LE MICROBE EN CHAPELETS DE GRAINS
d'étrange, quand on y joint cette 'autre affirmation que l'étiologie de la fièvre puerpérale devra être cherchée de préférence aujourd'hui dans la présence d'organismes microscopiques associés au pus.
« A la Maternité, nous avons examiné des lochies de deux femmes accouchées depuis quelques jours, et en bon état de santé. Les lochies n'avaient pas d'odeur sensible, et ne contenaient pas d'organismes visibles au microscope.
i En résumé plus encore peut-être, que dans la dernière séance, je suis porté à croire qu'il faut diriger les recherches vers
Fig. 370
Slreptoeoccus pyogenes. Culture de 18 heures en bouillonascite. Grossissement de 1350 diamètres. D'après une préparation de Marmorek (Institut Pasteur).
la constatation de la présence des organismes microscopiques dans la fièvre puerpérale, avec l'idée qu'ils sont probablement les déterminants de cette très dangereuse maladie dont les symptômes et la marche s'expliqueront sans doute également par la nature variable des microbes associés au pus.
« Les mots infection purulente, septicémie, bactérihémie, sont des expressions génériques. Les espèces en sont très nombreuses, suivant le contagium vivum qui les fait apparaître. »
La thèse de Doléris (1880), qui contribua puissamment à vulgariser parmi les accoucheurs la théorie parasitaire et sa conséquence obligée, l'antisepsie, n'ajoute rien d'essentiel aux démons-
trations faites par Pasteur, au cours de sa mémorable campagne de huit jours à la recherche du contage.
L'auteur y apparaît préoccupé, comme Pasteur lui-même, de répondre à l'argument en apparence le « plus solide des cliniciens objectant qu'ils seraient plus portés à admettre la théorie des germes dans l'infection puerpérale si on leur présentait un organisme spécifique. » Vous retrouvez là un écho du discours de Trousseau.
« La maladie, leur répondait Pasteur, n'a-t-elle pas des symptômes très variés ? Qui nous dit qu'un jour la diversité de ces manifestations morbides ne reconnaîtra pas pour
Fig. 371.
Streptococcus pyogenes dans le" sang d'un lapin inoculé par la voip sous-cutanée et mort 20 heures après. Grossissement de 1350 diamètres. D'après une préparation de Marmorek.
cause la prédominance de tel ou tel organisme, si l'on reconnaît décidément la mauvaise influence de plusieurs ? »
Nous ne devons donc pas nous étonner que Doléris, trouvant dans les lochies des femmes atteintes d'accidents puerpéraux, à côté du microbe en chaînettes, trois formes différentes d'organismes microscopiques : un microbe en doubles points, un autre encore en points simples, enfin une bactérie septique, ait cru pouvoir attribuer à chacune de ces prétendues espèces, une des formes cliniques de l'infection puerpérale.
Au microbe en chaînettes : la pyohémie lente ; au diplocoque : les suppurations rapides ; à la bactérie : la septicémie foudroyante.
STItEPTOCOCCIE PUERPERALE
Les recherches ultérieures, poursuivi.- en Allemagne par A. Frsenkel, Lomer, Dôderlein, Czerniewsky, etc., à l'aide des procédés de Koch, ne confirmèrent pas cette classification.
Cela ne peut nous ('tonner aujourd'hui. Car nous - — ce que ne pouvait -avoir Doléris, tant étaient restreints alors les procédés de coloration, de culture et d'isolement employés en microbiologie,—que la chaînette,le point double et le point simple ne sont que les formes différentes d'un même organisme, aux diverses périodes de son développement.
Déjà de 1882 à 1884 Chauveau et Arloing. après avoir retiré des humeurs de femmes mortes d'infection puerpérale le microbe en chaînettes de Pasteur, s'étaient attachés a déterminer par son inoculation chez le lapin des septicémies expérimentales.
Ces septicémies, variant suivant le procédé de culture, ils les ont comparées avec différentes formes de 1 infection puerpérale chez la femme. De cette comparaison ils nui cru pouvoir conclure : « Les différentes formes de la septicémie puerpérale reconnaissent un seul agent, le microbe en chaînettes, qui suivant son activité produit l'une ou l'autre »
Il restait à prouver qu'il en est réellement ainsi chez la femme. C'est ce qu'a fait Widal. un peu à mon instigation. De 1SS7 à 1889 il a par des recherches microbiologiques minutieuses. entreprises sur des femmes atteintes des formes les plus différentes en apparence de l'infection puerpérale aiguë ou chronique, démontré ce qui suit.
Le microbe en chaînettes de Pasteur, alias « le streptococcus pyogenes suffit à lui seul, en modifiant sa virulence, à produire les formes cliniques diverses et les lésions anatomiques les plus variées de l'infection puerpérale commune à porte d'entrée utérine, formes les plus fréquentes, avec suppuration utérine, péri-utérine, péritoiie.il, . pyoémique — formes pseudo-membraneuses — formes septicémiques pures sans lésions appréciables à l'œil nu — phlegmatia alba dolens — fièvre de lait.
Le streptocoque est le microbe le plus habituellement rencontré. Très analogue au microbe de l'érysipèle. décrit par Fehleisen en 1882, il est soupçonné de lui être identique par
A. Fraenkel 84 . Hartmann (87), Winckel (87), Doyen (88). La démonstration de cette identité est laite par Widal et Chantemesse en 1889.
Le streptocoque de l'infection puerpérale est déplus l'agent pathogène du phlegmon Rosenbach 84 , de la pyohémie chirurgicale, des infections purulentes secondaires à certaines maladies médicales telles que la scarlatine ou la diphtérie, etc.
Bref, comme le disait Peter, qui ne croyait pas si bien dire, c'est un microbe à tout faire. La démonstration des idées de Simpson et de Trousseau est complète. L'accord est fait entre la clinique et l'expérimentation.
« Car dire qu'un même organisme microscopique produit les états pathologiques si variés que nous avons énumérés n'est pas énoncer un fait contraire à la notion de spécificité. La clinique nous a, de tout temps, enseigné qu'une maladie spécifique pouvait, suivant les épidémies, revêtir des aspects bien différents. Elle change d'aspect sans perdre sa spécificité. Ses différentes formes ont toujours un « air de lamille » qui les font diagnostiquer par le clinicien ; son microbe, en modifiant sa virulence, onsen e toujours certains caractères qui le font reconnaître par l'expérimentateur. » Widal .
Près de dix années d'études bactériologiques, poursuivies dans les laboratoires et par les savants du monde entier, n'ont apporté aucune correction essentielle aux conclusions du travail Je Widal sur la streptococcie puerpérale.
Qu'y ont-elles ajouté ?
Parlons d abord des portes d'entrée du streptocoque.
Deux points sont à considérer :
a. Le lover primaire d'infection;
b. Les voies par lesquelles, du foyer primaire, le streptocoque envahit 1 économie.
A priori lorsque Ion considère l'état du canal parturient après l'accouchement, et que l'on compare l'intégrité relative de l'épithélium du vagin et du col à l'état de délabrement de la muqueuse utérine dont les voies lymphatiques et sanguines sont largement ouvertes, on est conduit à considérer la caduque comme le lieu d'élection du 1er stade de l'infection.
De fait Widal a prouvé le bien fondé de cette