MATERIEL ANTISEPTIQUE DU PRATICIEN
Nous proscrivons absolument tous les injecteurs à poires et toutes les canules servant habituellement aux toilettes vaginales. Il en est do même de l'irrigateur, difficile à manœuvrer, fonctionnant presque toujours mal, impossible i: désinfecter convenablement.
L'appareil le plus commode à manier, le plus aisé à maintenir aseptique, est le bock biei: connu du Pr Pinard.
Il se compose d'un réservoir cylindrique en tôle émaillée, dune contenance de deux ou quatre litres, qu'on peut tenir et élever à l'aide d'une poignée ou accrocher au mur à l'aide d'un anneau.
A la partie inférieure se trouve soudé un ajutage, sur lequel s'adaple un tube de caoutchouc de 1 mètre 50 de long pourvu d'un robinet en caoutchouc durci.
A l'autre extrémité du tube de caoutchouc on fixe, à volonté. une canule courte pour les injections vaginales ou une canule longue pour les injections intra-utérines.
(On peut encore employer le vide-bouteille construit par Galante, et qui peut s'appliquer à un flacon ou aune bouteille quelconques contenant la solution antiseptique.)
On se sert, à la Clinique Baudelocque, de ennuies en verre qui sont très bon marché (0 fr.25) . très commodes, très aisées à entretenir aseptiques en les faisant tremper en permanence dans un bocal renfermant de la solution de bi-iodure à 1/2000.
La canule vaginale est droite, longue de 18 à 20 cent., renflée à ses deux extrémités ; l'extrémité vaginale est percée de trous latéraux qui la transforment en une sorte de pomme d'arrosoir ; sur l'extrémité opposée s'applique très aisément le tube conducteur de caoutchouc.
La sonde à injections intra-ulérines (fig. 319, p. 288)modèle Tarnier est plate, rubannée, large de 1 cent. 1/2, épaisse de 4 millimètres, légèrement coudée, longue de 33 centimètres, arrondie à son extrémité, percée de deux orifices latéraux par lesquels s'écoule le liquide.
Avec le matériel que je viens de décrire on fait les accouchements dans les meilleures conditions d'antisepsie.
Mais j'entends d ici l'objection :
« Voilà, répète-t-on sans cesse, qui est très bien dans un hôpital, dans une ville et pour la
clientèle riche. Mais nous, médecins et sagesfemmes, qu'on vient chercher à l'improviste, au dernier moment, pour aller chez des gens qui payent à peine nos visites, comment pourrionsnous faire exécuter une pareille ordonnance ?
« L'antisepsie est trop difficile et trop coûteuse pour nous. »
A cela nous répondrons qu'on peut instantanément, à toute heure et partout, improviser à très bon compte le matériel nécessaire.
C'est ainsi qu'on peut, pour cinq centimes, faire une solution parfaitement antiseptique en vidant, dans un litre d'eau bouillie chaude, deux tubes contenant l'un 0,50 centigr. de bi-iodure d'hydrargyre, l'autre 0,50 centigr. diodure de potassium.
Je ne vois pas quelle difficulté et quelle dépense cela peut créer à un médecin ou cà une sage-femme d'avoir constamment, dans la trousse qu'ils emportent, une dizaine de ces tubes à un sou.
En admettant qu'on use par jour, pendant la période dangereuse des 6 premiers jours, 2 litres de solution à 1/4000, cela fait une dépense totale de 6 sous pour assurer l'antisepsie des suites de couches, la santé de l'accouchée et la tranquillité de l'accoucheur.
Si la vaseline antiseptique est absente, le toucher sera pratique à l'aide du doigt simplement trempé au préalable dans la solution antiseptique. Le toucher reste ainsi très possible, et n'est pas dangereux comme il l'est lorsqu'on le pratique avec de l'huile ou du beurre qui peuvent renfermer des micro-organismes.
Si l'on n'a pas de bock à injection, on peut improviser un appareil irrigatcur à l'aide d'un ustensile qu'on trouve partout, tel qu'un entonnoir en verre ou en métal, un arrosoir à main, une simple bouteille, un vase quelconque en verre ou en faïence .
Il suffit pour cela cpie, de même qu'il emporte de quoi faire une solution antiseptique, le médecin ait toujours clans sa trousse un tube de caoutchouc de in',50 de long, et une canule en verre.
