IL — LA PREMIÈRE PÉRIODE DE LA DÉCOUVERTE ANTARCTIQUE
Le voyage de Cook fut suivi d'une accalmie de quarante-cinq années. Cependant, il avait amorcé ce qu'on peut appeler le cycle des baleiniers et chasseurs de phoques anglais et américains. Ceux-ci se mirent bientôt à fréquenter la Géorgie du Sud, qui abondait alors en phoques à fourrure. Néanmoins, ce ne fut pas avant 1819 que W. Smith découvrit, en fuyant le mauvais temps, un archipel qu'il appela la New South Britain et un peu plus tard les South Shetland. Ce fut la première révélation d'une véritable terre antarctique. Cette date de 1819 coïncidant avec un regain général d'intérêt pour les régions polaires, dès lors les découvertes se multiplient. Chaque année, de véritables flottilles, surtout américaines, sillonnèrent le complexe ramifié de terres auxquelles s'attachait alors le nom d'un vieux marin légendaire, Dirk Gherritz, et qui correspondent à l'Antarctide américaine. Bransfield découvrit, en 1820, le détroit qui a gardé son nom. A sa suite, N. Palmer, Powell, Pendleton, Weddell, Biscoe relevèrent diverses parties du continent ou des îles avoisinantes. Servi par une saison très favorable, Weddell, en février 1823, poussa, dans la mer à laquelle on a donné son nom, jusqu'à 74°15' latitude Sud sans rencontrer de glace. En 1832, Biscoe reconnut une large section de la côte continentale et la baptisa terre de Graham, désignation qui s'applique encore souvent aujourd'hui à l'Antarctide américaine entière. Le champ des reconnaissances ne tarda pas à s*étendre plus à l'Est. Pour le compte de deux armateurs fameux, les frères Enderby, Biscoe, en 1831, découvrit au Sud de l'Atlantique la terre Enderby, et Kemp une ligne de côtes voisine. Ce ne fut cependant pas avant 1839 que Ballcny aborda le secteur australien : il y découvrit un archipel volcanique qui annonce la terre Victoria.
Tous ces découvreurs, souvent d'une héroïque audace, n'étaient mus que par le désir de trouver de nouveaux repaires de phoques ou de baleines : leurs levés se recommandent plutôt par le nombre et l'étendue que par la qualité scientifique. Il y eut cependant, dans cette période, un voyage purement désintéressé : ce fut le périple, accompli sur l'ordre d'Alexandre Ier, par le Russe F. G. de Bellingshausen. De 1819 à 1821, il renouvela l'exploit de Cook. en réduisant encore sensiblement l'étendue de la zone inconnue. Il découvrit même, en outre, deux terres assez avancées vers le pôle : la terre Alexandre Ier (69° latitude Sud) et la petite île Pierre Ier, que nul n'a revue avant l'été 1927, date où un baleinier norvégien en fit le tour.
En 1837 se produit un nouvel effort scientifique, à la suite des travaux du mathématicien allemand Gauss, qui venait de déterminer par le calcul la position
l'exploration antarctique.
du pôle magnétique austral. Alexandre de Humboldt insista auprès de la Société royale de Londres pour qu'elle prît en main la vérification pratique de ce résultat théorique. Il sortit de là un cycle de voyages, qui devait durer jusqu'à 1843 et qui manifesta une fructueuse émulation internationale des Français, des Américains et des Anglais.
Dumont d'Urville, le premier, découvre en février 1838, dans le complexe antarctique Sud-américain, la terre de Louis-Philippe et l'île Joinville. En janvier 1840, il aperçoit au Sud de la Tasmanie une ligne de côtes qu'il baptise du nom de sa femme, la terre Adélie ; il y aborde sur un îlot, la pointe Géologie, et y recueille quelques échantillons rocheux ; il suit pendant 50 milles un mur de glace qu'il dénomme côte Clarie. Il semble certain, puisque Wilkins a démontré l'insularité de la terre de Graham, que Dumont d'Urville a eu l'honneur de signaler le premier le continent antarctique. Exactement vers la même date, à quelques jours près, le commodore américain Ch. Wilkes reconnaît, avec une escadre de cinq navires, les mêmes parages ; il y signale son passage par la notation d'une série de caps et de lignes de côtes sur non moins de 2300 kilomètres, et revient en se vantant d'avoir découvert le continent antarctique (1839-1840). Enfin, en décembre 1840, l'Anglais J. C. Ross, un vétéran de l'exploration arctique, où il s'était déjà signalé par la découverte du pôle magnétique, a l'idée de traverser la banquise au Sud de la Nouvelle-Zélande : après quatre jours seulement de lutte, il entre dans un golfe naturel qui représente la plus profonde échancrure de l'Antarctide : la mer de Ross, et découvre à l'Ouest un haut littoral montagneux qu'il baptise terre Victoria (8 janvier 1841). Poussant droit au Sud, il est arrêté vers 77°30' de latitude, par l'obstacle de deux grands volcans auxquels il donne le nom de ses navires, l'Erebus (4 023 m.) et le Terror (3 276 m.); à ces volcans s'appuie une barrière de glace tendue vers l'Est. Il en suit le rebord sur près de 800 kilomètres. En 1842, Ross revient dans les mêmes parages, mais il trouve une banquise de 600 kilomètres de large, qu'il ne peut forcer qu'après quarante-huit jours d'efforts ; il se contente de revoir la barrière et amène ses navires au long de son rebord jusqu'à 78°10' latitude Sud. Enfin, en 1843, après avoir hiverné aux Falkland, il fait une tentative vers les terres antarctiques Sudaméricaines ; il y reconnaît le flanc Est de la terre Louis-Philippe et de l'île Joinville, les îles Snow Hill, Seymour, Cockburn, mais ne peut pénétrer dans la mer de Weddell à cause des dangers de la banquise qui emprisonne un mois ses navires et menace de les écraser. Ces trois campagnes de Ross sont restées les plus parfaits modèles de l'ancienne exploration antarctique ; elles gardent encore une grande part de leur autorité.