‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 26 sur 103 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

Nancy, le 3 novembre 1872.

Monsieur le Président,

M. de Manteuffel vient de me donner un nouveau témoignage de ses sentiments envers votre personne :

la semaine dernière, le jour même de l'arrivée à Nancy du comte d'Arnim, le général avait lu dans la Gazette de la Croix un article violent et injurieux contre vous; il en avait été indigné et avait voulu s'en plaindre tout de suite à son Gouvernement; M. d'Arnim avait cherché à le détourner de cette démarche, en lui disant que, cette feuille étant aujourd'hui un organe de l'opposition, la chancellerie fédérale se désintéresserait de tout ce qu'elle renfermait, et que M. de Bismarck l'avait invité récemment, dans une circonstance analogue, à s'abstenir d'observations ou de réclamations de cette nature.

Au moment où M. d'Arnim le quittait, je vis M. de Manteuffel qui me parla avec douleur de l'article en question, en ajoutant ces propres paroles : « Je veux m'en plaindre à mon Gouvernement; Arnim m'en détourne en me disant que je serai mal reçu; mais je n'en persiste pas moins; M. Thiers défend de son mieux mon armée contre les attaques des journaux français; c'est mon devoir de m'efForcer d'empêcher les journaux allemands d'attaquer sa personne. »

Il vient aujourd'hui de me lire une lettre par laquelle M. de Balan, ministre des Affaires étrangères, répond à sa réclamation contre l'article agressif de la Gazette de la Croix. Je traduis textuellement, ayant pris soin de copier le passage de la lettre :

« Je partage entièrement le sentiment de Votre Excellence sur l'inconvenant article de la Gazette de la Croix, et le Gouvernement royal-impérial déplore et regrette d'aussi injustifiables assertions (vorwùrfs, pro-

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pos). Nous voulons donc tenir grand compte de votre lettre confidentielle à ce sujet; pourtant vous n'ignorez pas que la feuille en question est aujourd'hui un organe d'opposition, à tel point que M. le prince de Bismarck a interdit aux légations et aux administrations d'y continuer leurs abonnements. Nous ne pouvons donc agir officiellement pour imposer le silence; mais, par une voie sûre, je me suis empressé d'adresser de sévères représentations, et je crois pouvoir exprimer la confiance que le langage qui vous avait énui ne se fera plus entendre. »

M. le général de Manteuffel m'a autorisé à vous donner connaissance de cette lettre, mais en vous priant de regarder tout l'incident comme une confidence de sa part. Pour moi, je ne puis m'empêcher de comparer son attitude dans cette circonstance à celle de M. le comte d'Arnim, et ce fait vient à l'appui des impressions dont je vous ai fait part dans ma lettre du 29 octobre^, à la suite de mes conversations avec l'ambassadeur d'Allemagne,

M. de Manteuffel me donne d'ailleurs, en ce moment, de nombreux témoignages de ses amicales dispositions; je lui dois la fixation à demain de l'évacuation définitive que ses généraux voulaient remettre au 10; il a, pour me satisfaire, fait partir dès le 29 octobre les Bavarois du camp de Châlons, parce que j'y voyais un moyen de calmer les impatiences du public; il a, de même, profité de la légère épidémie de fièvre typhoïde, survenue à

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