V//. — L'ILE DE PAQUES
Accompagnée de Sala y Gomez, simple amas de rochers, l'île de Pâques (Easter Island, Rapa Nui, «la grande Rapa »), dont on a vu antérieurement l'inté-
1. Le protectionnisme américain crée une grave menace pour l'exportation du copra.
Géographie universelle. — Océanie. Régions polaires australes.
rêt ethnographique, est, à 27°10' latitude Sud et 109°20' longitude Ouest Greenwich, YUltima Thule de la Polynésie orientale. Ses falaises de laves rougeâtres dessinent un triangle de 120 kilomètres carrés, dont trois cratères éteints (Ronororaka, 500 m.) forment les bastions angulaires. Sur cette terre venteuse, pluvieuse et relativement fraîche, ni cocotiers, ni arbres à pain, pour ainsi dire pas d'arbres, rien que de maigres graminées et des fourrés de mimosas, avec quelques cultures de figuiers et de bananiers dans des jardins creux à l'abri du vent. Les
indigènes, au nombre d'environ 250, ne sont groupés qu'à Orongo, réunion de quelques dizaines de maisons de pierre. L'île appartient au Chili, qui y a créé un observatoire météorologique.
V///. — LES ILES HAWAH
L'archipel hawaiien, les Sandwich de Cook, qui sur 3 800 kilomètres forme de l'Est-Sud-Est à l' Ouest-Nord-Ouest la limite septentrionale des terres océaniennes, se compose de deux parties : l'archipel proprement dit, huit îles volcaniques d'une superficie de 16 710 kilomètres carrés, comprises entre 18°54' et 22°14' latitude Nord, puis une longue chaîne d'îlots, de récifs et de bas-fonds, ne couvrant, jusqu'à 30° latitude Nord, que 62 kilomètres carrés, les îlots Bird. Necker, Gardiner, Laysan, Lisiansky, Midway, Cure, Patrocinio et Morell, tous inhabités, sauf Midway, station du câble américain transpacifique (fig. 58 et 59).
Hawaii, l'île la plus méridionale et la plus étendue (10 395 km2), est la
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seule qui renferme des volcans encore actifs : le Kilauea (1 231 m.), le Mauna Hualalai (2 519 m.) et le Mauna Loa, la « Grande Montagne » (4 166 m.). Le Mauna Kea, la « Montagne blanche », à la tête coiffée de neige (4 212 m.), est aujourd'hui
Fig. 59. — L'île Hawaii.
1, Coulées volcaniques ; 2, Routes ; 3, Voies ferrées. — D'après les cartes marines anglaises et américaines et la carte annexée au Rapport du •rouverneur (1027). — Échelle, 1 : 1 250 000.
éteint. Ces cimes dominantes, édifiées par des laves très fluides, forment des dômes surbaissés, aux pentes douces que l'on gravit facilement à cheval. De nombreux touristes, qui débarquent sur la côte Est, à Hilo (12 394 habitants), principal port de l'île et chef-lieu d'un district riche en cannes à sucre et en caféiers, vont visiter la « chaudière » du Kilauea, englobée avec le Mauna Loa dans un parc national (pl. II, A et B). Sur le rivage occidental, les petits ports de Kawaihae, de Kailua et de Kealakekua donnent accès aux deux districts de Kona, Nord et Sud, qui cultivent le café et les fruits tropicaux.
l'océanie.
Maui, la seconde île de l'archipel en superficie, constitue un groupe avec Molokai où est installée une léproserie, Lanai, dévolue à l'élevage du mouton, et Kahoolawe. Elle est formée de deux terres montagneuses réunies par un isthme bas, et elle renferme dans un parc national un cratère éteint, mais bien conservé, le Mauna Haleakala (3 056 m.), un des plus vastes du monde : 34 kilomètres de tour et 49 kilomètres carrés de surface, plus de la moitié de l'étendue de Paris. Les laves, décomposées, comme dans les îles du Nord, depuis plus longtemps qu'à Hawaii, donnent un humus épais sur lequel prospèrent la canne et les arbres fruitiers. Lahaina, à l'Ouest, et Kahului et Hana, à l'Est, sont les ports de Maui.
