III. — L'OCÉAN ET LA BANQUISE ANTARCTIQUES
La limite de l'océan Antarctique du côté du Nord est très franche : elle coïncide avec la bordure moyenne de la banquise. En général, celle-ci apparaît à une dizaine de degrés au Nord du continent, mais, au droit de la terre de Coats et de la mer de Weddell, elle s'élargit jusqu'à une quinzaine de degrés au moins, tandis que, dans le détroit de Drake, elle se réduit à cinq ou six au plus.
Des eaux libres australes aux eaux glacées antarctiques, la transition est d'une extraordinaire brusquerie. La température de l'air et des eaux tombe audessous de zéro ; des hivers très rigoureux remplacent les hivers tempérés sub-
l'aire océanique australe.
antarctiques ; un régime de vents et de courants d'Est se substitue aux dépressions et à la dérive de l'Ouest. Dans la banquise règne un calme relatif de la mer, qui contraste avec les grosses houles de l'Océan libre. En même temps, tout le tableau de la vie se transforme dans les eaux et dans l'atmosphère (fig. 63).
Le socle continental. — Les grandes profondeurs de 4 000 à 6 000 mètres ne se continuent pas jusqu'au rivage du continent. Comme toutes les unités
80e T5°E Gr. TO" 15! Ë£° §5° 45" 40^ 15^ JIT 25°
Fig. 63. — Température superficielle de la mer dans les eaux de l'Antarctide américaine et du détroit
de Drake, d'après O. Nordenskjceld.
1, Températures au cœur fie l'été (janvier-février) ; 2, Températures en juin 1922 ; 3, Aire occupée par les eaux antarctiques inférieures à zéro. — - Échelle, 1 : 4G 250 000. — ■ Cette figure montre la décroi-sance très rapide de la température des eaux marines depuis le Sud de l'Amérique jusqu'à l'archipel antarctique; on y remarquera l'allure exceptionnellement
serrée des isothermes.
terrestres, celui-ci s'annonce par une plate-forme submergée peu profonde, qui lui sert de socle et qui se relie par des talus plus ou moins raides aux grands fonds ordinaires de l'Océan. D'immenses sections de ce socle nous restent encore inconnues. Cependant on possède assez de sondages pour en définir le caractère général. Il semble assez large : de 120 à 150 kilomètres en moyenne, et parfois bien davantage, comme il arrive dans les mers de Ross et de Weddell. Cependant, au droit de la terre de Coats et du cap Adare, les grands fonds serrent la cote de beaucoup plus près. Somme toute, il ne peut se comparera l'immense plate-forme submergée de la Sibérie septentrionale. Le modelé en est fort accidenté. Comme au long du littoral norvégien, on ;i relevé au fond de la nier de Weddell et vers la terre Guillaume II des rainures littorales de 500 à 1 000 mètres, tandis que, plus au large, le fond se relève en des bancs de 250 mètres, sur lesquels s'échouent les icebergs (fig. 62).
Géographie universelle. — Océanic. Régions polaires australes. ;\<)
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Mais, assurément, le trait le plus remarquable du socle antarctique est sa profondeur, qui dépasse de beaucoup la moyenne de 180 à 200 mètres admise pour les plates-formes continentales. Ici le socle offre les mêmes caractéristiques qu'en Norvège et au Groenland, mais plus accentuées encore : les fonds y varient à peu près partout de 250 à 650 mètres en moyenne. Dans la mer de Ross, on trouve même au pied de la Barrière des fonds de 550 à 890 mètres. Philippi, collaborateur de Drygalski, avait cru pouvoir rapporter ces profondeurs insolites à l'érosion glaciaire. Mais, en général (Arçtowski, Priestley, Nordenskjœld), on serait plutôt porté à y voir un phénomène de submersion du continent, provoqué par le poids de l'inlandsis.
