‹ OccidentChapitre 3 sur 4 · LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE

Amour ! un an de guerre ! et les treize mois sont révolus ! O fiancées que nous sommes ! Douloureuses, pleines de sourires, avides de danser et tant déçues, où êtes-vous, nos fiancés ?

Notre voix est toute chaude. Notre voix vient du feu, pour vous appeler. Beaux fiancés., où ètes-vous, si doux, si chers à celles qui vous attendent?

Nous ne danserons plus. Nous chantons notice peine.

Une sœur, hier, a frappé dans la nuit, toc, loc, sur nos portes à la chambre des vierges.

Et vierge comme nous, elle est entrée tout en pleurs et nous a dit : « Je suis Poleska, ta jeune fille de Pologne. Sœurs de Bretagne, sœurs Galloises, savez-vous la danse et le chant, cet été, de vos sœurs polonaises ? Elles sont la couronne de gui et la flûte des pleurs sur les tombeaux. Elles vont, coquelicots du deuil et bleuets de ladieu, par la plaine ; et la bêche à la main, du matin au soir, elles creusent des fosses. Elles mettent dans la terre leurs fiancés et leurs amants. Voilà Vété de la Pologne, et nos couches nuptiales, ô sœurs de r Occident. »

Ayant dit son message, elle a pâli, la

brune fille de l^Orient, aux yeux si bleus, au visage si blanc, et baissant son col souple sur' sa gorge, elle est morte en pleurant.

Et vous qui êtes contre la haie, après ce long hiver dans la brume, ô tendres veuves du baiser, quel fut votre printemps, et quel est voire été ? Ver^s nous levez les yeux, belles émeraudes mouillées. Répondez, blondes orphelines du soleil, chères sœurs Galloises.

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