolier.
(P. 260, v. I.) « La solitude à par elle-même quelque chose de grave et d’exceptionnel, qui jette malgré la variété des lieux et des climats une même empreinte sur tous les pays que l'on parcourt ainsi. Le bruit des rames, le grondement lointain des torrents, le frôlement des serpents qui se dérobent dans la fourrée, le sifflement des écureuils, les gazouillements des oiseaux frappent seuls l'oreille. Des arbres, des rochers, des eaux, des montagnes, un ciel d'azur, c’est là tout ce que l'œil aperçoit, »
Qui croira que la solitude, malgré tout ce qu’elle pos-
US ; 'er-
de que
on qui son en
par-
TS ges
ent Lx,
OU iller lec-
que Vatous , le Dents CUculs nlael -