Oahu, bien qu'au troisième rang seulement pour la superficie, est l'île la plus peuplée et la plus riche. Elle consiste en petites montagnes, en plateaux et en collines verdoyantes et en plaines qui produisent en grand la canne à sucre, les ananas et le riz. La capitale de l'archipel, Honolulu (106 600 hab.), dont un ancien volcan, Diamond Head, signale l'approche, est située sur la côte Sud à l'abri de l'alizé ; l'aspect en est tout américain, mais, aux alentours, des villas s'égrènent au milieu d'une luxuriante végétation tropicale (pl. LUI, A et B). Honolulu^est devenue un centre de villégiature, une « Nice océanienne ». A Pearl Harbor, les États-Unis ont créé un puissant arsenal. Au voisinage de la capitale, Pearl City et Waikiki Beach sont des stations balnéaires estivales (fig. 58, carton).
Au Nord-Ouest d'Oahu se groupent Kauai, Niihau, parc à moutons, et les îlots Lehua et Kaula. Kauai, au centre de laquelle le Waialeale (1 546 m.) est peut-être le point le plus arrosé de la Terre, n'est pas moins verdoyante qu'Oahu et produit, comme elle, outre le riz, le sucre exporté par Waimea, Port Allen et Nawiliwili.
Sur la bande Nord, les alizés soufflent régulièrement les trois quarts de l'année, tandis que Sur la bande Sud, en hiver, quand le système des vents descend en latitude à la suite du Soleil, il se produit souvent des vents du Sud-Ouest, accompagnés parfois de violentes averses. A Honolulu, le maximum des pluies est en automne et en hiver. Toutefois, en général, la plus grande quantité d'eau tombe du côté des alizés, et la côte méridionale des grandes îles, de même que les îles intérieures comme Lanai et Niihau, sont sèches ; d'où la nécessité de l'irrigation sur le versant sous le vent.
Une maigre brousse de pandanus et de bancouliers (kukui, Aleurites) au pâle feuillage couvre l'intérieur des îles dont les rivages, par contre, disparaissent sous les arbres, cocotiers, orangers qui portent presque toute l'année des fleurs et des fruits, arbres à pain, bananiers, manguiers, tamariniers. La forêt apparaît aux deux niveaux pluvieux : au fond des vallées et entre 1 000 et 2 000 mètres. On y voit le magnifique koa (Acacia fulcata), l'acajou hawaiien aux feuilles en forme de faucilles, le halapepe (Brenchleya), plante au port superbe, dont le feuillage ressemble à celui du pandanus, l'ohia (Metrosideros collina) aux feuilles écarlates, et aussi des épiphytes et de hautes fougères.
La population (densité kilométrique : 20,8) est en voie d'accroissement rapide : le nombre des habitants a passé de 154 000 en 1900 à 255 912 en 1920. à 333 420 en 1927 et à 348 767 en 1928, accusant ainsi, en vingt-huit ans. une augmentation de 126 p. 100. Les indigènes n'ont cessé de diminuer, et, dans les trois premiers quarts du xixe siècle, l'archipel se dépeuplait : 130 313 habitants en 1832 et 56 897 en 1872. Ce sont les étrangers qui ont fait remonter le chiffre de la population. Dans ce carrefour du Pacifique, point de contact de l'Orient
LES MICRONÉSIES POLYNÉSIENNES.
et de l'Occident du monde, Blancs et Jaunes se rencontrent et font un singulier mélange de races et de religions1.
Les Asiatiques, Japonais surtout, puis Philippins et Chinois, l'emportent de beaucoup (65 p. 100 de la population totale). Un élément qui étonne un peu, ce sont les Portugais des Açores, venus comme cultivateurs. Les métis sont aujourd'hui plus nombreux que les indigènes. Ceux-ci, tous chrétiens, s'habillent à l'européenne, parlent de plus en plus l'anglais et fréquentent les écoles. Les huttes sont peu à peu remplacées par des maisons de planches passées à la chaux, couvertes de tôle ondulée et fabriquées en série en Amérique. La variété des religions égale celle des races : on trouve aux Hawaii des bouddhistes, des congrégationalistes américains, des méthodistes, des anglicans, des catholiques et des mormons.