En fixant ce tube sur l'embout d'un entonnoir ou d'un arrosoir à main, on a un appareil très commode qu'il suffit d'élever ou de faire élever à 50 cent, au-dessus du plan du lit de la parturiente pour donner une bonne pression. Le
PRATIQUE ANTISEPTIQUE
pouce et l'indes s, rrés ou une pince à forcipres suit tiennent lieu de robinet.
l'uni' faire d'une bouteille un appareil irrigateur très convenable, il sullii de la disposer comme un Dacon laveur de chimiste. Lorsqu elle est remplie on la ferme à l'aide d'un bouchon de ou de caoutchoui percé de deux ouvertures parallèles dans lesquelles sont introduits à frottement deux tubes de verre. L'un de ces tubes descend jusqu'au fond de la bouteille : l'autre ne dépasse que de très peu la lace inférieure du bouchon : ( est sur lui qu'on Qxe le tube de caoutchouc qui doit servir à l'écoulement du liquide lorsqu'on renverse la bouteille, tandis que l'air va pénétrer par l'autre pour former pression au fond de l'appareil.
Plus simplement encore on peut faire des injections vaginales ou intra-utérines à l'aide du dispositif suivant, basé sur le principe du siphon.
Un récipient quelconque u\i bocal de verre par exemple d'une contenance de plusieurs litres est placé ou tenu à 1 mètre au-dessus du plan du lit sur lequel repose la parturiente ; il renferme la solution antiseptique qu'on veut injecter.
Le médecin ou la sage-femme ont. dans leur trousse, le tube de caoutchouc d'un mètre cinquante de long dont nous avons parlé plus haut.
Ce tube ('tant désinfecté par un séjour d'une dizaine de minutes dans la solution de bi-iodure à 1/2000, est saisi par ses deux extrémités entre le pouce et l'index de chaque main et placé verticalement.
Il a alors une extrémité inférieure, une extrémité' supérieure.
Le pouce et l'index de la main gauche qu1 tiennent l'extrémité inférieure pincent fortement celle-ci de façon a en oblitérer la lumière. Par 1 extrémité supérieure, délicatement maintenue
béante par le pouce et l'index droits, on verse
dans le tube de la solution de bi-iodure jusqu'à ce que celle-ci ressort.' par l'extrémité supérieure qui e>( alors, comme l'inférieure., solidement pincée et fermée. Ainsi se trouve emprisonnée dans le tube une colonne liquide qui le remplit complètement.
L'extrémité supérieure du tube est .dors immergée dans le bocal réservoir et depincée. En même temps le pouce et l'index gauches lâchant l'extrémité inférieure du tube, maintenue audessous du plan du bocal, le liquide de ce der-
nier s'écoule par le tube siphon qu'on vient ainsi d'amorcer.
A l'aide de cette extrémité intérieure du tube munie de la canule de verre on peut faire toutes les injections nécessaires.
Maintenant que nous possédons notre matériel antiseptique, supposons que nous soyons appelés près d'une femme en travail.
Nous devons immédiatement nous poser cette question préalable : a Puis-je accoucher celte femme sans danger pour elle, c'est-à-dire soigneje en même temps, ou ai-je soigné dans les 8 jours précédents, un érysipèle, une septicémie chirurgicale ou puerpérale ? Si oui, ma conscience m'ordonne de ne pas répondre à l'appel de cette femme, à moins d'un cas de force majeure. »
Si ce cas de force majeure existe, le médecin ou la sage-femme devront, avant de se rendre auprès de la parturiente, prendre de rigoureuses mesures de désinfection (bain antiseptique), mettre des vêlements autres que ceux qu'ils portent en soignant leurs malades infectés, et redoubler de minutie dans le lavage et l'antisepsie de leurs mains.
Dès que l'accoucheur ou la sage-femme ont assuré V antisepsie de leurs mains, ils doivent, avant toute exploration, procéder à la toilette antiseptique des organes génitaux de la parturiente.
Cela fait, on pratique, à l'aide de l'appareil bock muni de la canule de verre et élevé à 40 cent, au dessus du plan du lit, une injection vaginale de I litre de bi-iodure à 1/4000.
On doit veiller à ce que le liquide s'écoule lentement ; l'index droit, introduit en même temps que la canule, guide celle-ci dans tous les replis et les culs-de-sae du vagin.
Lorsque l'injection est terminée, la canule retirée du vagin est replacée à demeure dans la solution a L/2000.
La le ie est remise à plat dans son lit. L'accoucheur, après s'être à nouveau brossé, savonné cl antiseptisé les mains, pratique le toucher qui va le renseigner sur la période ou en est arrive le travail.