II. — LES PARTAGES INTERNATIONAUX ET LES CONDOM INIUMS
L'histoire de la colonisation allemande présente un caractère international : l'Allemagne a surtout pratiqué la politique des partages. Autrefois, en cas de compétitions, on neutralisait l'archipel contesté, ou bien l'un des concurrents se retirait contre une compensation dans d'autres régions. Il n'en fut plus ainsi vers la fin du xixe siècle : chacun voulut avoir sa part de tout. Ainsi a commencé l'ère des partages territoriaux et des partages de souveraineté, les condominiums.
On a vu le partage de la Nouvelle-Guinée. Aux Samoa également, trois puissances se sont trouvées en présence : l'Allemagne, l'Angleterre et les États- Unis. Pendant vingt ans, l'impossibilité de se mettre d'accord pour une répartition des îles les a forcées à collaborer sous la forme d'un condominium, établi en 1879. Mais, en 1899, l'Allemagne désintéressa l'Angleterre par des concessions aux Salomon et acquit Savaii et Upolu ; Tutuila était laissée aux États-Unis. Le condominium, forme politique d'un maniement très délicat, a ainsi abouti tout naturellement à un partage.
Il n'en a pas été de même aux Nouvelles-Hébrides où les Français n'ont pas su, comme les Allemands aux Samoa, utiliser la prépondérance de leurs intérêts économiques. Quand le contre-amiral Febvrier-Despointes proclama en 1853 l'annexion de « la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances », il ne mentionna pas les Nouvelles-Hébrides où il n'y avait pas de colons. C'est plus tard que des Calédoniens s'établirent à Vaté et des Australiens, surtout des ministres presbytériens, à Tanna. Lorsque les Anglais prirent possession des Fiji en 1874, la France aurait peut-être pu occuper l'archipel, dont l'annexion était réclamée même par des colons anglais, menacés par les indigènes. Mais, devant la violente
GÉOGnAPIMK UNIVERSELLE. —
Océanie. Rcçions polaires australes.
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opposition qui se manifesta en Australie, elle prit elle-même, en 1878, l'initiative de déclarer à Londres son désintéressement, et le cabinet anglais fit une déclaration semblable. La question était dès lors internationalisée. En vain, le Calédonien John Higginson, fondateur en 1882 de la Compagnie calédonienne des Nouvelles-Hébrides, acheta des centaines de mille hectares aux indigènes et installa des colons ; l'Angleterre, à qui la France demandait sa liberté d'action aux îles Sous-le-Vent, avait barre sur elle. D'où la convention de 1887, qui organisa un pouvoir commun de police, une commission navale franco-anglaise. La France était désormais liée par un acte diplomatique. Les colons français restèrent plusieurs années dans une situation mal définie ; ils ne relevaient d'aucun gouvernement, ils n'avaient aucune garantie pour leurs propriétés, ils ne pouvaient faire établir légalement leur état civil, ils étaient, en France, traités en étrangers, et leurs produits payaient le tarif maximum. Plus favorisés, les Anglais dépendirent, à partir de 1890 et de 1893, du gouverneur des Fiji, nommé haut-commissaire du Pacifique occidental. C'est seulement en 1900 que le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie devint commissaire général pour la France et fut représenté sur place par un commissaire délégué, chargé d'enregistrer les actes de l'état civil ; en outre, divers décrets, de 1901 à 1904, dégrevèrent en partie certains produits néo-hébridais d'origine française.
En 1904, enfin, la France et l'Angleterre décidèrent de régler tous leurs différends. La situation des colons français était alors prépondérante : au 9 mars 1905, il y avait dans l'archipel 401 Français contre 228 Anglais, et la Société des Nouvelles-Hébrides, qui avait pris en 1894 la succession de la Compagnie calédonienne, possédait, à elle seule, 780 600 hectares sur les 1 467 310 occupés par les Européens1. Toutefois la France, mue par des considérations de politique générale, accepta l'institution d'un condominium régulier. La convention de 1906 nomma comme administrateurs des Nouvelles-Hébrides les deux hautscommissaires, représentés par deux commissaires résidents à Port-Vila (Vaté) et assistés d'un tribunal mixte, composé d'un président espagnol et de deux juges, l'un anglais, l'autre français.
