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Costantin, La Nature tropicale, p

LA VIE VÉGÉTALE ET LA VIE ANIMALE

hautes, est la savane, parfois sur les pentes escarpées, brousse de plantes frutescentes, le plus souvent sur les plateaux, terrains herbeux, avec des arbres disséminés ou en bouquets. On en voit déjà en Nouvelle-Guinée, avec des formations de « parc », rappelant, par le groupement des pelouses et des arbres, un jardin anglais. Dans les îles, les savanes dominent du côté sous le vent, relativement à l'abri des vents pluvieux ; les végétaux y sont souvent organisés contre la sécheresse, avec des tiges courtes et rampantes, de longues racines et des feuilles coriaces.

Aux Hawaii, les plateaux étalent de vastes savanes buissonneuses où de maigres pandanus et des euphorbiacées à aiguillons surmontent un tapis de fraisiers et de renoncules. La dernière plante, vers 3 000 mètres, est VEnsis argentea, sorte d'aloès aux feuilles d'un blanc grisâtre brillant comme de l'argent et dont la hampe de 3 ou 4 mètres balance un panache soyeux.

Le versant sous le vent aux îles Fiji est un véritable « district australien ». On n'y voit que des arbres au mince feuillage, des casuarinées et des acacias à phyllodes.

C'est la savane à niaoulis1 qui domine en Nouvelle-Calédonie. Les niaoulis se groupent quelquefois en bois, mais, le plus souvent, ils sont disséminés. Ce sont des arbres au feuillage triste, comme les eucalyptus australiens. Dans la Malaisie, chaude et humide, les Melaleuca ont des feuilles larges. En Calédonie, le niaouli porte des feuilles étroites, rigides, coriaces, d'une couleur vert terne, placées de champ aux rayons du soleil ; il donne peu d'ombre, et son écorce blanchâtre, formée de plaquettes superposées, se détache facilement et pend le long du tronc. Le paysage est d'autant plus mélancolique que ces arbres, déjà maigres, s'écartent les uns des autres. Le niaouli « se plante lui-même en quinconce »2. C'est une savane boisée, une forêt très clairsemée (pl. VI, B).

Les îles basses. — Dans les îles coralliennes, en dehors des plantes introduites par les indigènes pour leur alimentation, — bananier (Musa, particulièrement M. sapientum), arbre à pain, igname (Dioscorea alata), taro (Colocasia esculcnta, C. antiquorum), petit taro (Arum cordifolium), — il n'existe plus que la monotone forêt de cocotiers, mêlés à des pandanus aux feuilles lancéolées et bruissantes.

La vue d'un atoll, quand on y arrive pour la première fois, produit une sensation profonde. Tache minuscule sur l'immense étendue des eaux, dentelant à peine la ligne circulaire de l'horizon, masquée dans un rythme régulier par la grande houle du Pacifique, noyée dans la réverbération du soleil sur les flots, on découvre à peine l'île, toute aplatie et qui semble flotter sur la mer, la plage étincelante, blanche ou jaunâtre, et, par derrière, une bande verte, mouvante, une plaque de couleur animée, moirée par la brise qui balance les panaches échevelés des cocotiers. On débarque, on traverse en hâte le rivage dans un éblouissement de lumière, et on pénètre dans l'ombre douce et fraîche de la forêt. Là, c'est la demi-nuit, la nuit verte de la palmeraie, les bruits étouffés, le silence. Pas de chants d'oiseaux. Rien que la plainte lointaine et assourdie de l'Océan qui brise sur les récifs et qui « se prolonge sous ces voûtes en rumeurs affaiblies

1. Le niaouli est une myrtacéc, représentée par plusieurs espèces, dont la plus commune est Melaleuca viridiflora.

2. Augustin Bernard, L'archipel de la Nouvelle-Calédonie, p. 206.

LE GRAND OCÉAN

et douces, comme les murmures confus d'un chant d'église »\ C'est une église, en effet, silencieuse et recueillie, avec sa lumière tamisée qui semble tomber de vitraux et ses hauts piliers droits qui soutiennent les palmes déployées et retombantes, dont les nervures rappellent celles d'une voûte ogivale.

Il y a aussi des îles coralliennes sans arbres. On n'y voit que le liseron Ipomea et, de-ci de-là, un buisson comme le huhu (Suriana maritima), avec ses fleurs jaunes, ou un petit arbrisseau comme le mikimiki (Pemphis acidulà), tout garni de fleurs blanches.

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