ESPAGNOLS ET HOLLANDAIS
Les Espagnols au xvie siècle et les Hollandais an XVIIe vont à la recherche des richesses que leur imagination prêtait aux terres inconnues. Les méthodiques marchands des Pays-Ras ne différaient pas au fond des héroïques conquistadores espagnols. Les uns et les autres poursuivaient, sur les Ilots trom-
( iÉOGRAPIUK UNIVERSELLE. —
Océanio. Régions polaires australes,
LE GRAND OCÉAN
peurs des mers de corail, non la science, mais la richesse. Toutefois, la « politique de l'or et des épices » a singulièrement agrandi nos connaissances.
Partis d'Acapulco et du Callao, les Espagnols retrouvèrent la Nouvelle- Guinée et les Carolines, déjà vues par les Portugais. Alvaro Mendana de Xeyra découvrit, en 1567-1568, les îles Salomon et, en 1595-1596, les Marquises et les Santa Cruz, et Pedro Fernandez de Quiros, Portugais au service de l'Espagne, en 1605-1606, la Terre du Saint-Esprit (Nouvelles-Hébrides). Son pilote, Luis Vaes de Torres, franchit le premier le détroit qui porte son nom.
Les mappemondes mercatoriennes, dont le prototype est la célèbre carte de Mercator in iisum navigantiam de 1569 (fig. 1), nous montrent comment on se représentait au milieu du xvie siècle l'océan Pacifique. La côte américaine est connue jusqu'au cap Mendocino, et la côte asiatique, jusqu'au Japon. Tout le Nord est hypothétique ; mais Mercator, par une heureuse supposition conforme d'ailleurs à l'opinion générale1, y figure, sous le nom de El Streto de Anian (Fretum Aniani), le détroit de Bering, qui ne devait être vu qu'en 1648 par Dejnev peut-être et en 1728 par Vitus Bering. C'est au Sud que la carte est le plus inexacte, faute de voyages sans doute, mais conséquence aussi de la croyance à une vaste terre qui aurait fait contrepoids aux masses continentales de l'hémisphère Nord. Mercator limite l'Océan par une ligne oblique, allant de la Terre de Feu à l'Australie et à la Nouvelle-Guinée, considérées toutes les trois, avec quelque réserve d'ailleurs, comme appartenant au continent austral2.
Au xviie siècle les Hollandais, établis dans l'Insulinde à la place des Portugais, commencent l'exploration des côtes australiennes, dont il sera parlé plus loin. Jacob Le Maire et Guillaume Schouten (1615-1617) doublent le cap Horn, séparant ainsi la Terre de Feu de l'hypothétique continent austral. Mais le plus illustre des navigateurs néerlandais est Abel Janszoon Tasman, dont le voyage de 1642-1643 se montre, dans son objet comme dans ses méthodes, un véritable voyage de découvertes scientifiques (fig. 3). Abandonnant les basses latitudes, il passa au Sud de l'Australie, découvrit la Terre de Van Diemen, longea les côtes occidentales de la Terre des États (Nouvelle-Zélande) et traversa les Tonga et une partie des Viti (Fiji). Le continent austral reculait au Sud- Ouest, et Jacob Roggeveen le fit encore reculer au Sud-Est, de 1721 à 1723.