‹ Occupation et bataille de Villiers-sur-MarneChapitre 11 sur 17 · POST-SCRIPTUM. J · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM. J

France et à moi-même, mais ne prévoyant pas, dans toute leur étendue et leur horreur, les calamités qui peu de jours après allaient fondre sur Paris et épouvanter le monde.

Plessis-Lalande, 10 juin 1871.

Bruxelles, février-mai 1874.

Nous venons de faire connaître, avec véracité et impartialité, Fun des épisodes de la guerre et de Tinvasion subies par la France en 1870-1871 ; malgré les efforts que nous avons faits pour déduire, des événements locaux relatés dans ces pages, des considérations d'un ordre général, notre travail n'aurait cependant qu'une valeur bien restreinte, s'il ne devait pas nous être permis de rattacher l'épisode de Villiers et de Plessis-Lalande à l'ensemble des événements qui se sont produits, non-seulement eu France, mais encore en Allemagne, et de mettre en relief, par une saine appréciation philosophique, les enseignements et les leçons que ces événements doivent imposer aux générations futures et à la sociologie.

Sans entrer dans des détails et des discussions qui dépasseraient de beaucoup et notre compétence et les limites de ce travail^, nous nous proposons d'étudier dans autant de chapitres distincts :

1^ Les causes et la responsabilité de la déclaration de guerre ;

2« Les causes et la responsabilité de nos désastres;

3° Les conséquences actuelles et ultérieures de la guerre au point de vue de l'Allemagne;

i° Les conséquences actuelles et ultérieures de la guerre au point de vue de la France ;

5*" Les moyens que doit employer la France pour reconquérir, dans le plus bref délai possible, sa prépondérance économique, intellectuelle et morale, dont les éléments se trouvent dans retendue et la configuration de son territoire, son climat, ses aptitudes industrielles, et enfin dans le caractère naturel et traditionnel de sa population.

Des causes et de la responsabilité de la déclaration

de guerre.

Dès les affaires du Schleswig et du Danemarck, la guerre eût éclaté entre h. France et la Prusse, si TEurope et TAngleterre en particulier eussent compris qu^il importait au repos du monde d'étoulfer à leur origine les projets ambitieux de M. de Bismarck, et une politique qui, à ce moment déjà, ne craignait pas d'affirmer que la force prime le droit. Mais, après avoir permis au ministre prussien de fouler aux pieds les traités antérieurs, l'Europe lui permit encore de considérer comme une lettre morte le traité conclu par lui-même à Vienne, le 4 octobre 1864. A l'heure qu'il est, les populations du Schleswig du nord n'ont pas encore été appelées à déclarer si elles veulent être allemandes ou danoises.

Que s'esl-il passé, à Biarritz, entre Napoléon III et M. de Bismarck? Nous l'ignorons, et nous douions

que jamais THistoire, elle-même, le sache d'une manière positive.

Quoi qu'il en soit, Ton se demande en vertu de quelle combinaison machiavélique Napoléon III, au lieu de se prononcer nettement, et dès le début, pour Tune ou Tautre des parties belligérantes^ préféra garder une neutralité suspecte à toutes les deux.

Puisque la victoire de Sadowa avait fait passer à M. Rouher et à ses collègues une nuit de patriotiques angoisses, pourquoi une alliance offensive et défensive avec l'Autriche n'a-t-elle pas été conclue avec empressement? Pourquoi une politique anti-française, en ce qui concernait Rome et le pouvoir temporel du pape, a-t-elle permis à Valliance prusso-italienue de se conclure?

Mais les prévisions de Napoléon III ont été déçues. L'Autriche est anéantie et la Vénétie est rendue à ntalie.

M. Rouher va-t-il loyalement et noblement avouer le grave échec subi par la politique française? Non; il dissimule ses angoisses^ et fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il va plus loin; il laisse entrevoir que la victoire de Sadowa a été prévue et désirée par U gouvernement français, et il développe, à grand renfort de phrases aussi creuses que sonores, la théorie des deux tronçons, celle des grandes agglomérations, et à l'entendre, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Personne ne s'y trompa cependant; dès ce moment la guerre fut prévue par la Prusse comme par la France, comme par l'Europe tout entière. A-t-elle été désirée?

Par l'Europe; non.

Par la Prusse, oui, parce que la Prusse se sentait forte et prête^ parce qu'elle était convaincue de son immense supériorité militaire, parce que l'Allemagne voulait sa revanche d'Iéna et jalousait notre puissance et notre prospérité ; enfin, parce que M. de Bismarck comprenait parfaitement que la guerre pouvait seule lui fournir la possibilité de nous arracher l'Alsace et la Lorraine allemandes, et de constituer TEmpire germanique.

