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L'OCÉAN ET LES TERRES SUBANTARCTIQUES

L'un des principaux fruits des explorations depuis trente ans a été la différenciation nette d'une zone subantarctique et la fixation de ses caractères vis-à-vis du monde antarctique proprement dit (fig. 62).

Cette zone occupe tout l'espace qui sépare les anticyclones subtropicaux de la banquise permanente, soit une largeur moyenne qui n'est pas moindre de 15 à 20 degrés de latitude. Le trait principal qui la distingue est le règne presque exclusif des vents d'Ouest tempétueux, liés à des dépressions qui se succèdent, rapidement en cheminant vers l'Est. Leur violence les a fait dénommer en France « grands frais de l'Ouest » ; les Anglais les appellent brave winds. Vents et dépressions font le tour de la Terre ; ils accaparent toute la largeur du détroit de Drake et passent même sur les revers Nord-Ouest de l'Antarctide américaine (Shetland du Sud). On les observe en hiver dès le 35e parallèle ; ils troublent en cette saison le climat des îles Tristan d'Acunha, Saint-Paul, Amsterdam. A partir de 39° latitude Sud, ils dominent toute l'année. Vers ces parages s'amorce la rainure de pressions très basses qu'on a appelée le lit des dépressions. Il n'est pas impossible que la vitesse même des cyclones en marche, que ne gêne aucun obstacle, engendre un certain taux de force centrifuge qui contribue à abaisser la pression atmosphérique moyenne. Quoi qu'il en soit, ces coups de vent réitères provo-

l'aire océanique australe.

quent les plus fortes houles connues, soulèvent des vagues énormes, longues parfois d'un demi-kilomètre, hautes en moyenne de 6 à 7 mètres et, dans certaines tempêtes, de 12 à 13. De 39° à 42° latitude, la tempête gronde presque sans interruption du Xord-Ouest, de l'Ouest et du Sud-Ouest ; c'est ce qui a

40» 20* 0°Sr 20° V

Fig. G2. — L'océan et les terres antarctiques. 1, Barrières de glace ; 2, Dérives de navires ; 3, Direction des courants marins ; 4, Côtes insuffisamment reconnues ou encore inconnues ; 5, Limites des dépendances britanniques : Falkland Dependency et Ross Dependency. — Profondeurs, en mètres. — Échelle, 1 : 65 000 000.

fait qualifier ces parallèles et les vents en question du nom de roaring forties. La limite polaire de ces vents se place aux abords de 50° à 55° latitude ; ils s'affaiblissent dans la zone où la fusion des glaces atteint son maximum d'intensité. Ce phénomène ne va pas sans des brouillards opaques et persistants ; aussi les Anglais opposent-ils les parages brumeux du 50e degré (foggy fifties), à ceux du 40e, où rugit sans cesse la tempête.

Les eaux marines, perpétuellement chassées vers l'Est, prononcent une dérive d'une constance et d'une régularité telles qu'on peut la considérer comme un

Géographie universelle. — Océanie. Régions polaires australes. 38

RÉGIONS POLAIRES AUSTRALES

des phénomènes les plus caractéristiques et les plus grandioses de toute l'océanographie. Des bouteilles d'épreuve, mises à l'eau dans les parages Nord des Falkland, sont venues s'échouer, à peu près sous les mêmes parallèles, au Sud de l'Australie et sur les côtes occidentales de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande. D'autres ont traversé tout le Pacifique et ont été recueillies au Chili entre 45° et 52° latitude. Il y a même des chances pour qu'une de ces bouteilles ait fait plus que le tour complet de la Terre. D'après le temps qu'a exigé leur voyage, on a calculé que les eaux se déplacent à raison de 8 à 9 milles marins par jour, vitesse qu'on peut regarder comme très rapide pour une dérive. Au Sud du cap Horn, la dérive devient un véritable courant, dont la vitesse varie de 10 à 50 milles.

