‹ Obstétrique journalièreChapitre 120 sur 157 · CAS DE P. ERNST ET DE KRONIG · texte numérisé non relu

CAS DE P. ERNST ET DE KRONIG

chaînes, sans toutefois former les beaux chapelets typiques du streptocoque.

Ces coccus pénètrent dans la profondeur jusqu'au point où le tissu a conservé son affinité pour les colorants et forment,à la limite des tissus vivants et morls,des amas épais et compacts qui remplissent des cavités ou des canaux préformés, des vaisseaux sanguins ou lymphatiques si je ne me trompe, pour de là diffuser dans le tissu.

Les gros bacilles, saprophytes ou producteurs de putréfaction je suppose, ne pénètrent pas si profondément ils se tiennent dans la couche la plus superficielle nécrotique de la caduque.

A partir du point où le tissu se colore, en se dirigeant vers le tissu utérin, le bacille court occupe seul le terrain.

Le tissu utérin a une friabilité d'épongé, dont les cavités, vraisemblablement produites par des bulles de gaz, sont tapissées de bâtonnets.

Dans les veines utérines se trouvent des amas de bacilles ; les vaisseaux lymphatiques en sont également envahis. Un grand nombre de ces derniers sont thromboses ; dans les thrombus se trouvent également des amas de bâtonnets. Ce sont surtout les lymphatiques sousséreux qui sont remplis de bâtonnets.

Dans le foie se voient de grosses bulles de gaz qui sur leurs bords sont tapissées de bâtonnets.

Les rameaux portes sont remplis de bacilles ; également les veines centrales. Par contre les artères hépatiques en sont dépourvues.

Il n'y a malheureusement aucun détail sur les autres organes.

En résumé il existait une infection mixte de la cavité utérine par des cocci — s'agissail-il de streptocoques ? la question n'a pas été tranchée — et par le bâtonnet caractéristique ci-dessus décrit. Tandis que les cocci et les gros bacilles n'ont pas franchi la couche nécrotique de la caduque, les bâtonnets anaérobies se seraient répandus dans la paroi utérine par les voies lymphatique et sanguine. Ces bâtonnets auraient pénétré jusque dans la veine cave et, par les vaisseaux communiquants, dans la veine porte.

L'action pathogène de ce bâtonnet n'a malheureusement pas été établie suivant les règles. Au lieu de l'injecter aux animaux en culture pure, ceux-ci ont été injectés directement avec le sang de l'accouchée. Ernst a expérimenté ainsi surune souris blanche, un cobaye et un lapin. Le lapin a survécu tandis que le cobaye a succombé la nuit suivante, et la souris après 24 heures.

A 1 autopsie de ces animaux on a trouvé un œdème sanguinolent du tissu cellulaire souscutané.

Chez le cobaye la paroi abdominale étaitminée d'une cavité gangreneuse.

Dans la sérosité de l'œdème on trouva, outre

les bâtonnets, des cocci et d'autres bacilles qui ne se coloraient pas par le Gram, de telle sorte que l'expérience manque par là de poids.

Bien que l'étude de la bactérie incriminée ne soit pas parfaite, on peut cependant dire avec assurance qu'il s'agissait ici d'un bacille strictement anaérobie.

A cette observation très incomplète au point de vue bactériologique, Krônig fait les objections que voici :

La diffusion des bacilles anaérobiespar la voie sanguine est en contradiction avec la conception actuelle du genre de vie des anaérobies ; le sang même veineux renferme encore trop d'oxygène pour recevoir et faire vivre des anaérobies.

Nutall, qui récemment a fait des recherches sur un bacille anaérobie analogue et peut-être identique à celui de P. Ernst, a montré que porté après la mort dans le système sanguin des animaux il pouvait très rapidement s'y répandre.

De telle sorte que si nous nous souvenons que dans le cas de P. Ernst l'autopsie fut faite en juin, nous pouvons admettre que la diffusion des germes anaérobies dans les voies sanguines s'est pour la plus grande part faite après la mort. Il est à la rigueur possible que pendant l'agonie, grâce à l'appauvrissement du sang en oxygène, cette diffusion ait pu commencer. A 1 appui de l'hypothèse de la pénétration post mortem Krônig invoque l'absence de toute infiltration sanguine à l'intérieur ou à la périphérie des bulles gazeuses du foie.

