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PRINCIPE ET METHODE ANTISEPTIQUES

gicale. Si l'on pouvait réaliser autour des plaies une atmosphère privée de germes, aseptique, non seulement il n'y aurait ni production de pus de mauvaise nature, ni fièvre chirurgicale, mais même pas de pus du tout, la suppuration n'étant pas un phénomène physiologique, nécessaire, de la réparation des

de premier ordre, qu'il détruit les ferments, etc. Lister apprend en même temps les effets antiputrides remarquables de cet acide phénique sur les eaux d'égoûts de la ville de Carlisle. Il choisit cet antiseptique et s'ingénie, à son aide, à réaliser autour des plaies une atmosphère privée de germes (mars 1865).

Lord LiSTEtl.

Né à Londres en 1827 ; assistant de Syme à Edimbourg (1853) ; professeur de Chirurgie à l'Université de Glascow (1863-1869) professeur de Clinique chirurgicale à l'Université d'Edimbourg (1S69-1877) en remplacement de Syme, puis au King's- College Hospital de Londres (1877).

plaies. La réunion per primant deviendrait la règle. Nos plaies suivraient la marche tranquille et salutaire des lésions sous-cutanées.

Il ne reste plus qu'à réaliser cette atmosphère aseptique ?

Justement notre compatriote le docteur Jules Lemaire, de Paris, vient de montrer que l'acide phénique est doué de propriétés antiseptiques

Il tâtonne, ne se laisse pas rebuter par les insuccès, en recherche les causes, y pare et se convainc de plus en plus de la nécessité d'apporter à la préparation, à l'exécution d'une opération chirurgicale et aux pansements consécutifs, la précision d'un Pasteur expérimentant dans son laboratoire.

Dès le 9 août 1867, sûr d'être dans la bonne

MOYENS PROPRES A ASSURER L ASEPSIE DES SUITES DE COUCHES

voie. Lister lit à laBritish Médical Association de Dublin son premier mémoire Sur le principe antiseptique dans la pratique chirurgicale.

A maintes reprises, dans un discours à la Société médico-chirurgicale de Glascow 2 mai dans sa leçon d'ouverture à Edimbourg (8 novembre 1869 , dans le Traité de chirurgie de Holmes il revient sur les principes, les procédés et les résultats de sa méthode dont le discours sur la Chirurgie, prononcé à l'Iymouth en août 1S71. marque l'état adulte.

Les procédés auxquels Lister s'est arrêté, a près six années d'apprentissage, sont les suivants :

Antisepsie du champ opératoire, des instruments, des éponges, du chirurgien, des aides. Avant, pendant et après l'opération, tant que le champ opératoire est à découvert, spray c'est-àdire pulvérisations pliéniquées destinées à créer autour du blessé, de l'opérateur et de ses aides une atmosphère exempte de germes.

Pour les plaies accidentelles, dues à une autre cause qu'au bistouri du chirurgien, lavage dans tous les recoins à l'aide d'une solution phéniquée forte destinée à détruire tous les germes de l'air qui pourraient s'y être déposés.

Enfin, pour maintenir pendant toute la durée de la cicatrisation l'atmosphère antiseptique autour delà plaie et en prévenir la contamination secondaire par les germes de l'air, application sur elle de gaze absorbante phéniquée, contenue par un imperméable destiné à empêcher l'évaporation de l'acide phénique de la gaze, à empêcher les liquides de se rendre directement à l'extérieur, à les forcer de parcourir d'abord toute la garde antiseptique avant d'arriver a l'air libre sur les bords.

Dans ses trois premières années, à la Royal Infirmary de Glascow (1860 à 1800), dont les salles de blessés, bien que nouvellement construites (18G1), figuraient parmi les plus malsaines du royaume (1), où jusque là la pyémie, la pourriture d'hôpital, l'érysipèle sévissaient « d'une façon écœurante » : sur 32 fractures compliquées pas un cas de pyémie, sur 40 amputations, 34 guérisons.

