DÉCOUVERTE DES GERMES-VIRUS DE LA FIEVRE PUERPERALE
souvent rencontrés dans des abcès ouverts ou fermés.
« L'auteur concluait à une génération spontanée pour les abcès fermés. Je m'élevai contre l'absence de rigueur dans le raisonnement et dans les inductions, et n'ayant jamais eu l'occasion de rechercher la génération spontanée dans les faits obscurs de la jDathologie, je me mis immédiatement à l'oeuvre, parcourant les hôpitaux et demandant partout des abcès à observer. Des faits que j'ai recueillis, aidé alors dans ces études par M. Gayon, j'extrais les suivants :
« Beaucoup d'abcès montrent l'organisme en couples ou en chapelets de grains que je dessinais tout à l'heure sur le tableau.
« Un de ceux qui me l'ont offert en plus grande abondance est un abcès du cou qui fut ouvert par notre confrère M. Bouley, en ma présence, le 23 avril 1875, rue de Meaux, dans une écurie de la compagnie Lesage. Tout autour de l'abcès et sur une grande surface la peau était un peu dénudée.
« Je l'ai vu également dans des abcès fermés sur des hommes et des femmes.
« Dans le service de M. Alphonse Guérin à l'Hôtel-Dieu, le 7 mars 1875, je trouvai le même organisme, du moins semblable de forme et de diamètre, dans des abcès que portait une jeune femme de 19 ans, atteinte de lymphangite à la suite d'une écorchure du pied ; les abcès s'étaient propagés dans la jambe et dans la cuisse.
« Le 30 avril 1875, à la Pitié, j'observais dans le service de M. Vulpian une femme qui était entrée à l'hôpital avec beaucoup de fièvre et d'abattement faisant croire à une fièvre typhoïde. Cet état avait suivi des pertes utérines terminées par l'émission de caillots sanguins. Elle présentait des abcès multiples aux jambes et aux bras. Le pus d'un abcès ouvert du bras gauche a montré les couples et les chapelets de grains pareils à ceux des abcès précédents. Elle mourut huit jours après, le 7 mai, et à l'autopsie son sang montrait l'organisme.
« L'idée me vint alors que la fièvre puerpérale pouvait bien être déterminée par l'organisme dont je parle ; que, dans tous cas, les abcès et la fièvre de la femme qui précède avaient dû être provoqués par cet organisme, et que la femme du service de M. Guérin, si elle fût
accouchée sous l'influence de ses abcès, serait morte également de fièvre puerpérale. Quant à l'abcès du cheval et aux autres je les cite seulement comme preuve que les abcès chauds contiennent souvent le susdit organisme dont les germes doivent être fort répandus.
« L'Académie voit assez, par ce qui précède, que j'énonce ici des faits et des inductions plus ou moins hypothétiques que j'aurais conservés, comme je l'ai fait depuis 1875, pour des projets d'études ultérieures sur la fièvre puerpérale. C'est tout à fait accidentellement que j'ai été conduit à en parler; je m'estimerais fort heureux si ce que je viens de dire engageait quelques-uns des savants membres de cette Académie à me fournirde nouvelles occasions d'études dans cette direction. »
Pasteur, on le verra par la suite, avait du premier coup mis la main sur le pathogène par excellence.
M. Hervieux qui, plus heureux que Cazeaux et Trousseau, ne mourra pas « sans avoir vu ce vibrion-là », ouvre immédiatement à M. Pasteur les portes de la Maternité.
Et le mardi suivant, 18 mars 1879, Pasteur dépose sur le bureau de l'Académie une nouvelle communication « que le temps n'a pas permis de lire » la tribune ayant été accaparée par un des rare* survivants (1) de la discussion de 1858, Jules Guérin.
La voici : c'est l'extrait de naissance du streptocoque.
« Lorsque, dans la dernière séance, j'ai pris la liberté de présenter quelques observations sur les conclusions de la lecture de M. le Dr Hervieux, j'ai exprimé le désir d'avoir des occasions nouvelles d'étudier la fièvre puerpérale. Dès le lendemain, M. le Dr Hervieux, avec un très bel empressement, dont je ne saurais trop le remercier, voulut bien me permettre de faire quelques observations dans son service de la Maternité.