Reste il est vrai l'infection des voies lymphatiques,en particulier celle des thrombus «qui ne peuvent s'être formés que pendant la vie. «D'autre part la présence des bacilles dans les lymphatiques sous-séreux est en accord avec les résultats des expériences faites sur les animaux infectés par le bacille anaérobie de l'œdème malin qui se retrouve de préférence dans les fentes lymphatiques sous-séreuses des divers organes. Si donc, conclut Krônig, le cas de P. Ernst reste douteux quant à la voie de pénétration des bacilles anaérobies dans les tissus, il prouverait au moins que ces bacilles peuvent pendant la vie pénétrer dans les lymphatiques.

Quant à la généralisation par fragmentation des thrombus veineux utérins infectés, elle serait démontrée par l'observation suivante de Krônig qu'à cause de son importance je vais rapporter in extenso :

INFECTIONS AXAEItOBIES

Femme X, enceinte de 5 mois, poche des eaux prématurément rompue, touchée plusieurs fois par un médecin et une sage-femme, est amenée à la clinique de Leipzig i an

< 11, expulse spontanément

un enfant mort qui ne fut pas examiné. Le liquide

itique était extraordinairement fétide. Le placenta

h Ylani pa- expulsé, on dut. ù cause d'une hémorrhagie

grave, faire la délivrance artificielle.

La température retomba rapidement à la normale pour remonter 24 heures après au dessus de 39 ave un frisson.

Les jours suivants il y eut plusieurs frissons. La mort survint, par affaiblissement progressif, 5 jours après l'accouchement au milieu des symptômes d'une Thrombo-phlébite.

Pu compte rendu :li l'autopsie i Institut pathologique de Leipzig! j'extrais ce qui suit :

Cadavre de moyenne grandeur, bien bâti. Musculature bien développée. Graisse moyennement développée.

Cavité crânienne : méninges minces. Sur la coupe du cerveau faible vascularisation. consistance assez ferme. Ventricule non dilaté.

Situation du diaphragme: 5e esp. intercostalà gauche. ■'»'■ a droite.

Plèvre gauche vide.

La plèvre droite présente sur ses feuillets viscéral el pariétal de légers dépôts fibrineux et des hémorrhagies pmictiformes. Ces dernières se trouvent également à gauche sur la plèvre viscérale.

La cavité pleurale droite contient plusieurs cuillerées de sérosité trouble.

Le péricarde lisse et luisant renferme une cuillerée li sérosité limpide.

Cœur : Oreillette et ventricule gauches vides. Ventricule gauche non dilaté, non hypertrophié. Valvules de gauche sans particularités.

Oreillette droite vide. Le ventricule droit non dilaté renferme un petit caillot couenneux. Les valvules de droite sont minces, sans particularités.

Poumons : Le lobe supérieur gauche crépite ; il est follement œdémateux et renferme de nombreux foyers ayant jusqu'à la grosseur d'un noyau de cerise qui, gris ou gris jaunâtres au centre, sont ramollis et présentent une bordure rouge. Le lobe inférieur congestionné renferme également un grand nombre de ces foyers.

Le lobe supérieur droit est comme le gauche. Il renferme également de ces foyers ; le lobe moyen aussi. Lobe inférieur comme à gauche.

La muqueuse bronchique est rouge principalement dans les lobes inférieurs; les bronches contiennent une lion muco-pnrnlente abondante.

La cavité abdominale ne présente aucun épanche ni

pathologique. Les anses intestinales sont ça et là étroitement adhérentes. Le grand épiploon, à gauche de l'ombilic, adhère au péritoine pariétal ; de ce point part à

travers la paroi abd inale une cicatrice épaisse qui, à

externe, a2 centimètres de long. L'épiploon est peu chargé de graisse.

La rn/e a double de volume ell. esl molle, tri riche de sang. La pulpe fait saillie sur la coupe.

Reins : Capsule adipeuse moyennement développée, Capsule fibreuse facile à enlever. Surfacelisse, montrant des hémorragies petites el peu nombreuses qui pénètrent dan- I écorce

Celle-ci est jaune.