Le climat subantarctique. — Les eaux que brassent et fouettent les vents d'Ouest sont d'un type thermique intermédiaire entre les eaux chaudes subtropicales et les eaux glacées du pôle. Leur température, du Nord au Sud, forme une gamme qui va de 12° environ jusqu'à 0°. Ce sont donc nettement des eaux de caractère tempéré froid qui déterminent le climat. Celui-ci est d'une homogénéité extraordinaire ; c'est assurément le climat le plus océanique de la Terre. Toutes les conditions thermiques y sont égalisées à un point tel qu'il n'y a pour ainsi dire ni hiver ni été. Les vents, soufflant presque sans trêve, dominent la météorologie entière : comme ils passent sur des mers encore modérément chaudes, ils sont extrêmement pluvieux. Là où on a pu faire des mesures précises, on a constaté que les précipitations, pluie, neige ou grêle, dépassaient un mètre et se produisaient pendant 250 à 300. jours par an. L'humidité relative est intense, plus de 80 p. 100, et la nébulosité presque constante. Ce climat est encore supportable dans les îles septentrionales du domaine austral. Saint-Paul, par 38° 43' latitude Sud, a une moyenne annuelle de 12°,6, avec un minimum de 10°,7 et un maximum de 15°. Mais, à 10 degrés de latitude plus au Sud, Kerguelen (49° latitude Sud) a mérité de s'appeler la terre de la Désolation. Le climat s'y rapproche de l'uniformité équatoriale, mais avec un décalage de 20 degrés centigrade vers le point de glace. La moyenne annuelle n'est plus que de 4° ; si l'hiver, avec 2°, semble doux, l'été ne dépasse pas 6°,4. Les minima moyens d'hiver et d'été sont presque identiques : — • 1°,7 et 1°,1. En toute saison la tempête souffle deux à trois fois par semaine, avec accompagnement de pluie, neige ou grêle. On ne voit presque jamais le soleil. Si l'on admet que l'isotherme de 10° centigrade au cœur de l'été marque la limite extrême du monde tempéré, il faut reconnaître que ce climat est déjà franchement polaire, et d'ailleurs l'impossibilité de coloniser Kerguelen suffirait à le prouver. Pourtant l'île se trouve située sous la latitude de Paris.

D'ailleurs le secteur subantarctique correspondant au Sud de l'Atlantique et de l'océan Indien est d'une rigueur anormale, par suite d'influences réfrigérantes, sur lesquelles on reviendra plus loin. Nulle part les icebergs ne pénètrent davantage dans le monde tempéré qu'au Sud de l'Afrique. La bordure de la banquise vers la Géorgie du Sud et l'île Bouvet franchit le 55e parallèle. Le Sud- Ouest du secteur du Pacifique, au contraire, est plus chaud que la moyenne, et cette relative douceur se traduit par un retrait extrêmement marqué de la limite du pack : les expéditions qui pénètrent dans la mer de Ross ne le rencontrent guère qu'aux abords du 65e degré, parfois plus haut encore en latitude. Aussi les îles éparses au Sud de la Nouvelle-Zélande, quoique situées plus près

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du pôle, ont-elles un climat bien plus tempéré que le groupe de Kerguelen. Auckland (50° 30' latitude Sud) a une température approchant de 10° entre décembre et mars ; les jours de gelée y sont rares ; cependant ils ne manquent même pas l'été. Au surplus, le temps est aussi instable, tempétueux, nébuleux et pluvieux qu'à Kerguelen. Faut-il voir dans cette clémence relative un effet des énormes masses d'eau chaude provenant du courant Sud-équatorial pacifique ? Ou s'agit-il d'une réaction du continent australien si chaud et si sec ? Les causes du fait ne sont pas nettement élucidées. Il est à noter que la bordure du continent antarctique ne se retire nulle part plus au Sud que dans le secteur pacifique.

Dans les Falkland, le climat manifeste déjà une physionomie un peu plus continentale, qui dérive de leur position pour ainsi dire à l'ombre du grand môle qu'opposent le continent Sud-américain et la chaîne des Andes au libre jeu des vents d'Ouest. A Port Stanley, l'amplitude annuelle des mois d'hiver et d'été atteint 7°,3 ; la température de janvier s'élève à 9°,7, et l'on a vu des maxima supérieurs à 20°. Les pluies surtout, qui ne dépassent pas 520 millimètres, et l'affaiblissement de l'humidité relative attestent un facteur de sécheresse qui fait défaut dans les îles plus océaniques. Par ailleurs, les autres conditions sont nettement subantarctiques : violence des vents, instabilité du temps, ciel nébuleux et pluies très fréquentes, bref, un climat âpre, mais peu froid, comme en témoignent la faiblesse des chutes de neige et leur brève durée. L'archipel baigne en effet dans les eaux tempérées du courant des Falkland, suite de celui du cap Horn.

Un dernier trait achève de caractériser le climat subantarctique : la neige et la glace y jouent un rôle insignifiant. Dans aucune des îles, au Nord du 48e parallèle, il n'y a de glaciers. Il n'y en a pas aux Falkland, où le revêtement annuel de neige reste toujours très mince, et qui semblent n'avoir même pas connu d'époque glaciaire. Il n'y en a pas non plus, malgré leur haute latitude, dans les îles Auckland et Macquarie (55° latitude Sud). Seules font exception les îles du secteur si rigoureux de l'océan Atlantique et de l'océan Indien : l'île Bouvet, par 54° 30' latitude Sud, y est si cuirassée de glace qu'on peut l'englober dans l'Antarctide.

