‹ OceanieChapitre 114 sur 172 · Population au recensement du 1er juillet · texte numérisé non relu

Population au recensement du 1er juillet

Canaques 27 490

Français, élément civil 12 710

Français, élément pénal 1 281

Annamites et Javanais 7 438

Étrangers 2 228

l'océanie.

siège un Conseil général élu. Elle nomme au suffrage universel un délégué au Conseil supérieur des colonies. Il y a cinq arrondissements : Nouméa, Canala, Houaïlou, Touho et Ouégoa ; Nouméa forme une commune autonome.

Le développement économique. — L'agriculture néo-calédonienne a souffert de conditions géographiques inéluctables : sécheresses (été de 1928), pluies torrentielles qui entraînent la terre végétale (hiver de 1928), inondations, cyclones, invasions de sauterelles, maladie du caféier, et aussi des illusions qu'on s'est faites, sous le prétexte qu'elle est tropicale, sur sa fertilité. De fait, un quinzième du sol tout au plus est vraiment riche. La colonisation pénale a en outre accaparé, pour de maigres résultats, les terres les meilleures. Enfin on a longtemps recruté des colons parmi les déclassés et les ouvriers des villes, à qui on donnait des concessions gratuites, des domaines clos, des maisons installées, des animaux et des vivres pour six mois ; ils ne tardaient pas à déserter.

Le gouverneur Feillet (1894-1902) a su comprendre les besoins du pays. Il a obtenu la suppression en principe du bagne qui, ne recevant plus de nouveaux condamnés, disparaît peu à peu, et il a fait venir de petits colons, mieux choisis qu'auparavant et munis d'un capital de 5 000 francs. L'ardeur des luttes politiques, les mauvais procédés de la métropole qui, en refusant, par exemple, l'entrée en franchise des cafés, mettait les colons calédoniens en état d'infériorité sur le marché français, le retard apporté à l'aménagement des eaux et à l'établissement des voies de communication, l'insuffisance aussi du capital exigé, l'exagération de la monoculture du café et le rappel du gouverneur, qui n'a pas eu le temps de mener à bien une œuvre de longue haleine, ont provoqué l'échec momentané du « système Feillet ». Il n'en reste pas moins, avec les corrections apportées par l'expérience, le programme de l'avenir. La Nouvelle-Calédonie est faite pour le petit colon français.

Le climat lui permet en général de travailler dans les champs, comme en Afrique du Nord. Il fait souche, et les familles nombreuses se rencontrent plus fréquemment qu'en France. L'administration favorise la colonisation, que prépare la Commission des terres. On délivre aux Français des concessions provisoires de 10 à 25 hectares, qui deviennent définitives au bout de cinq ans. Il y a aussi des ventes directes et des locations avec promesse de vente (jusqu'à 200 hectares).

Malheureusement, la main-d'œuvre est insuffisante pour l'agriculture comme pour les mines. Les Canaques sont indolents et irréguliers. Avec l'autorisation du gouvernement général des Indes néerlandaises, on fait venir des Javanais, qui coûtent cher, mais qui sont très aptes aux travaux agricoles. Depuis 1920, grâce au libéralisme du gouvernement général de l'Indochine, qui a littéralement sauvé les colonies françaises du Pacifique, une ère nouvelle semble s'ouvrir avec l'introduction des travailleurs annamites et tonkinois. Le contrat normal, comme pour les Javanais, est de cinq ans. Au 1er janvier 1928, ils étaient au nombre de 3 854 ; en 1929, on en a « importé » 3 000, sans compter 1 500 Javanais. Les colons se plaignent de ce qu'ils sont paresseux et indisciplinés et souvent physiquement affaiblis. Il faudra assurer un sérieux contrôle de validité au départ. Au reste, ceux qui rentrent au pays natal constituent, par l'argent qu'ils rapportent, une propagande vivante ; le nombre des candidats à l'engagement augmentant, la sélection en deviendra plus facile. On pour-

l'océanie.

rait établir en Nouvelle-Calédonie un certain nombre de familles indochinoises à titre de colons indépendants. L'exemple des Hindous aux îles Fiji est instructif.

M. Léon Archimbaud a proposé de rattacher administrativement les établissements français du Pacifique à l'Indochine, qui leur fournirait des capitaux et de la main-d'œuvre ; mais la colonie asiatique, désireuse de garder ses ressources pour elle-même, s'est montrée assez réservée. Toutefois, des rapports entre ces deux parties de l'empire colonial français s'établissent peu à peu. Il existe une liaison maritime, assurée par la maison Ballande, de Bordeaux et de Nouméa, qui fait le transport des coolies1, et l'attaché commercial aux États-Unis et au Canada du gouvernement général indochinois représente les possessions françaises du Grand Océan.