La substance médullaire est rouge pâle.

L'organe offre une consistance molle ; il renferme très peu de sang. Rein droit comme le gauche. Uretères i I bassinets sans particularités.

Foie très hypertrophié. Surface lisse. A la coupe le parenchyme fait saillie. Le dessin en est très accuse. Peu de sang. Consistance mollasse.

Gros vaisseaux sanguins : Aorte assez étroite. Le plexus utérin et la veine utéro-ovarienne gauches renferment dans leur partie inférieure des thrombus solidement adhérents, rouge-gris-jaunàtres, qui sont ramollis au centre. Les 2 veines crurales sont remarquablement étroites. Les ganglions rétro-péritonéaux sont peu augmentés de volume.

Diagnostic anaiomique

Fièvre puerpérale à forme tbrombo-phlébitique. Thrombus putrides du plexus utérin. Vieux thrombus deveine-, curales. Œdème des lobes supérieurs des poumons. Pleurésie commençante à gauche. Pleurésie droite plus avancée avec épanchement. Néphrite hémorragique. Rate septique. Tuméfaction trouble du foie. Catarrhe intestinal chronique. Vieilles adhérence péritonéales avci cicatrice à gauche de 1 ombilic.

Ces vieilles adhérences péritonéales et la cicatrice abdominale provenaient d'une endométrite et d'une périmédite septiques traitées l'année précédente ù laClinique. La patiente y avait été amenée à la suite d'un avortement, avec une forte fièvre. Au cours du traitement il s'était peu à peu développé un abcès à gauche de l'ombilic. Incisé il avait donné issue ù une grande quantité de pus non fétide, renfermant des streptocoques.

Les organes génitaux, enlevés aussitôt après la mort, offraient l'aspect suivant :

Dans la cavité utérine se trouve un liquide jaune-grisâtre extraordinairement puant. La muqueuse de l'utérus est recouverte d'une couche épaisse gris blanchâtre.

A li coupe delà substance utérine on voit sourdre de diverses grosses lumières veineuses un liquide purulent, puant, épais. Il y a également dans les veines des ligaments larges des thrombus purulent- décomposés.

La trompe droite est transformée en un sac purulent île l'épaisseur d'un pouce : son extrémité abdominale esl fermée; à l'incision il en sort du pus fétide.

Aussi bien que des thrombus les mêmes microbes anaérobies turent obtenus du pus delà trompe droite- La trompe gauche était grêle. le pavillon ouvert ; l'ovaire gauche sans particularités.

La séreuse 'le 1 utérus était au fond reliée avec l'épi- |.l i ei 1 intestin grêle par île vieilles .ni lie rein es —partout ailleurs la séreuse étoil lisse.

Ivantque je passe ■< la description microscopique, je dois rapidement résumei le- notices bactériologiques.

CAS DE KRONIG

Dans les préparations par frottis colorées du pus des thrombus utérins et du contenu de la trompe il y a de nombreux bâtonnets très fins et des diplocoqucs, tous les deux colorés par la méthode de Gram-Weigert.

Par l'ensemencement sur plaques d'agar toutes les plaques restent stériles.

Dans l'agar en couches profondes renfermant du sucre de raisin se développent, àla température de l'étuve après 24 heures d'ensemensement à l'aide d'un fil de platine plein de sécrétion, de très nombreuses colonies sans formation de gaz dans le milieu nutritif. Les colonies s'étendent jusqu'à 1 centimètre au-dessous de la surface du milieu nutritif. La colonne d'agar de la première dilution est, de la façon usuelle, extraite du tube et, avec le couteau porté au rouge, coupée en disques minces.

25 colonies, autant que possible différentes d'aspect, furent par piqûres portées dans autant de tubes d'agar contenant du sucre de raisin.

A l'exception de 4 tubes partout il y eut développement, et à la vérité toujours dans la profondeur du milieu nutritif.

L'examen microscopique des différentes cultures pures anaérobies montre deux espèces différentes de forme; dans le plus grand nombre des tubes de culture avait poussé une espèce de fin bâtonnet ; dans 2 tubes une espèce de coccus anaérobie qui mourut àla Inculture. Los bâtonnets par contre se laissèrent bien cultiver.