Stratification thermique. — Un des traits distinctifs les plus intéressants de cet Océan est le singulier étagement des eaux qu'on y constate. La surface, jusqu'à une profondeur de 175 à 200 mètres, y est uniformément occupée par des eaux peu salées (33 p. 1 000) et très froides (entre — 1° et — 1°,9). Là où hivernait le Gauss, ces eaux occupaient même tout le socle jusqu'à 400 mètres environ. Au-dessous de 200 mètres, la température se relève brusquement, et l'on trouve une couche d'eaux supérieures à zéro (en général 1°,7 à 1°,9) et beaucoup plus salées (34,6 à 34,8 p. 1 000). Cette strate, fort épaisse, s'étend jusqu'à 1 500 mètres. Après quoi, jusqu'aux grands fonds de 4 000 mètres et davantage, les eaux, gardant une haute salinité, se refroidissent peu à peu jusqu'à atteindre, sur le fond, — 0°,3 à — 0°,6. On a donc une couche relativement chaude intercalée en sandwich entre deux couches beaucoup plus froides. Cette superposition offre l'intérêt de montrer comment se résout la lutte des eaux chaudes tropicales et des eaux froides polaires. A mesure qu'elles avancent vers la région glaciale, les premières se refroidissent, mais, comme leur teneur en sels les rend plus denses, elles s'enfoncent et abandonnent la surface aux eaux polaires très froides, sans doute, mais plus légères, parce qu'elles sont moins salées. Quant aux épaisses couches du fond, elles sont dues au refroidissement lent de la couche intermédiaire. Un mouvement en sens contraire anime ce double système de strates. La couche glacée superficielle et les eaux froides inférieures s'écoulent vers le Nord ; la couche intermédiaire chaude s'avance en coin vers le Sud. Cette disposition explique certains points restés longtemps obscurs. Comme dans les régions boréales, on s'était ici longtemps évertué à prolonger le tracé des grands courants chauds tropicaux jusque dans la zone glaciale. On leur supposait des bifurcations, des boucles, des sinuosités bizarres, on les imaginait capables de faire fondre les glaces et reculer la banquise. Neumayer croyait fermement qu'un courant chaud pénétrait ainsi au Sud de Kerguelen et y rendait aisément accessible la lisière du continent : ce fut cette conviction qui détermina le choix du secteur d'exploration du Gauss. Mais Drygalski ne trouva rien de tel ; il reconnut au contraire, une fois dégagé de l'étreinte des glaces, que les eaux superficielles portaient irrésistiblement son navire vers le Nord, et, malgré ses efforts, il lui fut impossible, en mars et avril 1903, de pénétrer de nouveau dans la banquise où il eût désire hiverner une seconde fois. D'autre part, un fait paraît certain : c'est au plongement plus ou moins brusque des eaux chaudes et salées que sont évidemment dus le tracé de la limite de la banquise et les fluctuations qu'elle subit d'une année à l'autre. Cette loi générale de répartition des eaux s'exerce aussi dans les régions boréales, mais d'une façon beaucoup plus compliquée.
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Glaces de mer. — Il semblerait que la température si basse des eaux superficielles dût favoriser dans l'océan Antarctique un grand développement des glaces formées sur place par congélation de l'eau marine. En réalité, celles-ci sont bien loin d'affecter l'importance qu'on leur voit prendre dans le bassin polaire boréal. Les champs de glace restent en général petits : leur superficie n'excède pas en moyenne quelques hectares, leur épaisseur, 6 à 7 mètres. Drygalski donne comme maximum de puissance 13 mètres. Rien ici donc qui rappelle les immenses floebergs de la mer de Lincoln, parfois épais de 20 à 30 mètres et vastes comme des provinces. C'est au caractère ouvert et libre de l'Océan, à la violence des tempêtes, au gonflement sans obstacle des marées, à la propagation aisée des houles de fond qu'est due cette médiocrité des glaces de mer : elles n'ont pas le temps de se consolider. Sans doute, dans certaines baies, elles peuvent durer un an ou deux eb atteindre, par épaississement sur place, 2 mètres à 2 m. 50. Mais c'est là l'exception. Gourdon a bien décrit l'espèce de travail de Pénélope qu'a représenté, durant l'hiver 1904, la formation de la glace à Port-Charcot. Après quelques jours ou quelques semaines, les dalles en formation se disloquaient soudain, parfois sans raison apparente, et dérivaient hors de la baie. Puis le gel formait de nouvelles plaques, mais à peine avaient-elles atteint l'épaisseur de 25 à 30 centimètres que le même processus se reproduisait. La plupart des navires emprisonnés dans la banquise, la Discovery, la Belgica, le Gauss, ont été ainsi libérés par l'action spontanée de la mer, beaucoup plus que par le recours aux scies et aux explosifs. Cette constante instabilité de la glace de mer est même un danger permanent pour les équipes d'hommes, munies seulement de traîneaux, qui s'aventurent sur les dalles unies et apparemment solides de la glace côtière. Sans nul avertissement, d'énormes plaques se détachent et s'en vont à la dérive. Divers membres des missions Scott et Shackleton l'ont éprouvé nombre de fois sur les côtes de la terre Victoria, et n'ont parfois échappé que de près au péril de se trouver entraînés vers le large. Deux hommes de la seconde expédition Shackleton, en 1916, ont trouvé la mort de cette façon (pl. LVII, B ; LVIII, B et C).
