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VI. — LES FIJI ET ROTUMA

Les Fiji. — L'archipel Viti, plus connu sous le nom de Fiji que lui ont donné les Tongans, forme, entre 15°45' et 21° latitude Sud, un groupe circulaire de plus de 600 kilomètres de diamètre, composé de 250 à 255 îles, accompagnées d'innom-

LA MÉDITERRANÉE MÉLANÉSIENNE.

brables écueils et récifs coralliens ; 80 seulement sont habitées (fig. 53). On y rattache Rotuma (12°30' latitude Sud). L'ensemble occupe une superficie de 18 338 kilomètres carrés.

Au Nord-Ouest sont deux grandes terres, Viti Levu (10 493 km2) et Vanua Levu (5 515 km2), presque réunies par les coraux et bordées en dehors par le groupe Yasawa (Ba), continué, après la passe de Round Island, par une longue

177° I7B°E Gr. 179° [60° 179°

Fig. 53. — Les îles Fiji. — Dans le carton, l'île Rotuma. 1, Récifs ; 2, Câbles sous-marins. — Échelle, 1 : 4 000 000 (échelle du carton, 1 : 1 C50 000).

barrière récifale. Elles sont de formation volcanique, bien qu'elles paraissent renfermer des roches anciennes, mais le volcanisme n'est pas récent ; des nombreux cratères de l'archipel, aucun n'est actif.

Les montagnes de Viti Levu, qui dépassent 1 500 mètres, font le tour de l'île, laissant au centre une dépression relative, où les rivières, la Rewa Rewa, la Navua, la Siga Toka, la Ba et la Ruku Ruku, drainent de larges bassins avant de franchir la barrière côtière par des gorges, des rapides et des cascades. Elles sont navigables dans leur cours inférieur. La Navua et la Rewa Rewa, qui débouche dans la baie de Laucala, s'étalent en de larges deltas. Au Sud et à l'Est, du côté du vent, la forêt recouvre l'île, escaladant jusqu'au sommet les anciens cônes volcaniques ; sous le vent, au Nord-Ouesl, dominent les savanes.

Vanua Levu, montagneuse elle-aussi, est plus découpée. Elle est formée de chaînes parallèles orientées au Nord-Est, entre lesquelles se creusent de larges baies, comme celles de Savu Savu, de Xandi et de Sandalwood; la chaîne orientale constitue l'ossature d'uni' presqu'île ([ni limite la baie de Naceva, la « mer

Géographi E universelle. — Océanie. Régions polaires australes

l'océanie.

morte » des indigènes, ainsi nommée de ses eaux abritées des vents dominants. Les rivières vont à la côte Nord-Ouest en perçant la chaîne côtière.

Le cercle des petites îles qui complètent l'archipel s'amorce à l'Est de Vanua Levu, au delà du détroit de Somo Somo, par l'île Taviuni, dont l'ancien cratère a été transformé en lac et qui est continuée par les îles Ringgold, où Thikombia est le reste d'un volcan émergé d'un côté, l'autre côté servant de support à un récif madréporique. Puis vient, après le passage de Nanuku, le groupe oriental, les îles Lau ou Lakeba, coupées elles-mêmes en trois morceaux par les passes de Lakemba et de Fulanga et composées d'un grand nombre d'îles montagneuses et d'atolls, comme le vaste anneau des Exploring Isles. Au Sud-Ouest, Kandavu, une des deux îles moyennes de l'archipel avec Taviuni, est prolongée par l'île Ono et séparée de Viti Levu par le passage Kandavu. Au Sud, l'Océan est à peu près libre. Dans le cercle insulaire, une mer intérieure, la mer de Koro, semée d'écueils, battue, clapoteuse et perfide, et où autrefois on ne naviguait que le jour « à la vue », renferme de nombreuses îles, comme Totoya, dont les eaux ont envahi l'ancien cratère, Moala, Angau, Ovalau et Koro.

