‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 77 sur 103 · Voir cccxx · texte numérisé non relu

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M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M, THIERS

Nancy, le 16 mars 1873.

Monsieur le Président,

Je ne vous ai pas transmis sans hésitation, hier la communication de M. le général de Manteuffel- je me SUIS efforcé, tant que je l'ai pu, de résister à ses instances; mais, après les services qu'il vient de nous rendre, après les communications fréquentes qu'il a adressées sur ma demande et selon vos désirs à M de Bismarck, je n'étais pas en position d'opposer un refus formel à sa prière réitérée. D'ailleurs deux considérations ne me permettaient pas de résister davantage • d une part, je sais par une lettre de M. de Bismarck dont J'ai pris lecture, que nous devons au général seul 1 offre de la substitution de Verdun à Belfort; le prince déclarequ'ilyaété amené par les observations de M de Manteuffel. D'autre part, c'est seulement hier soir à cinq heures, que pour la première fois M. de Manteuffel me disait et (ce qui était encore plus important) m'écrivait ceci : « Je vous prie instamment de télégraphier parce que j'ai la certitude que la preuve de haute confiance que J'indique, donnée par M. Thiers personnellement au Roi, aura pour résultat la déclaration de Sa Majesté que Belfort sera évacué en juillet, en même temps que les quatre départements. ),

Pouvais-je garder le silence, Monsieur le Président, et ne pas vous donner une telle information, lorsque j'ignorais que le traité fût signé ?

Enfin vos instructions, vos recommandations m'ont toujours tracé le devoir de vous renseigner exactement sur les dispositions et les vues des Allemands, et vous avez bien voulu me dire souvent que mes informations vous étaient utiles.

Je crois donc fermement, Monsieur le Président, que j'ai agi dans cette circonstance comme je devais le faire, et j'ai éprouvé une grande surprise et un vif chagrin quand j'ai reçu, cette nuit, du Cabinet des Affaires étrangères, un télégramme ainsi conçu : « Votre dépèche a été remise au Président ; je ne dois pas vous cacher quelle a produit une détestable impression sur l'esprit de M. Thiers. »

Heureusement, l'affaire est terminée suivant vos vues ; c'est là l'essentiel, et le froissement très douloureux que je viens d'éprouver après mes fatigues et mes efforts, s'efface devant le souvenir reconnaissant de la confiance et de la bonté avec lesquelles vous m'avez fait participer à une œuvre dont la conclusion, préparée par vos sages et habiles directions, rendue possible par votre infatigable patriotisme, est un grand et heureux événement pour notre pays.

Veuillez agréer, etc.

S^-Vallier.

M. THIERS A M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER

DÉPÊCHE TELEGRAPHIQUE

Versailles, le 16 mars, 1873.

Tout est fini et bien fini ; par conséquent, il ne faut plus s'occuper des incidents qui ont précédé, accompagné ou suivi la conclusion.

Mais vous voyez que, sans vous blâmer d'avoir transmis les communications du général, je ne puis prêter foreille à tout le monde à la fois, et que je dois marcher résolument, les yeux sur le but. Le général voulait condescendre à son Roi, et c'était naturel de sa part, sans trahison envers nous. Mais nous devions faire ce que nous avons fait. Sans la substitution de Verdun à Belfort, le traité aurait produit en France Teffet le plus déplorable. Laissons tout cela, et dites au général que je reste touché de ses sentiments pour nous et profondément reconnaissant de ses services.

Tout à vous.

GGGXXVII

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

DÉPÊCHE TELEGRAPHIQUE

Nancy, le 16 mars 1873, 4 h. s.

Je viens de recevoir votre affectueuse dépêche télégraphique de midi; elle me tranquillise, et j'ai hâte de vous en remercier. Elle s'est croisée avec une lettre que je vous ai écrite, à ce sujet, par la poste du matin ; je me permets de la recommander, en raison de certains détails, à votre bienveillante attention.

Votre bien dévoué et respectueux.

S^-Vallier.

GGGXXVIII

M. LE VICOMTE DE GONTAUT-BIRON A M. THIERS

Berlin, le 16 mars 1873.

Monsieur le Président,

Le concert que j'ai donné, hier soir, à l'Empereur et à l'Impératrice ayant duré très tard, il ne me reste que

quelques minutes avant le départ du courrier que je tiens à vous envoyer sans délai, pour vous porter le texte du traitée Mais je ne veux pas le laisser partir sans vous répéter que je m'estime heureux d'avoir terminé, malgré les nouvelles conditions qu'on m'a imposées à la dernière heure, et auxquelles il n'y a pas eu moyen d'échapper sous peine de rompre, tout au moins de retarder indéfiniment la conclusion.

J'espère que vous serez content. Enfin j'ai à cœur de vous exprimer ma reconnaissance pour le témoignage de satisfaction que le Conseil des ministres m'a accordé, sur votre proposition, et qui me touche et m'honore infiniment, tout en reconnaissant que mes services ne méritaient pas une telle récompense. C'est à votre initiative que je la dois; elle a été pour moi un signe nouveau et précieux de la bienveillance et de l'amitié que vous me portez, comme la mission de participer à la négociation m'a prouvé la confiance que vous vouliez bien avoir en moi.

Ce n'est pas sans peine, je l'avouerai, que nous nous sommes mis d'accord, M. de Bismarck et moi. Le chancelier sentait bien qu'il s'était engagé pour Verdun, mais jusqu'au dernier moment il voulait m'y faire renoncer; il m'a répété sans cesse qu'il se reprochait « cette malencontreuse idée » et qu'elle lui valait beaucoup d'ennuis, beaucoup d'opposition; et cependant il aurait pu me la faire payer plus cher encore. J'ai dû consentir à quelques concessions : d'abord parce que

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