LA RECHERCHE DU CONTINENT AUSTRAL ET LE SECOND VOYAGE DE COOK
L'histoire de la découverte antarctique a été précédée, durant trois siècles, par la recherche du continent austral, conception légendaire léguée par les Grecs aux découvreurs et aux cartographes modernes. Toutes les îles australes découvertes dans la zone tempérée jusqu'en 1772 en furent considérées comme des amorces ou des promontoires : ce fut le cas d'Espiritu-Santo, dans les Nouvelles-Hébrides (1606), de l'île de Pâques (1722), des îles Marion et Crozet et de Kerguelen (1772).. Une seule de ces terres, l'île Bouvet, est aujourd'hui considérée, en dépit de sa basse latitude, comme antarctique par son climat. Aussi a-t-on cru pouvoir rapporter récemment à son découvreur, Bouvet de Lozier, l'honneur d'avoir révélé la première terre antarctique (1739).
En réalité, c'est James Cook qui a inauguré la grande exploration antarctique, lors de son second voyage en 1772. Son but était de vérifier les données accumulées depuis le xvie siècle au sujet du continent austral présumé. Il ne put le faire qu'en pénétrant loin au cœur de la zone proprement antarctique.
Il commença par la recherche de l'île Bouvet, qu'il ne put retrouver et dont il mit en doute l'existence. Il passa à Kerguelen, aux Nouvelles-Hébrides, à l'île de Pâques et en démontra l'insularité. Il se maintint, sur 115 degrés de longitude, au delà du 60e parallèle, franchit à trois reprises le cercle polaire et s'avança jusqu'à 71°10', record qui ne devait pas être battu avant un demi-siècle. Les seules terres qu'il aperçut au cours de ce périple furent la Géorgie du Sud et les Sandwich du Sud, dont le caractère antarctique n'est pas encore bien net. Il avait ainsi circonscrit l'Antarctide, mais n'avail pas réussi à la voir. Son œuvre
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garde donc un caractère négatif ; il avait surtout déblayé la géographie d'un encombrant arsenal d'idées fausses, d'autant plus tenaces que leur ancienneté les rendait plus vénérables. Mais il avait, en luttant contre la banquise, contre les tempêtes de l'Est, en louvoyant parmi les flottes d'icebergs, pu mesurer toute la dangereuse horreur de la nature antarctique. L'impression qu'il en garda fut telle qu'il crut de bonne foi que, dans ces parages, personne ne parviendrait jamais plus loin que lui. Sans mettre en doute l'existence d'un continent à l'intérieur du cercle polaire, il assurait que le monde n'en tirerait aucune utilité.