‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 16 sur 103 · DU TE R K I T 0 1 H E · texte numérisé non relu

DU TE R K I T 0 1 H E

qui m'est envoyé par M. le ministre de la Guerre pour régler la substitution des troupes françaises aux troupes allemandes dans les places <le la Marne et de la Haute- Marne; je l'enverrai à Châlons et à Reims, quand il se sera mis d'accord avec le Quartier général.

Je ne puis terminer cette lettre sans vous dire un mot de la satisfaction causée au général de Manteufï'el et à sa famille par l'accueil affectueux de mes parents dans la visite qu'il vient de leur faire; je me suis empressé d'en tirer parti en obtenant, séance tenante, le réarmement de nos gardes-forestiers qui rencontrait jusque-là quelques obstacles. Tout le voyage s'est d'ailleurs fort bien passé; le préfet de la Marne a offert à Châlons un grand déjeuner au général; le sous-préfet de Reims s'est fait son guide dans cette ville et vient ce soir ici dîner chez lui.

Il me reste encore, Monsieur le Président, à vous rendre compte de l'accomplissement des mesures que j'ai prises, en exécution de vos instructions, au sujet des émigrants de l'Alsace-Lorraine. Tout s'est bien terminé, et M. de Manteuffel a montré une réserve et une modération dont je dois témoigner; j'ai des renseignements intéressants à vous donner, mais cette lettre est trop longue, et je vous demande la permission de vous en écrire séparément dans deux ou trois jours. Veuillez agréer, etc.

S^-Vallieh.

P.-S. — Je viens de voir M. le préfet de Meurthe-et- Moselle, qui a eu l'honneur de causer avec vous, il y

a deux jours, et que vous avez chargé de communications pour le général en chef.

Ce qu'il m'a dit de vos impressions m'a, je vous l'avoue, un peu affecté; vous paraissiez croire que je subis plus que de raison l'influence de M. de Manteuffel et vous ne cachiez pas un sentiment de mécontentement. Je ne pourrais me défendre, s'il en était ainsi, du découragement que j'éprouve bien souvent au milieu de difficultés pénibles et sans cesse renaissantes. C'est par un travail acharné de jour et de nuit, par de bons procédés continuels dans la forme mêlés à une fermeté très résolue dans les affaires, que je suis arrivé à acquérir sur les Allemands une influence sans laquelle je ne pourrais mener à bien ma tâche. Vous ne pouvez vous imaginer les précautions qu'il me faut prendre souvent, les efforts au moyen desquels j'arrive, de guerre lasse, à obtenir satisfaction. Cent fois, j'aurais demandé à être déchargé de la besogne ingrate que je remplis si je n'avais senti votre bienveillance, votre appui, votre confiance surtout me soutenant et m'encourageant.

Si je puis rendre des services, c'est par vous, grâce à vous; mais il me faut pour cela le sentiment que j'ai votre approbation et que vous êtes satisfait de moi; sans le travail incessant dont me charge en ce moment la question des baraquements et de l'évacuation, je serais parti immédiatement pour Paris afin de solliciter l'honneur de vous voir et de vous dire les diflîcultés de ma situation.

Pardonnez-moi de le faire par écrit, et permettez-moi

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de VOUS dire que vos bontés m'ont inspiré un attachement et un dévouement trop respectueux envers votre personne pour que je ne me sente pas attristé de la pensée de n'avoir pas réussi, dans la circonstance actuelle, à vous satisfaire comme j'avais eu le bonheur d'y parvenir jusqu'ici.

Pour M. de Manteuffel, il est, je vous l'affirme, le plus ami de nos ennemis, le seul un peu sincère dans ses sentiments de sympathie. Il professe pour vous une admiration dévouée très réelle, et je suis certain que nous trouverons toujours chez lui de meilleures dispositions que chez tous les autres.

Je ne doute pas d'obtenir sans peine, avant qu'il soit longtemps, qu'il ne fasse aucune difficulté à la présence de toute une division dans la Marne; c'est au début seulement que les ordres de Berlin, d'une part, et les défiances de ses officiers, de l'autre, lui inspirent le langage qu'il m'a tenu et que j'avais cru devoir vous rapporter fidèlement.

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

Nancy, le 11 octobre 1872.

Monsieur le Président,

Je tiens à vous envoyer encore par la poste de ce soir la note du général en chef. Je l'ai traduite à la hâte, et je vous Fadresse. Vous déciderez si nous devons hâter l'évacuation en nous résignant à un logement de quelques jours chez l'habitant sur les points où les généraux allemands trouvent les baraques trop humides, ou bien s'il vaut mieux attendre encore huit jours ou dix jours, qui suffiront, avec les mesures que je prends, pour que l'occupation des baraques soit presque générale.

Ce serait, je crois, la meilleure solution pour éviter les réclamations des habitants de la Lorraine, tout en donnant satisfaction aux habitants de la Champagne et à l'opinion publique par des évacuations partielles qui permettront de prendre encore un peu de patience.

Je suis bien découragé de toutes ces difficultés, de ces retards que mes eff^orts de chaque jour, de chaque heure n'ont pu conjurer entièrement. Sans la bonne volonté personnelle de M. de Manteuff'el, nous n'arriverions qu'au bout de longs délais à triompher des objections, des exigences des chefs de corps allemands; c'est

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dans ce moment, où j'ai plus que jamais besoin de lui, que je puis le mieux apprécier quels services il nous rend, combien son concours nous est indispensable.

Un mot aimable de vous, soit par télégraphe, soit par la poste, que je puisse lui montrer, me serait bien utile.

Veuillez agréer, etc.

S^-V ALLIER

M. LE COMTE DE SALNT-YALLIER A M. THIERS

Nancy, le 12 octobre 1872.

M. de ManteufFel est affecté d'un article de journal qui a paru dans une correspondance d'Allemagne adressée au « Monde », puis reproduite dans les feuilles de l'Est. Il m'adresse un billet' que j'ai l'honneur de vous envoyer avec Tarticle en question, et il désire vivement un démenti. Mais il veut surtout et avant tout que vous personnellement, Monsieur le Président, sachiez bien que les paroles qui lui sont^attribuées sont

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