Ils prennent volontiers les couleurs d'aniline. Ils restent colorés par le Gram.

Les transports de culture donnèrent ce qui suit :

Le développement était strictement anaérobie; par piqûre le développement commençait dans les milieux nutritifs compacts à 1 centimètre environ au-dessous de la surface.Par l'emploi de substratum nutritif compact ledéveloppement réussit dans les milieux les plus divers, même dans le simple agar sans ajouter de subtance réductrice. Il y eut surtout un puissant développement dans l'agar mêlé de sucre de raisin et de sucre de lait, moins puissant dans l'agar avec 5 p. 0/0 de glycérine et 0,1 0/0 de formate de soude.

A l'accès de l'air le développement ne se fit pas dans les milieux liquides, bouillon et gélatine, même additionnés de subtances réductrices.

J'ai omis la culture dans des milieux liquides dans l'atmosphère d'hydrogène.

Les bâtonnets n'ont aucune mobilité. Leur température préférée est celle de l'étuve. Pourtant, après 3 fois 24 heures, la croissance se fait à la chambre, dans la gélatine compacte, renfermant du sucre de raisin.

Tous les transports sur lapins et cobayes restèrent sans résultat, que la culture pure fût injectée sous la peau ou dans la veine de l'oreille. Même de gros morceaux d'agar de la culture pure portés dans le péritoine des lapins furent supportés sans réaction par l'animal en expérience.

La même espèce de bâtonnet fut retirée de la cavité utérine, des thrombus, de la paroi veineuse et de la trompe dilatée de l'accouchée.

L'utérus retiré du cadavre aussitôt après la mort, fut, après l'ensemencement des différents dépôts purulents, immédiatement durci, en morceaux séparés, dans le

liquide de Zencker. Les constatations histologiques furent les suivantes :

Coupe à travers l'aire placentaire.

La caduque est en totalité détruite ; nulle part il n'y a d'épithélium glandulaire ou de lumières glandulaires. A la surface de la coupe, vers la cavité utérine, se voient séparés du tissu sous-jaeent quelques globules sanguins et de nombreux leucocytes. Une couche nécrotique d'épaisseur variable court le long de toute la surface.

Au dessous de cette zone il y a une paroi limitante, bien développée, d'infiltration de petites cellules interrompue seulement en quelques points par des thrombus affleurant la surface.

Dans la musculature de l'utérus, dans toute son épaisseur, il y a de grosses lumières veineuses remplies de thrombus en fonte purulente. Dans la lumière des vaisseaux on ne voit plus que quelques globules rouges ; dans le reste de très nombreux leucocytes et détritus. Grâce a la présence des globules rouges, le diagnostic de thrombus sanguin, par opposition à thrombus lymphatique, put être partout solidement établi. Ce diagnostic aurait été sans cela rendu difficile et même impossible par la forte décomposition de la paroi du thrombus.

Dans les vaisseaux occupés par des thrombus purulents, l'endothélium n'est nulle part conservé. La paroi veineuse est fortement infiltrée de cellules rondes, de telle sorte qu'à un examen rapide le thrombus en impose pour un abcès encapsulé dans la paroi utérine avec une zone d'infiltration prononcée.

Les artères sont partout libres de thrombus. La différence apparaît surtout aux points de la paroi utérine où une grosse lumière artérielle est accompagnée d'une veine thrombosée. En dehors de ces centres d'inflammation autour des thrombus veineux, il n'y a dans la paroi utérine aucune infiltration cellulaire.

Les vaisseaux lymphatiques et les fentes lymphatiques sont sans infiltration de petites cellules dans le voisinage, sans amas de leucocytes dans la lumière.

Les noyaux des faisceaux musculaires dans l'utérus se colorent bien par l'hématoxyline ; l'endothélium des capillaires et des vaisseaux non infectés est bien conservé.

Coloration Gram-Weigert.

Dans la zone néerotique de la caduque il y a de très nombreux essaims de bactéries, se composant de gros cocci et de bâtonnets courts et très fins colorés très faiblement en bleu.

