I . Jaluit
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Fig. 7.
Atoll de Jaluit (îles Marshall), d'après les caries marines allemandes.
Profondeurs, en mètres. — K<
LE GRAND OCÉAN'
en remontant (fig. 8). Puis vient un talus doucement incliné, arasé par les vagues, et qui aboutit à une crête, souvent de couleur rouge garance, le rim ou crête des nullipores, sur laquelle le flot brise à marée haute, tandis qu'à mer basse les vagues déferlent à partir de la corniche. Une seconde plate-forme, coupée en général par une arête, succède à la première et découvre lors du jusant. Alors commence la partie toujours émergée de l'atoll, dont la hauteur dépasse rarement 2 ou 3 mètres. Déprimée en son centre, elle est bordée à l'extérieur par un entassement de gros blocs de corail, jetés là par les tempêtes et noircis par le soleil et, du côté intérieur, par une ligne de dunes de sable, qu'on appelle le mound, le long duquel expirent les vaguelettes du lagon.
Origine des atolls. — La première idée qui se présente à l'esprit est que les madrépores ont édifié les atolls sur le pourtour d'un volcan sous-marin ; mais les dimensions de certaines îles ne permettent guère d'admettre, sauf en certains cas, cette manière de voir. Darwin, en 1842, a émis l'idée que les régions d'atolls sont des aires en voie d'affaissement et qu'un atoll est le dernier terme de la submersion d'une île. A l'origine, la côte était bordée d'un récif frangeant qui, au fur et à mesure de l'enfoncement de l'île, s'est trouvé séparé du rivage par un chenal et est devenu un récif-barrière, maintenu au niveau de l'eau par le travail des coraux. Plus tard, quand la terre a disparu, il n'est resté qu'une lagune entourée d'un anneau corallien. Un atoll serait un « monument funéraire qui marque la trace d'une île engloutie ». La tendance à la forme annulaire proviendrait de ce que les polypes trouvent vers le dehors les meilleures conditions de développement.
En 1881, Sir John Murray, observant que, dans un même archipel, coexistent des atolls et des îles manifestement soulevées à une époque récente, contesta l'idée d'un affaissement général. Il estime que les coraux se sont établis sur des hauteurs volcaniques sous-marines ; celles qui se trouvaient à une trop grande distance de la surface auraient été surélevées par une « pluie de calcaire . la chute ininterrompue des coquilles de mollusques morts. Quant à la lagune, elle résulterait de la dissolution du calcaire par les eaux intérieures, mal renouvelées et chargées d'acide carbonique par la décomposition de nombreux cadavres d'animaux.
La Société Royale de Londres a fait opérer à Funafuti, une des Ellice. par Sollas en 1896 et, en 1897-1898, par T. W. E. David, un sondage qui a ete pousse jusqu'à 335 mètres. Il s'agissait de savoir si, à une centaine de mètres, on trouverait des laves ; on n'a rencontré que du calcaire. Mais, comme l'a fait remarquer A. Agassiz, cette formation n'est peut-être pas récente : ainsi la preuve d'un affaissement actuel ne serait pas faite. La théorie de Murray permet d'ailleurs d'expliquer la grande épaisseur du calcaire. Par contre, aux Bermudes, dans l'Atlantique Nord, on a atteint le socle volcanique à 108 mètres. C'est au moyen de repères qu'on pourra un jour savoir s'il y a un mouvement et dans quel sens.
Selon A. Agassiz, la masse principale des récifs remonte au Tertiaire, et les coraux actuels ne forment à leur surface qu'un revêtement peu épais, par suite de l'érosion du récif soulevé ; c'est elle qui aurait creusé les lagunes. De la sorte, un atoll, au lieu d'être la manifestation d'un affaissement actuel, serait le témoin d'un soulèvement passé.
LA FORMATION DU PACIFIQUE
Gardiner reprend, dans l'ensemble, les idées de Murray, mais il estime que l'édifice volcanique et corallien a subi un exhaussement à une époque peu ancienne ; des cas de ce genre ont, semble-t-il, été constatés. Un atoll serait la preuve d'un soulèvement récent.
Peut-être aussi faudrait-il, dans certaines circonstances, tenir compte, comme l'indique Gravier, des coraux de profondeur. Il est vrai qu'ils ne construisent pas, à proprement parler; mais l'accumulation de leurs débris peut avoir, à la longue, constitué des terre-pleins assez élevés pour l'établissement des véritables polypes constructeurs.
Une théorie très originale est celle de R. Daly. Il pense que la formation des récifs a été interrompue pendant la période glaciaire, et il en conclut qu'ils
Brisants a
Fig. 8. — Profil d'un récif corallien, d'après Sollas.
A, .Niveau moyen Je la nier. — B, Rim ou crête des nullrpores. — C, Plate-forme île roche corallienne. — D, Arête de la plate-forme. — E, Crète extérieure. — J, Plate-forme centrale. — L, Mouml ou levée de la lagune. — F, Lagune. —
H, Massif de coraux dans la lagune.
ont dû être arasés par les vagues et que les colonies de madrépores vivants reposent sur des plates-formes d'abrasion quaternaires. Celles-ci seraient, en général, à une profondeur de 30 à 60 mètres, correspondant à l'abaissement du niveau de la mer qu'a dû déterminer la fixation d'énormes masses d'eau, évaporées des océans, dans les grandes calottes de glace. L'hypothèse de l'affaissement devient inutile.
Les travaux les plus récents sont ceux de W. M. Davis, qui revient, avec quelques corrections, à la théorie de Darwin. Toutefois, la question du corallisme n'est pas élucidée définitivement. Si les théories sont contradictoires, c'est que les faits le sont aussi. Il y aura, sans doute, à distinguer plusieurs cas particuliers. L'origine des « îles blanches de la mer du Sud » reste encore mystérieuse.