ANTISEPSIE DES MAINS
Partant de là, quelques chirurgiens, Hunter Robb, v. Mannteuffel, Mikulicz, Kiistner ont préconisé pour la laparotomie l'emploi de gants en caoutchouc ou en fil.
Les gants en caoutchouc seraient les meilleurs, Flugge ayant montré que les gants de fil ne sont pas absolument imperméables aux bactéries. Dès qu'ils sont humides ils se laissent traverser rapidement par les staphylocoques.
C'est pourquoi Dôderlein, reprenant récemment l'étude de cette question, recommande l'emploi de gants de caoutchouc dits de Friedrich, imperméables, faciles à aseptiser par les procédés connus — on peut les faire' bouillir pendant une demi-heure et les conserver dans une solution antiseptique — très glissants lorsqu'on les imbibe de sublimé à 1 p. 4000, et très bon marché.
Il a, depuis plusieurs mois, imposé l'emploi de ces gants à tout son personnel. Et bien que chaque parturiente soit touchée par une vingtaine de personnes au moins ! (chef, assistants, sages-femmes, étudiants), il n'a pas observé un seul cas d'infection.
Comme le doigt qui touche continue à avoir des perceptions très nettes Ij'ai pu m'en convaincre récemment), je ne verrais pour ma part que des avantages à se servir de ces gants dans les cas qui ni occupent en ce moment, et où les mains, sortant d'un foyer d'infection, ont à entrer en contact avec les parties maternelles.
Pour les opérations nécessitant la pénétration profonde on pourrait avoir des gants allant jusqu'à mi-bras.
Et maintenant, voyons comment dans la pratique quotidienne on peut réaliser l'asepsie des mains.
Ce n'est point chose possible en quelques instants.
« Il est encore, dit le professeur Bouchard, beaucoup de médecins, ralliés à 1 antisepsie par bienséance plus que par conviction, qui ne s'acquittent de ce devoir que comme d'un vain cérémonial ; ils purifient leurs mains avant l'opération comme on fait les ablutions lustrales à la porte de nos églises. »
Or, pour purifier les mains, suspectes ou non, il faut. outre un lavage et un brossage prolongés, toute une série de moyens que nous allons résumer, et qui doivent porter en même temps sur les avant-bras et la région du coude.
1° Les ongles seront coupés très courts, de
façon à rendre très accessibles à l'action de la lime, de la brosse et des antiseptiques les poussières qui s'accumulent si aisément sous leur extrémité libre, refuge par excellence des microbes (comme l'ont prouvé les expériences de Fùrbringer).
2° Cela fait et pendant cinq minutes, dans l'eau très chaude :
a. savonnage au savon ordinaire;
b. brossage — en insistant particulièrement sur les extrémités unguéales et les espaces interdigitaux — avec une brosse à ongles, neuve et maintenue en permanence dans une solution de sublimé à 1 p. 1000 ou de bi-iodure à 1 p. 2000.
Ce savonnage et ce brossage prolongés constituent le temps le plus important de la désinfection de la peau. Ils ont pour effet de débarrasser mécaniquement l'épiderme de ses couches superficielles, les plus riches en microbes,et de rendre la peau plus sensible à l'action de l'antiseptique en faisant disparaître. en grande partie, la couche de matières grasses formant vernis imperméable.
3° Sans désemparer, et pour dissoudre le reste des matières grasses, lavage pendant une minute dans l'alcool à 80°.
4° Enfin immersion et brossage, pendant une minute au moins, dans une solution de sublimé à 1 p. 1000 ou de bi-iodure à 1 p. 2000 qui va pouvoir imbiber l'épiderme, débarrassé de son vernis par les manœuvres précédentes.
Souvenez-vous, en procédant à la désinfection de vos mains, immédiatement avant chaque toucher vaginal ou simplement périnéal, que les expériences faites, en particulier par Fùrbringer (1888), sur des mains intentionnellement infectées, ont prouvé ce qui suit :
le savonnage et le brossage dans l'eau très chaude, même prolongés pendant cinq minutes, sont loin d'assurer l'asepsie ;
l'immersion consécutive dans l'alcool et dans une solution phéniquée à 5 °/0, de sublimé à 1 p. 1000, de bi-iodure à 1 p. 2000, ne réalise pas à coup sûr la stérilisation des mains.