A aucun endroit le rempart granuleux des cellules rondes n'est dépassé par les bactéries.

Dans les thrombus sanguins s'ouvrant librement à la surface il y a un reticulum fibrineux fortement coloré en bleu ; nulle part pourtant de bactéries.

De la zone de caduque riche en bactéries, en aucun point des essaims de bactéries ne pénètrent dans la profondeur de la musculaire.

Dans les thrombus de la musculaire de l'utérus on ne retrouve aucune coloration de fibrine. Les thrombus renferment pour la plus grande part des bactéries faiblement colorées en bleu — le plus souvent des cocci, pourtant aussi de fins bâtonnets — ■ qui se trouvent principalement au centre du thrombus. Dans des thrombus très dissociés les bactéries s'étendent aussi à la paroi du vaisseau; l'épais rempart granuleux d'infiltration de petites cellules, qui s'est formé autour de la paroi vei-

l\] I CTIONS AN M R0BI1 -

neuse, n'est nulle part dépassé pal les bactéries. Dans les thrombus veineux, dans lesquels il y a encore de nombreux globules rouges, la plupart du temps des micro-organismes accompagnent les globules blancs.

Lc< artères, capillaires el veines blues de tbrombus ne montrent aucun micro-organisme dans leur lumière. Les fentes lymphatiques du fissu ne s,,nt nulle pari infect

One coupe à travers le reste de l'end être présente

..n- si semblables à celles de l'aire placentaire que je puis en négliger la description, [ci aussi il v a dans la musculature, sous 1 endomètre, de gros tbrombus ouverts

Essentiellement autre esi l'aspect d'une coupe du col. L'épithélium cervical est sans doute aussi complètement détruit que la muqueuse de la cavité utérine à la surface. mtre les glandes cervicales profondes, encore partout bien conservées, sont tapissées d'épitbélium. A la place de l'épithélium de surface apparaît une couche de tissu nécrotique presque d'égale épaisseur tout le long de la surface. Comme à l'aire placentaire court ici un rempart limitant bien accusé d'infiltration de petites cellules au dessous de la zone nécrotique. La couche supérieure est parcourue par des cocci et autres bactéries fortement colorées en bleu.

Dans la musculature du col il n'y a nulle part de tbrombus purulents, nulle part d'amas de cellules rondes. La coloration des bactéries par le Gram-Weigert donne également pour la musculature un résultat absolument négatif. Les voies lymphatiques et sanguines de la musculature cervicale ne renferment nulle part de bactéries.

La distribution des microbes dans les thrombus de la paroi utérine est surtout belle à voir dans les gros vaisseaux sanguins près du passage au parametrium. Sur la coupe il y a là. l'un pr'-s de l'autre, un gros thrombus sanguin, vierge de toute infection, et un deuxième thrombus qui, à la périphérie, renferme encore une couche épaisse de globules sanguins tandis qu'au centre se laisse reconnaître une fonte purulente. Ici les bactéries sont exclusivement placées à côté des globules blancs tandis que la zone des globules rouges en est vierge. Si je compare cette distribution des bactéries dans les thrombus avec celle que j'ai observée dans la thrombose streptococcique, alors la différence éclate aussitôt. Les streptocoques gisent aussi bien entre Les globules rouges qu'entre les leucocytes, tandis que les anaérobies s'allient étroitement aux globules blancs et évitent les globules rouges. Tandis q fans 1 infection streptococcique

on voit aussi des cocci dans la voie sanguine libre, ici les thrombus seuls sont infectés. Cette différence tient à la nature des bactéries. les Btreptocoques sont des bactéries anaérobies facultatives, c'est-à-dire qu'ils peuvent aussi bien progresser dans un tissu oxygéné que non oxygéné. Pourlea anaérobies le sang riche en oxygène pendant la vie leur est interdit comme demeure. Le thrombus leur offre, en sa qualité- de tissu privé- île nutrition, un milieu favorable.

On voit par ce qui précède combien peu do chose- ..n s.rii encore sur l'infection puerpérale anaérobique.

Le rôle des anaérobies dans la putréfaction intra-utérine, et dans les infections toujours graves et souvent mortelles qui suivent cette complication du travail, ne peut être que soupçonné.

