Voir cccxxxiv
Je m'empresse de vous remercier du télégramme que vous avez bien voulu m'adresser, en réponse à ma dépêche d'hier soir, au sujet du grand vicaire de Strasbourg, M. l'abbé Rapp. Voici comment j'ai été informé de la mesure projetée contre lui : hier, à dix heures du soir, j'ai reçu de M. de Manteuffel un billet particulier et confidentiel, me prévenant qu'il venait de recevoir de son Gouvernement l'ordre formel de faire conduire M. l'abbé Rapp hors de Belfort et du rayon occupé par l'armée allemande ; cette mesure devait être exécutée ce matin, et l'on se prévalait pour l'accomplir des droits résultant de l'état de siège. Le général ajoutait que, malgré les termes catégoriques des instructions qui lui étaient données, il voulait m'avertir, avant de prescrire au commandant de Belfort d'agir, afin de me permettre de tenter d'éviter une scène fâcheuse en conseillant à M. Rapp de s'éloigner immédiatement. J'ai répondu au général de Manteuffel qu'il devait me laisser le temps d'utiliser son avis officieux, en différant l'exécution de la mesure d'expulsion, et j'ai obtenu la promesse qu'il n'enverrait qu'aujourd'hui l'ordre au commandant, en le lui adressant par la poste au lieu du télégraphe, ce qui ne lui permettrait pas d'agir avant demain dans la matinée.
Ce délai obtenu, j'ai cherché à le mettre à profit; j'ai eu l'honneur de vous télégraphier, ne voulant rien faire sans votre assentiment, et aussitôt votre réponse reçue, je me suis employé, suivant votre autorisation, à faire parvenir à M. l'abbé Rapp tous les conseils de prudence et de sagesse qu'il était en mon pouvoir de lui donner.
J'aime à espérer qu'il fera preuve de modération et qu'il tiendra, comme nous, à éviter une scène fâcheuse.
J'aurai l'honneur de vous tenir informé dès que jo connaîtrai la solution de l'afl'aire.
Veuillez agréer, etc.
S^-\' ALLIER
CGCXXXVl
M. LE COMTE DE SAIXT-VALLIER A M. THIERS
DEPECHE TELEGRAPHIQUE
Nancy, le 3 avril 1873, 6 h. 40' s.
Une tentative d'assassinat a été commise, le 23 mars, à Saint-Dié, contre un militaire allemand, qui a été grièvement blessé.
Nos autorités locales n'ont tenu aucun compte de la plainte du commandant allemand, n'y ont même pas répondu et ont laissé échapper le coupable, qui leur était connu. Elles n'ont porté le fait ni à la connaissance du préfet des Vosges ni à la mienne. Hier, le général de Schmeling, commandant la division allemande des A'osges, irrité de cette négligence, a décidé l'adoption de mesures rigoureuses à Saint-Dié : application de létat de siège, désarmement de la population, perqui-
sitions domiciliaires. J'ai été informé, ce matin, pour la première fois, du fait survenu et de ses graves conséquences. Je suis intervenu immédiatement, par télégraphe, auprès du général de Schmeling, en faisant appel à nos bonnes relations personnelles. Le préfet des \ osges, chargé de mon message, m'informe que M. de Schmeling a aussitôt levé les mesures de rigueur prises à Saint-Dié, en se déclarant heureux de faire droit à ma demande. Je vais m'efforcer, d'accord avec le préfet et le procureur général, de faire arrêter l'assassin.
S^-Vallier.