Vie végétale et animale. — En résumé, ce climat forme le contre-pied absolu de celui du grand Nord canadien et de la Sibérie orientale. Dans sa modération apparente, c'est un des plus inhospitaliers du monde. Il est en tout cas aussi répulsif que possible, non seulement pour l'homme, mais pour les plantes et les animaux supérieurs. Ici la terre ferme est désavantagée, au point de vue biologique, au regard de l'atmosphère et des eaux. Aux inconvénients de l'isolement insulaire et de l'exiguïté de superficie (si l'on met à part la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie, toutes les îles australes ensemble ne font sans doute pas 40 000 km2), se joint la néfaste influence de l'été trop froid, qui ne permet pas aux phanérogames de fleurir et de fructifier, et du vent, qui provoque une évaporation excessive. Les rares phanérogames qui peuvent s'accommoder de ces conditions atmosphériques inclémcntes sont, en général, des monocotylédones; elles affectent d'ordinaire une forme buissonneuse ou en coussinets serrés, pour profiler des moindres anfractuosités, résister à la tempête et se tapir contre le sol. Telles sont les touffes herbeuses, parfois hautes d'un mètre, des diverses espèces qu'on

groupe sous le nom de tussock (Poa caespitosa, Bolax glebaria). Les arbres font entièrement défaut, si ce n'est dans les îles les plus septentrionales, où les vents d'Ouest se calment relativement l'été. On trouve dans l'île Gough, à Tristan d'Acunha, à Saint-Paul et à Amsterdam quelques fougères et un petit arbre (Phylica arborea, Ph. nitida) qui s'abrite dans les ravins profonds du flanc Est des îles. Par contre, mousses et lichens abondent partout. Tantôt ces plantes se présentent par exemplaires isolés sur les surfaces rocheuses ; tantôt, en terrain abrité, elles se rassemblent en une sorte de toundra ou de lande. Les bas-fonds, très marécageux, sont occupés par des tourbières à mousses impraticables.

En fait de mammifères terrestres, les îles n'hébergent guère que des rats et des lapins, animaux importés par l'homme et à qui leur vie souterraine a permis de pulluler. Il y a des mouches et des papillons, mais aux ailes atrophiées. Seules les Falkland possédaient à l'origine une sorte de renard, le Canis antarcticus, qui était déjà en voie d'extinction lors de la visite de Darwin en 1834, ainsi que des oies et des canards endémiques. Les Européens ont importé dans diverses îles des bœufs, des moutons, des chèvres et des porcs, mais ceux-ci n'ont guère réussi à se maintenir que dans les Falkland, à Tristan d'Acunha, à Saint-Paul et à Amsterdam.

Par contraste avec ce tableau indigent de la biologie terrestre, l'Océan fourmille de vie, comme on peut l'attendre de ces eaux peu froides, où les diatomées fournissent d'abondants pâturages au plankton. La richesse zoologique atteint son maximum sur les larges bancs qui servent de socle aux îles ; c'est là surtout que se rassemble la faune et qu'il a été facile de l'étudier, notamment sur les vastes plates-formes qui portent les îles Marion et Crozet d'une part, Kerguelen et Heard d'autre part. L'abondante provende que représentent les espèces les plus variées de poissons, de céphalopodes, de mollusques et de crustacés y attire, par énormes bandes, oiseaux, amphibies, cétacés. Les îles leur servent, d'autre part, de point d'attache pour la mise au monde et l'élevage de leurs petits.

