DE L'ACCOUCHEMENT
Ces deux questions, si communément posées au médecin au cours de la grossesse ou aux approches du terme, ne comportent ni l'une ni l'autre une solution rigoureuse: il s'en faut.
Pour y répondre, il faudrait, en effet, connaître et la date du début de la grossesse, i està-dire de la fécondation, et la durée normale de la grossesse, en admettant que celle durée soit invariable.
Or, nous sommes aussi peu fixés sur la durée normale de la grossesse qu'à l'époque où Harvev la calculait d'après le temps pendant lequel « le Christ, le plus parfait des hommes, resta dans le sein de sa mère », c'est-à-dire en comptant de l'Annonciation jusqu'au jour de Noël, une période de 275 jours.
D'autre part, si le plus souvent la fécondation se fait dans les jours qui suivent immédiatement les règles, elle est possible et fréquente a une époque éloignée de celles-ci, dans les derniers jours d une période intermenstruelle, dans ceux qui précèdent les règles qui manquent. On sait que Sigismund, Lœvvenhardt, ^ illiams ont même prétendu que c'est toujours l'ovule de ces dernières qui est fécondé.
Knfin, pour exceptionnelle qu'elle paraisse être à la suite d'un coït pratiqué dans le dernier tiers, et même dans la deuxième moitié d'une époque intermenstruelle, la conception est possible alors, grâce peut-être à la déhiscence intempestive, prématurée, d'un ovule d'une ponte supplémentaire et provoquée. Il n'y a donc pas, au cours de la période intermenstruelle, de période agénésique comme l'a soutenu jadis Avrard qui fixait d'autorité à l'i jours juste après les règles le temps de la fécondabilité. Il est. par suite, impossible de savoir exactement quand la grossesse débute.
Il est tout aussi impossible de déterminer d une façon indirecte pour chaque cas particulier la date de la fécondation, puisqu'il n'y a pas de caractéristique du fœtus à terme, [lien ne peu! permettre de distinguer à coup sûr un entant de 8 mois d'un autre de 9.
Si Raudelorque a écrit : « Il y a toujours dans l'extérieur d'un fœtus de huit mois, quoique plus gros qu'un autre parfaitement à terme, un caractère d'immaturité qui ne se voit pas dans ce dernier et iju il aérait trop long de décrire ici », c'est apparemment qu'il eût été fort embarrassé de préciser ce caractère d'immaturité.
Ce qui n'était pas possible de son temps ne l'est pas davantage actuellement.
Ce n'est ni le poids qui peut varier de 2.000 et au-dessous à 5.000 et au-dessus; ni la longueur qui oscille entre 40 et 00 centimètres ; ni 1 insertion du cordon au milieu de la longueur du corps, car elle se fait aussi bien au-dessus et au-dessous ; ni l'aspect de la surface extérieure du corps, poils follets limités aux régions scapulaires. coloration blanc rosée de la peau, épiderme solide, cheveux longs et forts, ongles solides s'avaneant jusqu'au niveau de la pulpe des doigts; ni la présence des testicules dans le scrotum, ni le début d'oblitération du canal vaginal; ni même le signe deBéclard 1819 .présence dans l'épiphyse inférieure des fémurs d'un noyau d ossification d environ 5mm, qui peuvent être le critérium cherché.
II est d'observation courante que ces signes peuvent, isolés ou réunis, se rencontrer chez des fœtus qui semblent ne pouvoir pas être à terme, et manquer chez d'autres qu'on a des raisons de croire mûrs.
On ne saurait qu'en « déduire à deux ou trois semaines près et davantage , 1 âge réel d'un fœtus » Jacquemier . De là l'impossibilité de déterminer par l'observation d'un grand nombre de cas la durée normale de la grossesse.
Comment donc arriver à une approximation pratique pour la date probable de l'accouchement ?
Supposons d'abord le cas. rare, où l'on connaît la date du coït fécondant.
Voici re qu'a appris à ce sujet l'observation :
DATE PROBABLE DE L ACCOUC HEMEXT
En réunissant les cas de Reid, Duncan, Hecker, Veit, Stadfeldt, Faye et Vogt, Schlichting, Depaul, Pinard, etc., soit environ 900, on trouve que l'accouchement s'est fait en moyenne 271 jours après le coït fécondant ; et, pour mieux dire, du 271e au 273e jour. Ce sont les chiffres mêmes du Tahnud.
