V. — LES CORAUX
Les coraux. — Associés aux volcans, qui compensent en partie par leurs émissions les dislocations dont ils sont sans doute le signe, les coraux travaillent incessamment à construire des terres. Ces « travailleurs de la mer » sont aidés par diverses algues calcaires appartenant à la famille des lithothamniées, tels les corallines, les nullipores et les halimèdes.
Il y a des coraux un peu partout et aux profondeurs les plus variées ; niais les madrépores, comme on appelle les coraux constructeurs, sont limités aux mers tropicales dont la température ne descend pas au-dessous de 20°, et à une profondeur que Joubin a évaluée à 40 mètres, mais qui paraît pouvoir, en certains cas, atteindre 80 mètres. Us craignent l'eau douce, qui les tue. et la vase qui, en bouchant leurs pores, les fait également mourir. Dans les eaux calmes s'épanouissent les formes délicates, les coraux branchus : oculines, pocillopores, goniopores, millépores, qui sont des dentelles de pierre, dendrophylles, dont les rameaux atteignent parfois 2 mètres, et magnifiques héliopores bleus. Où la mer brise violemment, ce sont les formes massives qui dominent : les pontes, les méandrines que leurs sillons onduleux font ressembler à des cerveaux, et les astrées qui ont parfois 5 mètres de diamètre. Ce côté du récif, en partie mortifié, est compact et solide ; les vagues, qui en brisent des morceaux, les accumulent dans tous les interstices. C'est pourquoi, généralement, les formations coralliennes sont plus continues sur leur flanc oriental que frappe directement la houle poussée par l'alizé, et non pas, comme on Ta dit, parce que les madrépores prospèrent mieux du côté du flot, ce qui est faux ; les ouvertures se trouvent sous le vent, disposition qui favorise la navigation (pl. III, A et B).
Les limites Nord et Sud des coraux ne suivent pas exactement les parallèles de latitude ; les courants froids des côtes américaines et les moussons d*hiver de l'Ouest les font fléchir vers l'équateur. La limite Nord ne dépasse pas Hongkong (22° latitude) sur les côtes de Chine, mais elle atteint, au Japon, grâce au Kouro-shiwo, le Sud de Kiou-siou par 31° latitude, elle englobe les Hawaii, et est ramenée à 23° latitude par le courant de Californie. La limite Sud, qui part de l'Australie au cap Sandy (25° latitude Sud), enveloppe, sous l'influence d'un courant chaud, l'île de Lord Howe (31°30' latitude Sud), puis Rapa (27° latitude Sud) et les îles anglaises du Sud-Est (Ducie, etc.) ; Pâques, dans une mer refroidie, reste en dehors. Au voisinage de l'Amérique, le courant froid de Humboldt la rejette dans l'hémisphère septentrional : les Galapagos, situées sur Téquateur, n'ont pas de coraux. L'Australie occidentale présente une anomalie due peut-
Géographie universelle. —
Océanic. Régions polaires australes.
LE GRAND OCÉAN
être aux vents chauds et secs ; en dépit d'un courant assez froid, il y a des récifs (les Abrolhos d'Houtman) à 28° latitude Sud. Sur la côte méridionale du continent, dans le golfe Saint Vincent, W. Howchin a découvert, en petite quantité d'ailleurs, des coraux vivants à 35° latitude Sud. C'est la plus haute latitude atteinte par les polypes constructeurs ; elle dépasse celle des Bermudes dans l'Atlantique (32° latitude Nord).
Les récifs coralliens. — Un récif corallien est une association d'êtres vivants, avant de devenir une masse sédimentaire. Du canot, qui casse en passant les tiges des coraux avec un bruit de porcelaine brisée, le voyageur, sous l'eau merveilleusement transparente, voit, dans une sorte de crépuscule bleuté, s'agiter perpétuellement les polypes roses, pourprés, . violets, bruns ou verts, petites fleurs à cinq pétales, s'ouvrant et se fermant tour à tour, vives et impressionnables comme la sensitive d'Océanie. Tout autour pullule un monde de commensaux : poissons munis de piquants, langoustes, crabes, mollusques au test épais, comme les patelles, les haliotides, les cyprées et les huîtres perlières, grandes anémones de mer, immenses tridacnes au manteau coloré et festonné, larges parfois d'un mètre, oursins aux longues baguettes violettes. D'autres animaux sont des parasites. Les uns, lithodomes, géphyriens, annélides, euniciens, cirrhipèdes, rongent la pierre et la percent de multiples galeries ; d'autres, les « mangeurs de sable », balanoglosses et holothuries, digèrent le calcaire et le restituent à l'état de blanche boue corallienne. Un récif est à la fois un chantier de construction et un chantier de démolition; de la prédominance de l'une ou de l'autre résulte, comme dit Gravier, le « bilan du récif ». Si les polypes l'emportent, il émergera au-dessus des flots, il deviendra une île. Si, au contraire, à force d'être miné par les organismes perceurs, le récif s'écroule sur lui-même, il restera un banc à demi submergé, sur lequel la houle roulera sa blanche écume avec ce bruit sourd et répété que les premiers navigateurs guettaient anxieusement dans la nuit.