Cependant la pratique a prouvé que, bien qu'imparfaite absolument parlant, en ce sens qu'un bon microbiologiste y peut encore trouver quelques germes à cultiver, cette stérilisation des mains est suffisante au point de vue prophylactique. Les germes qui ne sont pas détruits ont au
PRATIQUE AM ISEP1 IQU1
[ooins subi de l'antiseptique un choc <|u i atténue leur noch ité.
epsie des mains une fois réalisée devra être entretenue. En particulier pendanl la pé- ,,n. où les contact» suspects sont inévitables, il est bon, l'accoucheur ne pouvant plus s'éloigner de la patiente, qu'il ail sur le lit, à portée, une cuvette contenant de la solution antiseptique dans laquelle il pourra, entre chaque poussée, immerger ses mains.
Antisepsie des Instruments.
Le séjour même prolongé des instruments dans une solution d'acide phénique à 5° ... de sublimé à 1 p. 1000. de bi-iodure à 1 p. 2000 esl insuffisant à en réaliser l'asepsie.
Le procédé idéal c'esl la désinfection à 1 étuve à air chaud à I 40°.
Beaucoup de praticiens n'ayant pas d étuve à leur disposition devront se contenter de l'ébullition ou du flambage.
Cela suppose qu'au courant des nécessités de la pratique antiseptique ils ne se servent que d'instruments entièrement métalliques .ciseaux. perce-membranes, sondes uréthrale et intrautérine, forceps, tubes à insufflation, embryo-
tomes, aiguille d T. m t. etc., sont actuellement
construits pour supporter sans dommage lébullition ou le flambage .
20 minutes d'ébullition dans de l'eau additionnée de 1 a 2 ° „de carbonate de soude Bergmann) sont un excellent moyen de désinfection. La présence du carbonate de soude dans 1 eau élève la température d'ébullition 104° 6 au lieu de 100 . < m peut également utiliser la solution
saturée de cari aie de potasse qui bout à 135°
el empêche la rouille Terrier et Péraire .
\ défaut de l'ébullition prolongée les instruments métalliques peuvent être aseptisés comme
— liai :
placés dans une poissonnière, ou dans une des enveloppes métalliques de la trousse obstétricale moderne. ils sonl arrosés d'alcool auquel on met le feu. <»n laisse flamber ce punch jusqu'à dessèchement, el Ton ramène le tout à une température maniable, en versant sur les instruments la quantité de solution antiseptique sullisante pour qu'ils en soient recouverts. Ces! là que l'accoucheur les prendra lui-même de ses mains fraîchement asepti
l Les canules en verre à injections vaginales et intra-utérines seront aseptisées par l'ébullition, el maintenues en permanence dan- un bocal contenant de la solution de sublimé à 1 p. lnoo ou de bi-iodure à 1 p. 2000.
Les instruments de caoutchouc le ballon de Champetier par exemple . seront aseptisés de la même façon que les mains, l'ébullition el le passage à léiuve les détériorant au point de les rendre inutilisable-.
Asepsie de l'eau servant à la préparation des injections.
L'eau la plus pure en apparence étant riche
en microbes, il ne faut se servir que d'eau bouillie F.ncore devez-vous ne pas oublier que l'ébullition simple, même très prolongée . en vase ouvert ou en yaseclos.est un moyen de stérilisation incertain, à cause de la résistance des spores aux températures de 100°.
La stérilisation parfaite ne s'obtient qu'à 120°, c'est-à-dire dans l'autoclave que vous n'aurez certainement pas à votre disposition.
D'où la nécessité d'adjoindre à votre eau bouillie un antiseptique, sublimé' ou bi-iodure de mercure de préférence à l'acide phénique qui, à dose efficace 5 %> est "'al toléré par les tissus.
Asepsie des objets de pansement.
On trouve partout actuellement, en paquets bien clos, du coton dégraissé (hydrophile) ou de l'étoupe rendus aseptiques par passage à l'étuve Geneste et Herscher, el antiseptiques par incorporation de sublimé ou de bi-iodure.
Voilà de quoi remplacer le- éponge» el le» linges dits « chauffoirs ' encore trop souvent employés, de quoi panser à sec ce qui est 1 idéal l'ombilic de l'enfanl el les seins de la mère.
En cas de nécessité,on peut se servir de compresses de vieux linge fraîchement lessivé, bouillie» pendant vingt minutes, el maintenues ensuite dans une solution de sublimé à 1 p. 1000 OU île bi-iodure à 1 p. 201 10.
Du tilde Bretagne soumis pendant 20 minutes
à l'ébullition, et maintenu dans les mêmes solutions, assure l'asepsie de la ligature du cordon.