La population, Rotuma comprise, montait en 1926 à 171 644 habitants1. Les Fijiens constituent peut-être un type intermédiaire entre les Mélanésiens et les Polynésiens. Tout .au moins ont-ils eu des mélanges avec les Tongans qui sont de vrais Polynésiens ; on appelle Vi-Tongans les individus qui présentent un caractère mixte prononcé. Il se peut qu'ils aient subi aussi une influence malaise. Lentement, mais régulièrement, ils disparaissent : ils étaient 96 627 en 1901 et 84 475 seulement en 1921; depuis, leur nombre a légèrement augmenté. Ils seront sans doute bientôt dépassés par les Hindous qui, entre 1901 et 1926, ont passé de 17 105 à 68 733, augmentation, en vingt-cinq ans, de 402 p. 100. On les fait venir pour les plantations de canne à sucre, car le Fijien, bon travailleur, manque de persévérance et, fier et susceptible, n'aime pas à obéir aux Blancs. Les Hindous multiplient rapidement; leur taux de mortalité est la moitié de celui des Européens, le quart de celui des Fijiens ; il se crée peu à peu une race indofijienne. Mais c'est une population turbulente ; il y a eu des grèves sérieuses. Soumis autrefois au régime de l'engagement de cinq ans, les Hindous sont aujourd'hui libres, et ils en profitent pour demander des augmentations de salaires. Les Blancs leur reprochent d'accaparer par petits lots les meilleures terres. Les Européens sont peu nombreux, malgré le climat relativement frais pour une région tropicale.

Le gouverneur des Fiji est assisté par un Conseil législatif, dont une partie des membres est élue par les Européens; les autres, parmi lesquels il y a deux Fijiens et un Hindou, sont nommés par le gouverneur. Des dix-sept provinces, les unes sont administrées par des chefs indigènes, les autres, par des commissaires anglais.

La capitale, Suva (1 741 Blancs), au Sud de Viti Levu, petite ville régulière dans un cercle de collines ombreuses où s'abritent les villas européennes, possède une belle rade, fréquentée par les grands paquebots (pl. XL VI II, B). Rewa, dans le delta de la Rewa Rewa, sillonnée de nombreux canaux sous la voûte continue des palmes, a été appelée la « Venise fijienne ». Navua et Sigatoka sont situées sur les rivières dont elles portent le nom, Lautoka et Ba servent de débouches

1. Estimation du 31 décembre 1926 : Fijiens, 89 401 ; Hindous, 68 733 : Européens, 4 184 : Demicastes, 3 071 ; Chinois, 987 ; Divers (indigènes, océaniens, etc.), 5 268.

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à la côte occidentale, et Nararawai, dans la vallée de la Ba, occupe le centre de vastes plantations de cannes. Bua, sur Sandalwood Bay, est le principal village de Vanua Levu.

En 1926, 34 076 hectares, possédés par des Européens et des Hindous, étaient plantés en cocotiers, en canne à sucre, en riz, en bananiers et en ananas. Le coton n'a plus l'importance qu'il avait prise, comme dans beaucoup d'îles de l'Océanie, au temps de la guerre de Sécession ; mais sa culture reprend, en même temps que celle du caoutchouc commence. L'élevage réussit dans certaines régions ; on y fait du beurre et des conserves de viande. Des industries agricoles se sont développées : sécheries de copra, usines à décortiquer le riz et à égrener le coton, huileries, filatures de fibres végétales, surtout sucreries. Une ferme expérimentale a été créée à Sigatoka. Ba, Nararawai et Navua fabriquent la mélasse et le sucre. Les grands propriétaires, particuliers et sociétés, ont organisé un système coopératif : les plantations sont partagées en lots, et les Hindous qui les cultivent sont intéressés aux bénéfices. Les forêts sont exploitées dans la mesure où le permet l'insuffisance des voies de communication, mais le santal, qui a été l'objet autrefois d'un commerce régulier, est rare aujourd'hui, et le bois de rose, lui aussi, a disparu à peu près. Les richesses minérales sont encore, pour ainsi dire, inconnues.

