V. — LES NOUVELLES-HÉBRIDES ET L'ARCHIPEL SAXTA CRUZ
Les Nouvelles-Hébrides. — Les Nouvelles-Hébrides, avec l'archipel Torrès (quatre petites îles) et l'archipel Banks (deux îles. Vanoua-Lava et Gaoua, et quatre îlots dont l'un, Ouréparapara, est un cratère à demi submerge), s'étendent
l67°E.Gr.
Fig. 52. — Les Nouvelles-Hébrides. — Dans le carlon, la rade de Port-Vila. Échelle, 1 : 3 550 000. — Échelle du carton, 1 : 50 000. Profondeurs en mètres ; courbe de profondeur de 10 mètres.
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l'océanie.
entre 13° et 20°30' latitude Sud, sur 1 200 kilomètres dans la direction du Sud- Sud-Est, prolongeant ainsi, avec une légère courbure vers le Sud, la direction des îles Salomon (fig. 52). On leur attribue environ 15 000 kilomètres carrés. Elles sont volcaniques, tout en paraissant posséder des roches anciennes : Ambrym, dont la dernière éruption a eu lieu en 1929, Lopévi et Tanna sont des volcans actifs, ainsi que l'îlot Hunter, à l'extrême Sud-Est. Les coraux sont peu développés, peut-être à cause d'émanations gazeuses ou de sources chaudes sous-marines.
L'archipel comprend une quarantaine d'îles, qu'un canal de 100 kilomètres de large sépare en deux groupes. Le groupe du Nord comprend Espiritu-Santo (4 905 km2) et Mallicolo (2 539 km2), allongées dans le sens général du groupe, puis Aurore, Pentecôte, Ambrym, Lopévi et Épi, qui ont une direction presque Nord-Sud ; on dirait que deux lignes de plissement se rencontrent à Épi. Plus au Sud est Vaté (1 094 km2), avec les belles baies de Mêlé et de PortTiavannah, et, dans l'angle, se loge Aoba ou île des Lépreux. Erromango (1 113 km2), Tanna, Erronan ou Foutouna et Anatom composent le groupe du Sud.
Les indigènes, Mélanésiens mélangés peut-être de Negritos et, à Foutouna et à Espiritu-Santo, de Polynésiens, sont évalués à 60 000. Leur férocité et leur cannibalisme, comme le climat chaud, humide et parfois malsain, ont retardé le peuplement de l'archipel. On n'y comptait en 1927 que 1 022 Blancs.
En vertu de la convention de Londres du 20 octobre 1906 et du protocole du 6 août 1914, promulgué en 1923, les Nouvelles-Hébrides sont, on l'a vu (chap. VI), sous le régime d'un condominium franco-anglais. L'autorité y appartient, par parts égales, au haut-commissaire britannique du Pacifique occidental, gouverneur des Fiji, et au commissaire général de la République française, gouverneur de la Nouvelle-Calédonie et haut-commissaire pour l'archipel hébridais. Ils sont représentés à Port-Vila, capitale du condominium (fig. 52, carton), par deux commissaires résidents. En outre, un tribunal mixte tranche les différends entre Anglais et Français et entre Blancs et indigènes et procède, lentement d'ailleurs, à l'immatriculation des terres et au règlement du régime foncier.
La France a longtemps négligé ses pionniers, laissés sans communications régulières avec la mère-patrie jusqu'au mémorable voyage, en 1901. du Pacifique, des Messageries Maritimes, voyage accompli sous la direction du commandant G. Bourge. On est surpris des résultats qu'ont obtenus les colons français, fraternellement aidés par les Néo-Calédoniens. Les Australiens, si admirables pourtant par leur esprit d'initiative et favorisés par la proximité, sont loin d'avoir réalisé les mêmes progrès, malgré les tentatives faites, en vue d'une colonisation australienne, par la puissante maison Burns, Philp and Co.
Pourtant, en 1923-1924, la France a failli être mise en échec. La Société française des Nouvelles-Hébrides, qui se trouvait dans une situation embarrassée, était sollicitée par l'Australie de lui vendre ses 543 000 hectares. Sur l'initiative du ministre des colonies et grâce à la collaboration de diverses autorités financières, françaises et néo-calédoniennes, la Compagnie française immobilière des Nouvelles-Hébrides a été constituée et a acquis l'affermage des propriétés de la société défaillante. En ces moments difficiles, l'Indochine, en autorisant le recrutement des Annamites (1921), a résolu le problème, vital pour le pays, de la main-d'œuvre.