La Nouvelle-Calédonie exploite, sur 100 000 hectares de véritables forêts (5 p. 100 du territoire), des bois d'œuvre et d'ébénisterie. La Compagnie forestière calédonienne possède, près de la baie des Pirogues, des scieries mécaniques et une voie ferrée de 34 kilomètres. La distillation des feuilles du niaouli fournit le produit pharmaceutique appelé goménol, du nom du village de Gomen.

Le climat permet les cultures tropicales et celles des pays tempérés. Les deux principales sont le caféier, souvent sous abri (bois noir, Acacia Lebbeck), et le cocotier (pl. XLVIL A). La colonie possède une huilerie-savonnerie. Le cotonnier gagne du terrain, et il y a à Nouméa des usines d'égrenage qui travaillent même le coton brut des Nouvelles-Hébrides. Toutefois, les cotonneraies ont toujours à craindre des crises causées par des maladies parasitaires. La canne à sucre prospère dans la plaine de Bourail ; la remise en marche de l'usine sucrière va permettre de nouveau la fabrication du rhum. Le cacao, le maïs, qui donne jusqu'à deux récoltes par an, et le vanillier, cultivé comme plante grimpante dans les caféières et les cocoteraies, réussissent bien. Il faut ajouter le riz. consommé sur place, le manioc, l'olivier, la vigne, les pommes de terre et. près de Yaté, le mûrier, en vue de la sériciculture.

Sur le versant Ouest, une large zone, qui renferme quelque 800 000 hectares de pâturages naturels, est utilisée pour l'élevage ; on y compte de 80 000 à 90 000 bovidés. L'industrie pastorale, jadis prospère, a été éprouvée. On a eu tort d'imiter le « squattage » australien ; les pâturages, trop étendus, montueux et mal surveillés, ont été envahis par les lantanas (Lantana aculeata) et les goyaviers et abîmés par les cerfs, introduits imprudemment dans la colonie. Aujourd'hui, les concessionnaires de terrains domaniaux sont astreints à détruire les plantes parasites, et les cerfs sont activement chassés. On commence à développer, comme dans l'Australie nouvelle, le petit élevage intensif. Ouaco et Muéo fabriquent des conserves de viande.

A l'heure actuelle, la Nouvelle-Calédonie est surtout un pays minier. Les roches anciennes du Nord fournissent le zinc et le plomb argentifères et le cuivre et l'or, que la Société minière du Diahot traitera sur place ; la serpentine donne le nickel, le chrome, le cobalt et le fer ; dans les terrains secondaires on trouve le manganèse, l'antimoine et le charbon jurassique et crétacé, celui-ci extrait aux environs de Nouméa et à Moindou (société Caledonia, Hauts fourneaux de Xouméd), mais en quantité encore insuffisante. Certaines mines sont à Heur de terre

1. En 1929, la compagnie néerlandaise Koninklijke Pakclvaart Maalschappij a créé un service entre Saigon, les ports de Java, la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides. Outre le riz de 1" Indochine, elle transporte des travailleurs indochinois et javanais.

(i. V., t. X, Pl. M. VII

G. U., t. X, Pl. XLVIII

LA .MÉDITERRANÉE MÉLANÉSIENNE.

et conviennent à de petits exploitants qui vendent leur production aux grandes sociétés.

Le nickel a une importance primordiale : seul, le Canada en fournit plus que la Nouvelle-Calédonie. La société Le Nickel possède des mines dans les régions de Thio, de Nakéty, de Kouaoua et de Houaïlou ; elle extrait aussi le cobalt pl. XLVI, B). La société Caledonia exploite le nickel, le cobalt et le chrome. Celui-ci est moins abondant que dans l'Inde et surtout dans la Rhodesia, mais la mine Tiebaghi a peut-être été jadis la plus riche du monde.

Les grandes sociétés possèdent des usines d'affinage en Europe et aux États-Unis. Autrefois, elles y envoyaient le minerai pour la fusion, pratique très onéreuse, surtout pour le minerai de nickel, peu riche en métal. Aujourd'hui on fait sur place des mattes de nickel et de cobalt, et on commence à faire des mattes de chrome. A son usine de Thio, la société Le Nickel a ajouté l'usine hydro-électrique de Yaté, dans le but de traiter tous les minerais, y compris le fer, dont les riches gisements ont été longtemps négligés. Les Établissements Ballande, la Caledonia et les Hauts fourneaux de Nouméa pratiquent aussi la fusion des minerais. La colonie entre dans la phase industrielle.

La Nouvelle-Calédonie a été longtemps victime de la distance qui la sépare de la métropole : quelque 20 000 kilomètres, ce qui la met presque aux antipodes de la France. La situation s'est améliorée, sans être encore à la hauteur des besoins du pays. La liaison avec la mère-patrie est assurée par les Messageries Maritimes : ligne du Pacifique, par Panama, Tahiti et les Nouvelles-Hébrides, tous les deux mois, et annexe mensuelle de la ligne de l'océan Indien (Sydney, Nouméa et les Hébrides). En outre, la Société navale et commerciale de VOcéanie relie la France, d'une part, et, d'autre part, le Tonkin et la Cochinchine à Port- Vila des Hébrides et à Nouméa. Enfin, VOceanic Steamship Co. (Maison Navigation Co.) aurait l'intention d'avoir une escale à Nouméa sur la route San Francisco-Sydney.

