DU T E K K I TOI RE
Révolution, ce que nous ne laisserions pas faire. Dùt-il se montrer sage et chercher le maintien de la paix, qu'un sentiment de conservation personnelle nous tracerait le devoir d'intervenir et de prendre des assurances. Voilà le motif qui ne nous permet pas de renoncer aux précautions militaires dont les traités nous concèdent la faculté d'user. »
M. LE COMTE DE SAINT- VALLIER A M. THIERS
Nancy, le 17 octobre 1872.
Monsieur le Présideîït,
Ne recevant pas de vous la réponse que je vous avais demandée instamment, par ma lettre ^ du 14, sur le point pour lequel j'avais eu l'honneur de solliciter vos instructions, je suis forcé de renouveler ma prière, car le temps presse, et je ne puis agir sans connaître vos vues.
1, Voir ccxviii.
Il s'agit de la question de fixation de relFectif français dans la Marne après l'évacuation. Je vous ai transmis par ma lettre du 14 des renseignements précis sur les dispositions des Allemands à ce sujet; vous avez vu qu'ils ne feront pas de difficultés sérieuses à admettre un peu plus tard la présence de toute une division, qu'ils l'acceptent déjà aujourd'hui, moins un régiment dont ils demandent le maintien provisoire dans l'Aisne, qu'ils admettent parfaitement aussi la présence à Châlons d'un général de division avec son Etat-Major et ses services. Mais j'ai besoin de savoir si cela vous convient, et je suis fort embarrassé : en efï'et, M. le préfet Leguay, dans son intempestive communication à M. de ManteufFel, a déclaré de votre part et en votre nom que vous vous limitiez, contraint et forcé, à l'envoi d'une brigade, mais que vous 9,ev'\Qz personnellement YeconnaÀssant au général en chef s'il acceptait quelques troupes de plus, autant qu'il croirait pouvoir le faire.
J'ai dû croire que vous désiriez, d'après cela, rapprocher autant que possible d'une division l'effectif envoyé, et que je devais chercher le moyen d'y parvenir; j'ai donc négocié dans ce sens, et ma lettre du 14 vous a fait connaître que j'y suis à peu près parvenu, sous certaines conditions de répartition que je ne puis pourtant pas accepter sans votre assentiment.
Mon embarras s'est encore accru en raison d'une lettre reçue des bureaux de la Guerre par M. le colonel Lesieur; cette lettre dit que l'on n'a pas l'intention d'envoyer plus d'une brigade et de profiter des facilités plus étendues que j'avais obtenues des Allemands. Cette
décision est absolument contraire à ce que je sais jusqu'ici de vos intentions ; elle n'a d'ailleurs aucune valeur âmes yeux, puisque j'ai une lettre de vous conçue dans un sens tout op|)osé; puis c'est à moi, et à moi seul, que M. le ministre de la Guerre doit donner ses ordres, puisque j'agis ^ew/près du Quartier général et que toute autre personne est sans qualité pour le faire, si ce n'est en vertu d'instructions spéciales de moi sur tel ou tel point déterminé.
Je viens donc vous prier, Monsieur le Président, de me faire connaître aussitôt que possible votre volonté; si elle était conforme aux dispositions que semble avoir maintenant le Ministère de la Guerre, je devrais suspendre mes démarches et modifier mon langage. Je le regretterais du reste pour deux motifs : d'une part, il serait fâcheux, suivant moi, de ne pas profiter des facilités plus grandes que Ton peut obtenir : d'autre part, la ville d'Epernay, la plus agitée de toute la Marne, ne saurait être laissée, sans imprudence, dépourvue de toute garnison au moment de l'évacuation : il est essentiel de ne pas oublier qu'elle renferme plusieurs négociants allemands, contre lesquels une certaine partie de la population ouvrière a annoncé hautement des projets hostiles après le départ des troupes de l'armée d'occupation. Ces Allemands ont même demandé aide et protection au Quartier général, et il y a là un danger sur lequel je n'ai pas à insister.
Vous m'avez promis, il y a quelque temps, de m'écrire un mot de nature à calmer les susceptibilités de M. de Manteufî'el, excitées par la démarche de M. Leguay, par
les attaques de nos journaux; je me permets de vous rappeler votre promesse, en raison surtout de la persistance des injures de notre presse; hier encore, le Figaro renfermait des plaisanteries blessantes sur le général.
M. de Manteuffel part aujourd'hui pour Berlin, où il est appelé par un télégramme de l'Empereur Guillaume qui désire sa présence aux obsèques du prince Albert de Prusse. Le général pense être de retour lundi soir ou mardi, et me prie de vous faire connaître le motif et la durée de son voyage.
Veuillez agréer, etc.
S'^-Vallier.
CGXX
M. THIERS A M. LE COMTE DE SAINT-YALLIER
Paris, le 17 octobre 1872.
Mon cher Monsieur de Saint-Vallier,
Je n'ai pas le temps de vous répondre aussi souvent que vous m'écrivez; car vous avez une seule affaire, que vous faites très bien, et moi je les ai toutes, et je puis à peine y suffire; mais voici, en courant, ma réponse sur les aff'aires essentielles.
