CHAPITRE III
LES TERRES ANTARCTIQUES
/. — LES TERRES ANTARCTIQUES
Il est reconnu aujourd'hui qu'il y a deux groupes distincts de terres antarctiques, aussi différents que possible par leur dessin topographique, leur structure et leur relief : un vaste continent et un archipel beaucoup plus petit, qui le flanque au Sud de l'Amérique. Avant le raid de Wilkins en 1929, on croyait que ces deux unités se soudaient l'une à l'autre, de manière à former un seul ensemble continental. En réalité, elles sont séparées par de larges détroits parsemés d'îles (fig. 72, p. 347).
Extension et contours probables du continent. — Quand s'acheva, en 1843, la première période de l'exploration antarctique, on pouvait encore mettre en doute l'existence d'un continent aux abords du pôle Sud ; Mac Cormick, naturaliste de l'expédition Ross, avait accrédité l'idée de la prédominance à peu près exclusive du volcanisme et de l'absence de toute roche sédimentaire dans l'hémisphère austral. De plus, une partie des terres découvertes avait été reconnue incertaine. Ross, en naviguant sur l'emplacement d'une des terres de Wilkes, avait jeté la suspicion sur toutes. Aussi beaucoup de géographes, notamment en Allemagne, croyaient-ils que les terres australes se réduisaient à un certain nombre d'archipels volcaniques.
Cependant, depuis 1874, les dragages du Challenger avaient apporté un argument très fort en faveur de la probabilité d'un continent. Les blocs rocheux recueillis sur les fonds du socle se composaient en majeure partie de roches continentales : gneiss, granités, diorites quartzifères, schistes et grès. Faisant état de ces données et des échantillons recueillis près de la terre Adélie, John Murray n'hésita pas, dès 1886, à affirmer l'existence d'un continent antarctique d'une dizaine de millions de kilomètres carrés. Néanmoins, il subsista, jusqu'en 1914, des partisans obstinés du morcellemenl des terres antarctiques et de l'inexistence des terres de Wilkes, particulièrement en Angleterre. Cl. Markham voyait dans les terres Enderby et de Coats un archipel indépendant ; il croyait que la mer de Ross aboutissait, vers le pôle, à une mer plus ou moins libre. Bernacchi, le commandant Scott, J. Murray lui-même effaçaient des cartes à peu près ton les les découvertes de Wilkes.
Ce point de vue négatif ne peut plus être soutenu aujourd'hui, à la suite de
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l'exploration de Mawson et de Wild et de la découverte de la terre Oates par Shackleton, qui ont établi la continuité du littoral depuis la terre Victoria jusqu'à la terre Guillaume II. Sans doute il reste, entre celle-ci et la côte de Coats, une énorme lacune de près de 100 degrés de longitude, soit 4 500 kilomètres, car, depuis un siècle, nul n'a vérifié la certitude des terres Enderby et de Kemp1 (fig. 62). Mais ici encore la Valdivia a recueilli, à 195 kilomètres de la terre Enderby, des granités, des gneiss, des schistes et un bloc de grès de plusieurs quintaux. La terre ne saurait donc être bien éloignée. Il semble ainsi permis de relier la côte de Guillaume II avec celle de Coats, et l'on peut affirmer comme certaine l'existence d'une masse de terres s'étendant d'un seul tenant de la mer de Weddell à celle de Ross. Sur les trois quarts de cette distance, la ligne de côtes paraît coïncider avec le cercle polaire. On a là les éléments d'une unité continentale dépassant déjà les dimensions de l'Australie.