D'ailleurs, cette différence de durée et de puissance étant reconnue, les glaces du pack antarctique présentent tous les caractères extérieurs des glaces du Nord : chevauchement et cimentation des blocs par l'effet des pressions, création de bourrelets sur le rebord des plaques sans cesse écrasées les unes contre les autres, formation de monticules ou hummocks, de dunes de neige ou sastrugis. Mais il existe entre elles une différence essentielle : la beaucoup plus grande participation de la neige à l'évolution des glaces antarctiques. A la suite des tempêtes de l'hiver, la glace de mer se surcharge de congères de neige, que l'été froid ne parvient pas à fondre. Il s'ensuit que, dans la banquise un peu serrée, toute la surface finit par être formée uniquement de neige, qui, par son poids, force le soubassement de glace de mer à s'immerger de plus en plus ; celui-ci fond graduellement sous l'action des courants, et l'on n'a plus, en définitive, que des glaces issues de l'accumulation des neiges. C'est ainsi que des embarcations laissées sur la glace par Scott et que les observatoires du Gauss avaient fini, après quelques mois, par se trouver si profondément ensevelis qu'ils s'enfonçaient audessous du niveau de l'eau et qu'il fut extrêmement difficile d'extraire canots et instruments de leur gangue de glace. Aujourd'hui l'opinion tend à s'établir que les barrières de glace ont, au moins partiellement, pour socle primitif une dalle de glace de mer peu à peu déprimée sous le poids croissant des neiges.
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Mouvements des glaces. — Les eaux antarctiques revêtues de glace subissent un double mouvement. D'abord, la tendance à faire expansion vers le Nord, qui a été signalée plus haut et qui ne se manifeste nulle part avec plus de netteté que sur l'alignement des côtes de Wilkes, parallèle au cercle polaire. En second lieu, particulièrement dans le voisinage de la terre et sur le socle continental, un mouvement général vers l'Ouest, provoqué par les grands vents tempétueux de l'Est, qui dominent sur toute la bordure du continent. Il s'agit ici d'un véritable courant qui a été mis en pleine lumière par plusieurs dérives de navires. C'est ainsi que VAurora, prise dans le détroit de Mac Murdo en mai 1915. ne fut relâchée par les glaces qu'au Nord-Ouest des îles Balleny. De même, la Belgica, après avoir longtemps piétiné aux abords de la terre de Graham, finit par être entraînée rapidement vers l'Ouest dans l'été 1899. Pratiquement, cette dérive des glaces vers l'Ouest s'effectue parallèlement à la côte ; elle garde le même caractère dans les grandes baies de la mer de Ross et de la mer de Weddell, dont elle tend à faire le tour, toujours de l'Est à l'Ouest (fig. 62).
