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vraie de leur pensée ; ce ne sont pas des compliments dits pour être rapportés à un ambassadeur, mais des épanchements intimes à un ami; et je connais trop le général en chef pour n'être pas certain de la sincérité de son récit; s'il n'avait rien eu de bon à me rapporter à cet égard, il aurait observé le silence et ne m'aurait pas fait de confidences que je ne tentais pas de provoquer.
Il est donc certain pour moi, aujourd'hui, que les dispositions du souverain allemand et du prince héritier nous sont favorables; mais il faut observer qu'elles vous sont en quelque sorte personnelles, et que si la confiance dans vos intentions et la sympathie pour vous-même, Monsieur le Président, sont complètes, il ne semble pas qu'elles s'étendent à nos institutions actuelles : non pas qu'il y ait éloignement préconçu pour la forme républicaine, mais bien répulsion et mépris pour les révolutionnaires qui se font ses preneurs et ses coryphées. Un mot, à ce sujet, de l'Empereur Guillaume me paraît assez curieux pour vous être rapporté : je reproduis les termes mêmes dont s'est servi M. de Manteuffel dans son récit.
« Cet homme, lui aurait dit l'Empereur en parlant de vous, est une véritable sirène; il est si habile et si malin (klug) que mon esprit s'habitue malgré moi à ne plus détester ce mot de république, mon épouvantail jusqu'ici; il me rendrait républicain s'il pouvait me garantir son immortalité aux affaires de son pays. »
A côté de ces sentiments de l'Empereur et de son fils pour votre personne, sentiments dont nous pourrons,
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pense M. de Manteiiffel, tirer utilement parti pour obtenir une réduction de Tarmée ou même une évacuation totale, quand il n'y aura plus à payer que le dernier milliard; à côté, dis-je de ces dispositions, subsistent toujours les craintes et les défiances suscitées par les agissements du parti radical. Les esprits allemands conservent longtemps les mêmes impressions et, tandis qu'on oublie chez nous les promenades de Chambéry et les élucubrations de Grenoble, il semble à Berlin que ces faits déplorables ne datent que d'hier; il nous faudra encore bien de la prudence et des efforts pour en effacer les traces. Mais sachez-le, Monsieur le Président, chaque fois que dans vos discours, dans vos entretiens, dans les journaux regardés comme les dépositaires de vos pensées, vous affirmez l'écart infranchissable qui sépare la République conservatrice de la République des radicaux, vous faites faire un pas important à l'œuvre de notre libération, à l'affranchissement de notre territoire.
Aussi votre intéressante lettre du 17 m'a-t-elle été précieuse à ce point de vue; j'en ai lu les principaux passages à M. de Manteuffel, et je lui ai remis un extrait de la partie qui a trait au raffermissement de l'ordre en France, à l'apaisement des esprits, au manque de racines dans le pays de M. Gambetta et de ses partisans plus bruyants que nombreux; il a envoyé aujourd'hui même, à titre tout à fait confidentiel, cet extrait à son souverain, et il est certain de l'excellente impression qu'il produira.
J'aurai terminé quand je vous aurai dit que le général
est bien disposé pour l'évacuation, et qu'il m'aide à la presser autant que nous le pouvons l'un et l'autre. Elle se poursuit partiellement, et le mouvement général ne tardera plus à s'exécuter. Je pense que le 28 ou le 30 octobre sera une date possible, sans s'exposer à de fâcheuses difficultés. 11 y a eu des mécomptes sur certains points, causés par des grèves ou par des pluies gênant les travaux, des exigences tardives des Allemands sur d'autres points, et je m'abstiens de trop hâter les choses pour ne pas risquer de voir le logement militaire infligé aux populations. A force de démarches, nous arriverons dans de bonnes conditions à déterminer le mouvement pour la date, à un ou deux jours près, que je viens d'indiquer. Il n'y aura que trois ou quatre localités peu importantes, destinées à être occupées par des effectifs peu nombreux, où il sera nécessaire de loger, quelques jours, une partie des hommes chez l'habitant, afin de ne pas reculer indéfiniment l'ensemble de l'évacuation; mais ce sera partiel et très limité : une semaine à Neufchâteau, pour un des escadrons qui vont s'y rendre; autant à Bains, pour une faible portion de la troupe (cent cinquante hommes environ); deux semaines à Bruyères, pour l'une des deux colonnes qui y seront établies (cent soixante-dix hommes).
Je me suis d'ailleurs entendu à l'avance à ce sujet avec les municipalités de ces villes, qui n'auront pas de surprise et qui se résignent à ce sacrifice momentané et inévitable.
Les affectueuses assurances contenues dans votre
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lettre et que j'ai transmises à M. de Manteuffel, ont fait disparaître les dernières traces de Fincident Leguay ; il n'y a plus, je crois, à s'en occuper.
Les attaques injurieuses de nos journaux contre les Allemands m'ont donné quelques préoccupations; mais, grâce au concours de MM. Barthélemy-Saint- Hilaire et de Pontécoulant, je crois cette malencontreuse campagne arrêtée. J'ai dû adresser au général en chef une note officielle, communiquée à son armée, portant désaveu de ce langage insultant au nom de mon Gouvernement.
Veuillez agréer, etc.
S'^-Vallier.
M. LE GENERAL DE MANTEUFFEL A M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER
Nancy, le 23 octobre 1872.
La lettre de Votre Excellence, du 22 de ce mois^ m'amène à préciser davantage le point de vue auquel est placé le commandement supérieur de l'armée d'occupation en ce qui concerne la fixation de l'évacuation des départements de la Marne et de la Haute-Marne,