Les citoyens américains représentent plus du tiers des habitants. Ce sont tous les Hawaiiens et métis, presque tous les Blancs et beaucoup de Japonais et de Chinois. A voir tous ces Jaunes acceptés comme citoyens, on ne se croirait guère en terre américaine. C'est d'ailleurs à la prédominance des « races colorées » que l'archipel doit d'être, non un État, mais un territoire dont le délégué au Congrès de Washington n'a qu'une voix consultative. Administré par un gouverneur assisté d'une législature locale, Sénat et Chambre des représentants, le pays est divisé en cinq comtés, subdivisés eux-mêmes en districts : le comté de Hawaii, le comté de Maui (Maui, Lanai, Kahoolawe et la plus grande partie de Molokai), le comté de Kalawao (Molokai) qui est la léproserie, le Leper Seulement, la cité et le comté de Honolulu (Oahu et les îlots du Nord-Ouest) et le comté de Kauai (Kauai et Niihau).
Les îles Hawaii élèvent le mouton et le gros bétail, mais leur remarquable prospérité provient de la culture et des industries qui en dérivent. Le riz (pl. LIV, A) et le taro servent à la consommation locale, le café et les fruits, bananes, oranges, poires et surtout ananas, sont exportés. Près de Honolulu, une usine, la première du monde, fait en été de 8 à 9 millions de boîtes d'ananas. Toutefois la culture essentielle est celle de la canne à sucre.
L'essor de la canne date du traité de réciprocité de 1876 avec les États-Unis et de l'entrée en franchise sur le territoire de l'Union des sucres hawaiiens. Les planteurs, assurés d'un débouché avantageux, ont amélioré leurs terres, pratiqué des méthodes scientifiques et installé un matériel perfectionné. Aussi, à défaut des surfaces cultivées, qui n'ont guère varié, les rendements ont-ils beaucoup augmenté. Les 795 850 tonnes de sucre produites en 1927 placent les Hawaii au cinquième rang dans le monde, après Cuba, l'Inde, Java et le Brésil. En 1927, des 61 572 hectares mis en culture, 53 728, soit 87 p. 100, étaient irrigués. En dehors de quelques grands domaines appartenant à des particuliers ou à des sociétés, la canne est produite, soit par de petits exploitants qui vendent leur récolte à des corporations, soit par des groupes de travailleurs à qui ces corporations fournissent, contre livraison des produits à un prix convenu, la terre, • les avances d'argent, du matériel et l'eau d'irrigation (pl. LIV, B).
Le climat doux et égal de l'archipel hawaiien attire un grand nombre de malades et de touristes. Aussi les moyens de communication ont-ils été très déve-
1. Estimation du 30 juin 1927 : Japonais et Coréens, 138 45G ; Philippins, 52 124 ; Américains, Anglais, Allemands et Russes, 34 750 ; Portugais, 28 417 ; Chinois, 25 198 ; métis, 24 645 ; Hawaiiens, 20 931 ; Porto Rlcans, 6 572 ; Espagnols, 1 774 ; divers, 553.
l'océanie.
loppés : 597 kilomètres de chemins de fer, sans compter 1 074 kilomètres de lignes desservant les plantations, nombreuses automobiles, active aviation commerciale, service interinsulaire de vapeurs et services réguliers avec San Francisco, Seattle, Los Angeles, Portland et Astoria. Honolulu est une escale pour les paquebots des compagnies Dollar, Admirai Oriental et Nippon Yusen Kaisha, qui relient l'Amérique occidentale à l'Extrême-Orient, pour ceux de VIsthmian Line qui vient de New York par Panama et pour ceux de ÏOceanic Steamship et de la Canadian Australasian Liite (Vancouver, Auckland, Sydney). L'archipel possède un puissant poste de T. S. F., qui communique avec les États- Unis, Pago Pago, les Philippines et le Japon.
Le commerce des Hawaii a atteint en 1926 le chiffre de 186 662 209 dollars, dont 86 517 189 à l'importation (87,8 p. 100 pour les États-Unis et 12,2 p. 100 pour le Japon, le Chili et l'Inde) et 100 145 020 dollars à l'exportation (98,9 pour les États-Unis), le sucre et les fruits représentant 94 p. 100 des exportations.