LA FAUNE MARINE
Origines de la faune marine. — Évoluant dans un milieu continu et peu changeant, les animaux marins sont à un haut degré sous la dépendance des lois naturelles, et leur répartition traduit d'une façon saisissante les conditions géographiques : température, vents, courants.
La faune du Pacifique, à quelques exceptions près, n'est venue ni de l'Orient, trop éloigné, ni du Nord, où une ouverture étroite ne laisse passer qu'un courant vite arrêté. C'est par l'Ouest et le Sud que le Grand Océan s'est peuplé. L'océan Indien lui a fourni une multitude de types, passés à travers les mers malaises aux courants alternatifs. Il y a vraiment une faune tropicale marine indo-pacifique : les coraux sont les mêmes de la mer Rouge à Tahiti, sur la moitié de la circonférence terrestre. L'Antarctique aussi a contribué au peuplement du Pacifique. Favorisés par la largeur du passage, égale à celle de l'Océan lui-même, et par les courants marins, un petit nombre de groupes se sont avancés très loin, parfois jusque dans l'hémisphère Nord.
Animaux marins. — Les animaux nageurs, soit normalement, soit seulement à l'état larvaire, se sont facilement transportés partout où la température leur était favorable : ils occupent approximativement des zones dont la succession en latitude est déterminée par le climat. Tels sont les coralliaires, dont les larves sont voyageuses, et les cétacés, mammifères adaptés à la vie aquatique.
On a vu l'extension des coraux, limités à la zone tropicale, et de la « faune récifale ».
Les cétacés occupent une aire de beaucoup plus étendue : c'est le Grand Océan tout entier. Les dauphins (famille des Delphinidae) en général et les baleinoptères (Balaenoptera, Megaptera, M. Boops) se rencontrent à peu près partout, alors que les cachalots (Physeteridaé) se confinent dans la zone tropicale et que les narvals, comme les dauphins blancs2, restent à l'extrême Nord.
Les baleines vraies3 ont sûrement une origine polaire, arctique ou antarctique. Peut-être, à l'époque glaciaire, ont-elles franchi l'équateur, un « cercle de feu », comme dit Maury, pour les animaux polaires actuels. Elles ont, d'ailleurs, reculé vers les hautes latitudes, en raison de l'intense destruction dont elles sont l'objet, de sorte qu'aujourd'hui les divers groupes sont séparés. Mais La baleine franche antarctique remonte jusqu'à l'équateur, le long de la côte d'Amérique, portée par le courant froid de Humboldt.
1. Le P. Hartzer, Les îles blanches des mers du Sud, Paris, 1900, p. 40.
2. Les narvals (Monodon) et les dauphins blancs (Béluga) sont deux genres des Delphinidae.
3. Balaena. On chasse au Nord B. mystieelus et B. japonica et au Sud B. antipodum.
LA VIE VÉGÉTALE ET LA VIE ANIMALE. 45
Animaux semi-marins. - - La faune marine ne comprend pas seulement des animaux vivant toujours dans l'eau, mais aussi des êtres adaptés, en même temps qu'à la vie marine, à la vie terrestre et d'autres, purement aériens, mais
60° 80° 100° 120° 140° 160° 180° 160° 140° 120° 100° 60° 60° 40° 20° Q°Gr
60° 80° 100° 120° 140° 160° l80°Gr 160° 140° 120° 100° 80° 60° 40°
F'.a. 15. — Dispersion des animaux marins par les courants, d'après E.-L. Trouessart. 1, Otaries ; 2, Phoques ; 3, Manchots ; 4, Pingouins. — 5, Courants chauds ; 6, Courants froids et frais.
Échelle, 1 : 150 000 000.
qui ne volent qu'au-dessus des mers. Tous ont subi et subissent encore les mêmes influences et, quelle que soit leur parenté naturelle, parfois fort éloignée, ont pris, par une adaptation commune, certains traits communs et, pour ainsi dire, une parenté d'adoption. Tels sont des oiseaux, les palmipèdes longipennes, les pingouins et les manchots, et des mammifères, les phoques, les morses et les otaries (fig. 15).
Les palmipèdes longipennes, oiseaux grands voiliers venus du Nord ou du Sud, ont en général passé d'un hémisphère à l'autre. Sans parler des cormorans (Phalacrocorax), adaptés à une vie littorale sédentaire, les mouettes et les goélands (Loridae), les pagophiles (Pagophila), les fous (Sida), les pétrels (Procellaria, P. glacialis au Nord, P. glacialoïdes au Sud), les îvéga.tes(Tachypetidae), les phaétons et les paille-en-queue (Phaetonidae) se rencontrent un peu partout. Les albatros (Diomedea), par contre, sont localisés dans les mers du Sud. On les voit suivre, de leur vol balancé et plané, pendant des journées entières, les paquebots rapides, parcourant ainsi, en un jour, des centaines de kilomètres.
LE GRAND OCÉAN
Rarement, ils se reposent sur l'eau. Ils sont le type le plus parfait de l'oiseau de haut vol : leurs ailes de 3 mètres d'envergure leur permettent de regagner leurs repaires lointains, parfois à quelque 1 000 ou 2 000 kilomètres, et davantage1. Pour prendre leur vol, ils se lancent du haut des falaises où ils nichent. Pris sur un navire, l'albatros est paralysé. Comme dit le poète, ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Les pingouins (Alcidae), les phoques (Phoca ou Calocephalus, etc.) et les morses (Trichecus ou Odoboenus) sont, semble-t-il, des animaux du Nord. Les pingouins et les morses ne quittent pas la mer de Bering, tandis que les phoques ont été portés par les courants jusqu'au Japon et en Californie, mais ils retournent toujours au Nord pour se reproduire, trace atavique, peut-être, de leur origine. Pourtant, on en connaît quatre espèces dans l'Antarctique.
Les manchots (Spheniscidae ou Aptenodytidae), « les moins oiseaux de tous les oiseaux »2, ne volent plus, comme le font encore tant bien que mal les pingouins. Ce sont des oiseaux franchement adaptés à la vie aquatique : leurs ailes sont transformées en nageoires. Originaires des terres australes, ils ont, portés par les glaces flottantes et entraînés par les courants froids, colonisé toutes les îles de la lisière antarctique, le Sud de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, et, grâce au puissant courant de Humboldt, la côte pacifique de l'Amérique du Sud jusqu'aux îles Galapagos. Toutefois, ils n'ont pas, comme les oiseaux, franchi l'équateur.
Les otaries3 sont, semble-t-il, les phoques antarctiques ; elles diffèrent des phoques proprement dits, non seulement par la présence des oreilles, mais encore par leur marche, qui est une suite de sauts, alors que le phoque rampe. Elles accompagnent les manchots dans tout l'hémisphère austral. Très robustes nageurs, ces animaux ont passé dans le Pacifique Nord, mais non pas, semble-t-il, en longeant l'Amérique, car ils font défaut du Pérou à la Californie, et. au Nord et au Sud, les genres sont différents. La répartition du genre Zalophus, qu'on trouve au Nord-Ouest de l'Australie, au Japon et en Californie, indique la route qu'ils ont dû suivre en traversant ITnsulinde.