M. Leguay a commis une faute en rapportant, et en rapportant mal les paroles que je lui avais dites. Il aurait dû d'abord les garder pour lui, et secondement, s'il voulait jouer le rôle d'un homme bien informé, redire les choses comme je les lui avais dites. Ces choses n'étaient de ma part, ni une plainte ni un témoignage de mécontentement à l'égard de M. de Manteuffel. Je recommandais au préfet de ne se mêler de rien, de vous abandonner complètement la discussion des affaires difliciles avec l'Etat-Major prussien. Je l'avais engagé à garder tous les ménagements possibles dans ses rapports avec les autorités allemandes, et, pour lui prouver toute la délicatesse de la situation, je lui avais cité le fait que l'envoi d'une division dans la Marne avait suffi pour donner des ombrages, et qu'il serait possible qu'à Nancy même, vu la responsabilité qui pesait sur l'Etat-Major de l'armée d'occupation, on fût plus susceptible qu'à Berlin même.
11 n'y avait là rien pour le général de Manteuffel, surtout rien contre lui. Il n'y avait là qu'un raisonnement tendant à démontrer à M. le préfet la nécessité d'une extrême réserve. Il m'a mal compris, et tandis que je voulais éviter, ce que j'ai en horreur, le gâchis, il nous en a fait un des plus conditionnés. Du reste, il ne faut pas l'inquiéter en lui parlant du mécontentement qu'il m'a donné. Il faut me laisser lui montrer la faute qu'il a commise, lorsqu'il viendra à Paris.
Mais je vous en prie, assurez à M. de Manteuffel qu'il a toujours ma profonde estime, ma sincère amitié et ma gratitude patriotique pour les services qu'il rend à
la paix et à la concorde entre les deux Gouvernements français et prussien. Prenez sur vous d'afTlrmer ces sentiments de ma part, et vous n'en direz jamais trop dans ce sens.
Maintenant, parlons de deux autres sujets : l'évacuation et le nombre des troupes françaises.
Quant à l'évacuation, il faut sans rien forcer, sans provoquer des dissentiments, la rendre la plus prochaine que possible. Toutefois, il ne faudrait pas exposer les autres départements (les quatre derniers) à recevoir les soldats allemands chez l'habitant.
La Marne et la Haute-Marne doivent patienter un peu et prendre pitié de la situation des départements qui subiront plus longtemps la présence des troupes étrangères. 11 ne faut pas ajouter à leurs chagrins la souffrance du logement militaire.
Quant au nombre des troupes françaises, nous persistons à n'envoyer dans le moment qu'une brigade. Nous avions pensé à une division, parce que c'était la proportion avant la guerre; et c'est par ce motif que nous n'avions rien dit, nous en rapportant au texte du dernier traité qui limitait le nombre à celui des temps de paix antérieure. Du reste, un régiment entier à Reims suffira, pouvant, s'il le fallait, détacher un bataillon à Epernay. Un régiment, un bataillon de chasseurs à pied, un régiment de cavalerie à Ghâlons pourront également nous garantir le maintien de l'ordre public. Si cet ordre pouvait être menacé, nous aurions recours au télégraphe pour vous avertir et convenir avec M. de Manteuffel de l'envoi des renforts nécessaires.
Ainsi, voilà qui est réglé; lenez-vous prêt à une entente avec M. de Manteuffel, dans le cas de quelque grève ou autre trouble peu probable, mais à la rigueur, possible; et convenez d'un nouvel envoi de troupes françaises, s'il y avait lieu.
A ce sujet, je vous dirai que jamais l'ordre ne fut plus complet en France qu'il ne l'est aujourd'hui. Les voyageurs de toute nation, dont Paris regorge (il n'y a pas une place vacante dans les hôtels) sont émerveillés du calme de nos rues et de l'apaisement qui s'est fait dans tous les esprits. Je sais qu'on veut bien le reconnaître en Allemagne, et convenir que sous le Gouvernement que je dirige, on n'a aucune crainte à concevoir. Mais on se rabat sur une autre éventualité, qu'on regarde comme toujours possible: l'avènement de^I.Gambetta au pouvoir. Croyez que c'est là une pure chimère. Je connais mon pays, et je crois avoir fait preuve de quelque prévoyance depuis vingt ans. Eh bien, soyez persuadé que M. Gambetta (à moins qu'il ne change, jusqu'à devenir un conservateur de ma façon) n'a aucune chance de me succéder. Ma santé est bonne, mon accord avec l'Assemblée est plus présumable qu'il ne l'a jamais été, et soit qu'un accident emporte ou ma vie ou ma présidence, M. Gambetta ne me succédera pas. Le pays l'a pris en aversion, plus qu'il n'est juste, plus qu'il n'est prudent de le faire, et M. Gambetta n'aura jamais plus des trente à quarante voix qui le suivent aujourd'hui dans l'Assemblée nationale. La nation ne veut ni des radicaux ni des royalistes du drapeau blanc. Le mouvement est démocralique en France, comme dans
toute l'Europe, et spécialement en Allemagne; mais il est bien loin d'être démagogique.