Dans l'édification d'un récif, le travail des êtres vivants n'est que préparatoire : le véritable architecte est l'Océan. C'est lui qui, à mesure que s'élève la masse poreuse et découpée, la consolide, par l'accumulation de toutes sortes de débris, pierres brisées, coquilles de mollusques, cuirasses de crustacés, baguettes d'oursins. Tous les animaux qui vivaient en guerre perpétuelle sont associés dans la mort à une œuvre commune. Un récif est une nécropole.
Un certain nombre d'îles, comme les Marquises et les Hawaii méridionales, sont dépourvues ou à peu près dépourvues de récifs, sans doute par suite d'émanations volcaniques. En général la terre est accompagnée de formations coralligènes, soit de récifs frangeants (jringing reefs), accolés à la côte, soit de récifsbarrières (barrier rcefs), qui forment une ligne de brisants à quelques centaines de mètres ou à quelques kilomètres du rivage. Certaines îles même ne consistent qu'en un récif annulaire : ce sont les atolls (pl. III, C).
La Nouvelle-Calédonie et l'Australie orientale présentent deux types magnifiques de récifs-barrières. Celui de la Nouvelle-Calédonie, qui, par exception, est plus continu à l'Ouest qu'à l'Est, atteint 830 kilomètres de longueur et 1 000 kilomètres de tour ; la bande madréporique, large de 200 à 1 000 mètres, se tient au Sud-Ouest à quelque 30 kilomètres de la côte. La Grande Barrière d'Australie s'étend sur 2 400 kilomètres, avec une largeur de 150 kilomètres au Sud. Le
LA FORMATION DU PACIFIQUE
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« Comité de la Grande Barrière » du Queensland, présidé par H. C. Richards, l'étudié méthodiquement. La partie occidentale et la partie orientale ne paraissent pas du même âge. Elle a subi, semble-t-il, une longue période d'érosion subaérienne, suivie par une submersion. L'act 1" 169'30'E.Gr vité corallienne y est intense, et des atolls s'y forment actuellement. Les passes, comme en Nouvelle-Calédonie, n'y sont pas toujours en face des rivières, à l'eau douce et à la boue desquelles on serait tenté d'attribuer leur formation ; peut-être marquent-elles l'embouchure de rivières anciennes. Le problème de l'origine des passes est encore obscur ; il y en a dans les atolls, qui ne possèdent pas de cours d'eau.
La plupart des petites îles de l'Océanie sont des atolls, anneaux de corail continus ou morcelés en îlots appelés motus en Polynésie, autour d'un bassin intérieur peu profond, le lagon, à l'eau tranquille et verte (fig. 7).
L'atoll type est circulaire, mais il y en a d'allongés, comme Rangiroa et Fakarava des Tuamotu, et d'autres qui sont triangulaires et même trapézoïdaux : tels Arnho et Jaillit dans les Marshall. En général les atolls sont petits et mesurent quelques kilomètres seulement ; mais il y en a de très grands, comme Fakarava et Rangiroa (60 et 70 km. de longueur), Malden, dans les Sporades anglaises, où les terres émergées couvrent 91 kilomètres carrés, plus que la superficie de Paris, Chrisfmas (Océanie centrale, 101 km. de tour), Ongtong Java, à l'Est des Salomon, dont la circonférence dépasse 200 kilomètres, et Truk, dans les Carolines, qui a 210 kilomètres de circuit. Parfois le lagon manque, soit que les madrépores aient également travaillé sur toute la surface, soit que l'île ait été soulevée.
Du côté de la haute mer, le récif se dresse en une falaise sous-marine abrupte, faisant même saillie parfois par une corniche où le plomb de sonde s'accroche
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