Par la France ; non. La France, entrée dans la grande voie de la véritable civilisation, avait franchement renoncé à la gloire militaire et aux guerres de conquêtes. Exclusivement occupée à développer sa puissance économique, sa grandeur intellectuelle et morale, elle s'était montrée indifférente ou hostile à l'adjonction de la Savoie et de Nice, et elle faisait bon marché des frontières du Rhin.

Par Napoléon III; oui et non. Les frontières du Rhin étaient le cauchemar du règne. Napoléon désirait les résultats d'une guerre victorieuse, mais il craignait les revers d'une guerre malheureuse. Si dans le terrible jeu des batailles il avait pu piper les dés, il n'aurait pas hésité; mais il avait affaire à plus fort que lui, et la guerre d'Italie lui avait appris à se défier de son génie militaire,

La négociation relative au Luxembourg fut un ballon d'essai; elle tourna contre le gouvernement impérial en ce sens, que Ton ne put en faire sortir une déclaration de guerre.

Napoléon III, espérant encore en imposer àTEurope, proposa son fameux Congrès, mais son prestige était irrévocablement perdu, et l'Europe lui répondit par un dédaigneux sourire.

Après le désastre de Sedan, Napoléon ITI a osé déclarer, à la face du monde, que la guerre n'avait pas été dans ses désirs, et qu'en la déclarant il avait obéi à ropinion, à la volonté, aux ordres de la nation française !

Les Allemands se sont emparés avec avidité de cette déclaration, pour retirer les paroles du roi de Prusse : (( Je fais la guerre à Napoléon III, et non à la noble et » grande nation française^ » avait dit Guillaume.

« La déclaration de Napoléon III^ s'écrièrent les » Allemands, démontre que c'est à la nation française que » nous devons faire la guerre^ et non à V empereur ; » et alors, pour justifier à jt>non les iniquités et les atrocités qui allaient être commises à l'effet de consommer rabaissement et la ruine de la France, Ton évoqua et Louis XIV et Napoléon r% et la guerre du Palatinat et léna, et la haine séculaire des Français contre TAllemagne, et les votes récents du Corps législatif, et le langage de la presse, etc,, etc.

Or, la déclaration impériale était une contre-vérité; les récriminations et les appréciations allemandes étaient un perfide et hypocrite prétexte.

Depuis 1848, depuis le renversement du système proclamé, à tort ou à raison, le système de la paix à tout prix, le chauvinisme français s'était calmé, et le pays tout entier voulait la paix, Louis-Napoléon le savait si bien que, pour faire accepter plus facilement son usurpation, il crut ne pouvoir mieux faire que de s'écrier à Bordeaux :

(( L^EMPIRE c'est la PAIX î »

iOO CONCLUSIONS.

La guerre de Crimée fut subie comme une nécessité politique; la guerre d'Italie fut acclamée, et considérée comme un devoir d'honneur; mais la guerre funeste du Mexique fut universellement blâmée, et toutes les fois que le pays put faire entendre sa voix, il se prononça énergiquement pour la paix ; et l'empereur le savait encore si bien que, pour faire passer le plébiscite, il fit crier par tous ses séides :

a Le plébiscite c'est la paix! »

Et cependant c'est en s'appuyant sur le plébiscite que Napoléon III crut pouvoir déclarer la guerre à la Prusse.

Et cette guerre, il ne la désirait pas^ et il savait que le pays n'en voulait pas !

Sous quelle pression Napoléon III a-t-il donc pris cette grave et suprême détermination ?

Sous la pression de ses propres fautes^ et sous lapres" sion de son entourage, dont les destinées étaient liées à celles de Veinpire,

C'est là un point qu'il importe d'établir nettement dès aujourd'hui, pour mettre les historiens futurs en garde contre les récits mensongers et les appréciations erronées qui ne manqueront pas de se produire ; mais à cet effet il nous faut remonter plus haut.