Assurée de disposer du travail nécessaire, la Compagnie immobilière a crée plusieurs sociétés d'exploitation : Compagnie cotonnière, Compagnie agricole et
LA MÉDITERRANÉE MÉLANÉSIENNE.
minière, Compagnie coloniale de Vaté, Compagnie générale franco-hébridaise, Société des îles du Pacifique, Compagnie coloniale des Établissements N. Hagen, Compagnie coloniale des îles Banks, etc. Plus de 200 millions de francs de capitaux français sont investis dans l'archipel.
Les résultats de cette activité tenace apparaissent aujourd'hui en pleine lumière. En 1927, il y avait aux Nouvelles-Hébrides 777 Français contre 245 Anglais, les premiers surtout colons, et les seconds plutôt, en général, pasteurs et copramakers. Il faut, d'après une évaluation de 1926, ajouter à ces chiffres 3 675 sujets français, dont 3 600 Indochinois (5 774 au 1er janvier 1929), et seulement 33 ressortissants britanniques. La même année, les cultures françaises couvraient 14 200 hectares, et les cultures anglaises, 3 474. En 1927, les Français possédaient 747 000 hectares, et les Anglais, 130 000, les « réserves » indigènes étant de 617 000 hectares, et le commerce respectif des deux nations montait à 69 et à 18 millions de francs. Le fret maritime de la France était le quadruple de celui de l'Angleterre.
Une commission d'enquête britannique, qui a visité l'archipel en 1927, a constaté que les résidents anglais sont victimes du manque de main-d'œuvre. Sous l'action des pasteurs presbytériens, hostiles à des contrats qu'ils dénoncent comme organisant un demi-esclavage, les indigènes refusent de s'engager sur les plantations, et le gouvernement australien, appliquant au dehors de l'Australie ses principes bien connus, combat de toute son influence le recrutement des travailleurs étrangers de couleur. Les Anglais sont obligés parfois de vendre leurs propriétés aux Français (33 000 hectares en 1926). Par la force des choses, et en dépit des traités, les Nouvelles-Hébrides sont en train de devenir une colonie française. Toutefois, les Anglo-Australiens occupent seuls le groupe Sud, le plus proche de la Nouvelle-Calédonie, ce qui rend illogique toute idée de partage. Si la France n'avait affaire qu'à l'Angleterre, elle pourrait la dédommager en Afrique de la cession de l'archipel. Mais les Australiens ont leurs intérêts propres et ne se préoccupent tout naturellement que du Pacifique.
Vaté compte plusieurs centres de cultures : Port-Vila (Franceville), sur la baie de Mêlé, Mêlé (Faureville), Tagabé, réunie à Port-Vila par un petit chemin de fer agricole, Téouma et Courbet (pl. XLVIII, A). Il y a aussi des plantations à Épi, autour des baies du Diamant et de Ringdove ; à Mallicolo, au Port-Sandwich et aux Maskelynes, et à Espiritu-Santo, près de Luganville et de Tangoa, [e long du canal du Segond, que bordent les petites îles Malo et Aoré.
Les immenses forêts de l'archipel ne sont pas encore sérieusement mises en valeur ; on a même, après quelques essais, négligé une sorte de pin kauri qui pousse à Anatom. Le santal, très abondant autrefois, a disparu, ou à peu près, le long des cotes. Il y a, dans les forêts néo-hébridaises, de grandes réserves pour l'avenir. A l'avenir aussi appartiennent l'industrie pastorale et l'industrie minière. Certaines îles paraissent propres à l'élevage cl. déjà, à Erromango, constituée par des plateaux relativement secs, un colon australien possède un important troupeau de moutons à laine. D'autre part, il y a du soufre a Tanna et à Vanoua-Lava, et des sondages ont révélé, semble-t-il, à Santo, un sous-sol lies minéralisé, qu'exploitera un jour la Compagnie agricole et minière des Nouvelles-Hébrides.
La richesse actuelle du pays, c'est l'agriculture, favorisée par l'existence d'un humus volcanique, épais parfois de 7 mètres. Le maïs, qui donne à l'occasion