« I. Une femme, accouchée depuis quelques jours, était en proie à une fièvre puerpérale très caractérisée ; la mort était certaine. Elle eut lieu le dimanche matin à 6 heures.
« Les lochies de cette femme, examinées mer-
Ci) Cazeaux est mort en 1862, Trousseau en 1867, Danyau en 1871.
STRKPTOCOCCIF. PUElIPliD AI.K
credi, lochies très fétides, étaient remplies de microbes divers, mobiles ou immobiles, au nombre desquels se trouvait, en grande quantité, l'organisme en grains sphériques associés par deux, par quatre ou formant les chapelets que j'ai dessinés dans la dernière séance.
n /.r salin recueilli au doigt par une piqûre d épingle, n'offrait que d'une manière douteuse la présence de cet organisme, mais, ensemencé dans un milieu de culture, le sang donna un développement, sans mélange de microbes d'i autre
nature, de ce même organisme [orme de couples de grains ou de chapelets de grains.
« Deux nouvelles cultures du sang eurent lieu encore pendant la vie, puis 7 heures et 32 heures après la mort.
« Ces dernières se
tirent par une gouttelette prise au pied, et par du sang de la veine fémorale. Le résultat fut le même. Développement à l'état de pureté du même organisme voisin de celui des furoncles, mais qui toutefois en diffère le plus souvent assez pour en être facilement distingué. En effet, tandis que le parasite des furoncles est par couples de grains, ce dernier est en longs chapelets, dont le nombre de grains est
pour ainsi dire quelconque. Les chapelets sont flexibles, et on les voit souvent enchevêtrés comme les fils de perles brouillés (1).
« A 1 autopsie, le pus de l'utérus, de s trompes, des lymphatiques de l'utérus montrait cet organisme, mais associe'' à d'antres sous forme de points, de très petits bâtonnets, quelques-uns mobiles.
« II. M. Maurice liavnaud eut l'obligeance de
m envoyer du sang et des lochies d'une femme atteinte d'une fièvre puerpérale très grave, Les (1) Ac. des Se. 1880.
lochies ont donné le même résultat que celles de la femme de la Maternité, dont je viens de parler.
« A 1 hôpital Lariboisière, nous avons recueilli avec toutes les précautions de pureté indispensables, du sang d'une veine de la cuisse, 20 heures après la mort. et. par une ponction, un peu de pus di' la cavité du péritoine.
" La culture du sang montra l'organisme en petits grains, et toujours sans association à d'autres organismes, dans les cultures au contact de l'air ou dans le vide. Le pus du péritoine était rempli de cet organisme en chapelets, dont le nombre des grains était quelconque, atteignant souvent K>, 20, 30 grains et davantage.
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« Il y était associé
au très petit microbe, que j'ai signalé dans une note antérieure, lue en mon nom et au nom de MM. Joubert ii Chamberland, comme un générateur très actif du pus, car la culture ne donna plus cette fois la pureté, c'est-à-dire que' l'organisme en chapelets de grains, à peu près sphériques, se trouva associé aux très petits bâtonnets étranglés que je rappelle. Cette circonstance nous engagea à cultiver également le pus de la ca\ ité péritonéale de la femme morte à la Maternité. Le résultat lut le même que pour la morte de Lariboisière, c'est-à-dire que la culture donna le microbe en chapelets de grains, et le microbe qui engendre facilement le pus, quoique, je le répète, dans les deux eus. le sang n'ait
donné pur lu culture qu'un seul de ces microbes.
celui formé par couples ou par chapelets de grains sphériques.
« .le ne saurais trop insister ici sur cette circonstance que les deux microbes, dont je viens de parler plus spécialement, sont les plus communs : on les trouve partout. 11 est facile de les extraire des eaux communes. Je m'expliquerai plus tard sur ce que cette assertion peut avoir