Au Sud du Pacifique, entre la mer de Ross et l'archipel antarctique américain, subsiste une autre grande lacune de plus de 2 000 kilomètres, soit du 145e au 80e degré longitude Ouest Greenwich. L'étendue en a été réduite de 800 kilomètres au moins par les récentes découvertes de Byrd et de Wilkins. Le premier a considérablement précisé et élargi notre connaissance très vague de la terre Edouard VII, à laquelle il a ajouté la découverte de plusieurs terres nouvelles 2. Et à l'autre bout de la lacune, vers le Sud de l'Amérique, Wilkins a réussi, durant son vol du 31 décembre 1929, à suivre le rebord et à déterminer l'extension, sur quelque 460 kilomètres vers l'Ouest, de la terre Hearst. Dans l'intervalle, aucune terre n'a jamais été aperçue. Un seul fait est sûr : le continent marque en ces parages un retrait fort accentué, sans doute, jusqu'au delà du 70e parallèle. On n'y connaît même pas le rebord du socle continental. Cependant Charcot paraît s'en être approché lors de son raid maritime de janvier 1910, au cours duquel il dépassa de 2 à 4 degrés vers le Sud les latitudes de Cook et de Bellingshausen.
Ainsi le continent repose surtout à la manière d'un bouclier convexe au Sud de l'océan Indien. Sa masse lourde, peu articulée, rappelant les contours de l'Australie et de l'Afrique, n'est interrompue que par deux larges et profondes échancrures, la mer de Ross et la mer de Weddell, qui semblent aller à la rencontre l'une de l'autre. Ces deux baies déterminent un amincissement bien marqué des terres, une sorte d'isthme entre la portion qui repose au Sud du Pacifique et celle, beaucoup plus importante, qui fait face aux océans Indien et Atlantique. On se demande si ces baies ne constitueraient pas l'amorce d'un couloir peut-être marin, en tout cas d'une dépression de plaine qui partagerait le continent en deux masses distinctes, l'une plus vaste, reposant sur l'hémisphère oriental, et qu'on s'habitue, pour la commodité, à appeler l'Antarctide de l'Est, l'autre bien plus restreinte, dont l'archipel Sud-américain ne serait qu'une dé-
1. On a vu plus haut que des Norvégiens ont, en 1929, découvert et même abordé un point du littoral à l'Ouest de la terre Enderby.
2. Il s'agit d'abord du Rockefeller Range, chaînon de proportions assez modestes (632 m.). Mais, au Nord-Est de la terre Édouard VII, la terre Mary Byrd affecte déjà plus d'ampleur, tant en surface qu'en altitude : Byrd y a reconnu un pic. de 1 600 mètres. Enfin, le 5 décembre 1929. l'aviateur américain a constaté que, par delà la terre Mary Byrd, la côte se dirige vers le Nord-Est jusqu'à 74° latitude Sud, en un escarpement puissant, haut de 3 000 mètres par endroits, qui paraît représenter comme le pendant de l'encadrement occidental de la mer de Ross. De cette muraille descendent de grands glaciers qui parsèment d'icebergs échoués la plate-forme marine basse en avant des montagnes. La banquise consolidée par ces îles de glace est toujours restée impénétrable aux navires (fig. 69, p. 337).
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pendance et que Nordenskjœld a proposé de baptiser l'Antarctide de l'Ouest. Ce problème des relations entre les deux parties du continent, n'ayant pu être résolu par Shackleton en 1914-1916, reste aujourd'hui une des énigmes principales que pose le monde antarctique.
Il semble vain, étant donné l'incertitude du dessin des côtes sur plus de la moitié du pourtour continental et le cas très fréquent où l'on a confondu des barrières de glace avec le véritable littoral, de vouloir donner une évaluation de superficie. On s'accorde cependant généralement à penser que le continent occupe une étendue intermédiaire entre celle de l'Australie et celle de l'Amérique du Sud, soit une douzaine de millions de kilomètres carrés. Bruce et Drygalski supposent même 14 millions, chiffre peut-être trop fort. Il s'agit donc d'une véritable partie du monde, qui contribue bien, comme l'avaient pensé les anciens, à établir un certain équilibre entre la masse totalisée des plates-formes australes et l'ensemble des continents boréaux.
