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phique; aujourd'hui, je me hâte de vous répondre par un courrier spécial, quant aux directions que vous désirez.
Quanta ces directions vous en avez à peine besoin, tant vous devinez nos pensées à M. de Rémusat et à moi; mais il est toujours bon de nous recorder pour marcher du même pas vers le même but.
Je vous approuve tout à fait d'observer une extrême réserve à l'égard des tendances évidemment diverses qui se produisent actuellement dans la nouvelle Allemagne centralisée à Berlin. Bien que ni le Roi ni M. de Bismarck ne veuillent en convenir, ils ont cessé d'être d'accord, et le Roi est avec la droite, M. de Bismarck avec la gauche (« gauche » et « droite » pour l'Allemagne, ce qui n'est pas tout à fait « gauche » et « droite » comme en France). M. de Bismarck a de la besogne sur les bras, ce qui le rend plus équitable et plus clairvoyant à l'égard de la France. Mais, je vous le répète, il faut nous garder d'avoir et surtout de montrer une opinion sur ce qui se passe entre M. de Bismarck et M. de Roon, et en général sur tout ce qui regarde l'Allemagne intérieure.
Je crois vrais les renseignements qu'on vous a donnés, surtout à l'égard du comte d'Arnim. Je ne crois pas qu'il pousse son ambition aussi haut que le suppose l'ombrageux chancelier, mais il veut tout autre chose que ce qu'il a, et on dit que ce serait l'Italie, pour des raisons qui ne seraient pas tout à fait politiques, à ce qu'on m'assure. Du reste, cela ne nous regarde pas. Il est malheureusement vrai qu'il est mécontent de sa si-
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tuation ici, qu'il peint la France en noir, qu'il n'est équitable que pour le Gouvernement dont il persiste à se louer. Nous faisons en effet tout ce que nous pouvons pour lui rendre la vie supportable, et en ce moment il se trouve moins mal et semble le témoigner. Assurément nous gagnerions à avoir un observateur plus amical pour la France, mais il faut nous garder de rien témoigner à cet égard, car il se vengerait cruellement de la moindre manifestation. Ne touchons donc pas à ce sujet, et laissons aller l'eau qui nous porte vers autre chose que ce que nous avons.
Il y a un point sur lequel je voudrais bien être informé par vos observations, par vos recherches auprès de M. Bleischrôder. M. d'Arnim ici ne cesse de répéter qu'il faudrait commencer à s'occuper des garanties financières relativement au troisième milliard, et quant à moi, je ne dis pas non. Mais comment expliquer cette divergence avec son Gouvernement? Serait-ce qu'il serait impatient de voir finir l'occupation qui sera la fin de sa présence ici? Serait-ce que son Gouvernement aura't des raisons nouvelles d'évacuer plus lentement? Voilà un point qui est pour nous de la plus haute importance, et je vous prie instamment de cherchera l'éclaircir, sans toutefois vous découvrir vous-même, et sans laisser apercevoir de notre part ni doute, ni inquiétude. Ce dernier point est essentiel; mais il est tout aussi essentiel d'être exactement informé.
Je me défends de toute impatience, et c'est la prudence même que je mets dans nos opérations financières, qui nous vaut ce phénomène de si prodigieux
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transports de valeurs au dehors sans même l'apparence d'une crise monétaire. Nous allons pas à pas j)our n'apporter aucun trouble dans les affaires financières de la France et de l'Europe. Néanmoins, nous avons un intérêt réel à ne pas laisser durer l'occupation au delà de l'indispensable : car, à tout moment, des conflits peuvent naître indépendamment de l'intérêt moral que nous avons à être enfin affranchis de la présence de nos vainqueurs. Quant à nos ressources pour payer, les voici : le second milliard (quatrième milliard de l'indemnité totale) sera payé en avril. Quant au troisième, nous en aurons la valeur en caisse pour les trois quarts au moins, et il ne restera que les délais inévitables du transport de la valeur. Nous n'aurons donc pas grand besoin de garanties financières, et d'ailleurs tous les banquiers de l'Europe seraient prêts à nous fournir argent comptant le quatrième quart de ce troisième milliard. Nous pourrions donc être prêts aussitôt qu'on le voudrait. Sachez, je vous en prie, sans vous découvrir trop, pourquoi on ne voudrait plus aller aussi vite que nous le pourrions, et s'il y aurait quelque machination secrète, quelque trame cachée, à laquelle du reste je ne crois pas; car je crois l'Empereur Guillaume un homme d'honneur et incapable d'un manque de parole, surtout lorsqu'on ne pourrait plus opposer des subtilités à l'égard des garanties financières, en présence d'une offre de payer comptant. Gardez sur ces questions un grand secret, tout en cherchant à vous édifier.
Ici la mort du défunt Empereur n'a produit aucun effet, malgré tout le tapage affecté des bonapartistes.
Deux OU trois cents sénateurs, députés, préfets, ambassadeurs sans appointements ont fait de l'étalage funéraire, mais sans faire illusion aux observateurs impartiaux. C'est là un fait très secondaire.
Nous travaillons toujours à la reconstitution de nos forces militaires, mais avec la résolution invariable de la paix. Nous sommes toujours sur ce sujet aussi loyaux que résolus : à ce point même que nous n'avons cessé de faire des vœux pour qu'il n y ait en Europe aucune cause de conflit. Nous avons su l'objet et le résultat de la mission à Londres de M. de Schouwaloff. Elle avait pour objet l'Asie centrale, de la Caspienne à l'indus, et elle a été assez agitée. Lord Granville a été obligé de convenir que le Ministère anglais ne pouvait plus reculer d'une semelle, comme disent nos soldats, sous peine de périr en plein Parlement : ce que voyant, les Russes ont été accommodants quant aux limites à établir entre les deux grandes puissances asiatiques. L'Empereur de Russie paraît désobligé par tout cela et s'est montré, cette fois, moins pacifique que de coutume. Mais on ne se battra pas, et c'est tout ce qu'il nous faut. Ce que je vous dis là est très exact; sachez-le sans en parler, et sans paraître le savoir.
Nos affaires intérieures vont bien. Malgré des tracasseries qui me viennent de gens mal éclairés sur la situation ou mal disposés, l'entente va s'établir, et nous aboutirons à un accord avec la commission des Trente. L'ordre matériel est absolu; l'ordre moral se rétablit par le besoin que le pays éprouve de repos, de calme, de travail, et par l'exemple de raison qu'il donne à tout
le monde. Les craintes qu'on a, au sujet de M. Gambetta, sont tous les jours moins fondées; et d'ailleurs on comprend que je suis la meilleure défense contre lui. Je n'ai, je vous l'assure, aucun orgueil de tout cela. Je serais bien heureux de retrouver le repos après l'honneur d'avoir libéré notre sol, rétabli l'équilibre financier et reconstitué l'armée. Du reste, comptez que je ferai mon devoir jusqu'au bout et que de tous les conservateurs, je serai toujours le plus solide et le plus dévoué.
Soyez toujours accueillant pour le financier dont vous me parlez dans votre dernière lettre, car c'est par lui que nous saurons le mieux les pensées de son patron.
Mille bien sincères et cordiales amitiés,
A. Thiers.
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M. LE VICOMTE DE GONTAUT-BIRON A M. THIERS
Berlin, le 26 janvier 1873.
Monsieur le Président,
Vous m'avez écrit le 20 courant une bien bonne lettre 1 dont j'ai hâte de vous remercier. Vous avez la