Le commerce, qui a profité de l'ouverture du canal de Panama, est remarquable, si l'on tient compte du petit nombre des Européens. Il a atteint en 1926 le chiffre de 3 221 372 livres sterling (importations : 1 480 945 livres sterling ; exportations : 1 740 427 livres sterling). Le riz est consommé sur place. Les principaux produits exportés en 1926 ont été le sucre et les mélasses avant tout, puis le copra et les bananes. La Nouvelle-Zélande est le principal client des Fiji ; l'importation en Australie du sucre et des bananes est paralysée par les droits de douane.

Les voies de communication intérieure consistent en 2 000 kilomètres de routes, dont 500 environ sont automobilables ; la seule voie ferrée est un chemin de fer privé à voie étroite, partant de Sigatoka. Des vapeurs côtiers font escale à Levuka, Suva, Lautoka et Ba. Suva est mise en relation avec l'extérieur par des steamers australiens et néo-zélandais (Union Steamship et Australasian United) et par les paquebots de YOceanic Steamship, de la Canadian Australasian Line et des Messageries Maritimes (ligne du Pacifique par Panama). Suva, outre qu'elle possède un poste de T. S. F., est une station du télégraphe sous-marin d'Australie et de Nouvelle-Zélande à Vancouver (Canada).

Botuma. — A 500 kilomètres au Nord des Fiji, l'île volcanique et corallienne de Botuma, longue d'une douzaine de kilomètres de l'Ouest à l'Est, dresse audessus de la mer, sur 40 kilomètres carrés environ et jusqu'à 260 mètres de hauteur, une véritable corbeille de verdure. Les habitants, moins de 3 000, paraissenl être des Polynésiens mélangés de Noirs et peut-être aussi de Jaunes; leur langue est assez particulière. Ce sont d'excellents navigateurs, qui vont sur leurs pirogues à balancier aux Fiji et aux Tonga, quelquefois même jusqu'à Anuda, Tucopia et Vanikoro. Un commissaire anglais administre l'île au nom du gouverneur des Fiji.

Le méridien antipode de Grcenwich (180° longitude Est et Ouest), qui traverse les Fiji, sépare, avec une différence d'un jour, les heures comptées à partir

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de l'Europe, d'une part vers le Levant, d'autre part vers le Couchant (fig. 54). Quand on le franchit, il faut, pour ne pas être en avance ou en retard à l'arrivée, retrancher un jour en doublant une date quand on va vers l'Est et, au contraire, si on fait route vers l'Ouest, supprimer une date pour gagner un jour. En fait, la ligne conventionnelle du changement de date, l'International Date Line, ne suit pas exactement le 180e degré ; on n'a pas voulu attribuer, le même jour, une date

Fig. 54. — Ligne de changement de date. — Échelle, 1 : 200 000 000.

différente à deux parties d'un archipel ou à deux groupes insulaires dont l'un dépend de l'autre. On l'a détournée vers l'Ouest, pour rattacher au temps occidental, par rapport à l'Europe, l'extrémité des Aléoutiennes et de l'archipel Hawaii, et vers l'Est, afin de faire entrer dans le domaine du temps oriental les îles Fiji dans leur totalité, les Tonga, qui sont toutes proches, et les Kermadec et les Chatham, qui dépendent de la Nouvelle-Zélande.

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l'océanie

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RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES

territoires, archipels et ILES

SUPERFICIE

en km. carrés

POPULATION1

Territoire de Papua

Territoire de la Nouvelle-Guinée . . .

Nouvelle-Guinée hollandaise

Iles Salomon anglaises

Nouvelle-Calédonie et dépendances . .

Nouvelles-Hébrides, îles Banks et Torrès

Archipel Santa Cruz ,

Fiji et Rotuma

1. Sauf pour la Nouvelle-Calédonie et les Fiji, les nombres donnés sont très approximatifs.

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