Meinardus a fait remarquer que ce continent, à cause de l'inlandsis qui paraît le recouvrir tout entier, est sans doute de beaucoup la plus élevée en moyenne de toutes les unités continentales. Sa hauteur atteint peut-être 2 000 mètres, si elle ne dépasse pas ce chiffre. Or l'Asie excède de peu 1 000 mètres, l'Afrique et les deux Amériques ont de 650 à 660 mètres. L'altitude moyenne de toutes les terres émergées, évaluée d'ordinaire à 700 mètres, s'en trouve relevée à plus de 800. On a essayé de contester cette conclusion, obtenue par des raisonnements météorologiques. Mais tout ce qu'on a appris des altitudes effectives du continent en paraît bien confirmer l'exactitude.
Structure du continent. — Le massif continental antarctique est extrêmement ancien ; il est formé d'un soubassement de gneiss, diversifié par des tampons de granité intrusif et par des lambeaux de terrains cambriens (calcaires cristallins à Archeocyathus et à Solenopora). Ce soubassement, transformé en pénéplaine, a persisté sans doute à l'état de continent émergé pendant la première partie des temps primaires. Puis sur sa surface se sont déposées, après le Dévonien, des couches qui sont restées sensiblement horizontales, ou du moins peu dérangées. Le principal de ces dépôts non plissés est un grès, que Ferrar a baptisé Beacon sandstone (grès du Signal). Il forme des couches très régulières, de couleur claire, dépourvues de fossiles et épaisses d'au moins 600 mètres. Cependant il s'y intercale de minces lits de schistes houillers à empreintes végétales, dans lesquels on a pu identifier, sur divers points de la terre Victoria, des restes ressemblant à un pin (Antarctoxylon antarcticus de Seward). D'autre part, parmi les 15 kilogrammes de roches fossilifères qu'ils avaient recueillies au nunatak Buckley, au milieu du glacier Beardmore, par 85° latitude Sud, Scott et Wilson, lors de leur tragique raid polaire, rapportaient de nombreuses empreintes de Glossopteris indica, qui permettent de rattacher les niveaux supérieurs du Beacon sandstone au Permo-Carbonifère et au Trias (pl. LXIII, B). Lufin, tantôt coiffant les couches de grès, tantôt formant des nappes alternanl avec celles-ci, des dolérites ou diabases terminent la série. D'après leur frappante ressemblance avec les diabases de la Tasmanie, du Karrou Sud-africain et de l'Inde méridionale, Nordenskjœld croit pouvoir les attribuer au Crétacé.
Cette succession de terrains semble répartie, avec une uniformité extraordinaire, sur des espaces immenses. La certitude du soubassement archéen a été
Géogiiapiiie universelle. — Occanie. Régions polaires ausiralcs. 40
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établie, soit par l'observation directe, soit d'après les blocs dragués en mer, depuis la mer de Weddell, les côtes d'Enderby et d'Adélie jusqu'aux hautes montagnes voisines du pôle. On a recueilli au large des terres de Coats et Enderby des grès qui ressemblent au Beacon sandstone ; on les a observés en place dans la terre George V ; près du mont Nansen, par 75° latitude Sud ; dans les parois qui encaissent le glacier Ferrar ; au mont Buckley, par 85° ; enfin tout récemment au mont Fridtjof Nansen par 85° (L. M. Gould, géologue de l'expédition Byrd, 1929). Et, quant aux diabases, leurs falaises dominent par endroits la côte d'Adélie, et on les retrouve identiques à elles-mêmes, surmontant les grès du glacier Beardmore, à 2 000 kilomètres plus au Sud.
On ne peut donc plus douter qu'il n'y ait là une grande plate-forme homogène, un gigantesque massif tabulaire, comparable au plateau du Brésil, à la table saharienne ou au continent australien, resté, comme eux, réfractaire aux plissements depuis des temps immémoriaux, bref une des unités fondamentales de l'écorce terrestre.
Cependant la masse n'en est pas demeurée absolument immuable ; elle a subi des mouvements verticaux tardifs et des fractures. Tout son rebord oriental a été relevé par une dislocation de grand style, qui a donné naissance au haut front de montagnes de la terre Victoria et, par compensation, affaissé de plusieurs milliers de mètres le voussoir de la mer de Boss. Ainsi a surgi le plus important relief de l'Antarctide et s'est constituée une ligne de faîte nettement dissymétrique, qui partage le oontinent en deux versants inégaux. Ces mouvements ne peuvent guère être datés, mais, à en juger par le volcanisme intense dont ils se sont accompagnés, qui parsème de ses cônes et de ses coulées tout le pied de la terre Victoria et qui persiste encore aujourd'hui, ils semblent remonter tout au plus à l'époque tertiaire.