Pourtant, à la différence de la dérive des vents d'Ouest, qui fait le tour du Globe, la dérive inverse des glaces antarctiques ne réussit pas à se produire sur tout le pourtour du continent ; elle se trouve en effet barrée par l'obstacle de l'Antarctide américaine, qui s'avance comme un long môle étroit de terres, d'archipels et de bas-fonds jusqu'aux abords du 60e parallèle. Les trains de glace s'engagent dans le cul-de-sac de la mer de Weddell1 et viennent, après en avoir fait le tour, presser contre la côte du Roi Oscar et l'archipel exploré par Nordenskjceld. Il se produit là une énorme accumulation de banquises, qui s'écrasent littéralement contre la muraille de terres dressée à l'Ouest. De là le caractère presque inaccessible de cette partie occidentale de la mer de Weddell, véritable glacière où aucun navire n'a pénétré plus loin que 68° latitude Sud ; les champs de glace y affectent une étendue et une épaisseur inconnues ailleurs ; ils subissent parfois de terribles pressions très dangereuses pour les navires : VAntarctic et Y Endurance y ont été écrasés, et le Deutschland, de l'expédition Filchner, longtemps emprisonné, n'a sans doute échappé au même sort que parce qu'il dérivait plus à l'Est. La banquise, sans cesse poussée par les masses qui affluent en arrière, est obligée de se replier, conformément à la direction de la côte, vers le Nord-Est. Mais, une fois dépassé le môle des Orcades du Sud, elle entre dans le domaine des vents et de la dérive d'Ouest, qui s'est considérablement renforcée au passage du détroit de Drake ; et elle se trouve définitivement rabattue vers l'Est. Use produit donc dans cette région, comme l'a dit Krûmmel, un immense mouvement tournant des eaux antarctiques et de leurs banquises; elles s'en viennent refluer en embâcle dans tout l'Atlantique Sud jusqu'au delà de l'île Bouvet, amenant des icebergs jusqu'au Sud de l'Afrique et poussant leurs glaces aux abords du 50e parallèle. Ainsi s'explique la rigueur anormale du climat de cette partie do l'océan Austral. Malgré sa faible latitude (54° 30'), l'île Bouvet, presque toujours masquée par des brouillards opaques, est une terre antarctique, complètement
1. Cependant ce cul-de-sac n'est que relatif, comme l'a démontré Wilkins. Les divers détroits qui séparent l'archipel antarctique américain du continent sont certes trop étroits pour assurer la sortie permanente des trains de glace de la mer de Weddell, mais sans doute fonctionnent-ils comme des exutoircs temporaires, ce qui expliquerait les conditions plus clémentes qu'on rencontre parfois dans cette glacière et dont a bénéficié le raid de Weddell en 1823. On a récemment trouvé dans la mer de Ross le cadavre d'une baleine bleue portant encore dans sa chair le harpon dont elle avait été frappée dans la mer de Weddell. Le lieu de la trouvaille ne s'explique qu'en supposant que le corps a été charrié d'Est en Ouest, sans doute à travers le détroit Stefansson par le courant côtier antarctique.
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recouverte d'une calotte de glace. Dans ces parages, les influences réfrigérantes sont si intenses, que les eaux salées de la couche intermédiaire sont beaucoup plus froides qu'ailleurs (0°,6 centigrade seulement).
On éprouvait, jusqu'à présent, plus de peine à expliquer l'énorme tampon de banquises qui s'étend sur une dizaine de degrés au Nord et au Nord-Est de la terre Édouard VII. Il y a là une vaste zone de pack où aucun navire n'a jamais pu pénétrer et qui fait grandement contraste avec la mer de Ross, défendue par un anneau de glaces plus ou moins large, mais toujours franchissable, au delà duquel on trouve une zone d'eaux relativement libres et navigables, en dépit de leur basse température ( — 1° à — 1°,9); mais les découvertes récentes de Byrd pourraient bien avoir éclairei une des causes de l'inaccessibilité de la terre Édouard VII (voir plus loin, p. 312, note 2).
La banquise, milieu biologique. — La banquise du large n'a rien d'un désert. Elle flotte sur des eaux grouillantes de vie, teintées par des masses abondantes de diatomées qui colorent souvent en jaune ou en brun la base des glaçons ; et sa surface est animée par des êtres nombreux et variés. Mais les associations animales diffèrent de celles de l'Océan subantarctique. Dans les eaux richement oxygénées pullulent par millions les petits crustacés Euphausia, des nuées d'amphipodes voraces, des poissons particuliers, parfois étranges (Cryodraco, Gymnodraco, Lycodes, Chaenichthys), des céphalopodes, qui ne sont guère connus jusqu'à présent que par le contenu de l'estomac des phoques ; cette luxuriance paraît s'exagérer encore sur le socle continental, mieux fourni d'éléments nutritifs, en dépit des très basses températures de l'eau. Attiré par ces ressources alimentaires abondantes, un peuple d'animaux supérieurs s'y tient, soit toute l'année, soit en certaines saisons.