A un certain moment Napoléon III se crut condamné à une mort prochaine ; sa pensée se porta sur son fils, sur sa dynastie, et il comprit combien il serait difficile à son successeur et à la régente de maintenir intact un édifice que lui-même n'avait pu élever et soutenir que par un concours de circonstances sur le retour du-

CONCLUSIONS, d91

quel il ne fallait pas compter. Il comprit qu'il fallait asseoir le règne de Napoléon ÏV sur une base plus solide que l'autorité tyrannique d^un seul homme entouré de prétoriens et de courtisans. 11 comprit que les temps de Ja force brutale étaient passés. Il comprit, enfin, que Topinion publique, que Fassentiment populaire, que les apparences, sinon la réalité, d'un gouvernement constitutionnel et parlementaire pouvaient seuls donner à la dynastie napoléonienne la base inébranlable qu'il convoitait pour elle.

De là, les décrets du 19 janvier.

Et M. Rouher, l'avocat de toutes les causes, le ministre complaisant, devint le champion de la liberté, comme il avait été celui de la compression !

Pendant trois mois une tolérance, sans exemple depuis bien des années, laissa libre carrière aux écarts, aux abus, aux excès de la presse, du droit de réunion, de la discussion des hommes et des choses du gouvernement. La France ne s'e}i porta pas plus mal, et l'on espéra qu'elle allait enfin s'habituer au régime viril et sain sous lequel vivent et prospèrent l'Angleterre et la Belgique.

Mais la santé impériale devint meilleure ; le danger de mort s'éloigna ; l'esprit public dépassa les limites prévues et voulues; la Lanterne^ le Rappel^ le Réveil firent naître la colère dans le cœur de l'impératrice et la terreur dans celui des courtisans. Napoléon III fut entouré, pressé, obsédé, et, avec sa faiblesse habituelle, il céda.

M. Rouher aurait volontiers consenti à redevenir le champion de la compression, mais la dernière heure de l'empire était arrivée, et elle devait être sonnée parle renégat, par Tambitieux aussi plat que vulgaire, qui

fut tout à la fois le mauvais génie de Napoléon III et celui de la France. OUivier, au cœur léger, intervint, affublé de la bénédiction de son père et protégé par une mémoire vouée au mépris public : celle de Morny.

Ce fut au nom et dans l'intérêt de la liberté que cet homme prétendit restaurer la tyrannie. Mais, au lieu d'inspirer la crainte, il provoqua l'indignation ; au lieu d^apaiser, il surexcita la résistance ; au lieu de contenir, il poussa aux extrêmes. A quelque parti qu'ils se rattachassent, les honnêtes gens devaient à leur honiieur de repousser tout lien, toute solidarité avec un homme dont le nom signifiait honte, bassesse et trahison.

Malgré les procès, les amendes et les emprisonnements ; malgré les condamnations systématiques d'une magistrature corrompue ou aveuglée, l'opposition devint plus violente et plus audacieuse que jamais. Le meurtre, resté impuni, de Victor Noir mit le comble à Texaspération populaire, à ce point que Rochefort crut devoir prendre le rôle de modérateur !

L'opinion publique, pendant trop longtemps comprimée, réduite au mutisme et à l'impuissance, se réveilla avec une ardeur et une volonté désormais incoercibles, résolue à porter le flambeau de l'examen et de la critique dans toutes les cavernes où s'abritaient, depuis dix-huit ans, les corrompus, les vendus, les sinécuristes, les traîtres, les lâches inféodés à un homme qui était arrivé au pouvoir suprême, et s'y était maintenu par la corruption, par la surexcitation des intérêts personnels et matériels, par la dégradation des caractères, par l'anéantissement du patriotisme; en un mot par le développement des plus basses passions de rhumanité.

L'empire s'ébranlait jusque dans ses fondements;

Tarmée, déjà humiliée par la retraite du Mexique, froissée par la victoire de Sadowa^ ruinée par la démoralisation et rindiscipline, se désaffectionnait; les décrets du 19 janvier, présentés comme le couronnement de V édifice — ce couronnement tant promis et si longtemps attendu — devenaient un bélier menaçant, destiné à saper le monument jusque dans sa base.

Déjà des investigations rétrospectives menaçaient de soumettre à un examen minutieux les affaires du Mexique et de demander un compte sévère : à Napoléon m, de la vie du malheureux archiduc autrichien et de la raison de l'infortunée princesse belge ; au gouvernement, des sommes énormes dépensées et dissimulées par des virements, par des subterfuges budgétaires de toutes sortes.

Déjà Ton se préoccupait des irrégularités, des soustractions, des malversations de Tadministration de la guerre.