Qui dit moyenne, dit chiffres au-dessous et audessus de celle-ci. En effet, il est commun de voir la grossesse se terminer avant le 271e jour, sans qu'il soit possible de dire quelle est la limite inférieure de l'accouchement à terme et supérieure de l'accouchement prématuré ; il est non moins commun de voir l'accouchement se faire après le 270e jour, la limite la plus reculée, d'après les auteurs cités ci-dessus, étant le 294e jour. Cette limite est rarement atteinte, il est vrai, mais la loi française admet qu'elle peut être dépassée, puisqu'elle dit à l'article 315 du Code civil :
« La légitimité de l'enfant né 300 jours après la dissolution du mariage pourra être contestée. »
Cette fixation à 300 jours de Yultimum tempus pariendi que Fourcroy, le rapporteur au Conseil d'Etat, voulait moindre 280 parait fort sage. Il résulte, en effet, d'observations faites par les éleveurs (Tessier, lord Spencer, etc. i, et beaucoup moins sujettes à caution par conséquent que celles touchant l'espèce humaine, que les naissances retardées sont communes à toutes les espèces : si, par exemple, la vache vêle le plus souvent du 283e au 280e jour après la saillie, on a vu le chiffre de 308 atteint ; si la jument pouline le plus souvent du 343e au 346e jour, on a noté parfois le chiffre de 394, etc.
Nous pouvons donc, en nous appuvant sur la date du coït fécondant, fixer la date probable de l'accouchement au 271e jour, sauf réserve d'un accouchement que nous dirons prématuré s'il survient avant celte date, et en prévenant qu'il peut y avoir une différence de 1 mois en plus.
Pour les cas ordinaires, ceux où l'on connaît non pas la date du coït fécondant, mais celle des dernières règles, voici sur quoi l'on s'appuie pour fixer la date probable de l'accouchement :
L'observation d'un très grand nombre d'accouchements a prouvé que si, le plus souvent, l'enfant nait du 270e au 280e jour après la fin des règles, il est très fréquent de voir l'accouchement ne se faire que du 280e au 300e jour,
et qu'il n'est pas très exceptionnel de noter au delà de 300 jours, jusqu'à 315. (Voyez le tableau graphique p. 64).
Rien ne parait plus facile à certains que d'expliquer la différence de 30 jours qui sépare 270 de 300.
270, c'est sans doute, disent-ils, la fécondation de l'ovule des dernières règles.
300, c'est sans doute celle de l'ovule des règles qui n'ont pas paru.
De 280 à 300, c'est, si l'on veut, la fécondation d'un ovule supplémentaire ?
Au delà de 300, on ferait intervenir la possibilité, dûment constatée chez certaines femmes, d'intervalles menstruels de 6 semaines, s'il était démontré que la grossesse a une durée étroitement limitée, ce qu'on ignore encore une fois.
Quoi qu'il en soit de cette glose, en pratique, il faut, on le voit, compter avec une erreur possible et relativement fréquente de 30 jours et plus.
La sagesse nous semble donc vouloir que l'on fixe comme date probable de l'accouchement : un peu avant le milieu de cette période d'aléa, soit le 280e jour, en prenant la précaution de dire (toujours sauf réserve d'un accouchement que nous dirons prématuré), qu'il faut se tenir prêt à partir du 270e jour et qu'il ne faudrait pas s'étonner si l'enfant ne naissait que vers le 300e jour et même plus tard.
Le calcul précédent exige l'emploi d'un calendrier ordinaire ou celui d'un des innombrables calendriers dits de grossesse qui courent tous les livres d'accouchement.
En pratique, lorsqu'il faut répondre sans tant de façons, et surtout sans hésitation, à une question posée par une femme dont il est nécessaire de gagner la confiance sans désemparer, voici ce qu'il faut faire :
A la date de la fin des dernières règles, ajoutez 10 jours; cela fait, comptez 3 mois en reculant : c'est votre date probable.
Exemple : fin des dernières règles : 20 janvier -\- 10 jours = 30 janvier, moins 3 mois = fin octobre.
Accouchement probable fin octobre, possible à partir du 15 octobre, et dans la première quinzaine de novembre.
Ce calcul très approximatif est suffisamment exact, car :
270 jours après le 20 janvier font : 18 octobre.
280 — — : 27 octobre.
300 — — : 16 novembre
DATE filou vii l.l-l DE I. ACCOUCHEMENT
El si nous supposons une grossesse laissant en dehors février, nous avons par le calcul rapide : lô mars -{- 10 = 25 mars, moins ;; mois = 25 décembre.
Accouchement probable vers le 25 décembre, possible à partir du lo décembre ri dans 1rs pr< miers jours de janvier, car
270 jours après le 15 mars font
1 8 décembrt