Les analogies de cette partie de l'Antarctide avec l'Australie et la Tasmanie sont si frappantes qu'on s'est demandé si la topographie sous-marine ne conserverait pas les traces d'une ancienne jonction. De fait, en 1912, YAurora a découvert, au Sud de la Tasmanie, deux bancs sous-marins de texture rocheuse, dont l'un dessine une arête de 240 kilomètres, surmontant des abîmes de 4 500 à 5000 mètres, et se relevant jusqu'à 1 000 mètres seulement de la surface, tandis que l'autre, situé au Nord de l'île Macquarie, n'a pas plus de 1 040 mètres de profondeur. Peut-être sont-ce là les fragments d'un pont continental disparu unissant jadis la Tasmanie aux terres de Wilkes.
Les terres antarctiques américaines. — Les terres antarctiques Sudaméricaines forment un groupe d'âge beaucoup plus récent (fig. 72, p. 347). On y voit simplement se répéter, ou mieux se continuer les principaux traits de l'ordonnance architecturale qui caractérise l'extrémité Sud de l'Amérique, c'est-àdire, en gros, une haute cordillère plissée, à l'Ouest, et une zone tabulaire récente, plus ou moins volcanisée, à l'Est. Les analogies de composition rocheuse sont si grandes qu'on peut parler d'une quasi-identité. La cordillère occidentale et les îles qui en dépendent sont surtout formées de roches massives, sans doute d'âge secondaire, granités, gabbros et diorites quartzifères, auxquelles s'ajoutent des roches efîusives, andésites, porphyrites et tufs porphyriques, et des strates jurassiques faiblement plissées. C'est là un tableau lithologique qui rappelle trait pour trait, avec une empreinte plus éruptive peut-être, celui des A iules
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méridionales et centrales. Aussi le nom d'Antarctandes, proposé par Arçtowski, pour désigner cette cordillère polaire, est-il parfaitement justifié.
L'homologie n'est pas moindre à l'Est vis-à-vis du plateau patagon. Les grès et schistes sénoniens étudiés sur les côtes des îles Ross, Snow Hill et Seymour ont fourni les restes de non moins de cent espèces animales, dont un certain nombre rappellent des formes du Sud de l'Inde, mais dont la plupart sont semblables aux espèces contemporaines de la Patagonie méridionale. Les conglomérats, grès et tufs de l'île Seymour ont livré vingt-cinq espèces de bivalves et de gastropodes, dont quinze se retrouvent dans la molasse miocène de Patagonie, sans parler d'empreintes de Fagus, de Drimys, d'Araucaria apparentés à la flore actuelle du Sud de l'Amérique. D'autre part, comme en Patagonie, toutes ces couches, restées horizontales, sont lardées de dykes de basalte et couronnées par des nappes de tufs durs basaltiques. La seule différence est que cette zone est beaucoup plus restreinte, ce qui semble dû à un affaissement plus prononcé : au lieu des vastes plaines et plateaux de Patagonie, la région tabulaire antarctique se réduit à des îles de faibles dimensions, dont quelques-unes minuscules.
Les ressemblances se poursuivent même dans la disposition du relief et des éléments morphologiques. Comme dans la région andine méridionale, on voit, à l'Ouest, de longs chenaux submergés circuler entre la cordillère, principale et un archipel côtier, tandis qu'à l'Est un sillon déprimé, représenté notamment par le chenal du Kronprinz Gustave, sépare, comme en Patagonie, la zone plissée de la région tabulaire. Les vallées d'effondrement transversales, — le détroit de l'Antarctic correspond trait pour trait au détroit de Magellan, — les fjords, les larges baies obliques de l'Est complètent la fidélité du portrait. Mais la condition plus affaissée de la région a pour conséquence qu'on trouve submergés des sillons qui se maintiennent au-dessus du niveau de la mer dans les terres magellaniques.