Les salles sont devenues des modèles de salu-

(1) Une enquête a sur les égouts » faite en 1868, à la suite d'une effroyable épidémie, survenue dans une salle de chirurle éparée de celle de Lister par un corridor large de douze pieds, lit découvrir dans les Fondations de la salie de nombreux il du choléra de 49. L'une des extrémités de l'Iiùpital touchall de plus au cimetière de la vieille cathédrale, on, par i nent en fosses communes pn-, de 5000 cadavres. Les salles des fiévreux étaient voisines des salles de chirurgie encombrées de brancards.

brité, et il devient clair que l'on ne sera pas contraint de changer les constructions.

El dessinant sur le tableau, pour la dixième fois, ses ballons d'expérience que la distance ne lui a pas permis d'apporter à Plymouth, Lister disait :

« Voyez-les en imagination. Ils démontrent la vérité de la théorie des germes de l'air, cette étoile polaire qui vous doit conduire dans une navigation désespérément difficile sans elle.

« Grâce à la méthode antiseptique qui en dérive la chirurgie devient une chose toute différente de ce qu'elle était autrefois, et des blessures et des opérations considérées jadis comme très graves, (fractures compliquées, ouvertures d'abcès ossifluents, désarticulations de la hanche, ligature de l'iliaque externe, cure radicale des hernies, ostéotomies, extraction des corps étrangers du genou, résections articulaires, etc.), marchent tranquillement dès lors vers une guérison assurée.

« Certes pour ceux qui, élevés avec les idées anciennes, ont à se défaire d'opinions chéries et d'habitudes quasi instinctives, il faut un sérieux apprentissage du système du traitement antiseptique.

« Je veux dire par là, l'emploi méthodique d'une substance antiseptique dirigée de façon à empêcher la putréfaction d'envahir la partie intéressée. J'en distingue le simple usage d'un agent désinfectant comme objet de pansement.

« Loin d'être un spécifique, l'acide phénique doit son action à des propriétés qu'il possède en commun avec d'autres substances, et des résultats analogues à ceux qu'il fournit peuvent être obtenus à l'aide de désinfectants bien connus, pourvu que les mêmes principes servent de base à leur emploi.

« Il faut que le chirurgien soit convaincu de la réalité et de l'importance de ces bienfaits, afin qu il soit conduit à consacrer au pansement antiseptique,dans un cas donné, la même attention et les mêmes elforts qu'il met, s'il mérite le nom de chirurgien, àprojeter et à exécuter uneopération.

« En prêchant pour ma méthode, mes motifs, sont tout autres qu'égoïstes. Je suis certain d'une chose : A quelque point que puissent varier les moyens que nous employons aujourd'hui, pour exécuter le principe antiseptique, ce principe lui-même finira par être reconnu comme le plus important de tous ceux qui doivent guider la pratique chirurgicale. Plus tôt il en

L ASEPSIE — PASTEUR

sera ainsi, mieux cela vaudra pour l'humanité souffrante.

« Quand, après publication de témoignages si concluants, concernant une question qui est regardée généralement aujourd'hui comme la plus urgente en médecine, je vois l'apathie qui les accueille de différents côtés, je ne puis m'empècher de songer aux paroles de Macbeth :

« De telles choses peuvent-elles être sans nous frapper d'étonnement? »

Ce chaleureux plaidoyer (août 1871) trouve enfin de l'écho. Dans chaque pays des chirurgiens se lancent sur les traces de Lister et

voient leurs efforts couronnés de succès, j'entends ceux qui y apportent la précision et l'attention requises : — d'abord en Danemarck Saxtorph, puis en Allemagne Yolkmann, Hagedorn, Langenbeck, Nussbaum, Billroth, Bardeleben — enfin en France avec Lucas Championnière (1875), Guyon, Terrier, Périer, Berger, etc. Les accoucheurs suivent le mouvement: Stadfeld à Copenhagne (1870), Bischoff, Fritsch, Schroeder, Breisky en Allemagne (1875) , Lucas Championnièr^ à la Maternité de Gochin (1878) bientôt suivi à la Maternité par Tarnier qui, directement par son enseignement et indirectement par celui de ses élèves, va vulgariser en France l'antisepsie obstétricale.