Les oiseaux appartiennent à deux types. D'abord les rapaces, puissants voiliers qui parcourent infatigablement ces mers sans fin et presque sans relais : pigeons et poules du Cap (Daption, Prion, Majaqueus) ; pétrels ou oiseaux des tempêtes (Procellaria) ; Chionis ou bec-en-fourreau, le seul oiseau aux pattes non palmées ; cormorans (Phalacrocorax) ; enfin, les plus populaires de tous, les albatros. Leurs nombreuses espèces, le sinistre albatros noir (Phœbetria fuliginosa), l'albatros aux sourcils noirs (Diomedea melanophrys), le grand albatros, dont l'envergure dépasse 3 mètres (Diomedea exulans), offrent cette particularité de ne jamais sortir de la zone des vents d'Ouest, dont ils sont ainsi l'animal le plus caractéristique. Plus typiques encore sont les pingouins ou manchots, un groupe particulier au monde austral, qui représente une adaptation à la vie amphibie, comparable à celle des pinnipèdes parmi les mammifères. Ces curieux oiseaux ont leur habitat dans ces mers depuis des âges géologiques reculés, au moins depuis l'Ëocène, comme l'atteste la trouvaille de plusieurs genres fossiles, dont quelques-uns hauts de 5 à 6 pieds, dans les terrains de l'île Seymour et de la Nouvelle-Zélande. On les trouve dès l'île Saint-Paul, avec tous leurs caractères, la silhouette grotesque que leur donnent, quand ils sont à terre, leurs ailes atrophiées et leur démarche cahoteuse, leur prodigieuse agilité quand ils sont dans l'eau, leur habitude de nicher en colonies innombrables, leur vie sociale relativement réglée. On en connaît non moins de sept à huit espèces dans la zone

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subantarctique (pl. LX, E). Tous ces oiseaux se nourrissent de crustacés et de poissons : ne connaissant pas l'homme dans cette nature inhabitée, ils se laissent aisément approcher et capturer.

Les seuls animaux qui offrent un intérêt économique, soit pour leur peau, soit pour leur huile, sont les phoques, otaries et baleines. Les baleiniers et phoquiers en ont fait d'épouvantables hécatombes au début du xixe siècle : clans l'île Macquarie, un seul navire rapporta 35 000 peaux de lion de mer (Ardocephalus australis). Aujourd'hui cet animal à la fourrure précieuse, qui pullulait jadis dans la Géorgie du Sud, les Shetland du Sud et les îles australes néo-zélandaises, a presque entièrement disparu. La plupart des espèces sont des otaries (Ardocephalas Hookeri, Otaria jubata). Il y a cependant un phoque, l'éléphant de mer (Macrorhinus leoninus), gigantesque animal parfois long de 5 à 6 mètres et armé de dents puissantes, mais si peu capable de se mouvoir à terre qu'il est à peu près inoffensif. On en a cru l'espèce éteinte, mais les dernières expéditions en ont retrouvé des centaines sur les plages de Kerguelen, de l'île Heard et de Macquarie. Enfin rien ne permet davantage de mesurer la profusion de ressources alimentaires que recèlent ces mers, que le développement inouï de la faune des grands cétacés, baleines australes, cachalots, balénoptères et mégaptères. Avant la récente reprise de l'industrie baleinière, qui est en train d'anéantir les réserves accumulées depuis trois quarts de siècle, on rencontrait parfois ces monstres par troupeaux énormes : les savants du Gauss en ont dénombré une bande d'une centaine de têtes près de l'île Marion, et l'on a vu une compagnie de vingt -neuf cachalots venir s'échouer sur une petite plage insulaire près de la Tasmanie.

Les terres subantarctiques. — Les terres subantarctiques constituent trois groupes respectivement très éloignés les uns des autres, et dont chacun a son individualité. En général, à part les Falkland peut-être, elles offrent ce trait commun d'être bordées de falaises accores sur leur flanc Ouest, battu de furieuses tempêtes et soumises à une vigoureuse abrasion marine. D'autre part, toutes ces îles sont enveloppées, près du rivage, par de véritables forêts sousmarines de goémons. Les rameaux des laminaires qui les composent (Macroajstis, Durvillea), enracinés sur le fond, peuvent atteindre jusqu'à 50 mètres de longueur ; leur réseau dense abrite toute une faune intéressante, mais n'est pas sans danger pour les navires, qui y enchevêtrent leur hélice.

Deux des terres les plus vastes avoisinent l'Amérique du Sud, dont elles constituent des dépendances topographiques : les Falkland et la Géorgie du Sud (fig. 62).

Les Falkland. — Les Falkland ou Malouines (51° -52° 30' latitude Sud), sont certainement de toutes les terres subantarctiques la plus originale. On ne peut les rattacher à la grande boucle de liaison entre l'Amérique du Sud et l'Antarctide américaine ; elles occupent une position latérale plus au Nord, sur le socle bas de la Patagonie, dont les fonds varient de 100 à 200 mètres. Elles semblent être le reste d'une très vieille terre, qui n'offre aucun rapport avec les terres américaines d'en face. Leur structure révèle un soubassement de gneiss très altéré, que recouvrent, dans les trois quarts du groupe, des schistes dévoniens d'ordinaire plissés, parfois horizontaux. Mais le quart Sud-Esl, la Lal'onia, est constitué de dépôts permo-carbonifères, oii Skottsberg a trouvé, sur nombre de points, des Glossopteris. Les Falkland seraient donc un fragment de la Gond-