A première vue d'ailleurs, l'Antarctide de l'Ouest semble se relier à l'Amérique par un grand arc insulaire fortement étiré vers l'Est, et que jalonnent les Shetland, les Orcades, les Sandwich et la Géorgie du Sud. Mais le peu que l'on sait de la nature géologique de ces îles a de quoi déconcerter, car les schistes, grauwackes, porphyrites qu'on y a observés semblent d'un âge et d'un type spécial et diffèrent sensiblement des roches tant Sud-américaines qu'antarctiques. Aussi Nordenskjceld s'est-il demandé s'il ne s'agissait pas là d'un alignement de chaîne autonome, de tracé plus occidental que la cordillère américano-antarctique. Ces îles sont, à la vérité, encore presque entièrement inconnues, et l'on ne peut porter sur elles qu'un jugement provisoire.
Topographiquement, la liaison paraît très nette dans le Sud et l'Est de l'arc, surtout si l'on fait état du relief submergé tel que l'ont établi les sondages de Bruce, de Filchner et du Meteor. Entre les Orcades et les Sandwich, il existe une succession d'arêtes cl de sillons Est-Ouest, qui font penser à des plis. Des Sandwich à la Géorgie, on a découvert un long seuil de 2400 mètres, que flanquent des fonds de 4 000 à 6 000 mètres. Mais la lacune reste énorme de la Géorgie du Sud au banc Burdwood (100 à 150 mètres) : il y a là non moins de 900 kilomètres de mer profonde.
En dépit de cette connaissance incomplète, la liaison effective entre l'Antarctide de l'Ouest et l'Amérique du Sud offre d'ores et déjà un haut degré de vraisemblance. L'homologie de cette guirlande d'îles avec les Antilles du Nord n'est pas contestable ; elle avait frappé Suess, qui n'a pas hésité à les appeler
les Antilles australes. Sur la courbure de l'arc, la rangée purement volcanique des Sandwich correspond trait pour trait aux petites Antilles. « Peut-être, avait écrit Suess, doit-on s'attendre à trouver ici une avant-fosse, analogue à celle qui s'étend à l'extérieur d'une partie des Antilles. » Cette avant-fosse existe ; elle a été découverte en 1926 par le Meteor à 60 milles au Nord des Sandwich et mesure 8 060 mètres ; elle représente ici -l'homologue de la fosse des Bahama (8 341 mètres).
En somme, il y a bien là deux groupes de terres d'essence distincte. Le lourd massif de l'Est semble conforme au type atlantique de Suess, tandis que l'archipel de l'Ouest a pour axe une chaîne de caractère pacifique.
Anciennes relations de l'Antarctide avec les continents austraux. — A mesure que s'est précisée la connaissance scientifique du Globe, le continent antarctique a pris, dans les préoccupations des naturalistes et des géologues, une importance de plus en plus grande, à cause de son rôle paléogéographique probable dans l'évolution de tout l'hémisphère austral.
La question se pose sous deux aspects. L'un intéresse la zoologie et la botanique des continents austraux. L'autre est plus spécialement géologique.
En premier lieu, c'est un fait universellement reconnu que l'extraordinaire ressemblance qui existe entre les éléments de la faune et de la flore de l'Amérique du Sud, d'une part, de l'Australie et de la Tasmanie de l'autre, et, à un degré moins accentué, de la Nouvelle-Zélande, de Madagascar et même de Ceylan. Dans ces deux groupes de terres si éloignées les unes des autres, on trouve de grands oiseaux coureurs, des marsupiaux, soit vivants, soit fossiles, des serpents venimeux (Elapidaé), des grenouilles, des escargots, des papillons (Buprcstidae), des vers de terre (Acanthodrylus), des poissons d'eau douce (Galaxias), qui appartiennent indiscutablement à des espèces très voisines et offrent le même faciès. La grande majorité des hêtres à feuilles pérennes (Fagus, Notofagus) est groupée dans l'hémisphère Sud et en paraît originaire ; on en signale onze espèces dans l'Amérique du Sud, sept en Nouvelle-Zélande, trois en Australie et Tasmanie. Un Araucaria du Queensland (Ar. bidwilli) est proche parent de Y Araucaria imbricata du Chili, etc.
