IV. — LE GRAND EFFORT DE 1897 A
Dès lors, le branle était donné. La rentrée en scène de l'exploration scientifique se fit en 1897 dans les deux régions réputées les plus accessibles. Le Belge Adrien de Gerlache, accompagné de collaborateurs scientifiques bien choisis, explora le flanc occidental de la terre de Graham, y découvrit de grandes îles,
l'exploration antarctique.
un important détroit, et son navire, la Belgica, pris dans la banquise, y subit une dérive de treize mois, accompagnée du premier hivernage antarctique (1898). La même année, C. E. Borchgrevink, sur le Southern Cross, hivernait au cap Adare, puis gagnait par mer la Barrière de Ross, sur laquelle il réussissait à débarquer et à s'avancer jusqu'à 78° 50' latitude Sud. Une grande expédition océanographique allemande, celle de la Valdiuia, avait coïncidé avec ces deux voyages mémorables : elle avait, en retrouvant l'île Bouvet et en visitant Kerguelen, en révélant les grandes profondeurs de la mer antarctique et en recueillant de superbes collections d'histoire naturelle, renoué la tradition du Challenger.
En 1901 s'inaugura en divers pays d'Europe, avec le concours des pouvoirs publics, le plus grand effort scientifique collectif et simultané qu'eût encore vu l'Antarctide. De 1901 à 1904, quatre expéditions à la fois, munies d'un personnel et d'un matériel scientifiques de premier ordre, y travaillèrent sur des points très éloignés les uns des autres et rapportèrent les résultats de non moins de six hivernages. Chacune eut en outre son caractère propre bien défini. Celle de la Discouery, expédition officielle de l'Amirauté anglaise, commandée par le capitaine R. F. Scott, hiverna deux ans à la pointe Sud de l'île Ross. Elle se signala surtout par l'ampleur de son œuvre topographique : raids de Scott vers le pôle sur la Grande Barrière jusqu'à 82° 17' latitude Sud et sur le plateau intérieur de l'inlandsis victorienne jusqu'à 300 kilomètres de la côte ; découverte de la terre Edouard VII, qui encadre à l'Est la mer de Ross.
L'expédition allemande du Gauss, dirigée par un des premiers glaciologues de l'Europe, E. de Drygalski, ne fit qu'une œuvre topographique médiocre : cependant, elle confirma, tout en en rectifiant le site exact, la certitude d'une des terres de Wilkes en découvrant la terre Guillaume II, bordée d'un petit volcan, le mont Gauss. Hivernant en 1902 dans la banquise, à 70 kilomètres de la terre, elle recueillit une belle moisson d'observations sur les glaces et la vie animale du socle continental, sur le climat et sur l'inlandsis au long d'une côte entièrement neuve pour la science et éloignée des champs habituels d'exploration.
L'expédition écossaise de W. S. Bruce, sur la Scotia (1902-1904), s'est surtout distinguée par l'étendue de ses travaux océanographiques, conformément à l'esprit de l'école d'Edimbourg et de John Murray. De nombreux sondages effectués au cours de deux campagnes d'été lui permirent de fixer à 1 500 kilomètres plus au Sud qu'on ne pensait la terminaison du seuil médian de l'Atlantique, d'esquisser le rebord du socle de la mer de Weddell et d'effacer des cartes un sondage abyssal de Ross (7 300 m. sans trouver le fond), sur la foi duquel Murray avait cru devoir restreindre de 2 millions de kilomètres carrés l'étendue probable du continent au Nord-Est de la mer de Weddell. Enfin, outre un important hivernage dans l'île Laurie (Orcades du Sud) à la lisière du monde antarctique, il annonçait la découverte d'une terre qui encadre à l'Est la mer de Weddell par 73° latitude Sud, la côte de Coats.
L'intérêt de l'expédition suédoise d'Otto Nordenskjœld, sur VAntarctic, a surtout consisté dans la très riche collection de fossiles jurassiques, crétacés et tertiaires recueillis par J. G. Andersson dans la baie de l'Espérance (Hopetvik) et par Nordenskjœld dans les îles Snow Hill et Seymour. Excellents minéralogistes et géologues, ces deux savants ont pu établir définitivement la parenté de cette partie de l'Antarctide avec l'Amérique du Sud, déjà signalée par Arçtowski,
Géogkaphir universelle. —
Océanie. Régions polaires australes.
RÉGIONS POLAIRES AUSTRALES
de la Belgica. La station d'hivernage de Snow Hill, située à la limite de la mer habituellement libre et de curieuses formations glaciaires littorales, fournit en outre une très importante série météorologique de deux années. Mais cette entreprise fut aussi la première qui éprouva à ses dépens les dangers de la banquise sur le flanc Ouest de la mer de Weddell : VAntardic y fut écrasé, et il ne tint qu'à une succession d'heureux hasards et à une expédition argentine de secours que le voyage ne se terminât en catastrophe.
Une expédition française, qui reprit la tradition de Bouvet et de Dumont d'Urville, ferma très honorablement ce cycle scientifique. De fin janvier 1904 à mars 1905, J.-B. Charcot, sur le Français, hiverna dans l'île Wandel par 65° latitude Sud et prolongea notablement la terre de Graham par la découverte des terres Loubet et Fallières ; il s'attacha particulièrement à l'hydrographie du littoral, au levé de certains ports naturels (Port-Charcot et Port-Lockroy) et à l'étude des ressources utilisables de la faune marine.
Toutes ces expéditions ont rapporté des collections d'histoire naturelle d'une abondance et d'une nouveauté extraordinaires, qui démontrent à quel point l'Antarctide était restée jusqu'alors inconnue. Chacune a fait l'objet de publications monumentales, dont l'ensemble représente une véritable somme scientifique.