Le condominium a produit de médiocres résultats. La solution des questions les plus urgentes, l'établissement du cadastre comme l'exécution des travaux publics indispensables, a toujours été retardée. Aboutira-t-on à un partage '? Français et Australiens y sont également hostiles.
m. — L'OCÉANIE ACTUELLE
Le partage du Pacifique entre les puissances européennes et l'Amérique était un fait accompli avant la Grande guerre. Le traité de Versailles (28 juin 1919) a fait disparaître les possessions allemandes, passées aux mains de la Société des Nations, qui a confié le mandat de les administrer à l'Australie pour la Nouvelle- Guinée, l'archipel Bismarck et les Salomon ; à la Nouvelle-Zélande pour les Samoa ; au Japon pour les îles situées au Nord de l'équateur, les Mariannes, les Palau, les Carolines et les Marshall. Nauru dépend à la fois de l'Angleterre, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande (fig. 18).
1. On peut rappeler ici le célèbre aphorisme de Sir Charles Dilke : « Là où sont les intérêts, là doit être la domination ».
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Divisions géographiques de l'Océanie. ■ — On a longtemps distingué dans l'Océanie, dont on faisait une des classiques « parties du monde », cinq régions : la Malaisie, l'Australasie (Australie et Nouvelle-Zélande), la Mélanésie, pays des Noirs, la Polynésie aux îles nombreuses et la Micronésie aux très petites îles. Les auteurs modernes ont modifié cette division du Pacifique.
La Malaisie, plus justement nommée Insulinde ou Indonésie, l'Inde insulaire, ne fait pas partie de l'Océanie, mais bien de l'Asie, à laquelle la rattachent la nature, l'histoire et les relations économiques. Cette « Méditerranée australienne », comme l'a appelée Augustin Bernard, est bien en effet une Asie australe, la véritable Australasie.
Toutefois, « Australasie » est le nom officiel de l'Australie et de la Nouvelle- Zélande. Ni l'une ni l'autre ne sont asiatiques par leur origine ou par leurs traits géographiques. L'Australie n'est pas davantage océanienne ; au contraire, sa masse annihile en partie le caractère océanique du Pacifique occidental. La Nouvelle-Zélande, océanienne par sa position, se rattache à l'Australie en tant que pays de peuplement et de civilisation britanniques, et on ne peut l'en séparer. Il y a là un monde à part.
Il reste, pour l'Océanie, la Mélanésie, la Polynésie et la Micronésie. La Mélanésie est une sorte de plateau creusé de fosses et portant une double rangée d'îles continentales qui enferment une sorte de Méditerranée. La Micronésie, dont les habitants ont, il est vrai, certains traits particuliers, n'est qu'une partie de la Polynésie, région d'îles volcaniques et coralliennes, pour la plupart très petites, assemblage de « micronésies ».
L' Insulinde a été traitée précédemment1. On étudiera ici l'Australasie anglaise, la Méditerranée mélanésienne avec ses guirlandes insulaires, et les « micronésies » polynésiennes.
BIBLIOGRAPHIE Voir la bibliographie du chap. V (Problèmes et avenir).
Les livres essentiels sont : H. Russier, Le partage de l'Océanie, Paris, 1905, et Guy H. Scholefield, The Pacific, its Past and Future and the Policy of the greal Powers from the eighteenth Century, Londres, 1920. On les complétera par : C. de Varigny, L'Océan Pacifique, Paris, 1888. — Henri Hauser. Colonies allemandes, impériales et spontanées, Paris, 1900. — Pierre Decharme, Compagnies et Sociétés coloniales allemandes, Paris, 1903. — Auguste Brunet, Le régime international des Nouvelles-Hébrides, Paris, 1908. — N. Politis, Le condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides. Paris, 1908. — Sir Everard F. in Thurn, The Western Pacific (Geogr. Journal, XXXIV, 1909, p. 271-290). — |A. C. Eugène Caillot, Histoire de la Polynésie orientale, Paris, 1910. — R. M. Watson, History of Samoa, Londres, 1919. — Miss N. E. Goad, History of the Pacific, Wellington, 1926. — Ralph S. Kuykendall, A Hislory of Hawaii, New York et Londres, 1926.
1. Voir le tome IX, Asie des Moussons, Deuxième partie, p. 47S-510.