Tous les méfaits de l'empire allaient être mis à nu, et c'est alors que la guerre apparut comme le seul moyen de diversion efficace et possible ; et c'est alors que la guerre fut exigée par l'impératrice, par les courtisans, par la Cour; et c'est alors que la guerre s'imposa si impérieusement à Tempire et à ses partisans, que des hommes à qui Ton accordait encore une certaine estime, que le maréchal Lebœuf^ que le duc de Gramont s'abaissèrent jusqu'au mensonge, pour pousser la nation à une guerre que Tun savait être injuste, et dont Tissue fatale devait être prévue par Tautre !

La guerre fut donc décidée par Napoléon III^ sous la pression de ses fautes, de Vimpératrice et de la Cour^ exclusivement dans les intérêts du trône impérial et de la dynastie napoléonienne !

Mais il ne suffisait pas de décider la guerre; il fallait la déclarer, et de nos jours l'on ne déclare plus la guerre sans un motif sinon légitime, du moins spécieux.

Impossible de faire revivre l'affaire du Danemarck et du Schieswig; Ton avait essayé de prendre texte des infractions au traité de Prague audacieusement perpétrées par M. de Bismarck^ mais F Au triche avait fait la sourde oreille; la tentative du Luxembourg avait misérablement avorlé.

La candidature HohenzoUern vint, fort à propos, offrir à Napoléon III un prétexte qui fut immédiatement saisi.

Des questions importantes et décisives se présentent

L'avènement du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne eût-il été pour la France un motif légitime de déclarer la guerre?

A qui et à quoi fallait-il attribuer, imputer la candidature du prince de Hohenzollern ?

Le roi de Prusse était-il intervenu dans la négociation ? Était-on en droit de faire peser sur lui une responsabilité quelconque? Était-on en droit d'exiger de lui, en vue des éventualités de Tavenir, un engagement, une promesse, une déclaration ofticielle, ou même la plus minime des manifestations personnelles?

Nous n'examinerons pas si la France aurait dû faire un casus belli de l'avènement du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne. C'est là une question de haute politique qui peut être très-diversement appréciée par des hommes également éclairés et impartiaux. En ce qui nous concerne, nous répondrions par la négative, mais nous admettons que le gouvernement im-

périal ait pu et dû en juger autrement, mais révénement ne s'étant point réalisé, nous n'avons pas à discuter une hypothèse.

Malgré les dénégations les plus accentuées et les plus solennelles, tout le monde sait que, depuis la chute d'Isabelle, le gouvernement français et Napoléon IH en personne ne cessèrent d'intervenir dans les affaires intérieures de FEspagne. (Voyez Deux Empereurs^ par Albert Wolff. Paris, 1871, 112 et suîv.) L'établissement d'une République fut combattue à outrance; la royauté du duc de Montpensier rencontra Topposition d'un ennemi qui doit la vie à la clémence du roi Louis-Philippe. Toutes les sympathies, toutes les préférences étaient pour le prince des Asturies, et l'amant de la Bellanger rendait de publics respects à la Messaline de TEspagne, h la maîtresse du Marfori.

C'est dans ces circonstances que Prim produisit la candidature HohenzoUern ; soit que le maréchal, pressé d'en finir avec une situation de plus en plus difficile. Fait posée naïvement et sans en prévoir les conséquences ; soit qu'il ait voulu se venger de Napoléon III en lui suscitant de graves embarras politiques ; soit enfin, comme d'aucuns le prétendent, qu'il n'ait été qu'un complaisant comparse, chargé de fournir au gouvernement français le prétexte dont celui-ci avait besoin pour substituer à une ignoble comédie un drame sanglant.

Dans tous les cas, il est manifeste que la candidature HohenzoUern a' été l'œuvre, directe ou indirecte, de Napoléon 111, et que c'est à lui que doit en incomber toute la responsabilité.

La candidature s'affirme. Que va laire le gouvernement français ? Il va demander des explications à Prim et présenter ses objections au prince?

Non ! contre tous les usages de la diplomatie, contre toutes les convenances, contre tous les droits et les devoirs internationaux, le gouvernement français s'adresse au roi de Prusse et porte d'emblée la question au Corps législatif, en s'exprimant dans des termes tels, qu'il devient évident pour tout le monde que Napoléon III a résolu d'envenimer les choses et d'en faire sortir la guerre !

Une grande inquiétude s'empara de la Chambre et du pays tout entier. L'opposition protesta énergiquement contre la marche imprimée aux négociations ; elle réclama des renseignements plus précis, elle demanda la communication des pièces officielles.

Le roi de Prusse répondit qu'il était absolument étranger à la candidature du prince de HohenzoUern ; qu'il ne l'avait ni suscitée, ni encouragée, et que, par conséquent, il n'avait pas à intervenir ; que le prince était entièrement maître de ses actions, et que d'ailleurs il était plus proche parent de l'empereur des français queduroi de Prusse.