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wanie, c'est-à-dire un débris minuscule d'une plate-forme indo-africaine. Le relief en est très bas ; ce sont des plaines ondulées, monotones, interrompues seulement çà et là par des crêtes très usées de quartzit es blancs qui ne dépassent nulle part 700 mètres (Wickham Heights, dans l'île orientale). Des baies profondes et découpées, orientées vers l'Ouest-Nord-Ouest, en festonnent le contour ; un large chenal perpendiculaire, le Falkland Sound, tranche le groupe en deux parties presque égales. Une particularité du modelé, restée longtemps énigmatique, consiste en d'énormes coulées de blocs, qualifiées de « rivières de pierres », qui avaient déjà frappé Darwin comme l'effet d'une convulsion de la nature. Selon Andersson, il faudrait les interpréter comme le résultat d'un phénomène particulier de solifluction, ou glissement du sol détrempé par la neige en fusion, à une époque où les couches annuelles de neige étaient beaucoup plus épaisses qu'aujourd'hui, c'est-à-dire lors d'un âge correspondant à la période glaciaire.

Situées à 500 kilomètres seulement du détroit de Magellan, les Falkland doivent à cette proximité de l'Amérique du Sud aussi bien qu'à leur climat presque tempéré d'avoir pu se coloniser et servir de point de relâche aux navires qui affrontent les mers redoutables du cap Horn ou du détroit ; aussi Port Stanley, la capitale, a-t-il des ateliers de réparation importants et bien outillés. L'archipel est relié régulièrement à Montevideo et à Punta Arenas. Le climat permet à peine la maturation de l'orge et de l'avoine, mais la population (4 000 hab. en 1925), qui se compose surtout d'Anglais, avec quelques apports allemands, norvégiens et argentins, vit surtout de l'élevage du mouton : celui-ci a remplacé les troupeaux de bœufs et de chevaux sauvages qui erraient par les landes et les tourbières lors du passage du Beagle. La superficie entière de l'archipel (16 500 km2) est aujourd'hui couverte par les runs à moutons, dont on dénombrait, en 1925, non moins de 750 000 têtes. L'exportation de laine, suif, peaux n'est pas négligeable et atteint 75 millions de francs par an. Occupées par l'Angleterre en 1833, les îles Falkland sont devenues depuis 1908 le centre d'une vaste possession, la Falkland Dependency, qui englobe les zones de pêche à la baleine de tout ce secteur océanique (Géorgie du Sud, Orcades et Shetland du Sud). L'archipel lui-même est actuellement un centre d'armement notable pour cette industrie ; la chasse aux phoques, aux oiseaux de mer et aux pingouins lui fournit un certain appoint de ressources. Si l'on ajoute l'usage universel du cheval pour la circulation à travers ce pays de landes et de tourbières, dépourvu de chemins, on reste frappé de l'analogie que présentent ces îles, dans leur développement économique et humain, avec l'Islande. Cependant l'avantage reste aux Falkland, grâce à leur moindre isolement, à leur hiver plus doux et à l'étendue plus considérable qu'y occupe la plaine.

La Géorgie du Sud. — La Géorgie du Sud forme transition entre le domaine subantarctique et le monde antarctique. Elle est encore subantarctique par la douceur relative de ses hivers ( — 3°), par l'abondance de ses précipitations (environ 1 m.), par sa végétation souvent vigoureuse de tussock et d'Acaena et par les fourrés de goémons qui ceinturent ses rivages. Mais déjà, par son énorme glaciation, elle a un aspect franchement polaire ; elle est souvent enveloppée par la banquise, et il ne peut plus être question ici de culture, ni même d'élevage. C'est une île d'environ 4 075 kilomètres carrés, qui s'allonge de l'Est-Sud-Est à l'Ouest-Nord-Ouest sur 140 kilomètres. Elle semble représenter un fragment de pénéplaine, bloc plissé de schistes uniformes injectés de syénites, gabbros et

Phot. Di&covcry Expédition.

A. STATION DE GRYTVIKEN.

Grytviken est la principale des cinq stations <lc pêche à la baleine créées par les Norvégiens sur le flanc Nord-Est de la Géorgie du Sud. Toutes ensemble groupent plusieurs milliers d'habitants.

Phot. Dlscovery Expédition.

|{. STATION DE GRYTVIKEN.

Baleine bleue (Balenoplera musculus) que l'on va dépouiller. Il :i fallu, pour capturer et traiter ce gigantesque animal) créer toute une technique nouvelle.

U., t. X, Pl. I.V

Phot. Publishers Photo Se

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