La banquise a des oiseaux rapaces de grand vol qui lui sont propres. Les derniers albatros ont disparu, mais ils sont remplacés par le pétrel des neiges, au plumage éblouissant (Pagodroma nivea), le pétrel géant, dépeceur de cadavres (Ossifraga gigantea), le pétrel antarctique (Thalassœca) et les premières mouettes skua, oiseau pillard et parasite (Megcdestris). Pendant l'hiver, tous les pingouins antarctiques cherchent leur vie dans les glaces du large ; les pingouins jeunes, non entièrement développés, s'y maintiennent même l'été. C'est une distraction constante, pour l'équipage des navires qui se frayent péniblement leur route à travers le pack, que de voir accourir à eux, de glaçon en glaçon, les petits pingouins d'Adélie, aux yeux écarquillés de surprise, et d'observer parfois le grand pingouin impérial aux allures solennelles (pl. LX, D et E). Ces animaux vivent presque exclusivement aux dépens des Euphausia (Euphausia superba et E. crisiallorophias). Il en est de même du phoque blanc ou crabier (Lobodon carcinophagus), dont la dentition a pris en conséquence la forme d'un tamis ; c'est un hôte habituel et exclusif de la banquise du large, où on le rencontre par petits groupes épars. Un phoque toujours solitaire, le phoque de Ross (Ommalophoca Rossi), d'apparition fort rare, s'y montre parfois en quête des céphalopodes dont il se nourrit ; ses molaires sont atrophiées faute d'emploi. En lin on y voit fréquemment, par bandes nombreuses, le phoque de Weddell, grand mangeur de poissons (pl. LX, B). Ces pêcheurs paisibles et inoffensifs sont eux-mêmes la proie de deux espèces carnassières : le léopard de mer (Stenorhincus leptonyx), grand phoque au long corps fusiforme et agile, à la mâchoire redoutable, qui,
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outre les poissons, poursuit les pingouins (pl. LX, A). Le Dr Levick, de la Terra Nova, en a observé un exemplaire qui avait avalé jusqu'à 18 pingouins d'Adélie. Enfin, tous les phoques eux-mêmes sont susceptibles de périr sous les dents acérées de l'orque ou épaulard (Orca gladiator), cétacé cosmopolite de 8 à 9 mètres de long, qui circule dans les glaces par troupes nombreuses et rapides. L'orque a assez d'intelligence pour s'associer dans ses entreprises de chasse. Larsen a récemment vu dans la mer de Ross un énorme balénoptère attaqué par cinq orques à la fois, et le commandant Scott a assisté à ce spectacle extraordinaire d'un troupeau d'orques brisant avec leur front une dalle de glace côtière pour faire tomber dans l'eau des hommes et des chiens qui s'y tenaient sans défiance. Le phoque typique de la banquise, le crabier, porte presque toujours sur le ventre d'énormes balafres, traces certaines des attaques de ce redoutable carnassier, véritable tyran des mers australes.
Outre l'orque, de nombreux cétacés entrent dans les glaces, mais ni le cachalot ni la baleine australe (Balaena glacialis) ne s'y aventurent jamais. Certaines espèces sont identiques à celles du Nord : ainsi YHyperoodon, dit aussi la baleine à museau de bouteille (bottlenose), le rorqual ou finner. On trouve surtout en abondance les lourds mégaptères ou humpbacks (Megaptera longimana) et les gigantesques balénoptères que les Anglais appellent Mue whales (Balenoptera musculus), longs de 25 à 30 mètres, le plus grand mammifère connu (pl. LV, B). C'est aux dépens de ces ice whales que s'alimente aujourd'hui la prospère industrie baleinière antarctique.
BIBLIOGRAPHIE
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Sur Kerguelen et les îles voisines, outre les données du Challenger, consulter le tome II des Résultats de l'Expédition Nationale allemande de 1901-1904 ; série d'études de Em. Werth, E. Philippi. E. von Drygalski, E, Vanhôffen et W Meinardus (1908). — R. Rallier du Baty et J. Loranchet, Le voyage de la Curieuse (à Kerguelen) (La Géographie, 1922, p. 1-38, avec une grande carte à 1 : 200 000, et de nombreux plans de havres).
Pour les petites îles, les données sont très dispersées. On dépouillera avec fruit le Geographical Journal.
Phot. J. Charcot, Expédition du Français.