D'abord ceux qui suivent le mouvement s'attachent à observer strictement, aveuglément le rite Listérien, c'est-à-dire à préserver la plaie génitale « des germes de l'air » par l'emploi du spray phénique, en même temps qu'ils recourent à l'acide phénique fort pour tuer les germes sur l'accouchée, sur l'accoucheur, les instruments, les pièces de pansement.

Pendant que se faisait plus ou moins péniblement cette diffusion de la pure pratique listé— rienne, Pasteur continuait son œuvre, aidé de Joubert, de Chamberland et de Roux.

A partir de 1876 il commence ses études sur Tétiologie des maladies microbiennes par la démonstration que la bactéridie de Davaine est la cause unique du charbon (1877); que la maladie que Leplat et Jaillard ont prise pour le charbon est une septicémie, une putréfaction sur le vivant, due à une bactérie banale anaérobie c'est-à-dire ne cultivant qu'à l'abri de l'air, bactérie dent le canal intestinal renferme des millions, très répandue dans la terre et qu'il dénomme le vibrion septique.

Toutes ces études l'amènent à dire à l'Académie en 1878 :

« Si j'avais l'honneur d'être chirurgien, pénétré comme je le suis des dangers auxquels exposent les germes des microbes répandus à la surface de tous les objets, particulièrement dans les hôpitaux, non seulement je ne me servirais que d'instruments d'une propreté parfaite, mais après avoir nettoyé mes mains avec le plus grand soin et les avoir soumises à un flambage rapide, ce qui n'expose pas à plus d'inconvénients que n'en éprouve le fumeur qui fait passer un charbon ardent d'une main dans l'autre, je n'emploierais que de la charpie, des bandelettes, des éponges préalablement exposées dans un air porté à la température de 130 à 150 degrés; je n'emploierais jamais qu'une eau qui aurait subi la température de 110 à 120 degrés. Tout cela est très pratique.

« De cette manière je n'aurais à craindre que les germes en suspension dans l'air autour du lit du malade ; mais l'observation nous montre chaque jour que le nombre de ces germes est pour ainsi dire insignifiant à côté de ceux qui sont répandus dans les poussières, à la surface des objets ou dans les eaux les plus limpides.

« Et d'ailleurs rien ne s'opposerait à l'emploi des procédés antiseptiques des pansements ; mais joints aux précautions que j'indique ces procédés pourraient être singulièrement simplifiés. Un acide phénique non concentré pourrait être avantageusement substitué à un acide phénique caustique. »

Et Duclaux remarque que « c'est Pasteur qui pousse les chirurgiens à perfectionner les méthodes de pansements apportées par Lister, et qui avaient été pourtant une si grande découverte. Ces méthodes, en effet, s'inspiraient d'une idée exacte que Pasteur avait partagée mais dont il se détachait de plus en plus; c'était qu'il fallait surtout redouter l'air comme agent convoyeur de germes. Dans cette mémorable note voici que Pasteur accusait les éponges, la charpie et sans vouloir le dire le chirurgien lui-même. »

C'est déjà en grande partie la justification^de Semmehveiss et de Simpson.

Plus nous allons avancer maintenant, à la suite de Pasteur, plus la théorie du germe pathogène va prendre corps, plus Simpson va avoir raison.

b. Streptococcie puerpérale.

On pressentait depuis quelques années déjà le germe-virus de la fièvre puerpérale. Sans insister sur les constatations sans précision faites par Mayrhofer (1863 à L865 . el par Rokitansky iSO'i . il convient de rappeler qu'en 1869 Coze et Feltz avaient signalé, dans le sang d'une femme atteinte de fièvre puerpérale (et qui mourut huit jours après), des " points mobiles isolés ou disposés en chaînettes ".