Les communications locales sont insuffisantes. La Société du Tour de Côtes ne fait autour de la Grande Terre qu'un voyage par mois tout au plus. Les ports sont mal aménagés, à l'exception de Nouméa, où de grands travaux sont en cours d'exécution : môle outillé de 600 mètres, digue de 1 kilomètre entre la ville et l'île Nouville, dock flottant, etc. Sur terre, il n'y a qu'une grande route, desservie journellement, entre la capitale et Bourail (170 km.), par les Messageries automobiles. Au delà de Bourail, elle atteint Poya (50 km.), et elle doit être prolongée jusqu'à Koumac. Les deux versants de l'île ne sont encore unis que par des chemins peu praticables. On construit, il est vrai, des routes de la Foa à Canala par le col d'Amieu, de Bourail à Houaïlou et de Nouméa à Yaté. La voie ferrée Nouméa-Païta ne dépasse pas 30 kilomètres.

Le câble sous-marin de Téoudié à Bundaberg, appartenant à la Compagnie française des câbles télégraphiques, n'est plus actuellement en service et est remplacé par la T. S. F. Depuis 1928, il existe une communication radiotélégraphique bilatérale entre Nouméa et la France par le relais de Saigon, qui va être remplacée par une communication directe. La Nouvelle-Calédonie et Tahiti correspondent dans les deux sens.

Le commerce fait d'appréciables progrès : en cinq ans, de 1924 à 1928, il a plus que doublé. Ce n'est pas seulement l'effet de la baisse du franc, car le tonnage augmente régulièrement. Par suite de la guerre, la Nouvelle-Calédonie,

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privée plus ou moins complètement de ses relations avec la France, a eu affaire, pendant quelques années, surtout à l'Australie, aux États-Unis et au Japon. Mais aujourd'hui la France et ses colonies font plus de la moitié du commerce calédonien.

En 1928, le commerce général s'est élevé à 258 722 563 francs, dont 159 939 149 pour les importations et 98 783 414 pour les exportations. Le déficit de la balance commerciale est dû à l'introduction du matériel destiné à l'outillage industriel du pays ; il y a là une dépense essentiellement reproductive.

Les principaux produits exportés en 1928 ont été les mattes de nickel et le minerai de chrome, le café en fèves et le copra, puis le bois, les conserves de viande, les peaux et les suifs, le coton en laine, les fèves de cacao, les trocas et le guano des îles Huon et Chesterfield.

Une loi de 1928 a classé la Nouvelle-Calédonie dans le groupe des colonies non assimilées, et le Conseil général a été appelé à proposer un tarif douanier. Le gouvernement français ne l'a pas. ratifié, le jugeant insuffisamment protectionniste. L'intérêt de la Nouvelle-Calédonie est pourtant de ne pas rester un marché réservé à l'industrie métropolitaine, et il conviendrait de tenir compte de son éloignement et de sa situation au voisinage de l'Australie.

Il ne serait pas équitable d'estimer la valeur de la Nouvelle-Calédonie d'après son état actuel. Elle est en retard pour deux causes contraires : le bagne l'a dépréciée, et sa suppression, d'autre part, a diminué le pouvoir de consommation du pays et a contribué à faire naître et à maintenir longtemps une crise financière très dure. Mais aujourd'hui la colonie a repris sa marche en avant, et ses progrès réguliers sont le gage de son avenir.

L'île des Pins et les Loyalty. — L'île des Pins, qui doit son nom à ses « pins » colonnaires (Araucaria Cookii), est séparée de la Grande Terre par les canaux de la Havannah et de la Sarcelle, encombrés de récifs. Son noyau serpentineux se complète par un plateau de corail soulevé. Les indigènes ont été, semblet-il, modifiés par les Polynésiens. Le principal centre est Kuto.

L'archipel des Loyalty, Ouvéa, île et anneau récifal, Lifou et Maré, îles massives, toutes trois considérées en général comme des coraux soulevés, dessine un alignement parallèle à la Nouvelle-Calédonie, à une centaine de kilomètres au Nord-Est. Les Loyaltiens, en partie polynésiens sans doute, sont plus doux, plus intelligents et plus civilisés que les Canaques. Le santal est devenu rare ; la production principale est le copra. Le service annexe des Messageries Maritimes fait escale à Chépénéhé (Lifou).

Au Nord-Est, la Grande Terre se prolonge, entre le récif des Français à l'Ouest et le récif de Cook à l'Est, par les îles Belep (Art et Pott) et, au delà du Grand Passage, par les îles Huon, deux atolls exploités pour leur guano. A 900 kilomètres à l'Ouest, de nombreux îlots madréporiques, l'archipel Chesterfield, fournissent aussi du guano.

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