Voir ccxxiii, ccxxv et ccxxvi
ment militaire, et tenu par conséquent de ne provoquer le mouvement général des troupes qu'après m'être assuré que les chefs de corps de l'armée allemande acceptaient comme habitables les nouveaux baraquements et consentaient à y faire entrer leurs soldats. Or, sur ce point, il s'est élevé entre les commissions d'examen instituées par les divisions allemandes et nos constructeurs, commandants du Génie ou sous-intendants militaires, des divergences d'appréciation qui m'ont causé de sérieux embarras. De son côté, le général en chef répondait constamment à mes réclamations sur les exigences de ses subordonnés, qu'il était prêt à prescrire pour le jour même où je la lui demanderais la mise en marche des troupes, mais qu'il ne pouvait obliger à accepter les baraques et à y placer leurs soldats, des chefs de corps qui, étant responsables de la santé de leurs hommes, pourraient l'accuser, s'il survenait des maladies, de leur avoir forcé la main et d'avoir adopté des dispositions imprudentes; que, dans cet état de choses, il devait se borner, si j'exigeais l'évacuation immédiate, à la faire effectuer, mais en laissant aux chefs de corps toute liberté de loger les soldats chez l'habitant ou dans les baraques, suivant leur appréciation.
Cette attitude du Quartier général rendait mon action délicate et m'obligeait à m'attacher tout d'abord à satisfaire les chefs de corps, puisqu'il était toujours facile à ces derniers, en cas de mécontentement de leur part, d'invoquer un prétexte : humidité, installation imparfaite, etc., pour choisir le logement chez l'habitant,
objet de la préférence des militaires allemands. J'y suis parvenu peu à peu, à peu près partout, non sans de grands efforts, d'innombrables démarches et un travail pénible pour moi, pour mon personnel, pour les agents de la guerre chargés des baraquements sous ma direction.
Quant aux évacuations partielles, elles ont été forcément restreintes comme je le disais plus haut : car les corps isolés, qui auraient pu partir sans attendre Tensemble du mouvement et trouver pour les recevoir des casernements prêts et acceptés par leurs chefs, ne pouvaient arriver dans leurs nouvelles garnisons qu'après le départ des troupes qui s'y trouvaient, lesquelles, à leur tour, ne pouvaient se mettre en marche, les baraquements auxquels elles devaient se rendre n'étant pas encore considérés comme habitables aux yeux de leurs officiers. Ainsi, à part quelques exceptions, tout se trouvait combiné, et les mouvements étaient subordonnés les uns aux autres.
Dans cette situation, j'ai dû me résigner aux retards qui ont eu lieu et que sont venues accroître les pluies qui, depuis quinze jours, ont gêné nos travailleurs, empêché le séchage des enduits, rendu impossible l'exécution des ouvrages de terrassement. J'ai voulu pourtant m'efforcer de donner, dans la mesure du possible, une satisfaction relative aux impatiences de l'opinion publique, et, dans ce but, j'ai successivement provoqué l'évacuation de Saint-Dizier, le 16 octobre, le départ sur tous les points des ambulances, des gros bagages, des services annexes de l'armée, tels que les
postes et le télégraphe; tout cela est accompli aujourd'hui; j'ai en même temps fait partir pour Belfort, où les baraques étaient prêtes, les troupes d'Epinal, maintenant remplacées dans cette ville par celles de Saint- Dizier et par d'autres qui vont venir de la Haute-Marne ; depuis, j'ai fait décider le départ pour Commercy de l'escadron de cuirassiers qui se trouvait à Reims, fait envoyer à Bar-le-Duc deux compagnies de la garnison de Châlons.
Ces mouvements de troupes m'ont paru utiles à déterminer pour calmer les impatiences du public qui, ne voyant que le fait et n'appréciant ni les difficultés d'exécution, ni le devoir impérieux devant lequel nous nous trouvions de ne pas exposer les habitants de l'Est à la charge du logement militaire, ne jugeait pas équitablement la position et prétendait rendre le Gouvernement et ses agents responsables de retards imposés par la nature des choses.
