Voir ccLxxxviii
rait faire serait de mettre dans le traité : Les quatre départements seront entièrement évacués dans le délai d'un mois, ou plus tôt si faire se peut.
Et plus loin : L'arrondissement de Belfort sera entièrement évacué dans le délai de quinze jours, ou plus tôt si faire se peut.
Du reste, M. de Manteuffel me prie de vous dire que VOUS pouvez être certain qu'il activera et pressera les mouvements de ses troupes autant qu'il en aura la possibilité; mais il y a un matériel considérable, des approvisionnements nombreux, dont le transport exige du temps, si Ton ne veut pas désorganiser pendant quelques jours les services de notre chemin de fer de FEst.
Outre la copie de mon télégramme d'hier, je vous envoie la copie d'un rapport que je reçois du sous-préfet de Gommercy, sur une audience que lui a accordée, hier, le prince Frédéric-Charles. Il y a dans le langage du prince deux points importants que j'ai soulignés : l'affirmation que Belfort ne nous sera rendu qu'après l'entier paiement du cinquième milliard; l'assurance que la garnison de Belfort ne sera pas augmentée après l'évacuation des quatre départements. Les assertions du prince confirment donc pleinement celles de M. le général de Manteuffel; mais j'ai cru utile de vous les faire connaître.
Maintenant, je ne puis vous cacher la surprise que me cause la conduite de M. le comte d'Arnim, et je ne puis en démêler les motifs ; je suis confondu de ce qui se passe à cet égard depuis que j'ai lu le télégramme du prince de Bismarck au général, daté d'hier matin. Il y
DUT ERRITOIRE 313
règne un ton d'irritation très vive contre la négligence et la lenteur de M. d'Arnim; il y a même une sorte de découragement dans cette phrase. « Ne pouvant rien tirer de lui, rien obtenir de lui, je m'adresse à vous, espérant aboutir par cette voie à une solution. »
Malheureusement, le double jeu du comte d'Arnim cherche à être perfide; il n'exécute pas les ordres de son Cabinet; il a en mains, depuis le 5 mars, le 6 au plus tard, le texte du projet du traité à vous communiquer, et il ne l'a pas fait; en même temps, il écrit au prince de Bismarck qu'il ne peut rien obtenir de nous, qu'on ne lui fait pas une réponse nette, qu'on obéit à un système de haine et d'éloignement contre l'ambassadeur d'Allemagne, qu'on aime mieux traiter en dehors de lui et par d'autres voies. En un mot, les insinuations mauvaises abondent dans ses rapports; j'en ai lu des
extraits qui m'ont bien étonné Que veut-il? que
cherche-t-il?
Il me reste à vous entretenir d'une question qu'il importe de ne pas négliger dans les circonstances présentes : je veux parler de la fête de l'Empereur Guillaume, le 22 de ce mois, et des devoirs de courtoisie à remplir à cette occasion. L'année dernière, à pareille époque, je vous ai consulté, et vous m'avez fait l'honneur de m'écrire que je devais me rendre, le 22, avec ma mission chez M. le général de Manteuffel et lui porter l'expression de vos sentiments personnels, que les préfets et sous-préfets devaient faire une visite aux chefs de corps allemands, et que vous leur en faisiez donner l'ordre parle ministre de l'Intérieur.
Je crois, Monsieur le Président, qu'il faut agir de même, cette année, et je vous serai reconnaissant de me faire savoir par le télégraphe si telle est votre volonté.
Je vous prie, dans ce cas, d'avoir la bonté de prescrire, comme Tan dernier, au ministre de l'Intérieur de donner des ordres à ses agents; mais il faudrait que les ordres fussent précis et explicites; car, l'année passée, j'ai eu à vous rendre compte du mécontentement des Allemands, de leur froissement profond, un préfet et six sous-préfets ayant jugé à propos de s'absenter, ce jour-là, pour ne pas remplir ce devoir de politesse, et deux autres ayant affecté une attitude si peu convenable que, pour l'un d'eux, le sous-préfet de Reims, vous avez dû le faire venir à Versailles, l'obliger à des excuses envers le général Schwerin et le menacer de destitution.
Je me permets donc de vous demander des ordres précis pour que de pareilles choses ne se représentent pas, et j'ai le regret de ne pouvoir m'en entendre directement avec M. de Goulard dont l'oubli des plus simples procédés de politesse à mon égard, le mois dernier, n'a été nullement réparé, ce qui m'interdit toute correspondance avec lui.
Vous serez bien bon de me faire part télégraphique-
ment de vos décisions, pour que je les connaisse en
temps utile.
Veuillez agréer, etc.
S^-Vâllier.
DU TERRI TOIRE 315
CGXGVII
M. LE VICOMTE DE GONTAUT-BIRON A M. THIERS
Berlin, le 12 mnrs 1873, 11 h. s.
Monsieur le Président,
Depuis ma lettre ^ du 11, les faits se sont succédé avec une étonnante rapidité. A une heure et demie, j'assistais à l'ouverture du Parlement allemand, et je constatais que les termes employés par l'Empereur, dans son discours, en parlant de la France, avaient produit une vive impression sur mes collègues.
A mon retour, je trouvai votre télégramme ^ de ce jour, de 10 h. 5' du matin, complétant les indications de celui de la veille, à 3 h. 20' du soir. Ainsi que je vous l'ai écrit, hier soir mardi, j'avais demandé au prince de Bismarck une nouvelle entrevue. 11 me l'avait indiquée pour trois heures. J'étais donc prêt à aborder la discussion avec lui.
« Prince, lui dis-je, en ouvrant la conversation, si vous le voulez, nous pouvons avoir terminé en cinq minutes. Lorsque je vous ai vu, hier, à la Chambre des Seigneurs, je n'avais que les lettres de M. Thiers du 9 mars, et à cette date le Président de la République ne connaissait pas le texte des propositions qui lui sont