Voyez par exemple ce que peut faire, sur l'organisme du cobaj, ..un des bâtonnets anaérobies producteurs de gaz putrides que Krônig a isolé du liquide amniotique putréfié d une parturiente atteinte de fièvre. (Cas B, IV. p. .383).

C'est un bâtonnet de3à5 y. à bouts arrondis, très semblable au bacille du charbon, mais qui, dans les milieux nutritifs liquides el s.ili.l.-s. ne se dispose jamais en filaments.

Immobile, strictement anaérobie, produisant en abondance des gaz putrides dans les milieux artificiels, surtout additionnés de glucose, putréfiant la gélatine et lui donnant une odeur <\c beurre gâté à ci- point caractéristique qu'elle peut servir au diagnostic, se développant rapidement à la température de l'étuve, il prend bien les couleurs d'aniline et se colore par le Grain.

Voyons donc ses propriétés pathogènes :

1° L'introduction sous la peau du dos d'une Bouris,

d'un cobaye et d'un lapin, d'un fil de platine plein d'une culture sur gélatine additionnée de sucre de raisin reste

sans résultat.

2° L'injection sous-cutanée d'un centimètre cube au

moins d'une culture de gélatine a, chez 1.- cobaye, dans

chaque cas (lu cobayes ont été inoculés en plusieurs I

entraîné la mort, habituellement en 12 heures, au plus tard en 'J'i heures

5 heures après L'injection le point inocule commence à crépiter à la pression, comme une boule de neige. Le cobaye devient apathique et ne prend aucune nourriture.

Au boul .1-' 1 heures environ, l'emphysème «lu point d'injection commence à s'étendre. Le cobaye ne bouge plus même à l'approche de L'homme. Le voisinage du point 'I inoculation semble extr.ioid inai cornent douloureux à la pression.

La mort survient tandisque la peau se décolle de plus en plus par suite -In développement de bulles gazeuses dan- le tissu cellulaire sous-onlané.

le- cobaye semble bouffi, informe : partout la peau

crépite.

A l'autopsie le tissu cellulaire sous-cutané apparaît, même aux extrémités, rempli fie petites bulles d'air.

La sér-isite œdémateuse claire développée sous la peau est sans odeur ; dans les lamelles un la trouve remplie de nombreux bâtonnets.

Rien d'anormal à l'examen macroscopique des organ- internes.

L'ensemencement du sang du cœur et de la pulpe de la rate dans les milieux nutritifs artificiels ne donne nai--. une .i aucunes colonies.

INFECTIONS EXPERIMENTALES

Une coupe histologique faite à travers la paroi abdominale antérieure montre ce qui suit :

Coloration à l'hématoxyline. Le tissu cellulaire souscutané aussi bien que les grosses cloisons conjonctives iuternuiseulaires sont dissociés par des bulles d'air. Nulle part il n'y a d'infiltration de petites cellules.

Déjà avec cette coloration les bâtonnets sont visibles dans le tissu. Us sont très bien colorés par la métbode de Gram-Weigert ; les bâtonnets se trouvent en essaims compacts dans le tissu cellulaire sous-cutané et les cloisons intermusculaires ; de là quelques essaims plus petits se glissent dans le tissu conjonetif interfibrillaire.

Mais les bactéries ne pénètrent pas dans l'intérieur du tissu musculaire lui-même. La fibrille musculaire en est libre; en aucun endroit on ne trouve un seul bâtonnet à l'intérieur des fibrilles colorées par le lithion carmin. Les bulles gazeuses dans le tissu sont entourées d'un cercle épais de bâtonnets.

Coupe histologique de la rate.

Coloration Gram-Weigert.

Dans le parenchyme de la rate on ne voit nulle part de bâtonnets. La capsule en est par contre abondamment recouverte. Les bactéries n'occupent pas seulementla capsule propre, mais se trouvent aussi dans le tissu cellulaire lâche et dans le tissu adipeux qui entourent la rate.