Mais le but essentiel auquel je me suis attaché, et qui a déterminé toutes mes résolutions, a été de m'assurer contre les mauvaises dispositions de certains chefs de corps à l'endroit des baraques en me faisant donner par le Quartier général un engagement écrit et formel que tous les casernements seraient occupés immédiatement à l'arrivée des troupes, sauf deux ou trois reconnus par moi comme encore incomplets, mais que j'entendais me réserver le soin de désigner moi-même; j'ai donc fermement maintenu, m'y sentant autorisé par les instructions de M. le Président, que l'évacuation serait subordonnée à cet engagement précis de l'autorité supérieure
allemande, garantie indispensable contre les surprises; les négociations verbales et écrites se sont poursuivies sur ce point, ainsi que vous le verrez par les notes cijointes échangées entre le général en chef et moi. Je voulais que le départ général eût lieu avant la fin du mois; mais alors j'aurais dû consentir au logement chez l'habitant pendant quelques jours dans plusieurs localités; je m'y suis refusé, et l'on a fini par me déclarer que le lundi 4 novembre était le jour le plus rapproché où l'on pouvait me garantir l'occupation presque générale des baraques. Force m'a été de l'accepter après avoir reconnu que je ne gagnerais rien à tenter d'obtenir deux ou trois jours, puisque les troupes allemandes ayant l'habitude de ne jamais marcher les jours de fête, je ne pourrais les faire partir le 1" novembre, et qu'en les mettant en marche le 2, elles s'arrêteraient toute la journée du 3, ce qui imposerait un séjour plus long et une charge plus lourde aux localités traversées. Ces considérations m'ont donc amené à consentir au lundi 4 novembre, qui nous donne toute une semaine sans jours fériés, c'est-à-dire de marches continues, et permet en même temps (condition essentielle à mes yeux) que l'évacuation soit un fait entièrement accompli avant la prochaine réunion de la Chambre, à laquelle M. le Président pourra l'annoncer dans son Message ou dans son discours d'ouverture du Parlement.
Néanmoins, j'ai tenu à profiter de ce que le général bavarois de Charleville reconnaissait les baraquements des Ardennes comme habitables dès maintenant, et j'ai réclamé le départ immédiat de la brigade bavaroise
du camp de Châlons, à rexception d'un bataillon dont j'ai demandé le maintien pour garder le camp jusqu'à l'arrivée de nos troupes, celles-ci ne pouvant y venir qu'après l'évacuation complète de Reims, c'est-à-dire le 4 novembre. Cette mesure empêchera que l'opinion publique ne s'inquiète en voyant une interruption dans les mouvements de baraques, et évitera qu'il ne se produise sur nos voies ferrées un encombrement fâcheux pour le transport du mobilier spécial aux Allemands que nous dirigeons (pour n'avoir pas à en construire un nouveau) des baraquements anciennement occupés vers ceux qui vont l'être, en profitant des quelques jours que nous laisse la marche par étapes des soldats. Le général en chef a compris l'intérêt qui me dirigeait dans ma demande, et a prescrit, pour demain matin 27, la mise en marche des troupes bavaroises, ce dont je vais donner avis par le télégraphe à nos autorités de la Marne et des Ardennes.
Tel est. Monsieur le Comte, l'ensemble des dispositions qui viennent d'être adoptées; j'espère qu'elles s'exécuteront sans difficulté, et vous pouvez être assuré que j'y apporterai, jusqu'à leur entier accomplissement, une surveillance de tous les instants.
Veuillez agréer, etc.
S^-Vallier.
GCXXVIII
M. LE COMTE DE SAINT-V ALLIER A M. THIERS
Nancy, le 26 octobre 1872.
Monsieur le Président,
Je n'ai pu répondre par le télégraphe à votre question relative aux infirmiers, M, de ManteufFel et moi nous trouvant tous deux sans informations. En ce moment même, où la poste va partir, je reçois du préfet du département de la Marne le rapport ci-joint; je crois de mon devoir de vous l'envoyer et d'en adresser une copie au ministre de la Guerre. C'est un fâcheux incident, et la conduite de ces hommes, en présence des soldats allemands, mérite une éclatante punition, ne seraitce que pour prouver à nos ennemis que nous avons de la discipline. Je me demande par quelle incroyable négligence on avait omis de prévenir l'Intendance de Ghâlons du passage de ce détachement.
Veuillez agréer, etc.
S'^-Vallier.