Ces déclarations étaient péremptoires et mettaient évidemment le roi de Prusse hors de cause.

D'autre part, le prince de HohenzoUern se désista, donnant ainsi à la difficulté une solution aussi satisfaisante que complète et définitive.

Une immense acclamation de joie retentit dans toute la France! Le fantôme de la guerre s'était évanoui! La paix, tant aimée, tant désirée, si nécessaire à la prospérité de la France, ne serait pas troublée ! Tout était terminé à la satisfaction et à l'honneur de notre pays.

Nous avions obtenu une grande victoire morale. L'on avait tenu compte des susceptibilités de la France^ et le prince de Hohenzollern se désistait ! !

Les préfets avaient été consultés sur Tétat de Topinion publique en province. Vingt-six seulement répondirent que la guerre serait populaire dans leurs départements. Mais, en tenant compte des restrictions exprimées par quelques-uns, du langage vague et embarrassé de quelques autres, en défalquant les timides, les lâches, les complaisants, les intéressés, Ton pouvait proclamer hardiment que la France tout entière voulait la paix.

La partie était donc encore une fois perdue pour Napoléon III?

Non ! — Et c'est ici qu'apparut dans tout son jour le parti-pris, étayé sur l'iniquité et le mensonge.

c( Le prince de Hohenzollern se désiste, s'écria-t-on, » c'est bien ; mais qui nous assure que dans un mois, » dans six mois, dans un an, dans dix ans, il ne re- » produira pas sa candidature ? // nous faut des garan- )) tieSj et nous allons en exiger » :

De qui? Du prince de Hohenzollern évidemment.

Non ; du roi de Prusse !

Et Ton a l'audace de demander au roi Guillaume de s'engager, par écrit, à ce que la candidature du prince de Hohenzollern ne soit jamais reproduite ! !

Le roi de Prusse répondit par un refus très-naturel, très-légitime et très-prévu !

Et ce refus lui-même n'est pas encore un motif suffisant pour déclarer la guerre ! Mais la voie est tracée. L'on insistera, Ton impatientera le roi de Prusse, et

Ton arrivera à provoquer — ou à inventer — un mot, un geste compromettant Thonneur de la France.

Et en effet, M. de Gramont vient déclarer à la Chambre que le roi Guillaume a insulté Napoléon III dans la personne de son ambassadeur, M. Benedetti, et insulté la France dans la personne de son empereur.

a Aux armes ! » s'écrient les députés officiels. a Aax armes ! » s'écrient à leur tour les sénateurs à trente mille francs, et Aux armes ! » vocifère le chœur des stipendiés de tout rang et de toutes classes. Et des mouchards, des agents provocateurs parcourent les rues de Paris en beudant : « A Berlin ! à Berlin ! »

Cependant ropposition, M. Thiers en tête, proteste encore. Elle demande que Tinsulte soit établie, prouvée. Elle demande que lecture soit faite à la tribune des dépêches de M. Benedetti.

Et alors les braves du Paysy du Figaro^ du Gaulois^ du Pari S' Journal, insultent les députés de l'opposition, et M. Thiers en particulier. « Vous êtes de mauvais » patriotes; vous foulez aux pieds Thonneur de -0 la France ; vous le sacrifiez à vos passions politiques, ô Aux armes! A Berlin 1 etc., etc. »

Mais la Chambre s'émeut de la grave responsabilité qui va peser sur elle. Les ventrus eux-mêmes demandent la communication des pièces officielles. — « Vous allez être satisfaits! » s'écrie M. de Gramont, et alors l'on communique, sous le sceau du secret, à une commission composée d'affidés, des pièces que le public n'a jamais connues, mais dont le caractère apocryphe est aujourd'hui parfaitement établi et avoué par M. Benedetti lui-même.

Aléa jacta cstl — La guerre est déclarée et il ne reste plus à tout Français qu'uu seul devoir à remplir : celui de faire des vœux et de payer de sa personne pour le succès des armes de la France !

Et c'est ainsi qu'en déclarant la guerre à la Prusse, Napoléon III n'a fait qu'obéir à la volonté du peuple français !

Le monde entier fut indigné. Toutes les sympathies, tous les vœux furent pour la Prusse. La conscience publique, révoltée par l'injustice de Tagression et par la bassesse des moyens employés pour la justifier, se prononça hautement contre nous.

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