Qu'on ne se livre donc pas aux fausses alarmes : ce ne serait ni vrai ni prudent. Avec du sang-froid, avec de la persévérance, nous viendrons à bout de tout. Les questions organiques, que nous aurons à poser et à résoudre cette année, pourront animer la Chambre, mais elles n'y produiront aucune perturbation. Qu'on se rassure, je le répète, et qu'on ne se trompe pas, car on pourrait peut-être se livrera de fausses démarches qui, seules, pourraient rendre très réels les dangers qui en ce moment sont purement chimériques.
Quant aux paiements qui ont été toujours régulièrement exécutés, ils continueront de l'être ; et si l'on désirait de notre part quelque service spécial, nous montrerions une bonne volonté qui se proportionnerait à celle qu'on nous montrerait.
Il m'a fallu me gêner beaucoup pour vous écrire aussi longuement. Je ne pourrai pas en faire autant bien souvent.
Recevez la nouvelle assurance de mes meilleurs sentiments d'estime et d'affection.
Je retourne, samedi, à Versailles.
M. LE GENERAL DE MANTEUFFEL A M. LE COMTE DE SAINT-V ALLIER
Nancy, le 18 octobre 1872.
Monsieur le Comte,
J'ai rhonneur de faire connaître à Votre Excellence que, pour faire commencer le mouvement des troupes en vue de l'évacuation de la Marne et de la Haute-Marne, j'ai ordonné que le deuxième bataillon du 49® régiment parte le 15 de ce mois de Saint-Dizier pour sa nouvelle garnison d'Epinal, et qu'après son arrivée à Epinal les deux bataillons du 21* régiment commencent leur marche vers Belfort, si jusque-là les baraques de Belfort sont prêtes. Mais je fais observer que Saint-Dizier sera encore traversé par des troupes de passage.
Je n'ai pu ordonner jusqu'ici d'autres mouvements, parce que, d'après les rapports que j'ai reçus des divisions, les baraques ne sont encore, dans aucune des localités qui seront occupées après l'évacuation partielle, assez avancées pour être occupées par les troupes.
Les plus avancées sont celles de Verdun, d'Etain, de Clermont, qui seront vraisemblablement prêtes à être occupées après le milieu de ce mois.
La division bavaroise écrit que les baraques de Montmédy, de Vouziers, de Sedan, de Rethel seront probablement finies à la fin du mois, mais que celles de Mézières seront prêtes au plus tôt le 1" novembre. Celles de Saint-Dié et de Rambervillers ne seront habitables le l*"" novembre que si les poêles qui manquent encore sont placés d'ici au 17 de ce mois, et si les chambres sont chauffées chaque jour à Teffet de les l'aire sécher; celles de Charmes et d'Épinal seront habitables quelques jours plus tôt sous la même condition. A Bains et à Bruyères, au contraire, les constructions sont si en retard, que Flntendance française ne peut elle-même indiquer le terme où elles seront finies, et qu'en tout cas elles ne seront pas habitables avant le milieu du mois de novembre.
En conséquence, si, même dans quelques localités, les baraques sont habitables dès le milieu d'octobre, ce n'est pas le cas en général, et la température humide augmente de son côté les retards.
La question se pose donc de savoir si, dans ces conditions, votre Gouvernement désire que l'évacuation commence dans les premiers jours de la deuxième quinzaine d'octobre, et qu'en conséquence les troupes soient logées chez l'habitant jusqu'à l'achèvement des baraques, ou si votre Gouvernement préfère que l'évacuation ne commence que lorsque les baraques seront terminées.
On peut admettre avec quelque probabilité que l'ensemble des baraques pourra être occupé, si le mouvement général commence le i^'' novembre, et l'on pourrait
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dès mainlenant fixer ce jour comme le premier jour de marche.
Dans ce cas, autant qu'on peut le prévoir, il ne faudrait recourir au logement chez Thabitant que dans quelques petites localités (comme à Bains et Bruyères), ou faire provisoirement une répartition différente pour ces cas.
J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de vouloir bien me faire savoir le plus promptement possible à laquelle de ces deux éventualités votre Gouvernement donnera la préférence.
Veuillez agréer, etc.
E. Manteuffel.
M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS
DEPECHE TELEGRAPHIQUE
Nancy, le 22 octobre 1872, 4 h. s.
Je viens de voir M. le général de Manteuffel, arrivé cette nuit de Berlin; il m'a prié de vous annoncer son retour et de vous exprimer ses sentiments respectueux.
Il a eu de longs entretiens avec l'Empereur Guillaume
et avec le prince héritier; ce qu'il m'a rapporté de leur langage est très satisfaisant. Je vais vous en envoyer le détail dans une lettre.
Le général va m'aider à presser autant que possible Tévacuation; les ambulances, les bagages, les services civils sont déjà partis; le régiment de cavalerie en garnison à Reims reçoit Tordre de quitter cette ville demain matin pour se rendre à Commercy.
S^-Vallier.
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