‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 78 sur 103 · Voir aux auuexes, pièce · texte numérisé non relu

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VOUS me recommandiez de ne pas faiblir sur le point essentiel, ce qui était tout à fait mon avis; et parce qu'après tout, elles n'étaient ni déraisonnables ni très importantes. Il est bien certain que le parti militaire a créé le plus d'obstacles possibles à la négociation; aussi, M. de Bismarck soutenait-il en riant, dans notre dernière séance, que la France lui devrait la plus haute de ses décorations (s'il ne l'avait déjà) pour les efforts prodigieux qu'il a dû employer pour défendre nos intérêts! Au reste, vous connaissez aussi bien que moi les dispositions de méfiance des militaires à notre égard. Hier soir, un de mes collègues ambassadeurs m'assurait qu'il y a trois semaines seulement, le Gouvernement allemand entendait conserver cinquante mille hommes sur notre territoire jusqu'à ce que le dernier village dût être abandonné.

Lorsqu'à deux heures, hier, le chancelier me prévint des objections de l'Empereur et surtout du parti militaire, il me déclara qu'on exigeait un corps d'armée pour garder les étapes et la route de Verdun à Metz, c'est-àdire un assez grand nombre de bataillons, plusieurs escadrons de cavalerie et de l'artillerie ! Les exigences, heureusement, sont descendues jusqu'à un demi-bataillon par étape en dehors de la garnison de Verdun, et je crois que nous ne pouvions pousser plus loin nos réclamations.

J'ai accueilli l'Empereur, hier soir, votre télégramme à la main. Il l'a lu et m'a dit en me le remettant qu'il en était fort touche'. « Vous avez pu voir dans mon discours au Reichstag, ajouta-t-il, la confiance que m'ins-

pire tout ce que vous avez fait en France. Il est vraiment prodigieux de pouvoir acquitter en 1873 cette indemnité que vous ne vous étiez engagés à payer complètement qu'en 1875! Cette libération si prompte était impossible à prévoir. Ah! quelles ressources dans votre pays! )) Et ce mot était prononcé avec un accent d'intérêt bienveillant.

L'Empereur et l'Impératrice ainsi que leurs enfants sont restés, hier, à l'Ambassade jusqu'à une heure et demie du matin à peu près. Ils ont été dune grâce parfaite pour nous tous. Le chancelier est venu aussi, la princesse de Bismarck et ses enfants l'accompagnaient. Enfin j'ai eu les ambassadeurs japonais.

Je ne reviendrai pas sur votre reproche d avoir mollement défendu la substitution de Verdun, comme sur l'assertion d'avoir fait transporter la négociation de Paris à Berlin.

Je suis convaincu que vous êtes complètement édifié à cet égard, à présent. Je ne m'en suis pas trop ému, parce que je me rendais compte de l'agitation qu'on devait ressentira Versailles des phases diverses de la négociation et des malentendus (pour ne rien dire de plus fort) entre le prince de Bismarck et M. d'Arnim. Mais il y a là, j'en suis persuadé, une vengeance mesquine et méprisable de l'ambassadeur d'Allemagne.

Je ne puis continuer.

Veuillez, cher Monsieur le Président, agréer, etc.

V^^ DE GoNTAUT-BlRON.

GGGXXIX

M. LE VICOMTE DE GONTAUT-BIRON A M. THIERS

Berlin, le 19 mars 1873.

Monsieur le Président,

Bien que je n'aie plus rien d'important à vous communiquer, je ne veux pas laisser partir le courrier sans vous renouveler d'abord l'expression de ma reconnaissance pour la part que vous avez bien voulu me donner à notre grande négociation, part si honorable dont l'honneur restera grand pour moi et pour ma famille.

Je tiens aussi à m'associer à l'hommage si mérité que l'Assemblée vous a rendu, que le pays tout entier consacrera, et non pas seulement notre pays, mais l'Europe tout entière. Vous avez acquis par là une gloire dont vous avez le droit d'être fier, et ceux que vous avez associés à cette noble tâche ont le devoir d'en ressentir une profonde reconnaissance.

C'est un vrai sacrifice que vous avez accompli, vous et M. de Rémusat, en consentant au transport des négociations et à la signature du traité à Berlin; je l'ai compris, et je ne vous marchanderai pas ma reconnaissance. D'ailleurs, tout le monde sait que l'inspiration et la direction viennent de vous.

Voulez-vous bien, cher Monsieur le Président, agréer, etc.

Y^^ DE Go'TAUT-BiRON.

P.-S. — Seriez-vous assez bon, Monsieur le Président, pour offrir mes respectueux hommages à M"* Thiers et à M"' Dosne ?

M. THIERS A M. LE VICOMTE DE GOMAUT-BIRO>'

DEPECHE TELEGRAPHIQUE

Versailles, le 20 mars 1873.

Je viens de signer les ratifications, et le courrier qui les porte part ce soir même pour Berlin. 11 y sera demain soir vendredi.

Disposez tout pour que l'échange se fasse samedi sans faute, car c'est le dernier jour du délai fixé.

Mille compliments bien affectueux.

A. ÏHIERS.

M. LE VICOMTE DE GO>TAL'T-BIRON A M. DE RÉMUSAT

DÉPÊCHE TELEGRAPHIQUE

Berlin, le 22 mars 1873, 4 h. 58' s.

Les ratifications de la convention du 15 mars 1873 ont été échangées ce soir, à quatre heures, entre le prince de Bismarck et moi.

V" DE GOTAUT-BiRON.

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