M. LE COMTE DE SAINT- VALLIE R A M. LE GÉNÉRAL DE MANTEUFFEL
Nancy, le 22 octobre 1872.
Excellence,
Afin d'abréger autant qu'il est en mon pouvoir les derniers délais apportés à l'évacuation de la Marne et de la Haute-Marne, par les travaux complémentaires d'installation et d'aménagement des baraques destinées aux soldats allemands, je viens faire appel à la constante bienveillance de Votre Excellence, en la priant d'adopter pour la fin de ce mois la date de la mise en mouvement des troupes.
DUTERRITOIRE 95
Les rapports de tous les agents chargés des constructions et de leur surveillance ne me permettent pas de douter qu'on puisse, sans inconvénient, fixer cette époque comme celle qui répondrait le mieux à la fois aux convenances de l'armée allemande et aux vœux du Gouvernement et des populations françaises.
En effet, sur beaucoup de points, ainsi qu'il résulte d'une note que j'ai adressée aujourd'hui même à M. le colonel de Burg, les commissions d'examen nommées par les divisions ont reconnu les casernements comme prêts à être occupés; sur d'autres, les compléments à introduire n'exigent pas plus d'un à deux jours et ne présentent pas de difficultés sérieuses. Enfin le mobilier spécial qui doit venir des départements évacués fait seul défaut dans la plupart des baraques. Mais Votre Excellence a bien voulu consentir à ce que l'occupation des nouvelles constructions eût lieu avant que ce mobilier soit mis au complet, et j'ai pris les mesures nécessaires pour qu'il soit dirigé par les voies rapides sur les points auxquels il est destiné, aussitôt que l'évacuation des localités où il se trouve le rendra disponible. En tenant compte du temps que demandera la marche des troupes, j'ai lieu d'espérer qu'il pourra être installé en grande partie avant l'arrivée des soldats.
En dehors de ces objets spéciaux, il ne restera à terminer, dans les aménagements des nouveaux baraquements, que des travaux extérieurs qui exigeront d'ailleurs peu de temps, mais dont l'achèvement ne pourra pas gêner les troupes : ce sont des ouvrages d'empierrement de routes d'accès, de terrassement, de pavage
de rigoles, etc. Je viens donc prier iuslaninient Votre Excellence de vouloir bien ne pas faire dépendre de la conclusion de ces travaux l'entrée des soldats dans les baraques, et je prends ici, au nom de mon Gouvernement, rengagement formel de faire compléter ces ouvrages, après l'occupation des casernements, avec toute l'activité possible ; je prends le même engagement en ce qui concerne les objets secondaires dont la nécessité viendrait à être reconnue.
Quant à certaines constructions supplémentaires qui ont été l'objet de demandes tardives de la part des autorités allemandes, ce sont des dépendances qui ne sauraient empêcher l'occupation des baraques; il y sera travaillé après l'arrivée des troupes avec un zèle qui permettra de les livrer promptement.
Reste enfin l'éventualité où, sur quelques points, les ouvrages moins avancés qu'ailleurs ne permettraient pas l'entrée immédiate des troupes dans les baraques dès le moment de leur arrivée; mais ces points, étant isolés et exceptionnels, ne seraient pas assez importants pour motiver un retard dans le mouvement général de l'évacuation, et je crois pouvoir demander à Votre Excellence de décider, en ce qui les concerne, que les soldats seront par exception et pour quelques jours seulement, logés chez l'habitant. J'aurai l'honneur de vous indiquer à l'avance quelles seront ces rares localités, et j'espère que vous estimerez, dans une équitable appréciation, qu'il n'y a là qu'un fait purement exceptionnel qui ne saurait modifier la mesure de l'ensemble de l'évacuation.
Vous m'avez trop habitué, Excellence, à compter sur vos dispositions conciliantes et amicales, pour que je n'aie pas la confiance de voir accueillir les vœux qu'il est de mon devoir de venir vous exprimer aujourd'hui.
Veuillez agréer, etc.
S'^-V ALLIER
M. LE COMTE DE SAINT- VALLIER A M. THIERS
Nancy, le 23 octobre 1872.
Monsieur le Président,
J'ai eu l'honneur de vous annoncer, hier, par le télégraphe^, le retour de M. de ManteufFel, en vous disant qu'il m'avait fait un récit satisfaisant de ses entretiens avec l'Empereur Guillaume et avec le prince royal. Sans entrer dans des détails qui absorberaient une part de votre temps si chargé, je tiens à vous faire connaître que l'Empereur et son fils se sont exprimés sur votre compte en des termes de nature à nous inspirer confiance. Les sentiments dont ils ont fait part à M. de Manteuffel peuvent être regardés comme l'expression