‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 41 sur 103 · Voir ccLii · texte numérisé non relu

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der en ce moment par son Etat-Major à un travail d'inspection des localités où l'on pourrait placer, dans les conditions les meilleures pour les soldats comme pour les populations, les corps aujourd'hui installés dans la Meuse et les Ardennes. Il a ajouté qu'il me communiquerait les résultats de ce travail aussitôt qu'il serait terminé et, en même temps, qu'il l'adresserait à son Gouvernement, afin que nous puissions prendre nos mesures à l'avance si nous devions, contre tout espoir, subir cette dure nécessité. Je vous enverrai ce projet dès qu'il me sera remis.

A ce sujet, M. de ManteufFel m'a rendu attentif à fintérèt que nous aurions, en ce moment surtout, à ne pas exciter l'humeur ombrageuse du prince de Bismarck; la crise qu'il vient de traverser, et dont il sort plus puissant que jamais après l'avoir provoquée lui-même, le rend particulièrement susceptible, et un article de la Gazette de l'Allemagne du Nord d'hier, répondant à une maladroite correspondance de Berlin publiée dans le Bien Public, il y a quatre ou cinq jours, atteste qu'il a été piqué au vif En effet, d'après le général, la réplique cassante et dure de la Gazette de l'Allemagne du Nord a dû être rédigée par le chancelier lui-même qui surveille toujours avec une jalouse attention tout ce qui paraît dans le Bien Public. Continuellement mêlé aux journaux et aux journalistes, il suppose volontiers que les autres hommes d'Etat usent des mêmes procédés gouvernementaux, et il se figure que tous les articles du Bien Public sont inspirés par la Présidence. 11 serait donc bien essentiel de faire comprendre à M. Vrignault qu'il doit

fermer ses colonnes a toute insertion pouvant irriter le chancelier dans un moment où nous avons besoin de son bon vouloir pour de prochaines négociations.

J'ajouterai d'ailleurs que la lettre en question contenait quelques renseignements vrais, mais mêlés à d'autres inexacts et accompagnés de réflexions qui dénotaient chez le correspondant du Bien Public une connaissance insuffisante de l'état réel des choses à la Cour de Prusse.

Je me suis permis, dans ma dernière lettre, de vous recommander particulièrement le premier secrétaire de l'Ambassade de Prusse à Paris, le prince de Lynar et sa femme: je Tai fait en raison des sentiments sympathiques dont ils sont animés pour nous et de l'avantage que nous pouvons avoir à les raffermir dans de bonnes dispositions. Aujourd'hui, M. de Manteuffel me prie de vous demander tout spécialement votre bienveillance pour ce jeune ménage, le prince de Lynar étant son propre neveu qu'il aime comme un fils.

Veuillez agréer, etc.

S^-Vallier.

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

Nancy, le 5 février 1873.

Monsieur le Président,

Je crois devoir vous transmettre avec soin toutes les informations que je puis recueillir, et qui me semblent pouvoir vous être utiles pour les négociations à suivre en vue de l'évacuation de notre territoire; c'est à ce titre que je m'empresse de vous envoyer le résumé d'une nouvelle lettre du prince de Bismarck, reçue ce matin par M. de ManteufFel.

J'ai eu l'honneur de vous écrire, le 30 janvier, que le chancelier avait demandé au général en chef s'il pourrait, aux termes du traité du 29 juin, placer toute son armée dans les deux derniers déparlements occupés sans éprouver de trop graves embarras au point de vue militaire, stratégique, politique et hygiénique. Je vous ai dit, en même temps, que M. de Manteuffel avait répondu que cette concentration était réalisable, qu'elle n'offrait aucune difficulté sous le rapport militaire et stratégique, mais qu'elle en présentait de sérieuses au point de vue politique, social et même hygiénique, en raison de l'exaspération qu'elle causerait dans la population et de l'entassement exagéré des troupes.

La lettre du chancelier, arrivée aujourd'hui, remercie le général de sa réponse et conclut ainsi :

« Nous n'avons encore rien reçu de M. d'Arnim au sujet des ouvertures dont nous l'avons chargé pour le Gouvernement français; mais nous sommes frappés des considérations contenues dans votre lettre sur les embarras qui naîtraient, pour ce Gouvernement, de l'exécution du traité du 29 juin et de la concentration de l'armée dans deux seuls départements; nous pensons donc que M. le Président de la République nous adressera des propositions de nature à éviter cette extrémité, et je ne manquerai pas de vous faire connaître celles qui nous auront paru acceptables. Mais je ne puis me défendre d'espérer, en voyant la rapidité avec laquelle s'opèrent les paiements (une nouvelle somme de cent cinquante millions de francs nous est annoncée pour le 8 mars), que le terme de l'évacuation définitive n'est plus bien éloigné, et je suppose que, dans cette hypothèse, le Gouvernement français ne voudra pas s'exposer, pour un temps aussi limité, à mécontenter d'une manière si grave la population de deux départements, non plus que recommencer de nouvelles et lourdes dépenses pour baraquer et caserner toute notre armée dans ces deux départements, comme il l'a fait dans les quatre actuellement occupés lors de la dernière évacuation. D'après tout cela, je suis conduit à penser que le Gouvernement français préférera abréger autant qu'il sera en son pouvoir les délais de votre départ définitif, et que, jusque-là, il désirera maintenir sans nouveau changement le statu quo, tel qu'il existe, de l'occupation, c'est-à-dire

dans les quatre départements où vous êtes aujourd'hui.

« Quoi qu'il en soit et, comme il faut tout prévoir, vous avez raison de faire préparer un projet de répartition de votre armée en vue de la concentration dans deux départements. »

Voilà, à peu près textuellement. Monsieur le Président, ce que M. de Manteuffel m'a lu de la lettre du prince de Bismarck, qui complète et confirme celle dont je vous ai donné connaissance le 30 janvier.

S^-Vallier.

GGLV

M. LE VICOMTE DE GONTAUT-BIRON A M. THIERS

Berlin, le 6 février 1873.

Monsieur le Président,

Je n'ai rien à peu près à vous transmettre, aujourd'hui, en fait de renseignements sur l'affaire qui nous occupe. Je veux du moins vous remercier de vos deux bonnes lettres du 31 janvier^ et du P'^février^. Vous me dites que je vous admirerais si je savais comment sont menées nos affaires financières. Je ne le sais pas dans

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