Trois ans plus tard Waldeyer examinant l'enduit utérin diphtéroïde, le contenu puriforme des lymphatiques pariétaux et intra-ligamentaires, la sérosité péritonéale, pleurale et péricardique de 4 femmes mortes de fièvre puerpérale chez Spiegelberg, à Breslau, y découvrait des bactéries sphériques (Kugelbacterien de F. Cohn) formant des chaînes ayant jusqu'à dix articles.

Il fut suivi dans cette voie par Heiberg et par Orth (1873) qui, dans le Tome 58 des Archives de Virchow, figure nettement, dans l'exsudat péritonéal d'une femme morte de fièvre puerpérale, des chaînettes de Kugelbacterien.

Mais ne pouvant isoler, cultiver ni injecter aux animaux ces micro-organismes, ces auteurs ne pouvaient en prouver l'action pathogène. Les inoculations faites avec le sang impur ou les liquides péritonéaux du cadavre, avec les lochies, déterminaient bien chez les animaux des phénomènes infectieux. Mais cela ne prouvait pas que le micro-organisme en chaînettes qu'on y avait rencontré fût la cause de ces accidents et non pas seulement un accessoire de la maladie.

« Avec quelle attention Pasteur suit ces premiers travaux. Ils le réjouissent et le mécontentent à la fois ; ces expériences de médecins lui paraissent souvent défectueuses, les méthodes lui semblent insuffisantes et les preuves sans rigueur, propres plutôt à compromettre la bonne cause qu'à la servir » (Roux). Bientôt il n'y tient plus et résolument mais silencieusement se met a létude. (187". .

Il faut, pour le faire sortir de sa réserve une mise en demeure publique.

Le 11 mars 1879, M. Hervieux, médecin de la .Maternité, faisait en sa présence à l'Académie

une communication sur la septicémie puerpérale. 11 cherchait à y prouver que « les organismes inférieurs connus : vibrions, bactéries, bâtonnets, corps mouvants, sont impuissants à expliquer la septicémie puerpérale. » Au lieu d'accorder à la septicémie externe la première place dans la puerpéralité pathologique « il la reléguait sur un plan très reculé pour attribuer à la septicémie interne le rang et l'importance qu elle mérite dans la genèse des tocopathies. »

Et M. Hervieux terminait ainsi :

« 11 y aurait donc de grandes chances pour que le miasme générateur de la septicémie puerpérale ne fût point un vibrion. Ce serait en tout cas un vibrion d une nouvelle espèce dent les caractères, la nature et la constitution physiques auraient besoin d'être déterminées.

« Mais, faut-il l'avouer, j'ai une peur terrible, une peur dont je ne puis me défendre, et que l'Académie comprendra, c'est celle de mourir avant qu'on ait découvert ce vibrion-là ».

Vous reconnaissez, à vingt ans de distance, l'argument de Cazeaux.

Pasteur s élance à la tribune :

« M. le Dr Hervieux disait, à la fin de sa lecture, après avoir combattu savamment les applications qu'on veut faire de la théorie des germes à l'étiologie de la fièvre puerpérale :

— Je crains bien de mourir avant d'avoir vu le vibrion qui produit cette fièvre. —

« Eh bien, que l'Académie me permette de dessiner sous ses yeux le dangereux microbe auquel je suis porté en ce moment à attribuer l'existence de cette fièvre. C'est vraisemblablement 1 une des nombreuses espèces ou variétés de ces petits organismes, que j'ai rencontrés si souvent dans mes éludes depuis L860, qui ont la forme de petits chapelets de grains sphériques.

« Voici ce que j'ai vu et à quelle occasion.

« L'Académie n'a pas oublié peut-être qu'en 1875 M. (iosselin avait présenté à l'Académie des sciences une note de M. Albert Bergeron au sujet des organismes microscopiques qu'on a

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