Quelques naturalistes, tels que Wallace et Sclater, ont essayé d'expliquer ces analogies sans recourir à l'hypothèse d'un changement d'étendue et de répartition des continents. Mais la majorité d'entre eux considèrent comme inévitable la nécessité de supposer des liaisons continentales, des « ponts » de jonction aujourd'hui disparus. C'est ainsi que Hutton et Baur ont imaginé un immense continent occupant tout le Sud du Pacifique; solution d'ailleurs qui a trouvé peu d'écho, parce qu'elle s'accorde mal avec la répartition des espèces dans les îles centrales du Grand Océan.
Par contre, depuis Darwin et Rutimeyer, un recours à l'Antarctide, considérée, soit comme foyer de rayonnement, soit au moins comme relais, a paru s'imposer avec de plus en plus de force à la plupart des spécialistes. H. 0. Forbes, Osborne et Hedley ont ainsi construit des cartes montrant une Antarctide d'où divergent des ponts de jonction avec l'Amérique du Sud, la Tasmanie. la Nouvelle-Zélande et Madagascar. Dollo et Pelseneer, à propos de l'examen dos poissons et mollusques recueillis par la Belgica, ont ultérieurement cru devoir se rallier aux extensions continentales conçues par Osborne.
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Le problème s'élargit encore, si l'on envisage l'énigme des relations de la Gondwanie, ce continent permo-carbonifère où l'on voit, sur un soubassement archéen, des strates de grès charbonneux à Glossopteris associées avec d'anciens dépôts glaciaires. Ce type de dépôts est regardé comme le trait signalétique des plates-formes indo-africaines issues du démembrement de la Gondwanie. On se demandait depuis longtemps si l'on n'en découvrirait pas un jour des gisements sur le continent antarctique. Or cette découverte est aujourd'hui un fait acquis, grâce à la trouvaille des empreintes de Glossopteris indica au nunatak Buckley. Ainsi une forte présomption de plus s'est ajoutée à toutes les vraisemblances qui militaient déjà en faveur de l'ancienne jonction entre les continents austraux. Un des plus importants anneaux de la chaîne se trouve restitué. L'Antarctide prend définitivement rang parmi les débris dispersés de la Gondwanie ; elle en représente même un terme d'une importance particulière, à cause de sa situation centrale au milieu du large cercle qu'ils occupent.
Mais une très grave objection se présente. Comment concilier ce rôle du continent antarctique, comme unité médiatrice ou comme foyer de création et de rayonnement, avec le climat glaciaire qui y règne aujourd'hui ? Le nunatak Buckley est situé par 85° latitude Sud ; on ne saurait imaginer que des fougères du type des Glossopteris y puissent vivre dans les conditions actuelles. Pour que le climat ait à ce point changé, il faut supposer, ou bien que l'axe de la Terre s'est déplacé, et que, au Permo-Carbonifère et plus tard, l'Antarctide occupait une position plus basse en latitude par rapport à lui, ou bien se résoudre à admettre, avec Alfred Wegener, que c'est le continent lui-même qui a changé de place par rapport au pôle. Le problème paléogéographique qui se pose dans l'hémisphère austral apporte assurément un renfort des plus sérieux à l'hypothèse de Wegener, qui n'est certes guère plus invraisemblable que celle des ponts continentaux d'Osborne ou de Hedley, et qui paraît expliquer les faits de façon beaucoup plus satisfaisante.
Toutefois les documents antarctiques recueillis sont encore bien peu de chose, et le revêtement de l'inlandsis ne permet pas d'espérer qu'ils s'accroissent jamais beaucoup. Mais cette conclusion semble permise : l'Antarctide paraît avoir fonctionné, de la fin du Primaire jusqu'au début du Tertiaire, comme un fover de création biologique capital.