Dans les inoculations c'est moins le nombre des bacilles introduits dans l'organisme que la quantité du liquide injecté en même temps qui importe pourle succès de l'infection.En voici la preuve : On prend d'une culture sur agar, avec l'aiguille de platine, autant de matière qu il en peut adhérer à l'aiguille ; on mélange à du bouillon additionné de sucre de raisin et on injecte sous la peau 2cc du mélange. L'inoculation amène en 17 heures la mort de l'animal en expérience.

Un animal témoin est inoculé avec une aiguille de platine imprégnée de la même culture non mélangée ; le cobaye survit.

Ainsi le liquide aurait ici un effet purement mécanique: il crée dans le tissu sous-cutané un espace mort: l'influence directe de l'oxygène, qui pourrait quelque peu s'exercer dans le tissu sur les bactéries, est par là contrebalancée.

En dehors des cobayes, les souris blanches se sont montrées sensibles à l'injection sous-cutanée d'une dissolution. Elles ont succombé en 12 à 17 heures avec un oedème sous-cutané compliqué d'emphvsème.

Chez les lapins il se produisit des lésions locales mais la mort ne survint pas. Les phénomènes locaux commencent comme chez les cobayes par le soulèvement de 1 épidémie et la crépitation neigeuse. Le jour suivant la peau est nécrosée et le processus inflammatoire localisé. Le point nécrosé se sépare lentement par granulation du voisinage. Les bacilles sont dans le tissu nécrosé et s'y laissent reconnaître, après plusieurs,jours au microscope et par culture.

Lorsque l'injection est faite à la racine de l'oreille, il se produit également, au point d'inoculation, une nécrose de la peau ; mais en même temps, se développe un

gonflement œdémateux, un empâtement de toute l'oreille. On ne perçoit pas de crépitation.

Un petit fragment du bout de l'oreille est excisé.

A la coupe on trouve de nombreux essaims de bâtonnets dans le tissu sous-cutané.

La peau se nécrose seulement à la racine de l'oreille ; ailleurs le gonflement inflammatoire aboutit à une complète restitutio ad integrum. Au stade de guérison un fragment de l'oreille est de nouveau excisé à l'endroit où le gonflement inflammatoire se continue avec le tissu normal. Sur une coupe longitudinale on voit à la limite une zone d'infiltration de petites cellules. Dans le tissu de granulation il n'y a aucun bâtonnet ; par contre le tissu œdémateux en est abondamment pourvu.

Kronig n'a fait aucune recherche sur la sensibilité des autres animaux à ces bacilles.

3° Infection d'une plaie fraîche avec une culture sur gélatine.

3 cobayes furent infectés avec la même culture, après incision d'un fragment de peau de la largeur d'une pièce de 10 pfennig et mise à nu du tissu cellulaire sous-culané. Chez un cobaye la plaie fut en outre touchée au thermocautère ; chez le deuxième cobaye, la plaie fraîche fut flambée avec un jet de vapeur (110°). Sur toutes les plaies on déposa la même quantité de culture sur gélatine. Le cobaye traité au thermo-cautère mourut en 24 heures, d'œdème gazeux du tissu cellulaire sous-cutané; les deux autres restèrent en vie.

4° Infection du péritoine.

Laparotomie sur un cobaye. Injection dans la cavité péritonéale d'un centimètre cube d'une culture sur gélatine, additionnée de sucre de raisin.

Mort au bout de 1G heures.

Aulopsie : Dans la cavité péritonéale se trouve une grande quantité d'une sérosité fort claire avec quelques flocons purulents. La séreuse intestinale est légèrement dépolie. Les intestins ne sont pas adhérents. Dans la préparation sur lamelle du liquide péritonéal, il y a d'innombrables bâtonnets.

Coupes histologiques : Toute la couche superficielle du péritoine est abondamment recouverte de bâtonnets. La couche musculaire sous-péritonéale en est vierge. Nulle part dans la coupe on ne voit de réaction inflammatoire ni d'infiltration de petites cellules.

On ne peut se retenir de comparer certains de ces résultats expérimentaux à ce qu'on a trouvé parfois à l'autopsie de femmes ayant présenté, au cours de l'accouchement, une décomposition putride du liquide amniotique avec tympanite utérine.

Voyez, par exemple les deux observations qui suivent et que j'emprunte à Winckel.

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